| CELEX | 52025IR1704 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 4 mars 2026 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/2597 | 20.5.2026 |
Avis du Comité européen des régions — Étudier le rôle du secteur privé pour renforcer la politique de cohésion après 2027
(C/2026/2597)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR)
Le rôle du secteur privé dans la politique de cohésion après 2027
| 1. | prend acte de la proposition de la Commission européenne relative au cadre financier pluriannuel (CFP) et à de nouvelles ressources propres pour la période 2028-2034; |
| 2. | rappelle que la politique de cohésion constitue une politique d’investissement à long terme et qu’elle compte parmi les principaux instruments dont dispose l’Union pour investir dans la compétitivité, les connaissances et le développement durable et pour promouvoir l’inclusion sociale, sur la base de politiques régionales et territorialisées, visant à assurer la compétitivité de l’ensemble des régions; |
| 3. | souligne que dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires pour l’après-2027, il convient d’encourager les investissements émanant du secteur privé, lequel apporte des innovations, des ressources et une expertise indispensables pour compléter les investissements publics. L’investissement privé aide à renforcer l’efficacité des financements publics et à en optimiser les retombées en exerçant un effet multiplicateur, tout en stimulant la prospérité de l’ensemble du territoire concerné. Il faut notamment maximiser, à tous les échelons territoriaux, la participation du secteur privé et les financements qui en émanent; |
| 4. | réclame des mesures supplémentaires pour donner aux collectivités locales et régionales les moyens de faciliter la participation effective et appropriée du secteur privé, grâce notamment à un renforcement de leurs capacités et à des dispositifs d’assistance technique. Pour assurer la bonne mise en œuvre de la politique de cohésion, aujourd’hui comme demain, et pour concrétiser les investissements nécessaires sur le terrain, il est essentiel que les collectivités locales et régionales interagissent efficacement avec les divers acteurs concernés du secteur privé. Leur capacité à dialoguer réellement avec ce secteur est décisive pour parvenir à des résultats plus probants à l’échelle régionale, ainsi que pour atteindre les objectifs communs de l’Union; |
| 5. | souligne le rôle essentiel que jouent les petites et moyennes entreprises (PME) dans la politique de cohésion, dont elles ne se contentent pas d’être les bénéficiaires: elles interviennent également comme des partenaires stratégiques et sont souvent le moteur de l’économie locale. Les fonds de la politique de cohésion constituent un élément essentiel destiné à soutenir les PME, au moyen notamment de produits de dette et de fonds propres ainsi que par des services de développement des entreprises visant à stimuler l’innovation, la compétitivité et la création d’emplois. Il importe de mettre en exergue la grande pertinence que présente une approche territorialisée, centrée sur les besoins et caractéristiques spécifiques des PME, lorsqu’il s’agit de leur apporter un soutien; |
| 6. | fait valoir que les grandes entreprises et les multinationales sont elles aussi des acteurs clés de la politique de cohésion, en ce qui concerne les projets liés aux infrastructures, à l’énergie, aux transports et à la numérisation. Elles jouent également un rôle déterminant en tant que moteurs et catalyseurs de l’activité des PME. Leur capacité financière et leur expertise technique sont de nature à amplifier sensiblement l’incidence produite par les investissements de cohésion dans le cadre de grandes initiatives de développement régional, grâce à des projets susceptibles d’entraîner des transformations industrielles et économiques d’ordre structurel. Elles ont en outre la capacité de prendre les risques voulus et de réaliser des investissements de grande envergure; |
| 7. | souligne que les institutions financières et les investisseurs privés, dont les banques, les fonds d’investissement et les autres intermédiaires financiers, jouent un rôle déterminant dans la fourniture d’instruments financiers relevant de la politique de cohésion, tels que prêts, garanties et investissements en fonds propres. Les institutions financières aident à tirer parti des fonds publics pour attirer des capitaux privés, ce qui accroît la portée et l’efficacité des programmes de cohésion. Le CdR a déjà mis l’accent sur le rôle essentiel qui incombe aux banques de développement, dans son avis sur le thème «Travailler ensemble pour l’emploi et la croissance: la contribution des banques nationales et régionales de développement au plan d’investissement pour l’Europe»; |
