Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406898

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2406898
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 23 mai 2024, M. B A, représenté par Me Ganem, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 25 mars 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement rejeté sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de prendre une décision provisoire d'autorisation de regroupement familial en faveur de son épouse et de son fils dans le délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la séparation de son couple, qui ne lui est pas imputable, n'a pas porté atteinte à l'intensité du lien familial entretenu avec son épouse ; qu'en outre, son jeune enfant né le 9 août 2023 est privé de l'un de ses parents et qu'enfin, le retard de la préfecture du Val-d'Oise dans l'instruction de son dossier de demande de regroupement familial et la naissance d'une décision implicite de rejet quant à cette demande ont entraîné une dégradation de son état de santé psychologique ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors que le préfet n'a pas communiqué les motifs du refus implicite de de regroupement familial ;

- elle a été prise en violation des dispositions des articles L. 434-1 à L. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions du regroupement familial au regard de sa situation administrative, de l'âge de son épouse, de la composition de sa famille, de son logement, de ses ressources et du respect des principes essentiels régissant la vie familiale en France conformément aux lois de la République ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que son enfant justifie d'un intérêt particulier à vivre les premiers mois de sa vie aux côtés de ses deux parents ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soulève l'irrecevabilité de la requêté en soutenant qu'elle est dirigée contre une décision inexistante, les services de la préfecture étant en attente du retour des enquêtes ressources et logement menées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), aucune décision quant à sa demande de regroupement familial n'ayant donc été édictée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2406894, enregistrée le 15 mai 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 27 mai 2024 à 9 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;

- et les observations de Me Ganem, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant égyptien né le 1er janvier 1989 en Egypte, est entré sur le territoire français en 2008 et est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable du 26 juillet 2021 au 25 juillet 2025. Le 30 mai 2023, il a présenté une demande de regroupement familial auprès de l'OFII au bénéfice de son épouse, puis de son fils, le 1er septembre 2023, ce dernier étant né le 9 août 2023, laquelle a été enregistrée le 25 septembre 2023. Du silence gardé pendant plus de six mois sur cette demande par l'autorité administrative, une décision implicite de rejet est née. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Le requérant fait valoir qu'il justifie d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative dans la mesure où, en raison de la décision litigieuse, son épouse, qui réside en Egypte avec leur enfant né le 9 août 2023, ne peut le rejoindre sur le territoire français, alors qu'ils sont séparés depuis leur mariage, le 19 août 2022. Il fait également valoir les conséquences de la séparation pour l'enfant et son propre état de santé psychologique. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'une décision implicite de rejet du préfet du Val-d'Oise est née le 25 mars 2024, conformément aux dispositions de l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, six mois à compter du dépôt le 25 septembre 2023 de son dossier complet, dont M. A a demandé la communication des motifs par courrier le 25 mars 2024, et n'a exercé de recours en annulation que le 15 mai 2024, soit près de deux mois après la naissance de la décision litigieuse. Par ailleurs, son enfant est né seulement né le 9 août 2023 et il ne produit pas de certificat médical pour attester de son état psychologique. Dans ces conditions, M. A s'est en partie lui-même placé dans la situation d'urgence dont il se prévaut. En outre, la durée de l'instruction de la demande de regroupement familial, demande qui a été implicitement rejetée au terme d'un délai de six mois, n'a pas pu faire naître par elle-même une situation d'urgence. Enfin, les éléments relatifs à la circonstance que préfet du Val-d'Oise ne lui a pas communiqué les motifs de la décision implicite de rejet qui lui a été opposée et que la décision litigieuse a pour conséquence de porter atteinte de façon disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale se rapportent à la légalité de cette décision. Ainsi, la condition tenant à l'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ni la fin de non-recevoir soulevée par le préfet du Val-d'Oise, il y a lieu de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Cergy, le 17 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision