Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2504631
mercredi 4 novembre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2504631 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 mars 2025, 12 juin 2025, 16 avril 2026 et 1er juin 2026, M. Z... K... demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 15 décembre 2023 par laquelle les services préfectoraux ont classé sans suite sa demande de titre de séjour « recherche d’emploi - création d’entreprise » ;
2°) d’annuler l’arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
3°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou d’instruire sa demande ;
4°) d’enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l’effacement de son signalement dans le système d’information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision du 15 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine :
- elle méconnaît les articles L. 211-2 et L. 411-2 du code des relations entre le public et l’administration et les principes du contradictoire, des droits de la défense et du droit au recours protégés par les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’aucune mesure d’éloignement ne lui a été notifiée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît son droit à l’instruction de sa demande ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale dès lors qu’elle est fondée sur une décision qui ne lui pas été notifiée ;
Sur l’arrêté du 6 avril 2023 du préfet du Puy-de-Dôme pris dans son ensemble :
- il est illégal dès lors qu’il ne lui a été notifié, en méconnaissance des principes du contradictoire, des droits de la défense et du droit au recours tel que protégé par l’article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation, eu égard notamment à l’erreur commise par le préfet sur la date de sa demande et dès lors qu’il n’a pas examiné la nature et l’intensité de ses liens personnels et familiaux en France ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Sur la décision du préfet du Puy-de-Dôme du 6 avril 2023 portant interdiction de retour en France :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen de sa situation au regard des critères posés par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2026, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
Par une ordonnance du 23 juillet 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 13 août 2026.
Par un courrier du 18 septembre 2026, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de la tardiveté des conclusions à fin d’annulation de la requête dirigées contre l’arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 6 avril 2023, qui a été notifié avec mention des voies et délais et de recours, avant le 17 avril 2023, à l’adresse déclarée par l’intéressé aux services préfectoraux.
Des observations sur ce moyen relevé d’office ont été présentées pour M. K... le 20 septembre 2026 et communiquées aux préfets.
Un mémoire en défense a été présenté par le préfet des Hauts-de-Seine le 28 septembre 2026, postérieurement à la clôture de l’instruction, et n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme David-Brochen, rapporteure ;
- et les observations de M. Tajer.
Le préfet des Hauts-de-Seine et le préfet du Puy-de-Dôme n’étaient ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. M. Z... K..., ressortissant marocain né le 30 mai 1985, est entré en France le 5 mars 2016 selon ses déclarations. Par un arrêté du 6 avril 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Le 2 octobre 2023, M. K... a présenté une nouvelle demande de titre de séjour et d’autorisation provisoire de séjour auprès des services préfectoraux des Hauts-de-Seine. Par une décision du 15 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande. Par la présente requête, M. K... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 6 avril 2023 du préfet du Puy-de-Dôme et la décision du 15 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne l’arrêté du 11 avril 2023 du préfet du Puy-de-Dôme :
2. Aux termes de l’article L. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ». Et aux termes de l’article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ».
