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AccueilDroit européen52025IR2276
Initiative législative52025IR2276

Avis du Comité européen des régions — Inverser la tendance — Une feuille de route locale et régionale pour la résilience dans le domaine de l’eau

CELEX52025IR2276
TypeInitiative législative
Datemercredi 4 mars 2026

Résumé IA

Le Comité européen des régions propose une feuille de route locale et régionale pour renforcer la résilience dans le domaine de l'eau, visant à inverser la tendance actuelle de dégradation des ressources hydriques. Ce texte insiste sur le rôle clé des collectivités territoriales dans la mise en œuvre des politiques européennes de l'eau, notamment en matière de gestion durable, d'adaptation au changement climatique et de prévention des risques d'inondation et de sécheresse. Pour un professionnel du droit français, cet avis pourrait influencer les futures révisions des directives-cadres sur l'eau et les inondations, en intégrant une dimension locale renforcée dans les obligations de planification et de résilience.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/2600

20.5.2026

Avis du Comité européen des régions — Inverser la tendance — Une feuille de route locale et régionale pour la résilience dans le domaine de l’eau

(C/2026/2600)

Corapporteurs

:

Kata TÜTTŐ (HU/PSE), membre de l’assemblée de Budapest-capitale

Juanma MORENO (ES/PPE), président de la Junte d’Andalousie

Texte de référence

:

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau

COM(2025) 280 final

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CDR)

I. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

1.

salue l’adoption de la stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau (ci-après dénommée la «stratégie»), qui constitue selon lui un cadre opportun et indispensable en vue de garantir un accès à l’eau pour les populations, les écosystèmes, des systèmes alimentaires durables et l’économie, malgré la forte pression que subit le système hydrique à cause du déséquilibre entre les ressources disponibles et les demandes existantes. Cette situation est encore aggravée par le changement climatique, la rareté grandissante de l’eau, les sécheresses accrues, les inondations, l’élévation du niveau des mers, l’augmentation de la pollution et la crise de la biodiversité qui perturbe le cycle naturel de l’eau;

2.

prend acte du fait que la Commission européenne reconnaît de manière explicite le rôle crucial des collectivités locales et régionales, qui «sont souvent les mieux placé[e]s pour gérer l’eau, étant donné qu’[elles] connaissent le mieux leur situation, les défis et les solutions possibles». Elles sont d’ailleurs incontournables pour une mise en œuvre efficace et réussie de la stratégie;

3.

juge essentiel que les initiatives, les solutions et les mesures touchant à l’eau reflètent l’immense diversité des réalités nationales, régionales et locales entre les États membres et en leur sein, y compris dans le cas des régions ultrapériphériques et de celles qui présentent des vulnérabilités spécifiques. Ces différences peuvent être de nature géographique, hydrologique, climatique, écologique, infrastructurelle, économique ou sociale, de sorte qu’il convient de fournir des indicateurs de stress hydrique et des cartes de vulnérabilité climatique ventilés par région pour garantir que les mesures prises au niveau de l’UE soient adaptées à la diversité des réalités territoriales;

4.

rappelle l’importance du principe de subsidiarité dans la politique de l’Union relative à l’eau, les décisions devant être prises au plus près des citoyens et des communautés. Pour répondre aux enjeux transfrontaliers liés à l’eau, il s’impose d’assurer une coordination au niveau de l’Union et une harmonisation sectorielle, mais il va de soi que ces mesures doivent être proportionnées, éviter les charges administratives inutiles, respecter l’autonomie régionale et permettre que les solutions soient adaptées aux spécificités locales. Le Comité demande instamment de mettre en œuvre la stratégie en accordant aux régions et aux villes une réelle compétence de codécision au sein des organes responsables des bassins hydrographiques. Il souligne que des approches flexibles et adaptées aux contextes locaux — comme la planification hydrologique, des plans de gestion de la sécheresse et des risques d’inondation, la gestion intégrée des ressources, la tarification différenciée de l’eau et des systèmes décentralisés de réutilisation de l’eau — sont indispensables pour une mise en œuvre efficace de la stratégie. Il est primordial de défendre dans le même temps le droit de l’homme à une eau propre et en quantité suffisante pour tous et de renforcer la cohésion régionale et territoriale, la résilience et la proximité, tout en imposant des normes environnementales aussi élevées que possible et en veillant à ce que les secteurs économiques restent compétitifs;

5.

souligne que la transition vers une société intelligente dans le domaine de l’eau (1) garantira la sécurité, la durabilité et la résilience de cette ressource au sein de l’Union, tout en précisant qu’elle nécessitera l’engagement de toutes les composantes de la société, une forte appropriation politique et des décisions clés auxquelles les collectivités locales et régionales sont étroitement associées;

