Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406903
vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406903 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, M. C B, représenté par Me Ben-Saadi, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions de classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " salarié " et de la demande de changement de statut au profit d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " prises par la préfecture des Hauts-de-Seine les 20 février 2024, 22 et 27 mars 2024 et 23 et 24 avril 2024 ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à l'enregistrement, par tout moyen, de sa demande de renouvellement de titre de séjour ou de changement de statut du requérant dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous les mêmes modalités d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais liés à l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors qu'il s'agit d'une décision de clôture de sa demande de renouvellement de titre de séjour le plaçant en situation irrégulière sur le territoire français, portant atteinte à sa vie personnelle et professionnelle, en ce qu'il ne pourra plus exercer d'activité professionnelle ni faire renouveler sa couverture maladie ou percevoir ses prestations sociales ;
Les moyens suivants de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'un défaut de signature de l'acte ;
- elles ont été prises par une autorité incompétence ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation tiré d'un défaut d'examen ;
- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 433-1 et R. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est éligible au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié " en tant qu'intérimaire ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il remplit les conditions pour l'obtention de son titre de séjour ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à l'irrecevabilité de la requête. Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que les décisions attaquées au fond ne constituent pas des décisions faisant grief susceptibles d'être déférées au juge de l'excès de pouvoir.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2406429, enregistrée le 3 mai 2024, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 13 juin 2024 à 14 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Thobaty, juge des référés ;
- et les observations de Me Ben-Saadi, représentant M. B et de M. B, qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour au motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.
3. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de la sous-section intitulée " Etranger salarié sous contrat de travail à durée indéterminée " : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ". Aux termes de l'article L. 421-3 de la sous-section intitulée " Etranger salarié sous contrat de travail à durée déterminée " : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. /Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement ". Aux termes de l'article L. 414-12 : " La délivrance des cartes de séjour portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " et " travailleur saisonnier ", respectivement prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 421-34, est subordonnée à la détention préalable de l'autorisation de travail prévue aux articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Cette autorisation est délivrée dans les conditions prévues par le code du travail " Aux termes de l'article L. 433-1 de ce code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ".
4. Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I.- Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : " 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () II.- La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-3 de ce code : " I.- L'étranger qui bénéficie de l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 peut, dans le respect des termes de celle-ci, exercer une activité professionnelle salariée en France lorsqu'il est titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ", délivrée en application de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou le visa de long séjour valant titre de séjour portant la même mention, mentionné au 8° de l'article R. 431-16 du même code ; 2° La carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " salarié ", délivrée en application de l'article L. 421-1 () ". Aux termes de l'article R. 5221-32 du code du travail : " Le renouvellement d'une autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est sollicité dans le courant du deuxième mois précédant son expiration. / La demande de renouvellement est accompagnée de documents dont la liste est fixée par arrêté conjoint des ministres chargés de l'immigration et du travail. / L'autorisation de travail est renouvelée dans la limite de la durée du contrat de travail restant à courir ou de la mission restant à accomplir en France ". Aux termes de l'article R. 5221-33 de ce code : " Par dérogation à l'article R. 5221-32, la validité de l'autorisation de travail mentionnée au 2° du I de l'article R. 5221-3 est prorogée d'un an lorsque l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi à la date de la première demande de renouvellement. / Si, au terme de cette période de prorogation, l'étranger est toujours privé d'emploi, il est statué sur sa demande compte tenu de ses droits au regard du régime d'indemnisation des travailleurs involontairement privés d'emploi ".
5. M. C B, ressortissant marocain né le 6 mai 1960 à El Fida au Maroc, a obtenu un titre de séjour portant la mention " salarié " valable du 23 mai 2023 au 22 mai 2024. En février 2024, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Le 20 février 2024, la préfecture des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande au motif qu'il n'aurait pas fourni d'autorisation de travail. M. B a alors sollicité un changement de statut en vue d'obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Toutefois, la préfecture a classé sans suite sa demande les 22 et 27 mars 2024, au motif qu'il n'aurait pas fourni tous les documents pour sa demande. Il a ensuite tenté de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié ", de nouveau classé sans suite par une décision du 23 avril 2024. Il a finalement sollicité une troisième fois un changement de statut qui a été classé sans suite le 24 avril 2024. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension des décisions de classement sans suite des 20 février 2024, 22 et 27 mars 2024 et 23 et 24 avril 2024.
6. Il résulte de l'instruction que M. B n'a pas bénéficié de contrat à durée indéterminée, mais a effectué des missions d'intérim à durée déterminée. Ainsi, il ne relève pas de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais de l'article L. 421-3 de ce code qui ne prévoit pas, contrairement aux situations régies à l'article L. 421-1, de prorogation de l'autorisation de travail d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait bénéficié d'une autorisation de travail. Il ne peut invoquer le bénéfice de la prorogation d'un an de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-33 du code du travail, dès lors d'une part qu'il ne justifie pas d'une autorisation de travail antérieurement délivrée et, d'autre part, en raison de ce que cet article n'est applicable qu'à l'autorisation de travail mentionnée au 2° du I de l'article R. 5221-3 qui ne concerne que les étrangers relevant de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui bénéficient d'un contrat à durée indéterminée.
7. Dans ces conditions M. B ne peut être regardé comme ayant déposé un dossier complet pour ses demandes de titre " salarié " au sens de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas avoir adressé aux services de la préfecture les pièces nécessaires à la complétude de son dossier pour sa demande de changement de statut " vie privée et familiale ".
9. Dès lors, les décisions attaquées au fond ne constituant pas des décisions susceptibles d'être déférées au juge de l'excès de pouvoir, la requête au fond est irrecevable. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions de classements sans suite doivent être rejetées comme mal fondées.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B en toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au préfet des Hauts-de-Seine et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Cergy, le 14 juin 2024.
Le juge des référés,
signé
G. Thobaty
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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