Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400765

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400765
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 janvier 2024 et le 2 février 2024, Mme B A, représentée par Me de Sèze, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 8 décembre 2023 par laquelle le directeur territorial du Val-d'Oise de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, depuis le mois du mois de leur cessation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à Me de Sèze, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'en l'absence de conditions matérielles d'accueil, elle ne dispose d'aucune ressource ; qu'en outre, scolarisée à Paris, elle est hébergée à Goussainville, au domicile de sa grand-tante placée également en situation de précarité matérielle ;

- il existe plusieurs moyens de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée de vices de procédure, dès lors que l'OFII ne démontre pas avoir pris en considération sa vulnérabilité ni qu'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité a été mené par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin conformément aux dispositions de l'article L. 522-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'absence de base légale et méconnaît le champ d'application de la loi au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les dispositions des articles L. 522-1 et L. 321-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 321-5 du code de la sécurité sociale dès lors qu'elle a été privée d'une garantie en l'absence d'information concernant la possibilité de bénéficier d'un examen de santé ;

* elle méconnaît les articles L. 522-3 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le contenu du questionnaire fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 ne permet en aucune façon d'apprécier la vulnérabilité d'un demandeur d'asile ;

* elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été prise en raison des prétendus manquements lui étant reprochés, d'une part, et, d'autre part, qu'elle n'est pas motivée quant à la modulation de la décision choisie.

Par un mémoire, enregistré le 2 février 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Vu

- la requête n° 2400762 enregistrée le 18 janvier 2024 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 2 février 2024 à 10 heures.

A été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de

M. Grospierre, greffier d'audience, le rapport de M. Poyet, juge des référés, parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante centrafricaine née le 22 mai 1997 à Bangui en République centrafricaine, entrée sur le territoire français, le 7 octobre 2023, selon ses déclarations, a enregistré une demande d'asile auprès de la préfecture du Val-d'Oise, le 6 novembre 2023. D'abord exemptée d'orientation en région du fait de son hébergement chez une tierce personne résidant en Ile-de-France qu'elle nomme sa " grand-mère " mais après correction par courrier du 21 novembre 2023, sa " grand tante ", Mme A a fait l'objet d'une cessation de ses conditions matérielles d'accueil par une décision du 8 décembre 2023 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour caractériser l'urgence, Mme A soutient que la décision litigieuse la prive de ressources pour subsister. Toutefois, la requérante, qui a demandé à être exemptée de l'orientation régionale qui lui a été proposée en la justifiant par un hébergement de manière stable chez sa grand-mère en Ile-de-France, a présenté des observations, le 24 novembre 2024, à une demande d'information de l'OFII du 10 novembre 2024 afin de compléter son dossier, en précisant être hébergée en réalité par sa grand-tante, petite sœur de sa grand-mère, doit être regardée, en l'état de l'instruction, comme s'étant elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions aux fins de suspension. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me de Sèze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Cergy, le 21 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.