Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408005

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408005
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juin 2024, M. A B, représenté par Me Gonidec, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du

5 décembre 2023, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à lui verser.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée, dès lors qu'il s'agit d'une décision portant refus de renouvellement de titre de séjour et que la tardiveté du dépôt de sa demande ne saurait lui être opposée alors qu'il a procédé à sa demande de renouvellement avant l'expiration de son titre ; nonobstant la présomption, sa situation est constitutive d'une situation d'urgence dès lors qu'il n'a pu accepter le poste de consultant qui lui a été proposé, qu'il n'a pu se rendre aux différentes conférences auxquelles il a été invité du fait de son expertise dans la lecture du conflit israélo-palestinien et qu'il ne peut rendre visite à son père, âgé, affaibli et particulièrement vulnérable ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle a été prise en violation des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au respect à sa vie privée et familiale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2403970, enregistrée le 19 mars 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- l'ordonnance n° 2400706 du 16 février 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- l'ordonnance n° 2403228 du 25 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- l'ordonnance n° 2403956 du 3 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant palestinien né le 23 juin 1971, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valide du 15 septembre 2022 au

14 septembre 2023. Le 5 août 2023, le téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " a émis une attestation de dépôt d'une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Une demande de complément d'informations, concernant les preuves de vie commune, lui a été adressée le 28 novembre 2023, à laquelle il a répondu le 14 décembre 2023. Il a déposé un référé mesures-utiles devant le tribunal de Cergy-Pontoise, que le juge des référés a rejeté dans une ordonnance n° 2400706 du 16 février 2024, au motif qu'une décision implicite de rejet était née. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code précise que : " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de sa situation, M. B soutient que son titre de séjour était valable jusqu'au 14 septembre 2023 et que sa demande de renouvellement est restée sans réponse, le plaçant en situation irrégulière sur le territoire français et qu'en l'absence de renouvellement de son titre alors qu'il remplit toutes les conditions, il ne peut honorer une proposition d'embauche en qualité de consultant, ne peut répondre favorablement aux différentes invitations qui lui sont faites pour partager son expertise sur la situation du conflit israélo-palestinien et ne peut rendre visite à son père âgé et affaibli. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour le 5 août 2023, alors que ce dernier expirait le 14 septembre 2023, ne respectant pas les délais ainsi prévus par l'article

R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'il a lui-même contribué à la situation d'urgence dont il entend se prévaloir. Par ailleurs, si M. B verse une promesse d'embauche, des invitations à deux conférences, une prévue le 5 juin 2024 et une autre du 31 mai au 4 juin 2024 et des éléments liés à la santé de son père pour justifier de l'urgence, d'une part, les pièces sont en langue étrangère et, d'autre part, les conférences sont antérieures à la date de saisine du juge des référés et la promesse d'embauche n'est pas datée de sorte qu'il ne démontre pas que serait portée une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B, en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article

L.522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 26 juin 2024.

Le juge des référés,

signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.