Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401824
mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401824 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2024, M. A B, représenté par Me Goralczyk, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est établie dès lors qu'il fait l'objet d'un retrait de titre de séjour alors qu'il vit de manière régulière sur le territoire français depuis vingt ans, qu'il n'a jamais commis de trouble à l'ordre public et qu'il est placé dans une situation d'extrême précarité administrative et financière, ne pouvant plus présenter de titre de séjour en cours de validité ni travailler, qu'en outre, la décision attaquée porte atteinte à sa vie privée et familiale ;
- le retrait de sa carte de séjour porte une atteinte manifestement grave et illégale à sa liberté d'aller et venir et à sa liberté de mener une vie privée et familiale normale, à son droit d'exercer une activité professionnelle, qui constituent des libertés fondamentales, qu'en outre aucune des conditions n'est réunie pour justifier le retrait de son titre de séjour, dès lors qu'il n'a pas reçu les courriers de la préfecture et qu'il n'a, par conséquent, par fait obstacle aux contrôles nécessaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté et, à titre subsidiaire, l'absence d'urgence et de doute sérieux ayant trait à la légalité de la prétendue décision attaquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 9 février 2024 à
10 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- les observations de Me Goralczyk, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant haïtien né le 18 janvier 1977 à Dessalines en Haïti est entré en France, le 19 décembre 2004, selon ses déclarations. Il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'au 1er juin 2023. Le 17 juin 2022, il a fait l'objet d'une expulsion locative. Par une décision en date du 16 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise a prononcé un retrait de son titre de séjour, au motif que, durant la validité de sa dernière carte de séjour, il aurait été invité par courrier du 2 décembre 2022 à justifier de son domicile et de sa situation familiale et que ce courrier est revenu à la préfecture avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Un second courrier, en date du 15 décembre 2022, est revenu avec la même mention. Un courrier a été adressé à l'intéressé, le 30 mars 2023, pour l'aviser qu'une procédure de retrait de titre de séjour était engagée à son encontre et l'inviter à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation.
2. D'une part, l'article L. 521-2 du code de justice administrative dispose que : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code précité : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal () ".
3. Il appartient au requérant, qui saisit le juge des référés non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. Si, pour justifier l'urgence de sa situation, M. B se prévaut d'une résidence régulière sur le territoire français depuis vingt ans, qu'il n'a jamais commis de trouble à l'ordre public et qu'il est placé dans une situation d'extrême précarité administrative et financière, ne pouvant plus présenter de titre de séjour en cours de validité ni travailler et, qu'en outre, la décision attaquée porte atteinte à sa vie privée et familiale, il ne justifie pas, en l'état de l'instruction, étant précisé qu'il lui appartenait de porter à la connaissance de la préfecture son changement d'adresse, d'une situation d'urgence particulière nécessitant l'intervention du juge des référés dans un délai de seulement quarante-huit heures. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'atteinte grave et manifestement illégale à une ou plusieurs libertés fondamentales, ni sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet du Val-d'Oise, il y a lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 13 février 2024.
Le juge des référés
signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401824
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