Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2404949

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2404949
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024, M. A C B, représenté par Me Siran, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Cergy portant refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil après l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et ce, de manière rétroactive, à compter de leur suspension, ou, à titre subsidiaire, de le rétablir dans ses droits ou de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à son bénéfice si l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie, dans la mesure où il se trouve dans une situation d'insécurité, de vulnérabilité et de précarité ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* celle-ci a été prise par une autorité incompétente ;

* elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas bénéficié de l'entretien d'évaluation de vulnérabilité, et que la préfecture n'établit pas qu'un éventuel entretien ait été réalisé par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin ;

* elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

* elle est entachée d'une erreur de fait ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire enregistré le 16 avril 2024, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la situation d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant s'est lui-même placé dans la situation d'urgence qu'il invoque dès lors qu'il ne s'est pas présenté à une première convocation dans le cadre d'une orientation pour un hébergement et la SPADA a également informé l'OFII de ce qu'une alerte avait été émise par leurs services. Une convocation lui a été adressée qui a été retournée à l'OFII avec la mention pli avisé et non réclamé ; il n'a pas davantage répondu au courrier d'intention qui lui a été adressé l'invitant à faire des observations, ce pli n'a pas été retiré par le requérant et a été retourné à l'OFII ; il n'établit pas la situation de précarité dont il se prévaut ni se trouver dans une situation de vulnérabilité ;

- Aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2404950, enregistrée le 5 avril 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Griel, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 16 avril 2024, tenue en présence de El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Le Griel, juge des référés ;

- et les observations de Me Siran pour M. B, le requérant présent, laquelle insiste sur la condition d'urgence dès lors que le requérant se retrouve sans ressources ni logement ni aucun accompagnement social et développe les moyens de la requête. Elle fait valoir que le requérant n'a jamais reçu le courrier du 5 septembre 2023 portant convocation par l'OFII pour le 15 septembre 2023. Il existe une incohérence entre le suivi postal de ce courrier issue des services postaux qui indiquent que le pli a été distribué à son destinataire contre sa signature le

7 septembre 2023 et l'accusé de réception revenu avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Elle soutient en outre que l'OFII n'est pas une autorité chargée de l'asile au sens de l'article

L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

L'OFII n'étant pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 29 janvier 2005, a présenté le 25 août 2023 une demande d'asile instruite dans le cadre de la procédure dite " Dublin ". Ce même jour, il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'OFII a mis fin au bénéfice à son profit des conditions matérielles d'accueil par décision du 10 octobre 2023. La France étant devenue responsable de sa demande d'asile, en l'absence d'exécution de l'arrêté de transfert vers la Croatie, celle-ci a été enregistrée en procédure dite " accélérée " et l'intéressé a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 25 janvier 2024, notifié le

9 février 2024, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy, lui en a refusé le rétablissement au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. L'intéressé a formé par courrier du 3 avril 2024, un recours administratif à l'encontre de cette décision. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 ci-dessus visée : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de prononcer l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation (), le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire, écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L 521-1 et L 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution la décision en litige par laquelle l'OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, M. B soutient que cette décision le place dans une situation de grande précarité dès lors qu'il n'a aucun moyen de subsistance ni hébergement. Si l'administration fait valoir que le requérant a lui-même contribué à la situation d'urgence dont il se prévaut dès lors qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux rendez-vous fixé le

1er septembre 2023 par la SPADA COALLIA CERGY en vue de la notification d'une orientation pour un hébergement et par l'OFII le 15 septembre 2023, l'intéressé indique n'avoir jamais eu connaissance de ces convocations. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé se serait vu notifier une convocation pour le 1er septembre 2023 par la SPADA. D'autre part, s'agissant de la convocation pour le 15 septembre 2023 par courrier du 5 septembre 2023 par l'OFII, il résulte de l'instruction que selon la notification du 21 septembre 2023, portant intention de cessation des conditions matérielles d'accueil, la convocation à ce rendez-vous lui a été distribuée contre signature et dans la décision en litige lui en refusant le rétablissement cette même convocation a été retournée à l'OFII le 25 septembre 2023 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, l'administration ne démontre pas que lesdites convocations ont été régulièrement notifiées au requérant, alors qu'il n'est pas contesté que l'intéressé se retrouve sans aucune ressource ni hébergement et qu'il se retrouve à vivre dans la rue. Dès lors, la condition relative à l'urgence doit être regardée comme étant remplie dans les circonstances de l'espèce.

En ce qui concerne l'existence de moyens sérieux.

6. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants: 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes; 4° Il a dissimulé ses ressources financières; 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale; 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. (). ".

7. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée, laquelle vise l'article L. 551-16 précité, que l'Office s'est fondé sur la circonstance que le requérant n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux

rendez-vous fixés par la SPADA COALLIA le 1er septembre 2023 et par l'OFII le 15 septembre 2023.

8. En l'état de l'instruction, compte tenu des éléments exposés au point 5 le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que les deux conditions qui subordonnent la suspension d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision de l'OFII du 25 janvier 2024 portant refus de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présente un caractère provisoire () ".

11. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au directeur de l'OFII d'accorder, à titre provisoire, le rétablissement des conditions matérielles d'accueil et donc sans effet rétroactif, à M. B dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu à ce stade d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 25 janvier 2024 de l'OFII est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au directeur de l'OFII d'accorder, à titre provisoire, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Siran.

Fait à Cergy, le 17 avril 2024.

La juge des référés,

signé

H. Le Griel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.