3. Il ressort des pièces du dossier que le pli contenant l’arrêté attaqué a été présenté le à l’adresse que M. K... avait déclarée aux services préfectoraux et a été retourné à la préfecture du Puy-de-Dôme le 6 juin 2023 avec la mention « destinataire inconnu à cette adresse ». Le requérant n’établit ni même n’allègue avoir déclaré son changement de domicile auprès de la préfecture. S’il soutient que le préfet ne pouvait ignorer qu’il avait déménagé, eu égard à un courrier qu’il lui a adressé le 3 février 2023, celui-ci se borne à demander un titre de séjour et à préciser qu’à défaut d’une telle délivrance, il ne pourrait pas débuter son stage prévu en mars 2023, sans indiquer une nouvelle adresse ni un changement de domicile. Dans ces conditions, et alors que l’arrêté attaqué comportait la mention des voies et délais de recours, les conclusions à fin d’annulation de cet arrêté, présentées par M. K... le 12 juin 2025 sont irrecevables en raison de leur tardiveté et doivent, par suite, être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 15 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine :
4. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents exigés pour l'examen de la demande. En revanche, lorsqu'il ne se fonde pas sur l'incomplétude du dossier, le classement sans suite d'une demande de titre de séjour, qui résulte nécessairement d'une appréciation portée par l'administration sur le dossier de l'étranger, doit être regardé comme un refus de titre de séjour. En l’espèce, la décision portant classement sans suite de la demande de l’intéressé est fondée sur la circonstance qu’il a fait l’objet d’une mesure d’éloignement non exécutée sans apporter d’éléments la remettant en cause, et doit être regardée comme une décision de refus de titre de séjour.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. K... est entré en France en 2018, soit depuis près de six ans à la date de la décision attaquée, où il a suivi des formations lui permettant l’obtention d’une licence en comptabilité-finance le 15 juin 2021 et d’un master en droit-économie-gestion le 14 novembre 2023. Ainsi il justifie avoir effectué un parcours universitaire diplômant en France où il dispose de perspectives d’emploi. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu’il réside chez l’une de ses sœurs, titulaire d’une carte de résident, avec sa mère handicapée dont il s’occupe et une autre de ses sœurs de nationalité française. Sa dernière sœur, de nationalité française, réside également en France. Les attestations circonstanciées de sa famille présente sur le territoire témoignent des liens étroits et réguliers qu’il entretient avec elles. Dans ces conditions, eu égard à sa durée de séjour, ses liens avec sa famille et ses perspectives d’intégration professionnelle en France, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 15 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
7. Eu égard au motif d’annulation énoncé ci-dessus, l’exécution du présent jugement implique seulement mais nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine ou le préfet territorialement compétent délivre à M. K... un titre de séjour. Il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu, en revanche, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme demandée par M. K..., qui n’est pas assisté par un conseil et n’établit pas avoir exposé des frais, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet des Hauts-de-Seine du 15 décembre 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de délivrer un titre de séjour à M. K... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. Z... K..., au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l’audience du 2 octobre 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Mathieu, présidente ;
- Mme David-Brochen, première conseillère ;
- M. Dréan, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2026.
La rapporteure,
signé
L. David-Brochen
La présidente,
signé
J. Mathieu
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 mars 2025, 12 juin 2025, 16 avril 2026 et 1er juin 2026, M. Z... K... demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 15 décembre 2023 par laquelle les services préfectoraux ont classé sans suite sa demande de titre de séjour « recherche d’emploi - création d’entreprise » ;
2°) d’annuler l’arrêté du 6 avril 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
3°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou d’instruire sa demande ;
4°) d’enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l’effacement de son signalement dans le système d’information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision du 15 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine :
- elle méconnaît les articles L. 211-2 et L. 411-2 du code des relations entre le public et l’administration et les principes du contradictoire, des droits de la défense et du droit au recours protégés par les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’aucune mesure d’éloignement ne lui a été notifiée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît son droit à l’instruction de sa demande ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale dès lors qu’elle est fondée sur une décision qui ne lui pas été notifiée ;
Sur l’arrêté du 6 avril 2023 du préfet du Puy-de-Dôme pris dans son ensemble :
- il est illégal dès lors qu’il ne lui a été notifié, en méconnaissance des principes du contradictoire, des droits de la défense et du droit au recours tel que protégé par l’article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation, eu égard notamment à l’erreur commise par le préfet sur la date de sa demande et dès lors qu’il n’a pas examiné la nature et l’intensité de ses liens personnels et familiaux en France ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Sur la décision du préfet du Puy-de-Dôme du 6 avril 2023 portant interdiction de retour en France :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen de sa situation au regard des critères posés par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2026, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
Par une ordonnance du 23 juillet 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 13 août 2026.
Par un courrier du 18 septembre 2026, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de la tardiveté des conclusions à fin d’annulation de la requête dirigées contre l’arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 6 avril 2023, qui a été notifié avec mention des voies et délais et de recours, avant le 17 avril 2023, à l’adresse déclarée par l’intéressé aux services préfectoraux.
Des observations sur ce moyen relevé d’office ont été présentées pour M. K... le 20 septembre 2026 et communiquées aux préfets.
Un mémoire en défense a été présenté par le préfet des Hauts-de-Seine le 28 septembre 2026, postérieurement à la clôture de l’instruction, et n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme David-Brochen, rapporteure ;
- et les observations de M. Tajer.
