Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400450
mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400450 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Singh, demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 octobre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'il porte refus de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée ou familiale " ou " salarié ", et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement combiné des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, et à défaut à lui verser directement.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée dès lors que la décision contestée crée une rupture dans son droit au séjour, qu'elle le place dans une situation de précarité administrative, fige son parcours d'insertion socio-professionnelle alors qu'il suit une formation dans le cadre d'un contrat d'apprentissage et qu'il se retrouve sans emploi et privé de ressources essentielles ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
o elle a été prise par une autorité incompétente ;
o elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie du caractère réel et sérieux de la formation suivie pour l'année scolaire 2023-2024, et qu'il remplit les conditions pour l'obtention d'un titre de séjour ;
o elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que ce refus porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que notamment le requérant ne justifie d'aucune inscription ou préinscription scolaire pour l'année 2023/2024 et ne justifie d'aucune formation ou apprentissage antérieur à l'arrêté attaqué ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2400448, enregistrée le 12 janvier 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Griel, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 24 janvier 2024 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Le Griel, juge des référés ;
- les observations de Me Siran substituant Me Singh, représentant M. B, requérant présent qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Il fait valoir que l'urgence est caractérisée dès lors qu'il se retrouve en situation irrégulière, que sa formation professionnelle est interrompue ainsi que son contrat d'apprentissage. Il est inscrit afin de préparer un CAP en alternance jusqu'en 2025. Il a présenté sa demande de titre de séjour avant ses 18 ans et il poursuit sérieusement sa formation. Il n'a pas de lien avec son pays d'origine ayant été victime de violences familiales.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant égyptien né le 1er août 2023, est entré en France en juillet 2022 selon ses déclarations, en tant que mineur isolé. Placé à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du 10 septembre 2022, confirmée le 12 décembre 2022, il a bénéficié à sa majorité, le 3 août 2023, d'un contrat jeune majeur. Le 8 juin 2023, M. B a sollicité le bénéfice d'une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, par arrêté du 25 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté en tant qu'il porte refus de lui délivrer un titre de séjour.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que :
" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
5. Pour justifier de l'urgence à suspendre les effets de la décision en litige, M. B fait valoir qu'il se retrouve en situation irrégulière et qu'il ne peut poursuivre sa formation en apprentissage et ne dispose donc plus de ressources. Il résulte de l'instruction que M. B qui a conclu un contrat d'apprentissage avec la société 3 M C du 27 novembre 2023 au 31 août 2025 et poursuit une formation en alternance au CFA BTP Ile-de-France afin de préparer un CAP Peintre applicateur dont les épreuves se dérouleront le 13 juillet 2025. Dans ces circonstances, l'intéressé démontre l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée
6. En l'état de l'instruction, dans les circonstances particulières de cette affaire, et eu égard aux efforts poursuivis par M. B, la réalité, le sérieux et la cohérence de son projet professionnel, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation personnelle du requérant est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. () ".
8. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il en résulte que la suspension de l'exécution de la décision de refus de titre de séjour en litige, implique donc que le préfet délivre à M. B une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, valables jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre de procéder à cette délivrance dans le délai de vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 25 octobre 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail valables jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision visée à l'article 1er, dans le délai de vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outres mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 6 février 2024.
La juge des référés,
Signé
H. Le Griel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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