Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401549

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401549
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2024, M. E D B, agissant au nom de son frère mineur, M. C A, représenté par Me Pacheco, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 14 décembre 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. A ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder sans délai à l'enregistrement de la demande d'asile de M. A et de lui remettre une attestation de demande d'asile ainsi que le formulaire nécessaire à l'introduction de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, si sa demande d'aide juridictionnelle est rejetée, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que M. A est en situation d'irrégularité et risque de se trouver dans une situation de précarité économique et administrative ;

- il existe plusieurs moyens sont de nature à crée un doute sérieux sur la légalité de la décision :

* elle est entachée d'incompétence ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen

* elle méconnaît les dispositions de l'article 7 de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, des articles 3-1 et 22 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant et des articles L. 521-1, L. 521-3, L. 521-4, L. 521-8 à L. 521-12 et R. 521-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 2 février 2024 sous le n°2401549 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Buisson, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D B, ressortissant afghan né le 1er juin 1997 à Parwan, est entré en France le 14 novembre 2023 accompagné du jeune C A, né le 27 octobre 2006, qu'il présente comme son frère mineur, pour y demander l'asile. Le 14 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a enregistré la demande d'asile de M. B, mais a refusé d'enregistrer, en l'état, celle de M. A. Par la présente requête, M. B, se présentant comme représentant légal de son frère, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte de l'instruction que, le 14 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a informé M. B que, faute de production d'un jugement des autorités françaises justifiant de l'autorité et de la responsabilité de l'intéressé sur son frère mineur, ce dernier devait présenter sa demande auprès du service en charge des mineurs non accompagnés du département du Val-Oise. Cette mesure doit être regardée comme un simple acte préparatoire et ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence est remplie, il y a lieu de rejeter la requête, y compris ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais du procès, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection./ L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué".

5. Dès lors que l'action est manifestement irrecevable, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : La demande d'aide juridictionnelle provisoire est refusée.

Article 2 : La requête de M. D B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E D B.

Fait à Cergy le 20 février 2023.

Le juge des référés,

Signé

L. Buisson

La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.