6.

souligne qu’il est urgent de rétablir et de protéger le cycle de l’eau, fondement d’un approvisionnement durable en eau; réclame des mesures supplémentaires, notamment dans les régions déjà touchées par des pénuries d’eau ou exposées au risque de sécheresse ou de désertification, en vue de préserver les ressources hydriques, de concilier le développement économique avec celles qui sont aujourd’hui disponibles et celles qui le seront eu égard au changement climatique, et d’éviter toute nouvelle politique qui aggraverait le stress hydrique;

7.

attire l’attention sur les risques sociaux, économiques, environnementaux et sanitaires auxquels l’Union européenne pourrait être exposée si cette stratégie n’était pas mise en œuvre de manière efficace. Le stress hydrique touche quelque 20 % du territoire et 30 % de la population de l’UE chaque année, de manière particulièrement aiguë dans le sud de l’Europe et dans certaines régions d’Europe centrale (2). Les phénomènes extrêmes liés à l’eau et au climat ont entraîné dans l’Union des pertes économiques d’actifs estimées à 208 milliards d’EUR entre 2021 et 2024 (3);

8.

met en relief la vulnérabilité des zones côtières, des îles et des régions ultrapériphériques face aux dangers tels que l’élévation du niveau des mers, les inondations, l’érosion et l’intrusion d’eau salée dans les aquifères, aggravés par la forte demande saisonnière liée aux activités agricoles, industrielles et touristiques ainsi qu’aux besoins des centres urbains. Le CdR plaide en faveur de stratégies de résilience sur mesure, d’investissements ciblés et d’une gouvernance à plusieurs niveaux efficace pour répondre à ces difficultés;

9.

insiste sur l’importance d’assurer la cohérence des politiques, notamment en ce qui concerne l’articulation entre l’eau, l’énergie, les denrées alimentaires et les écosystèmes, et d’intégrer la résilience hydrique dans tous les domaines d’action, en veillant à toujours faire primer les limites environnementales et la protection de la biodiversité. Le CdR appelle ainsi à une meilleure coordination entre les différents niveaux de gouvernance et les différentes politiques, en particulier entre les parties prenantes concernées dans les bassins hydrographiques transfrontières et régionaux. Il attire l’attention sur la forte interdépendance qui lie les zones situées en amont et celles qui se trouvent en aval des bassins hydrographiques, et accueille donc favorablement la proposition de la Commission de mettre en œuvre une approche «de la source à la mer» et d’améliorer la cohérence entre les instruments stratégiques existants, dont la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin». Le CdR considère les laboratoires vivants comme des plateformes territoriales permettant aux collectivités locales et régionales, à l’industrie, aux agriculteurs, aux citoyens et aux chercheurs de concevoir ensemble et de tester des solutions dans le domaine de l’eau, et de mettre ainsi en pratique le principe de subsidiarité (4);

10.

souligne que les mesures en faveur de la résilience dans le domaine de l’eau doivent être socialement équitables et abordables, au bénéfice notamment des ménages vulnérables, des secteurs économiques fortement dépendants de cette ressource et des régions confrontées à des pénuries d’eau structurelles dues à des contraintes géographiques et territoriales. Les gains d’efficacité doivent aller de pair avec des initiatives visant à faire évoluer les comportements, ainsi qu’avec des garanties réglementaires, un soutien financier et des modèles de tarification dynamiques, afin d’éviter les effets de rebond et de faire en sorte que l’eau ainsi économisée contribue à la restauration de l’environnement et à la résilience à long terme;

11.

souligne que l’analyse d’impact territorial qu’il a réalisée sur la stratégie confirme que les mesures en faveur de la résilience dans le domaine de l’eau entraîneront des répercussions territoriales notables, mais variables d’une région à l’autre de l’UE; insiste par conséquent sur la nécessité de définir des objectifs et des schémas de mise en œuvre différenciés et adaptés à chaque région, en tenant compte des conditions locales en matière d’hydrologie, de climat, d’infrastructures, d’économie et de gouvernance, tout spécialement lorsque ces conditions sont déterminées par des contraintes territoriales permanentes qui influent de manière structurelle sur la disponibilité et la gestion des ressources en eau, comme les régions insulaires, méditerranéennes et ultrapériphériques. Pour relever ce défi, il pourrait être utile de prévoir des objectifs d’efficacité et des mécanismes de suivi au niveau des régions ou des bassins, en accordant une attention particulière et un financement prioritaire aux zones confrontées à la fois à des risques climatiques élevés et à une vétusté des infrastructures. Le Comité souligne également l’importance que revêt la planification en matière de gestion des actifs, d’entretien et de sécurité des infrastructures hydriques essentielles;

