Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410530

lundi 17 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410530
TypeDécision
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule la décision implicite de rejet du préfet des Hauts-de-Seine concernant la demande de carte de résident de M. B, ressortissant bangladais reconnu réfugié. Le tribunal juge que cette décision méconnaît l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui impose la délivrance de plein droit d'une carte de résident de dix ans aux réfugiés. Il enjoint au préfet de délivrer ce titre dans un délai de deux mois, sans astreinte. Les conclusions indemnitaires de M. B sont rejetées faute de preuve du préjudice allégué.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, M. A C B, représenté par Me Da Costa Cruz, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour déposée le 30 mai 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en raison des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision implicite de rejet et du traitement anormalement long de son dossier, assortie des intérêts capitalisés au taux légal à compter du 30 août 2023 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'a pas communiqué les motifs de sa décision ;

- elle méconnait les articles L 424-1 et L 431-15-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation personnelle ;

- il est fondé à solliciter le versement de la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral, financier ainsi que des troubles dans ses conditions d'existence, subis en raison de l'illégalité de la décision et du traitement anormalement long de son dossier.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Thobaty, président-rapporteur a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant bangladais né le 5 mai 1994, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 28 octobre 2021. Le 30 mai 2023, il a déposé une demande de carte de résident en qualité de réfugié sur la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), téléservice prévu à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé sur cette demande par le préfet des Hauts-de-Seine a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d'une carte de résident. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que de condamner l'Etat à la réparation des préjudices subis du fait de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ".

3. Il est constant que M. B, dont la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 28 octobre 2021, a déposé une demande de carte de résident en qualité de réfugié sur le téléservice prévu à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B entre dans les catégories d'étrangers dont la délivrance d'une carte de résident est de plein droit. La décision implicite de rejet du préfet des Hauts-de-Seine née sur la demande de carte de résident présentée par M. B, qui méconnaît l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit, par suite, être annulée.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. M. B n'établit ni la réalité, ni l'étendue du préjudice qu'il allègue avoir subi. Les conclusions indemnitaires qu'il présente ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement et en l'absence de tout changement allégué dans les circonstances de fait et de droit, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B une carte de résident d'une durée de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La décision implicite de rejet du préfet des Hauts-de-Seine née sur la demande de carte de résident présentée par M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B une carte de résident d'une durée de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2025.

Le président-rapporteur

signé

G. Thobaty L'assesseur le plus ancien,

signé

S. BourraguéLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.