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Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2513704

mercredi 4 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2513704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHADDAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet 2025 et 24 juillet 2026, Mme O... I..., représentée par Me Haddad, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 27 juin 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant dans l’attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l’arrêté attaqué méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- il méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d’Oise qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 25 août 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 15 septembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme David-Brochen, rapporteure ;
- et les observations de Me Haddad, représentant Mme I....

Le préfet du Val-d’Oise n’était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme O... I..., ressortissante tunisienne née le 1er janvier 1988, est entrée en France en 2019. Par un arrêté du 27 juin 2025, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, elle demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ».

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme I... est entrée régulièrement en France en janvier 2019 et qu’elle y réside depuis lors. Elle démontre, par des justificatifs de domicile communs, probants et nombreux couvrant toute la période, sa communauté de vie depuis son entrée en France avec son époux, titulaire d’une carte de résident valable jusqu’en 2030 et avec lequel elle a eu quatre enfants nés en 2015, 2019, 2022 et 2024. Mme I... justifie ainsi de plus de six ans de communauté de vie sur le territoire français avec son époux qui est en situation régulière et leurs enfants. Par ailleurs, l’intéressée justifie avoir travaillé comme secrétaire entre le 6 juillet 2020 et le 30 avril 2024, soit pendant près de quatre ans, en vertu d’un contrat à durée indéterminée. Dans ces conditions, eu égard en particulier à l’ancienneté de sa communauté de vie sur le territoire français avec son époux en séjour régulier, la requérante est fondée qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Val-d’Oise a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme I... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

5. L’exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le préfet du Val-d’Oise ou le préfet territorialement compétent délivre un titre de séjour « vie privée et familiale » à Mme I.... Il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement, sans qu’il y ait lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme I... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 27 juin 2025 du préfet du Val-d’Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise ou au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme I... un titre de séjour « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Mme I... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié Mme O... I... et au préfet du Val-d’Oise.


Délibéré après l’audience du 2 octobre 2026, à laquelle siégeaient :

- Mme Mathieu, présidente ;
- Mme David-Brochen, première conseillère ;
- M. Dréan, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2026.






La rapporteure,


signé


L. David-Brochen









La présidente,


signé


J. Mathieu
La greffière,


signé


A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.