Simplification, données, suivi et capacité numérique

12.

note que d’après l’examen de la mise en œuvre de la politique environnementale 2025 et d’autres rapports importants, l’état des masses d’eau dans l’UE ne s’est guère amélioré ces dernières années. Les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’acquis de l’Union dans le domaine de l’eau sont trop lents et trop inégaux entre les États membres, et l’Union risque donc de ne pas atteindre plusieurs de ses principaux objectifs;

13.

est d’avis que la simplification de la législation européenne dans le domaine de l’eau doit viser essentiellement à en améliorer la cohérence et la mise en œuvre, tout en soutenant les objectifs de la stratégie et en réduisant les charges administratives et opérationnelles inutiles sans compromettre les normes environnementales essentielles. Le CdR souligne qu’il est déterminant de faire respecter le principe du pollueur-payeur et le régime de responsabilité élargie des producteurs établis respectivement par la directive-cadre sur l’eau et la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires, et appelle à des mesures de simplification proportionnées et respectueuses des réalités territoriales, particulièrement importantes pour les petites communes et celles aux ressources limitées;

14.

souligne, au vu de la décision de la Commission de recourir de plus en plus à des «trains de mesures omnibus» pour simplifier la réglementation, que cela ne doit pas conduire à écarter les collectivités locales et régionales ni à omettre de procéder à des analyses d’impact structurées et de faire participer les parties prenantes; juge inopportun à ce stade de réviser certains éléments essentiels de l’acquis de l’Union dans le domaine de l’eau, comme la directive-cadre sur l’eau, la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires, la directive relative à l’eau potable et la directive «Inondations». Dans le cadre de la révision annoncée de la directive-cadre sur l’eau, il est primordial de garantir une gestion durable à long terme des ressources en eau et de promouvoir la circularité, l’accès aux matières premières essentielles ainsi que la sécurité juridique, afin de préserver la santé publique, de protéger l’environnement et de bâtir une économie intelligente dans le domaine de l’eau. Le CdR appelle les États membres à tirer pleinement parti de la flexibilité qu’offre la législation européenne en matière d’eau, en étroite coopération avec les collectivités locales et régionales, pour permettre à chaque territoire de définir ses propres modalités de mise en œuvre pour en garantir le succès. Il invite instamment les États membres à doter les collectivités locales et régionales des outils et des financements nécessaires pour s’acquitter efficacement de leurs responsabilités, et reconnaît la nécessité de leur accorder plus de temps pour mettre en œuvre certains des objectifs contenus dans la directive-cadre sur l’eau après 2027;

15.

invite la Commission à fournir des orientations claires aux États membres, aux collectivités locales et aux autorités de gestion des bassins hydrographiques en vue de l’élaboration des plans de gestion de district hydrographique pour la période 2028-2033, notamment en ce qui concerne le recours juridiquement sûr aux dérogations existantes justifiant un retard dans la réalisation de l’objectif qui consiste à ramener les masses d’eau à un bon état ou à un bon potentiel écologique, conformément à la directive-cadre sur l’eau, ou l’octroi de nouvelles possibilités d’action (relativement aux délais) en la matière; demande instamment que ces dérogations soient appliquées sur la base de critères transparents, de données probantes et de calendriers de transition réalistes, en particulier pour les masses d’eau souterraines soumises à des contraintes structurelles, afin de permettre une adaptation rationnelle des captages, des mesures de recharge ou d’autres solutions éventuelles en matière d’approvisionnement, en veillant à éviter des répercussions socio-économiques disproportionnées;

16.

souligne la complexité administrative de la mise en œuvre du règlement (UE) 2020/741 (5) en ce qui concerne la réutilisation des eaux urbaines résiduaires. Les procédures d’autorisation et les règles en matière de responsabilité varient en effet considérablement d’une région à l’autre, ce qui contribue à la fragmentation territoriale lors de la mise en place des politiques dans le domaine de l’eau. Le CdR invite la Commission à procéder à une évaluation du règlement en vue d’en simplifier les exigences, sans pour autant affaiblir les normes environnementales ou sanitaires, et d’en étendre le champ d’application au-delà de l’agriculture, pour y inclure par exemple les utilisations urbaines liées à l’arrosage des espaces verts, au nettoyage des voiries ou à l’alimentation des chasses d’eau — usages recelant un fort potentiel d’économies d’eau potable —, ou encore d’autres utilisations industrielles et environnementales. Il importe également que les règles d’évaluation découlant du règlement (UE) 2020/741 soient alignées sur celles de la directive-cadre sur l’eau directive 2000/60/CE (6) et celles en matière de sécurité des produits agricoles prévues par le règlement (CE) no 178/2002 (7);

