Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409389
jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409389 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. B A, représenté par Me Cardoso, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de refus implicite de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur sa demande ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ou une attestation de prolongation d'instruction sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou de procéder au réexamen de sa situation ou encore de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans ce même délai et sous cette même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros hors taxes à verser à Me Cardoso sous réserve que cette dernière renonce à recevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle ; en cas de refus d'octroi de l'aide juridictionnelle, il est sollicité que le versement soit effectué à son profit.
Il soutient que :
1. La condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision dont la suspension est demandée le place dans une situation de séjour irrégulier en France avec tous les risques qui en découlent, alors qu'il est en droit de bénéficier d'un titre de séjour ; cette décision fait obstacle à ce qu'il bénéficie de son droit à mener une vie familiale normale et ne lui permet pas de travailler ; il ne saurait lui être reproché le délai entre la naissance de la décision implicite de rejet et le dépôt de la présente requête dès lors qu'il ne pouvait légitimement avoir connaissance des modalités de naissance d'une décision implicite de rejet avant de s'être rapproché d'un conseil ;
2. Les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision en litige méconnait les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision en litige méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision en litige méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
Vu :
- la requête n° 2409354, enregistrée le 28 juin 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 13 juin 1996, est entré en France, selon ses allégations, le 1er septembre 2013. Le 10 mars 2022, M. A a déposé une demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision en date du 3 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, avant d'abroger cet arrêté par décision du 26 septembre 2023. Le 6 octobre 2023, M. A a déposé une nouvelle demande de titre de séjour. En l'absence de réponse du préfet du Val-d'Oise, une décision implicite de rejet de cette demande est née, décision dont M. A demande, par la présente requête, la suspension par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. D'une part, la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Val d'Oise sur la demande de M. A est un refus implicite de délivrance de titre de séjour et non un refus implicite de renouvellement de titre de séjour. Le requérant ne bénéficie donc pas d'une présomption d'urgence.
5. D'autre part, pour justifier de l'urgence à suspendre la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur sa demande de titre de séjour, M. A soutient que cette décision le place dans une situation de séjour irrégulier en France avec tous les risques qui en découlent, alors qu'il en droit de se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français et de parent d'un enfant français et que cette décision fait donc obstacle à ce qu'il jouisse d'une vie privée et familiale normale et dispose d'une autorisation de travail. Toutefois, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, M. A déclare être entré en France le 1er septembre 2013, sous couvert d'un visa Schengen valable du 18 août au 16 septembre 2013. Il résulte de ses écritures que sa première demande de titre de séjour n'a été présentée qu'en mars 2022, soit après plus de huit années de résidence irrégulière sur le territoire national et a donné lieu à une décision de rejet prise par le préfet du Val-d'Oise le 26 septembre 2023. Si cet arrêté a été abrogé le 6 octobre 2023, il est constant qu'aucune décision de délivrance de titre de séjour n'était encore intervenue lorsque M. A a présenté sa nouvelle demande de titre de séjour le 6 octobre 2023. Ainsi, la décision dont la suspension est demandée n'a pas pour effet de modifier la situation de M. A qui réside irrégulièrement sur le territoire national depuis près de douze années, à l'exception de la période où il s'est vu délivrer un récépissé le temps de l'instruction de sa première demande de titre de séjour. Si le requérant soutient toutefois que la décision dont la suspension est demandée le place dans une situation de précarité financière, il n'établit pas la réalité de cette situation, non plus que son imputabilité à l'exécution de la décision litigieuse. Enfin, si M. A se prévaut également de l'atteinte portée à son droit de mener une vie privée et familiale normale alors qu'il est marié depuis le 23 octobre 2021 avec une ressortissante française et père d'un enfant français né le 1er octobre 2022, il n'est pas contesté que l'intéressé fait l'objet d'un refus de titre implicite, et non d'une mesure d'éloignement.
6. Par suite, le requérant ne démontrant pas l'existence de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il y a lieu de rejeter, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sa requête dans toutes ses conclusions y compris celles relatives aux frais liés au litige, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 4 juillet 2024.
La juge des référés,
signé
H. Lepetit-Collin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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