Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402995

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402995
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2024, Mme B C A, représentée par Me Hamidi, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 17 janvier 2024 par laquelle la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, dans l'attente du jugement au fond à intervenir ;

3°) d'enjoindre à la commission de médiation des Hauts-de-Seine de reconnaitre le caractère prioritaire de sa demande de logement social en application des articles L. 300-1 et L. 441-2-3, II ou, à défaut, de réexaminer sa situation sans délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, si sa demande d'aide juridictionnelle est rejetée, de lui verser directement cette somme.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que décision attaquée la prive d'une priorité pour un logement social, allongeant ainsi de plusieurs mois le traitement de sa demande, alors qu'elle remplit toutes les conditions pour être reconnue prioritaire, que son logement n'est pas adapté au handicap de son enfant mineure et est dangereux du fait de la délinquance environnante ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors qu'elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403121, enregistrée le 2 mars 2024, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 17 janvier 2024 par laquelle la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Aux termes de l'article L. 441-2-3 code de la construction et de l'habitation : " () II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114 ".

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision contestée, Mme A soutient que celle-ci préjudicie de façon grave et imminente à sa situation personnelle en ce qu'elle a pour effet de la priver d'une priorité pour un logement social, allongeant ainsi de plusieurs mois le traitement de sa demande alors qu'elle remplit toutes les conditions pour être reconnue prioritaire dans la mesure où son logement actuel n'est pas adapté au handicap de son enfant mineure et qu'il est dangereux compte tenu du climat d'insécurité dans le quartier dans lequel il se situe. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A réside dans un logement social géré par l'Office public de l'habitat des Hauts-de-Seine. Il n'est pas soutenu et il ne résulte pas de l'instruction qu'elle devrait quitter ce logement à faible échéance et il n'est pas établi que ce logement serait insalubre ou dangereux. Elle n'est pas ainsi dépourvue de tout hébergement. De même, si la requérante soutient que ce logement ne serait pas adapté au handicap de sa fille, elle n'en justifie pas et la décision contestée à son article 2 indiquait qu'il lui était recommandé de renseigner " le complément handicap " à l'appui d'une nouvelle demande de logement social qu'elle a toujours la possibilité de déposer. Par ailleurs, les autres circonstances dont elle se prévaut, ne sont pas de nature à caractériser une situation d'urgence. Dans ces conditions, l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas établie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige et sans qu'il y ait lieu d'accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dès lors qu'il est manifeste que la requête de Mme A ne peut être accueillie, que celle-ci doit être rejetée en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C A.

Fait à Cergy, le 5 mars 2024.

Le juge des référés,

signé

S. Ouillon

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.