Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403468
mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2403468 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, Mme A B, représenté par Me Samba, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour avec changement de statut vers un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'une autorisation de travail lui a été accordée pour un emploi en contrat à durée indéterminée au sein de la société ABC FV PARIS ; qu'en outre, son titre de séjour expire le 1er mars 2024 et qu'enfin, en l'absence de titre de séjour l'autorisant à travailler, la suspension de son contrat de travail, à compter du 4 mars et notifiée par son employeur le 26 février 2024, prendra effet ;
- l'absence de récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut vers un titre de séjour portant la mention " salarié " porte une atteinte manifestement grave et illégale à la liberté contractuelle et à son droit au travail.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heure ". L'article L. 522-3 de ce code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Il résulte en outre de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le juge des référés peut, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, une mesure d'organisation des services placés sous son autorité lorsqu'une telle mesure est nécessaire à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Toutefois, le juge des référés ne peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2 précité, qu'ordonner les mesures d'urgence qui lui apparaissent de nature à sauvegarder, dans un délai de quarante-huit heures, la liberté fondamentale à laquelle il est porté une atteinte grave et manifestement illégale. Eu égard à son office, il peut également, le cas échéant, décider de déterminer dans une décision ultérieure prise à brève échéance les mesures complémentaires qui s'imposent et qui peuvent également être très rapidement mises en œuvre. Dans tous les cas, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulière prévues par l'article L. 521-2 précité est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires. Compte tenu du cadre temporel dans lequel se prononce le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.
3. Pour justifier de l'urgence exigée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme B indique que son employeur la société ABC FV PARIS a obtenu une autorisation de travail le 25 septembre 2023 en vue d'un contrat de travail qui a été conclu à cette date et suspendu le 4 mars 2024. Mme B soutient que son précédent titre de séjour n'a pu lui être remis en l'absence d'information quant à sa disponibilité et que si sa demande de titre de séjour par changement vers le statut de salarié a été enregistrée, elle n'a pas bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour. Il résulte cependant de l'instruction que le contrat de travail à durée à durée indéterminée qu'elle a conclu correspondait à une autorisation de travailler à temps partiel en tant qu'étudiante. Si elle produit dans la présente requête n° 2403468 une lettre du 26 février 2024 de la société ABC FV PARIS selon laquelle son contrat de travail est suspendu en raison de l'expiration de son titre de séjour au 1er mars 2024, elle avait produit dans l'instance n° 2402827 un avenant suspendant son contrat de travail conclu le 26 février 2024 et signé conjointement par l'employeur et Mme B, qu'elle n'a pas communiqué dans cette instance, qui stipulait " le salarié est actuellement en possession d'un visa d'étudiant lui permettant de travailler à titre accessoire jusqu'à 964 heures du 1er septembre 2023 au 31 août 2024. Le nombre d'heures de travail limite arrivant à son terme, le salarié n'est donc plus autorisé à travailler en France jusqu'au 31 août 2024. Par conséquent, le contrat sera suspendu à compter du 4 mars dans l'attente d'un titre de séjour lui permettant de travailler à titre non accessoire. ". Dans ces conditions, la lettre datée du 26 février 2024 et non produite dans le cadre du précédent référé liberté contredit les stipulations du contrat signé le 26 février 2024. Eu égard au fait que l'intéressée a demandé un changement du statut d'étudiant au statut de salarié et à ce que l'autorisation de travail concernait un travail à temps partiel, l'urgence particulière justifiant qu'il soit ordonné à très bref délai, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une mesure de sauvegarde remédiant à une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est pas caractérisée. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête, dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Cergy le 12 mars 2024.
Le juge des référés,
Signé
G. Thobaty
La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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