17.

demande à tous les niveaux de gouvernance de rationaliser les procédures d’octroi de permis d’une manière qui garantisse l’intégrité environnementale, la santé des populations et la participation du public, en tenant compte des exigences en matière d’utilisation résiliente de l’eau ainsi que des différents piliers de la stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau. Le CdR invite à se pencher sur l’opportunité de mettre au point une demande de permis unique qui pourrait être traitée par l’ensemble des autorités nationales et régionales concernées, à fournir des orientations plus claires et à exploiter les outils numériques pour rendre les processus plus efficaces et moins redondants. Il importe à cet égard d’aider les collectivités locales et régionales à renforcer leur capacité à mettre en place de manière efficace des procédures plus rapides. Le Comité précise qu’une numérisation réussie de la planification dans le domaine de l’eau doit s’appuyer sur les capacités organisationnelles et techniques existantes, avec des financements dédiés à la mise en œuvre et aux technologies;

18.

se félicite de l’accord politique intervenu récemment concernant la proposition de la Commission relative aux listes révisées des polluants des eaux de surface et des eaux souterraines, qui constitue une avancée importante pour la protection de la santé humaine et de l’environnement, et relève que ledit accord facilite également la notification des cas de pollution; précise que les procédures simplifiées visant à gérer les situations à court terme et la «pollution temporaire», survenant par exemple dans le cadre d’un projet de construction ou lors du déplacement d’eaux ou de sédiments pollués, doivent être strictement limitées, parfaitement documentées et soumises à des garanties claires afin de prévenir les incidences cumulatives, de garantir l’accès du public à l’information et de respecter le principe de précaution;

19.

souligne la nécessité d’améliorer les programmes de surveillance au moyen d’une collecte coordonnée de données et de solutions numériques dans le domaine de l’eau, comme des capteurs en temps réel, des jumeaux numériques pour les réseaux et les bassins hydrographiques et des technologies de télédétection telles que le programme Copernicus pour l’alerte en cas de sécheresse ou d’inondation. Le CdR fait remarquer que la mise en œuvre de cette numérisation peut être coûteuse et nécessite donc un soutien financier et opérationnel important en faveur des collectivités locales et régionales, et signale que certaines solutions peuvent ne pas convenir dans toutes les situations. Il précise que le partage interopérable de données entre différents niveaux de gouvernance est indispensable pour une prise de décision fondée sur des données probantes, et soutient par ailleurs la mise en place de plateformes de données ouvertes et de réseaux hydrométéorologiques intégrés dans différentes régions, associant des mesurages professionnels (mesure des précipitations, de la couverture neigeuse, du débit des cours d’eau, des eaux souterraines) à une surveillance participative et à des projets scolaires en vue d’améliorer l’alerte précoce, la sensibilisation du public et la résilience locale;

20.

se félicite de la création de l’initiative relative à un «mécanisme éponge» destinée à servir de point focal pour les projets et programmes de l’UE en matière d’utilisation rationnelle de l’eau et de rétention d’eau dans les sols, dont la pertinence est particulièrement marquée en ce qui concerne les systèmes de drainage urbain durables; demande que les villes, les régions et le CdR soient étroitement associés à son développement; souligne le rôle que peut jouer le Comité dans la mise en place d’une plateforme de connaissances en ligne qui recense les bonnes pratiques locales et les solutions innovantes, promeut l’apprentissage entre pairs et améliore l’accès équitable aux financements de l’Union pour les projets liés à l’eau. Il est à souligner que la numérisation des réseaux de distribution d’eau et d’irrigation, y compris le recours à la télémétrie et aux compteurs intelligents, devrait s’accompagner au préalable d’une réhabilitation des infrastructures physiques de base, afin de s’assurer que le gain du point de vue de l’eau soit substantiel et d’éviter d’occasionner des coûts d’exploitation supplémentaires à la charge des utilisateurs finaux;

21.

propose de créer une plateforme européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau gérée conjointement par la Commission européenne, le Comité européen des régions et le Comité économique et social européen. Celle-ci aurait pour objet de suivre la mise en œuvre de la stratégie et permettrait aux collectivités locales et régionales et aux parties prenantes de proposer des modifications fondées sur des données probantes, d’échanger de bonnes pratiques et de préparer le forum bisannuel sur la résilience dans le domaine de l’eau;

Protection civile et préparation

22.