| 8. | reconnaît le rôle qu’exercent les organisations de soutien aux entreprises et les associations professionnelles, telles que les chambres de commerce, les agences d’entreprises et les associations sectorielles, qui servent de relais entre le secteur privé et les autorités de gestion. Ces parties prenantes remplissent une mission essentielle lorsqu’il s’agit de fournir une assistance technique, de défendre des politiques favorables aux entreprises, de diffuser des informations sur les possibilités de financement, ainsi que de recenser les besoins et difficultés des entreprises et de faire entendre leur voix; |
Des progrès notables, malgré des lacunes persistantes
| 9. | constate qu’au cours des vingt dernières années, des avancées significatives ont été réalisées dans le développement de cadres institutionnels et de capacités administratives permettant de coopérer avec des acteurs du secteur privé. Nombre de collectivités locales et régionales se sont dotées de solides capacités institutionnelles pour assurer cette collaboration, poussées en cela par les exigences que pose la politique de cohésion en matière de partenariat et d’engagement des parties prenantes, ainsi que par le recours, dans le cadre de cette politique, à des instruments financiers qui requièrent une coopération entre les secteurs public et privé; |
| 10. | rappelle que les PME ont participé avec succès aux périodes successives de mise en œuvre de la politique de cohésion et qu’elles ont bénéficié d’une aide efficace, comme l’illustrent les efforts ayant permis, entre 2014 et 2020, de soutenir quelque cinq millions de PME par un financement de 118 milliards d’euros (1) et ayant abouti à la création de 370 000 nouveaux emplois directs (2), ou encore le fait que pour la période 2021-2027, environ un tiers du budget du Fonds pour la transition juste est consacré au soutien aux PME et à leur diversification (3); souligne l’importance des politiques de développement des entreprises et des stratégies régionales globales pour stimuler la croissance et la compétitivité; |
| 11. | reconnaît le succès croissant que remporte la mise en œuvre de la politique de cohésion par le truchement d’instruments financiers. Cette évolution, amorcée au cours de la période 2000-2006, ne concernait à l’époque qu’un ou deux États membres. Dans l’évaluation à mi-parcours de la période de programmation 2021-2027, on constate que ce sont désormais 21 États membres qui ont eu recours à des instruments financiers pour programmer quelque 6,5 % des contributions de l’UE, que ce soit dans le cadre du Fonds européen de développement régional, du Fonds de cohésion ou du Fonds pour une transition juste, près de la moitié étant liés à la croissance et à la compétitivité des PME, environ un quart à l’efficacité énergétique, quelque 8 % aux énergies renouvelables et le même pourcentage à la recherche et l’innovation. Le développement urbain et territorial, la numérisation, les technologies critiques et l’économie circulaire ont également bénéficié d’importantes dotations par l’intermédiaire d’instruments financiers (4); |
| 12. | souligne qu’il existe encore un potentiel inexploité pour ce qui est d’attirer des capitaux privés; les lacunes en matière de capacités restent un défi de taille et il faut y remédier afin d’exploiter au mieux les effets de la politique de cohésion; |
| 13. | fait valoir que beaucoup d’administrations publiques ne disposent pas des connaissances techniques ou de l’expertise juridique nécessaires pour négocier et structurer des collaborations entre les secteurs public et privé, ou pour évaluer et gérer efficacement les instruments financiers. Des lacunes existent également en matière de planification stratégique, d’instruction des projets et d’évaluation des risques, alors que ces aspects revêtent une importance cruciale lorsqu’il s’agit de collaborer avec des investisseurs privés ou de mettre en œuvre des initiatives axées sur l’innovation. En outre, les lourdeurs administratives, la faiblesse des systèmes de passation des marchés et l’instabilité politique entravent la coopération avec les entités privées; |
| 14. | signale que la culture institutionnelle et la confiance restent également problématiques. Dans certains contextes, la collaboration avec les acteurs privés se heurte à un manque d’expérience ou ne fait pas partie des habitudes, et peut donc susciter un certain scepticisme ou des hésitations auprès des deux parties. Les administrations publiques peuvent se montrer réticentes à prendre des risques, tandis que les entreprises privées mettent parfois en doute la transparence ou la fiabilité des partenaires du secteur public. Aussi convient-il non seulement de renforcer les capacités de manière ciblée, mais aussi de faire évoluer les mentalités, pour que l’aversion face aux risques cède la place à des partenariats stratégiques et responsables; |
| 15. | exprime son inquiétude quant aux difficultés que connaissent encore de nombreuses PME face à la complexité administrative, au chevauchement des contrôles et au manque d’adaptation à l’échelle locale. Faute de mesures concrètes visant à réduire les charges administratives qui pèsent sur les bénéficiaires, il ne sera pas possible de réaliser les réformes structurelles envisagées ni d’atteindre les objectifs de l’Union; |