Le préfet des Hauts-de-Seine et le préfet du Puy-de-Dôme n’étaient ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. M. Z... K..., ressortissant marocain né le 30 mai 1985, est entré en France le 5 mars 2016 selon ses déclarations. Par un arrêté du 6 avril 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Le 2 octobre 2023, M. K... a présenté une nouvelle demande de titre de séjour et d’autorisation provisoire de séjour auprès des services préfectoraux des Hauts-de-Seine. Par une décision du 15 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande. Par la présente requête, M. K... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 6 avril 2023 du préfet du Puy-de-Dôme et la décision du 15 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne l’arrêté du 11 avril 2023 du préfet du Puy-de-Dôme :
2. Aux termes de l’article L. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ». Et aux termes de l’article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ».
3. Il ressort des pièces du dossier que le pli contenant l’arrêté attaqué a été présenté le à l’adresse que M. K... avait déclarée aux services préfectoraux et a été retourné à la préfecture du Puy-de-Dôme le 6 juin 2023 avec la mention « destinataire inconnu à cette adresse ». Le requérant n’établit ni même n’allègue avoir déclaré son changement de domicile auprès de la préfecture. S’il soutient que le préfet ne pouvait ignorer qu’il avait déménagé, eu égard à un courrier qu’il lui a adressé le 3 février 2023, celui-ci se borne à demander un titre de séjour et à préciser qu’à défaut d’une telle délivrance, il ne pourrait pas débuter son stage prévu en mars 2023, sans indiquer une nouvelle adresse ni un changement de domicile. Dans ces conditions, et alors que l’arrêté attaqué comportait la mention des voies et délais de recours, les conclusions à fin d’annulation de cet arrêté, présentées par M. K... le 12 juin 2025 sont irrecevables en raison de leur tardiveté et doivent, par suite, être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 15 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine :
4. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents exigés pour l'examen de la demande. En revanche, lorsqu'il ne se fonde pas sur l'incomplétude du dossier, le classement sans suite d'une demande de titre de séjour, qui résulte nécessairement d'une appréciation portée par l'administration sur le dossier de l'étranger, doit être regardé comme un refus de titre de séjour. En l’espèce, la décision portant classement sans suite de la demande de l’intéressé est fondée sur la circonstance qu’il a fait l’objet d’une mesure d’éloignement non exécutée sans apporter d’éléments la remettant en cause, et doit être regardée comme une décision de refus de titre de séjour.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. K... est entré en France en 2018, soit depuis près de six ans à la date de la décision attaquée, où il a suivi des formations lui permettant l’obtention d’une licence en comptabilité-finance le 15 juin 2021 et d’un master en droit-économie-gestion le 14 novembre 2023. Ainsi il justifie avoir effectué un parcours universitaire diplômant en France où il dispose de perspectives d’emploi. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu’il réside chez l’une de ses sœurs, titulaire d’une carte de résident, avec sa mère handicapée dont il s’occupe et une autre de ses sœurs de nationalité française. Sa dernière sœur, de nationalité française, réside également en France. Les attestations circonstanciées de sa famille présente sur le territoire témoignent des liens étroits et réguliers qu’il entretient avec elles. Dans ces conditions, eu égard à sa durée de séjour, ses liens avec sa famille et ses perspectives d’intégration professionnelle en France, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 15 décembre 2023 du préfet des Hauts-de-Seine doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
7. Eu égard au motif d’annulation énoncé ci-dessus, l’exécution du présent jugement implique seulement mais nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine ou le préfet territorialement compétent délivre à M. K... un titre de séjour. Il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu, en revanche, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme demandée par M. K..., qui n’est pas assisté par un conseil et n’établit pas avoir exposé des frais, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet des Hauts-de-Seine du 15 décembre 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de délivrer un titre de séjour à M. K... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. Z... K..., au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l’audience du 2 octobre 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Mathieu, présidente ;
- Mme David-Brochen, première conseillère ;
- M. Dréan, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2026.
La rapporteure,
signé
L. David-Brochen
La présidente,
signé
J. Mathieu
La greffière,
signé
A. Pradeau
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine et au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.