souligne que la résilience collective dans le domaine de l’eau exige sécurité et préparation, notamment au moyen d’infrastructures critiques résilientes, de systèmes d’alerte précoce performants, d’une sensibilisation permanente de la société et de la participation des citoyens, le tout soutenu par des mesures de résilience intégrées. Le CdR réitère son appel en faveur d’une approche fondée sur la «résilience dès la conception», comme décrite dans son avis sur le prochain cadre de résilience climatique de l’UE. Face à l’aggravation de la menace, il convient d’apporter un soutien sur mesure aux opérateurs étatiques, communaux et privés afin d’accélérer la sécurisation des infrastructures hydriques critiques, tant physiques qu’informatiques et opérationnelles;

23.

rappelle l’importance d’associer les collectivités locales et régionales aux objectifs en matière de résilience face aux catastrophes, de renforcer les systèmes de surveillance de l’Union tels que le système européen d’alerte pour les inondations, le système européen d’information sur les feux de forêt et l’observatoire européen de la sécheresse, et de promouvoir une éducation, une sensibilisation et une formation adaptées aux contextes locaux;

24.

insiste sur l’impérieuse nécessité de renforcer le rôle des collectivités locales et régionales en tant qu’acteurs clés de la prévention des risques, de la préparation, de la réaction et de la remise en état, comme il l’illustre aussi dans son étude de 2025 sur la gestion des risques d’inondation (8). Le CdR invite la Commission et les États membres à intégrer des évaluations de la résilience et de la vulnérabilité aux catastrophes, en y incluant systématiquement les risques d’inondation, dans l’aménagement du territoire et l’urbanisme ainsi que dans les décisions relatives aux investissements et aux infrastructures, en étroite coopération avec les villes et les régions. Il convient de recourir aux meilleures techniques disponibles lorsque cela s’avère nécessaire sur le plan fonctionnel et viable sur le plan environnemental, en donnant la priorité aux solutions fondées sur la nature et hybrides (comme la restauration des zones humides et la reconnexion du réseau hydrographique) ainsi qu’aux systèmes de prévision numérique et d’alerte précoce. Le Comité plaide en faveur d’un soutien financier et technique ciblé aux communes de plus petite taille afin de combler les lacunes en matière de capacités et de garantir une protection égale des régions, notamment en ce qui concerne la préparation, l’alerte précoce au niveau local et la prise de décision consciente des risques;

25.

considère que la préparation face aux menaces sanitaires fait partie intégrante de la résilience, et que la surveillance des eaux usées constitue un outil complémentaire précieux pour détecter de manière précoce les agents pathogènes et les risques sanitaires émergents. Cela contribue à améliorer la sécurité sanitaire, aide à coordonner les capacités de réaction au sein de l’Union, et nécessite l’établissement de normes minimales de qualité pour l’échantillonnage, de capacités de laboratoire et de protocoles de partage des données entre les États membres;

26.

recommande que les États membres, lors de l’élaboration des plans de gestion des risques d’inondation (requis en vertu de la directive «Inondations»), offrent aux communes les conditions adéquates pour leur permettre d’adapter l’aménagement urbain communal à la cartographie des zones inondables. Les aides publiques devraient en priorité être axées sur des mesures de protection des personnes vivant dans des zones à haut risque d’inondation par rapport à des endroits plus sûrs et soutenir la mise en place de mesures d’adaptation au moyen de solutions fondées sur la nature;

Recherche et innovation

27.

approuve l’élaboration d’une stratégie visant à améliorer la résilience dans le domaine de l’eau par la recherche et l’innovation, qui contribuera à réduire la fragmentation et s’appuiera sur les missions existantes de l’UE. Le CdR met en avant les enseignements précieux tirés de l’expérience du Centre commun de recherche sur la résilience dans le domaine de l’eau, qui a montré comment la coopération, la participation des citoyens et l’association de différents secteurs pouvaient déboucher sur des politiques plus intelligentes et plus efficaces dans le domaine de l’eau. Il ajoute que les décisions doivent être fondées sur des données hydrologiques et socio-économiques probantes, ainsi que sur une expertise dans les domaines de l’ingénierie, de l’agriculture et des infrastructures, en faisant participer les instituts de recherche régionaux;

28.

