Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408211

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2408211
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juin 2024 et le 18 juin 2024, M. B, représenté par Me Berdugo, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 29 mars 2024 par laquelle le sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) lui a retiré son titre de séjour et de la décision par laquelle il a implicitement refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour du même jour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée en présence du retrait de son titre de séjour ; en tout état de cause, sa situation désormais irrégulière sur le territoire français l'expose à une situation précaire et l'empêche de voyager vers la Pologne où son épouse réside, alors par ailleurs que l'incubateur de la start-up Clic-Clic a besoin de ses compétences pour que le projet puisse prospérer ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- elles sont illégales par voie d'exception d'illégalité de la décision portant annulation de son visa par l'ambassade de France en Pologne, qui ne lui pas été notifié et dont il ne connaît pas les motifs ; en tout état de cause, il n'a jamais produit de faux qui aurait pu motiver une telle décision ;

S'agissant de la décision portant retrait de son titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence de débat contradictoire en amont de son édiction ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de saisine de la commission du titre de séjour en amont de son édiction ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a jamais produit de faux et que l'administration n'apporte pas la preuve contraire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 432-5-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant refus implicite de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 425-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet des Hauts-de-Seine, à qui la requête a été communiquée, a produit des pièces, enregistrées et communiquées le 11 juin 2024, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2408024 enregistrée le 30 mai 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 19 juin 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Oriol, juge des référés ;

- les observations orales de Me Simon, substituant Me Berdugo, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe né le 19 juillet 1973, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 7 août 2023 au 6 août 2027 portant la mention " passeport talent : projet économique innovant ", après que la French Tech eut reconnu le caractère innovant du projet Clic-Clic, dans lequel M. B a investi. Par la présente requête, M. B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 mars 2024 par laquelle le sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) lui a retiré son titre de séjour et de la décision par laquelle il a implicitement refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour du même jour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du courriel du 14 février 2024 adressé à l'ambassade de France à Varsovie et à plusieurs services du ministère de l'intérieur et du ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique par M. A, adjoint au chef de pôle national d'expertise CII de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la préfecture de la région Ile-de-France, que le caractère innovant du projet Clic-Clic n'a jamais été reconnu par les services de l'Etat, de sorte que M. B a produit un faux document dans le cadre d'une tentative de fraude pour obtenir un titre de séjour. En l'état de l'instruction, un tel titre ne pouvant être regardé comme créateur de droits, aucun des moyens rappelés dans les visas de la présente ordonnance n'est donc de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 20 juin 2024.

La juge des référés,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.