Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404263

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404263
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mars 2024 et le 30 mai 2024, M. A B, représenté par Me Youness, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de stopper l'exécution du retrait de la carte de séjour pluriannuelle en attendant la décision de la cour d'appel le concernant ;

2°) de stopper la décision de retrait de sa carte de séjour pluriannuelle et lui laisser sa carte en l'état en attendant la décision de la cour d'appel afin de lui permettre de rester en situation régulière et de préserver sa vie de famille ;

3°) dire qu'il doit être maintenu en situation régulière avec une autorisation de voyager à défaut de lui délivrer une carte de séjour, à défaut, de maintenir la décision du préfet qui lui délivre une carte temporaire avec une convocation à un jour et heure fixe ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que sa situation administrative précaire met en danger la stabilité financière de sa famille ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- elles portent atteinte à sa vie privée ainsi qu'à sa santé, dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine occulte les effets de ses décisions sur l'ensemble de sa famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à l'irrecevabilité des conclusions à fin de suspension et, par conséquent, au rejet de la requête.

Il fait valoir que le courrier attaqué du 14 mars 2024, convoquant le requérant à la préfecture pour l'examen de son droit au séjour, ne fait pas grief et n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Vu :

- la requête n° 2404304, enregistrée le 24 mars 2024, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées ;

- l'ordonnance n° 2404304 du 29 mai 2024 du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 31 mai 2024 à

14 heures.

A été entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière, le rapport de M. Poyet, juge des référés, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant égyptien né le 15 septembre 1969, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 2 mars 2025. Par un courrier en date du 15 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a informé M. B qu'il envisageait le retrait de carte de séjour pluriannuelle au motif que son comportement représente une menace à l'ordre public et la délivrance, à son bénéfice, d'une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale. Le 21 décembre 2023, M. B a, par une lettre, présenté ses observations. Par un courrier en date du 14 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a adressé à M. B une convocation en préfecture pour le 27 mars 2024 dans le cadre de l'examen de son droit au séjour. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au retrait de sa carte de séjour pluriannuelle et l'a convoqué dans ses services.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, comme la requête en annulation, les conclusions à fin de suspension ne peuvent être dirigées que contre une décision administrative faisant grief.

4. L'article L. 522-3 de ce même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée par le préfet des Hauts-de-Seine à l'encontre des conclusions à fin de suspension de la convocation du 14 mars 2024 :

5. Une convocation à un rendez-vous en préfecture constitue une simple mesure préparatoire et non une décision faisant grief susceptible de recours contentieux. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée par le préfet des Hauts-de-Seine à l'encontre des conclusions à fin de suspension de la convocation en date du 14 mars 2024 présentées par M. B qui sont manifestement irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension de la décision portant retrait de carte de séjour pluriannuelle :

6. En l'espèce, M. B entend par sa requête voir prononcer la suspension de l'exécution du courrier du 15 décembre 2023. Toutefois, il apparaît que ce courrier n'est qu'un acte préparatoire ne revêtant pas le caractère d'une décision administrative susceptible de recours pour excès de pouvoir. Le courrier du 15 décembre 2023, qui expose l'historique de sa situation administrative et son dossier pénal, indique que le préfet des Hauts-de-Seine envisage de procéder au retrait de sa carte de séjour pluriannuelle de sorte qu'il ne présente pour sa part qu'un simple caractère informatif et ne saurait donc être regardé comme une décision faisant par elle-même grief. Eu égard à ce qui a été dit au point 3 ci-dessus, la demande présentée par M. B est manifestement irrecevable et doit être rejetée.

7. Par suite, il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. B, ainsi que celles aux fins d'injonction, par voie de conséquence, doivent être rejetées comme étant irrecevables, y compris celles présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 20 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.