| 16. | rappelle les conclusions présentées dans l’étude du Parlement européen sur les partenariats public-privé et la politique de cohésion (5), à savoir qu’en dépit d’un cadre législatif plus favorable, ce type de partenariat reste peu utilisé dans le contexte de la politique de cohésion. Les données relatives aux financements mixtes montrent que les partenariats public-privé ne sont guère exploités; |
Une participation optimisée des parties prenantes privées au CFP pour l’après-2027
| 17. | rappelle que les modèles de coopération et de coïnvestissement public-privé dans le cadre de la politique de cohésion ne sauraient se limiter à un rôle symbolique et doivent revêtir un caractère stratégique. Les secteurs public et privé doivent œuvrer de concert, de sorte que chaque euro investi par l’UE soit relayé par un savoir-faire, des investissements et une responsabilisation, que ce soit de la part d’acteurs publics ou de parties prenantes privées, de manière à produire des résultats significatifs pour nos régions. Il importe d’adopter une approche globale et prospective dans le recensement des projets clés porteurs de transformation; |
| 18. | souligne que le fait de nationaliser la programmation de la politique de cohésion, comme le prévoit la proposition de CFP pour l’après-2027, risque de fragiliser les approches locales et de réduire la visibilité des écosystèmes économiques locaux, et appelle à mettre en place des mécanismes structurés et intégrés pour associer le secteur privé à l’élaboration et à la mise en œuvre des programmes concernés; signale qu’il est important, dans le même temps, de renforcer les capacités de gestion au niveau régional, en vue d’accroître la participation du secteur privé; |
| 19. | préconise vivement de renforcer le principe de partenariat et de faire en sorte que le secteur privé participe systématiquement à la programmation, à la mise en œuvre et à l’évaluation de la politique de cohésion, en l’associant activement à toutes les phases du processus, depuis l’analyse des besoins jusqu’à la détermination des conditions et à la définition des réformes, en passant par la sélection des domaines d’action prioritaires et l’allocation des enveloppes financières; |
| 20. | relève que les évaluations successives consacrées à la politique de cohésion et à la place des instruments financiers dans sa mise en œuvre ont fait apparaître des pistes d’amélioration et des moyens d’encourager davantage le recours à ces instruments; |
| 21. | plaide résolument pour que le futur dispositif législatif régissant la politique de cohésion offre un cadre de conception claire et une architecture qui intègre des mesures ciblées et des mécanismes de soutien pour les collectivités locales et les PME, afin de permettre le renforcement des capacités en matière d’assistance technique et administrative, de manière à tirer parti du potentiel existant et à s’attaquer aux enjeux qui subsistent; |
| 22. | souligne que dans ce futur cadre législatif, le terme «financement national» doit inclure explicitement le cofinancement privé, pour mieux s’aligner sur les règles en matière d’aides d’État et éviter les retards dus aux différentes procédures de notification; |
| 23. | s’inquiète de ce que les stratégies de spécialisation intelligente (S3) ne soient ni mentionnées ni reconnues dans la proposition de CFP pour l’après-2027, alors qu’elles ont montré combien il était utile d’aligner les investissements publics sur les besoins locaux et les conditions économiques locales. Créés dans la foulée de ce dispositif, l’instrument relatif aux investissements en matière d’innovation interrégionale (I3) et les vallées régionales de l’innovation ne figurent pas non plus dans la proposition de CFP, bien qu’ils aient démontré que la collaboration entre acteurs privés et entités publiques peut encourager les partenariats interrégionaux, notamment entre les régions plus développées et celles qui le sont moins, en les intégrant dans les chaînes de valeur européennes et mondiales. La proposition relative au prochain CFP devrait tenir compte des enseignements tirés de ces instruments afin de stimuler davantage l’engagement du secteur privé; |
| 24. | considère qu’il est de la plus haute importance d’améliorer les possibilités de participation des parties prenantes privées et de mettre en œuvre des mesures concrètes pour éviter la surréglementation, grâce à l’introduction d’un mécanisme d’examen rapide qui permette de repérer les exigences nationales disproportionnées et d’y remédier, ainsi que d’améliorer la concordance entre les règles européennes et nationales, en particulier celles qui ont trait aux aides d’État et à la possibilité d’un cofinancement national pour les projets financés par les fonds de la politique de cohésion. Il importe notamment de tirer parti de la dynamique créée par la plateforme «Technologies stratégiques pour l’Europe» (STEP) et des outils qu’elle propose en vue de mobiliser un soutien public en faveur de projets ayant un effet catalyseur; |
