Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2412727

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2412727
TypeOrdonnance
RecoursAutorisation

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet de titre de séjour présentée par M. B, ressortissant congolais. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la décision contestée portant sur une première demande de titre de séjour et non sur un renouvellement, ce qui ne fait pas présumer l'urgence. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Magbondo, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour de plein droit ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa demande de carte de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'intervalle, un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que son épouse ne peut subvenir seule aux besoin de sa famille eu égard à sa vulnérabilité et fragilité ; qu'en outre, la décision attaquée le prive de participer à l'entretien de sa famille alors qu'avec une autorisation provisoire de séjour ou une carte de séjour dont il doit bénéficier de plein droit, il pourrait travailler, bénéficier de droit sociaux et jouir de sa liberté d'aller et venir ;

- il existe des moyens de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions des articles L. 424-3 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la requête n°2412389, enregistrée le 29 août 2024, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né le 7 décembre 1969, est entré sur le territoire français le 12 décembre 2023 muni d'un visa de type " D ", valable du

5 décembre 2023 au 4 mars 2024, par une procédure de regroupement familial initiée par son épouse, réfugiée statutaire et titulaire d'une carte de résident de dix ans. Le 1er mars 2024, il a déposé une première demande de titre de séjour en qualité de conjoint de refugié. L'administration ayant gardé le silence sur sa demande pendant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet de sa demande est née. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des

Hauts-de-Seine a refusé sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, en vertu des dispositions du premier alinéa de l'article

R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision critiquée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4. La décision en litige statuant sur une première demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un réfugié présentée par M. B, la présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve pas à s'appliquer.

5. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. B fait valoir que la décision attaquée produit des effets directs et immédiats sur sa vie privée et familiale, dès lors qu'elle le prive de participer à l'entretien de sa famille et qu'une autorisation provisoire de séjour ou une carte de séjour pourrait lui permettre de travailler, bénéficier de droit sociaux et jouir de sa liberté d'aller et venir. En outre, il soutient que son épouse dispose de ressources modestes et limitées. Enfin, il ajoute qu'il devrait bénéficier de plein de droit d'un titre de séjour en sa qualité de conjoint d'un étranger reconnu réfugié.

6. Toutefois, d'une part, la circonstance selon laquelle il est l'époux d'une étrangère ayant obtenu le statut de réfugié ne peut suffire pour caractériser une situation d'urgence au sens des principes rappelés au point 4. Il en va de même de la circonstance que l'intéressé pourrait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en sa qualité de conjoint d'un étranger reconnu réfugié, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant distincte du point de savoir si les moyens invoqués sont propres à faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée et du risque pour l'intéressé de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, eu égard à l'existence d'une procédure de recours à caractère suspensif organisée par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile contre une telle mesure d'éloignement qui serait prise à son encontre. D'autre part, l'intéressé n'établit pas que le refus de séjour en litige le priverait de la possibilité d'obtenir un emploi. Enfin, en tout état de cause, en se bornant à produire deux attestations de paiement de la Caisse d'allocations familiales en date de juillet et août 2024 ainsi qu'un avis d'impôt établi en 2024 sur les revenus de 2023, M. B n'apporte à l'appui de ses allégations aucune justification suffisante permettant de caractériser l'existence d'une situation de précarité financière qui découlerait de l'exécution de la décision litigieuse.

7. Dans ces conditions, M. B ne saurait être regardé, en l'état, comme justifiant d'une urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais de l'instance, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copies-en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 26 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.