Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2406988
mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2406988 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 16 et 31 mai 2024, M. B A, représenté par Me Ka, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 28 mars 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à compter du jour de l'enregistrement de sa demande d'asile et ce, dans le délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Ka, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il soit définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de verser cette somme à son bénéfice.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il ne bénéficie plus du versement de l'allocation pour demandeur d'asile depuis mai 2022, se trouve sans moyen de subsistance et doit quitter sans délai son logement ; qu'en outre, a été constatée la dégradation de sa situation matérielle et psychologique ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que n'a pas été pris en considération son état de santé ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable de sa situation personnelle et de sa situation de vulnérabilité, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que n'a pas été pris en considération la situation de grande vulnérabilité dans laquelle il se trouve, ni sa situation médicale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est laissé dans le dénuement extrême alors qu'il est en procédure normale et a déclaré être dans une situation de précarité lui donnant droit à pouvoir bénéficier des conditions matérielles d'accueil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête aux motifs que les conditions d'urgence et de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ne sont pas remplies.
Vu :
- la requête n° 2406986, enregistrée le 16 mai 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 31 mai 2024 à
14 heures.
Ont été entendus lors de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de Me Ka, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant ses écritures.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, enregistrée le 31 mai 2024, a été produite pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant mauritanien né le 15 décembre 1978, est entré sur le territoire français en 2021 selon ses déclarations. Il a présenté le 5 novembre 2021 une demande d'asile, a été placé en procédure Dublin et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil avant que l'OFII décide de ne plus les lui octroyer. Le 9 novembre 2023, il a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture des Yvelines et a obtenu une attestation de demande d'asile en procédure normale. Par un courriel en date du 16 novembre 2023, l'intéressé a présenté une demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, laquelle a été rejetée par une décision du 28 mars 2024, notifiée le 8 avril 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A, tels qu'ils ont été analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 28 mars 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Ka et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Cergy, le 19 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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