| 25. | recommande de mettre en œuvre le principe «une fois pour toutes», en application duquel les documents ne doivent être transmis qu’une seule fois à l’autorité de gestion régionale, et de prévoir des options de coûts simplifiés et des financements non liés aux coûts; |
| 26. | suggère d’appliquer des procédures d’audit proportionnelles en fixant un seuil de type «de minimis» pour les petits projets (moins de 100 000 EUR), pour pouvoir réaliser un audit plus léger lorsque les résultats sont clairement démontrés, et de faire en sorte qu’une approche basée sur la performance tienne compte de la nécessité de mesures appropriées pour les PME; estime par ailleurs que reproduire et adopter le modèle de financement forfaitaire de la Commission européenne pourrait conduire à une simplification et une rationalisation des procédures; |
| 27. | invite à soutenir davantage le développement de l’expertise technique des collectivités locales et régionales et des PME, en particulier au niveau local, pour parvenir à un système caractérisé par l’ouverture et la prévisibilité, qui s’inscrive dans une perspective durable et à long terme; |
| 28. | souligne que les instruments financiers employés devraient être adaptés à la nature de l’investissement concerné afin de promouvoir l’efficacité économique, et déconseille donc de recourir à des subventions directes pour les investissements productifs; recommande d’insérer dans le futur cadre réglementaire une disposition selon laquelle les investissements générateurs de recettes et sources d’économies devraient être consentis principalement par l’intermédiaire d’instruments financiers; |
| 29. | met en garde contre le fossé qui se creuse entre les régions à la pointe de l’innovation et celles, moins développées, qui manquent d’expérience ou de capacité institutionnelle et sont donc moins à même de bénéficier des nouveaux fonds et des nouveaux outils prévus dans la proposition de CFP; insiste dès lors pour que ladite proposition prévoie un soutien consultatif et technique suffisant pour les régions moins expérimentées afin de garantir une répartition équitable des fonds et d’atteindre les objectifs de l’Union en matière de cohésion et de compétitivité; |
| 30. | souligne que le futur cadre législatif devrait permettre aux États membres d’inclure les instruments financiers dans leurs plans; réaffirme que ces instruments offrent une solution intelligente et efficace pour amplifier les retombées des fonds de l’UE, sur lesquels ils exercent un effet de levier et de démultiplication encore accru lorsqu’ils sont adaptés aux besoins locaux; souligne que la participation du secteur privé ne constitue pas une option, mais qu’elle est au contraire indispensable pour assurer la résilience et l’incidence à long terme des investissements de cohésion; |
| 31. | juge opportun de renforcer la position des institutions financières nationales et régionales de sorte que les instruments financiers puissent être confiés à des institutions de garantie nationales et régionales et à des banques publiques de développement, compte tenu de leur proximité avec les PME et de leur connaissance approfondie des marchés locaux; |
| 32. | insiste tout particulièrement sur la nécessité de mettre en place des instruments financiers sur mesure, tels que des programmes de microfinancement, des procédures de prêt simplifiées et des garanties ciblées, notamment dans les régions moins développées et les économies à faible densité, dans lesquelles les écosystèmes financiers se révèlent moins robustes et la portée limitée. |
Bruxelles, le 4 mars 2026.
La présidente
du Comité européen des régions
Kata TÜTTŐ
(1) Rapport de synthèse 2023 relatif à la mise en œuvre des Fonds structurels et d’investissement européens.
(2) «Ex-post evaluation of the European Regional Development Fund (ERDF) and the Cohesion Fund for the programming period 2014-2020» [Évaluation ex post du Fonds européen de développement régional (FEDER) et du Fonds de cohésion pour la période de programmation 2014-2020].
(3) «Mid-term evaluation of the cohesion policy programmes 2021-2027 financed by the European Regional Development Fund (ERDF), the Cohesion Fund and the Just Transition Fund (JTF)» [Évaluation à mi-parcours des programmes de la politique de cohésion 2021-2027 financés au titre du Fonds européen de développement régional (FEDER), du Fonds de cohésion et du Fonds pour une transition juste (FTJ)].
(4) «Mid-term evaluation of the cohesion policy programmes 2021-2027 financed by the European Regional Development Fund (ERDF), the Cohesion Fund and the Just Transition Fund (JTF)» [Évaluation à mi-parcours des programmes de la politique de cohésion 2021-2027 financés au titre du Fonds européen de développement régional (FEDER), du Fonds de cohésion et du Fonds pour une transition juste (FTJ)].
(5) «Research for REGI Committee — Public Private Partnerships and Cohesion Policy» [Étude réalisée pour la commission du développement régional (REGI) — Partenariats public-privé et politique de cohésion].
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/2597/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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