Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402138

mercredi 14 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402138
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2024, M. B A, représenté par Me Sangue, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 3 février 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré sa carte de résident avant de le placer en zone d'attente, ainsi que celle du 7 février 2024 par laquelle il a refusé de lui restituer cette carte ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de la lui restituer dans un délai de huit jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en cas de retrait cette condition est présumée remplie ;

- les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle a été prise par une autorité incompétente ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

* elle méconnait le droit d'être entendu et l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

* elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la requête enregistrée le 13 février 2024 sous le n°2402136 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bertoncini, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A s'est présenté le 3 février 2024 au point de passage frontalier de l'aérodrome de Roissy-Charles de Gaulle par un vol en provenance des C, et par une décision du même jour, il s'est vu refuser l'entrée sur le territoire français et a été placé en zone d'attente de l'aéroport. Son maintien en zone d'attente a ensuite été refusé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du 7 février 2024. Il demande la suspension de l'exécution de la décision du 3 février 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré sa carte de résident avant de le placer en zone d'attente, ainsi que celle du 7 février 2024 par laquelle il a refusé de lui restituer cette.

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative: " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour et étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident d'un étranger qui a quitté le territoire français et a résidé à l'étranger pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmée, de même que la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " accordée par la France lorsque son titulaire a résidé en dehors du territoire des Etats membres de l'Union européenne pendant une période de plus de trois ans consécutifs. / La période mentionnée au premier alinéa peut être prolongée si l'intéressé en a fait la demande avant son départ de France ou pendant son séjour à l'étranger ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'ordonnance du 7 février 2024, que le requérant a vu son entrée en France refusée, décision qu'il n'indique pas avoir contesté, au motif que la carte de résident dont il disposait, valable du 25 juin 2019 au 24 juin 2029, était périmée en application des dispositions précitées de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il avait quitté le France depuis trois ans. Ainsi, l'autorité administrative n'a pas retiré sa carte de résident mais en a constaté la péremption pour lui refuser l'entrée sur le territoire français. En tout état de cause, l'intéressé ne conteste pas avoir vécu depuis 2020 hors de France, pour rejoindre son épouse et ses enfants aux C, où il est admis à séjourner jusqu'en 2025, son retour étant motivé par la difficulté d'y trouver un emploi. Dans ces conditions, il est manifeste qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition relative à l'urgence, que la requête de M. A peut être rejetée, en toutes ses conclusions, sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy le 14 février 2024.

Le juge des référés,

signé

T. Bertoncini

La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.