souligne l’importance de l’acceptation sociale par les populations, les titulaires de droits et les consommateurs, en particulier lors du déploiement de solutions fondées sur la nature et circulaires en matière d’eau. Le CdR insiste sur la nécessité de soutenir des groupes sociaux divers, notamment les populations vulnérables et marginalisées, au moyen de mesures ciblées, de stratégies de participation inclusives et d’informations accessibles en vue de faciliter l’adoption de pratiques durables dans le domaine de l’eau. Il invite la Commission européenne à intégrer des critères de maturité sociétale dans les instruments de financement et les cadres d’action de l’Union afin de s’assurer que les innovations en matière d’eau soient inclusives sur le plan social, équitables et largement acceptées (9), suggère de soutenir les projets de recherche et d’innovation visant à développer et à diffuser à grande échelle les solutions fondées sur la nature, et recommande d’inclure des indicateurs d’acceptation sociale dans les évaluations portant sur les projets liés à l’eau financés par l’UE;

29.

souligne l’importance que revêtent les connaissances locales, les pratiques communautaires et les innovations portées par la jeunesse lorsqu’il s’agit d’assurer une gestion durable de l’eau; demande l’adoption d’une approche axée sur la justice dans le domaine de l’eau, qui soit fondée sur l’équité intergénérationnelle et vise à garantir que les efforts pour renforcer la résilience dans ce domaine aboutissent à des résultats équitables pour tous les groupes de la société;

30.

se réjouit de la création de l’Académie européenne de l’eau, qui aidera elle aussi les gouvernements régionaux et locaux de l’Union à remédier aux manques de capacités, à partager des connaissances et à développer des compétences pour aider les populations à renforcer leur résilience face aux défis liés à l’eau; l’invite à privilégier des formations et des programmes pratiques qui soient spécialement conçus pour les collectivités locales et régionales;

Protection des sources d’eau et des écosystèmes

31.

appelle à redoubler d’efforts en matière de conservation de la nature, de restauration des écosystèmes et de gestion durable des terres dans les zones rurales et urbaines, afin d’améliorer la rétention naturelle de l’eau et de restaurer le cycle de l’eau aujourd’hui perturbé. Des pratiques agricoles durables, par exemple, permettraient de réduire la demande en eau et sa contamination, par la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature qui augmentent l’humidité des sols et restaurent le cycle naturel de l’eau. Ces mesures devraient être alignées sur l’initiative relative aux corridors verts et bleus. Le CdR ajoute qu’un aménagement du territoire respectueux de l’environnement et des pratiques agricoles durables peuvent contribuer à une répartition plus équilibrée des précipitations tout au long de l’année, ce qui réduirait les risques de sécheresse et d’inondation et renforcerait la résilience au changement climatique sans déroger au principe de neutralité technologique, ce qui suppose d’examiner dans chaque bassin si des solutions hybrides ou axées sur les infrastructures permettent de renforcer au mieux la résilience, la sécurité de l’approvisionnement en eau et l’efficacité économique;

32.

souligne qu’il importe que les communes et les régions se voient offrir les conditions adéquates pour pouvoir adopter des approches résilientes en matière d’aménagement du territoire, notamment par la création de «villes éponges», la rétention des eaux pluviales (réservoirs, systèmes de drainage et barrières) et des solutions fondées sur la nature capables d’atténuer les effets des inondations et d’améliorer la résilience au changement climatique. Le CdR juge essentiel de prendre en compte l’effet que peuvent avoir les activités de construction et celles d’aménagement du territoire sur le risque de stress hydrique (inondations, surcharges dues aux pluies d’orage et pénuries) et demande à la Commission de mettre en avant les cas des États membres dont le cadre réglementaire permet déjà une telle approche;

33.

note que de nombreuses masses d’eau en Europe demeurent dans un mauvais état écologique et chimique, tandis que les eaux souterraines sont de plus en plus contaminées par des nitrates, des pesticides, des PFAS et d’autres polluants émergents. Le Comité reconnaît le coût élevé qu’engendrent l’inaction et le traitement des cas de pollution de l’eau (10), et préconise donc une «approche à la source», l’application du principe du pollueur-payeur et le recours à des technologies avancées de traitement de l’eau et à des systèmes de surveillance tout au long de son cycle, de la source à la mer, afin de préserver la santé publique, de restaurer les écosystèmes et de garantir la sécurité de l’eau à long terme. Le CdR plaide dès lors en faveur de l’adoption dans les meilleurs délais d’une proposition restrictive pour les PFAS la plus complète possible, et en faveur d’investissements dans la recherche de solutions de remplacement;

34.

souligne que bien souvent, face à une contamination de l’eau, les collectivités locales et régionales portent non seulement la responsabilité de déployer des mesures d’urgence de traitement de l’eau, mais aussi celle de trouver des sources de substitution pour garantir l’accès de la population à une eau propre et salubre; demande qu’en pareil cas, les autorités nationales et l’Union leur apportent un soutien accru et ciblé, en particulier pour les régions plus petites et moins développées qui ne disposent pas toujours des capacités nécessaires pour réagir rapidement et efficacement;

35.

met en relief le rôle essentiel des masses d’eau souterraines pour compenser les variations saisonnières et annuelles. Une part croissante des aquifères européens sont malgré tout confrontés à une baisse des taux de recharge, à une surexploitation, à des intrusions salines et à une pollution par des contaminants agricoles, industriels et émergents. Le Comité appelle de toute urgence à mieux les protéger à l’échelle de l’Union, rappelant que les intérêts économiques à court terme ne sauraient prévaloir sur la protection à long terme des ressources en eau et le droit fondamental des citoyens à une eau propre et salubre. Il réclame une application cohérente des réglementations européennes existantes pour éviter que les activités industrielles ou extractives n’endommagent les aquifères ou ne contaminent les eaux souterraines, en veillant à ce que la protection de l’eau reste une priorité centrale de l’aménagement du territoire et de la planification économique, comme le prévoit la directive-cadre sur l’eau;

36.

souligne que les ressources en eau non conventionnelles (par exemple, les eaux usées traitées, l’eau de mer dessalée ou les eaux de pluie collectées) peuvent jouer un rôle crucial dans la réalisation des objectifs environnementaux, car elles réduisent la pression exercée sur les ressources naturelles surexploitées et permettent leur rétablissement, tout en préservant les activités socio-économiques; insiste dès lors sur la nécessité d’intégrer ces ressources dans une stratégie globale de gestion durable de l’eau, compte tenu des disparités dans la répartition spatiale et temporelle des ressources en eau, les précipitations se concentrant de plus en plus lors d’épisodes extrêmes alternant avec de longues périodes de sécheresse;

37.

soutient la mise en place, dans les bassins en situation de stress hydrique, de systèmes de gestion de la recharge des aquifères et de dispositifs de stockage et de récupération d’eau, en tirant parti des eaux usées traitées, des collectes d’eaux pluviales ou des flux saisonniers excédentaires, et en respectant des protocoles stricts en matière d’incidence environnementale, de qualité, de surveillance et de gestion des risques. Le CdR souligne que la gestion de la recharge des aquifères contribue tout à la fois à la disponibilité de l’eau, à la lutte contre les intrusions salines et à l’atténuation des inondations;

38.

mentionne la dégradation de nombreuses zones humides, rivières et zones ripariennes, qui nuit à la résilience et à la biodiversité, et plaide pour la restauration urgente des fonctions écologiques et de la connectivité, et pour la mise en œuvre effective de la législation de l’UE sur la restauration de la nature; explique que dans les régions de montagne et celles d’amont, les actions de restauration devraient inclure la réhabilitation des tourbières, des zones humides de montagne et des forêts ripariennes, ainsi que des approches innovantes de cogestion s’appuyant sur les ingénieurs hydrauliciens présents dans la nature, comme les castors, en étroite coopération avec les propriétaires fonciers, les agriculteurs et les communautés locales;

39.

est d’avis qu’en présence de demandes concurrentes, l’approvisionnement en eau potable devrait prévaloir absolument sur toutes les autres utilisations, les décisions quant aux priorités d’utilisation de l’eau devant respecter le principe de subsidiarité. Les États membres et les collectivités locales et régionales sont encouragés à adopter des portefeuilles de ressources en eau diversifiées, aussi bien conventionnelles que non conventionnelles. Le Comité est favorable à l’utilisation de ressources en eau non conventionnelles, dont l’eau dessalée ou de récupération, si les mesures visant à réduire la demande, celles ayant pour but de rationaliser l’utilisation de l’eau et les solutions fondées sur la nature se révèlent insuffisantes. Il précise que le dessalement peut être envisagé comme une option d’approvisionnement dans les régions confrontées à des pénuries d’eau structurelles, à condition qu’il soit alimenté dans la mesure du possible par des énergies renouvelables, qu’il s’accompagne d’un contrôle environnemental rigoureux des rejets de saumure et qu’il ne produise aucune incidence négative sur les utilisateurs en aval, les débits écologiques et les écosystèmes marins;

Défis urbains, ruraux et industriels liés à l’eau

40.

met en avant l’importance d’appliquer pleinement le principe du pollueur-payeur dans tous les domaines d’action pertinents de l’Union, de sorte que les responsables de dégradations de l’environnement assument l’intégralité des coûts liés à la prévention, au contrôle et à la restauration. Le CdR met en garde contre toute approche réglementaire qui affaiblirait les normes environnementales essentielles et/ou ferait peser injustement la charge financière liée à la pollution sur le grand public. Il souligne néanmoins que si l’utilisation de l’eau doit refléter la valeur de cette ressource, l’application du principe du pollueur-payeur à la tarification de l’eau pour les citoyens doit être mise en œuvre de manière équitable sur le plan social et comporter des garanties solides pour les consommateurs vulnérables;

41.

note que les zones urbaines sont confrontées à des défis liés à l’eau de plus en plus complexes, qui vont de la sécurité de l’approvisionnement en eau potable à la gestion des eaux pluviales, en passant par le refroidissement urbain. Le CdR appelle à promouvoir des solutions intégrées et inclusives, dont la réutilisation des eaux de pluie, la réduction des déversoirs d’orage, les infrastructures perméables et les installations sanitaires accessibles à tous;

42.

fait remarquer que si l’agriculture est un secteur essentiel de l’UE pour l’approvisionnement en aliments, la sécurité et la souveraineté alimentaires, et la préservation des territoires ruraux et de leurs populations, elle est aussi le plus grand consommateur de ressources en eau. Il souligne en outre les importantes répercussions qu’a ce secteur du fait du ruissellement de nutriments et de produits phytopharmaceutiques dans les eaux de surface et les eaux souterraines. Dans ce contexte, le Comité plaide en faveur d’un soutien ciblé, dans le cadre des plans stratégiques relevant de la politique agricole commune et au titre de sa planification pour la période 2028-2034, en vue de professionnaliser et de moderniser le secteur grâce à l’amélioration de l’irrigation — et notamment à des modes d’irrigation collectifs —, à l’agriculture de précision, à la réutilisation de l’eau, à une meilleure gestion des sols et des nutriments, à des incitations à privilégier des cultures moins gourmandes en eau, à des zones tampons et à des campagnes de sensibilisation, en accordant une attention particulière aux petites exploitations agricoles. Il rappelle que l’utilisation de nutriments comme les nitrates et les phosphates est importante pour la production alimentaire, mais que ceux-ci demeurent une source majeure de pollution des eaux souterraines, et qu’il est par conséquent nécessaire d’en promouvoir une utilisation circulaire par la récupération de l’eau à des fins d’irrigation, en premier lieu au niveau local;

43.

indique que certains secteurs de l’industrie et de l’énergie dépendent fortement des ressources en eau, que la décarbonation se traduit souvent par une consommation élevée d’eau, et que la résilience en la matière est donc essentielle pour la compétitivité à long terme de l’Union. Le CdR appelle à réutiliser davantage l’eau, à adopter des pratiques circulaires et à mettre en place des contrôles plus stricts des rejets pour réduire la pression sur les ressources hydriques et renforcer la résilience. Il demande à la Commission de mettre en œuvre le principe du bénéficiaire-payeur, en plus de celui du pollueur-payeur, afin de soutenir les bonnes pratiques dans ces secteurs, en prévoyant notamment des incitations financières pour les grands consommateurs d’eau souterraine ou d’eau potable, de sorte que les mécanismes de tarification encouragent une gestion de l’eau circulaire et plus durable. Il préconise en outre que ces principes valent également pour les produits en provenance de pays tiers dès lors qu’ils sont commercialisés sur le marché unique de l’Union;

44.

rappelle que l’un des éléments clés de la résilience dans le domaine de l’eau consiste à réduire la demande en ressources hydriques en promouvant les économies d’eau, l’utilisation rationnelle de l’eau et sa réutilisation; approuve par conséquent le principe de priorité à l’utilisation rationnelle de l’eau; salue l’objectif proposé d’améliorer cette utilisation de 10 % d’ici à 2030 et reconnaît que si la réduction des fuites d’eau est essentielle dans ces efforts, elle génère aussi des coûts élevés; souligne enfin que ce principe doit être appliqué à tous les secteurs tout en garantissant un accès durable et équitable à l’eau pour tous et la possibilité d’adapter et de concevoir le processus de rationalisation en fonction des conditions locales existantes (conditions hydrologiques et climatiques, infrastructures, etc.). La mise en œuvre du principe d’utilisation rationnelle de l’eau doit s’accompagner d’investissements, mais aussi d’une modernisation de l’irrigation et d’une réutilisation de l’eau;

45.

s’inquiète de la hausse de la consommation d’eau et de la demande d’énergie liée à l’essor de nouveaux secteurs technologiques, comme les centres de données et les sites de production d’hydrogène. Le Comité défend la mise en place de normes contraignantes en matière d’utilisation rationnelle de l’eau et de mesures d’incitation à la réutilisation et au recours à des systèmes en circuit fermé afin de s’assurer que ces sites soient conformes aux objectifs de résilience dans le domaine de l’eau;

Accès aux possibilités de financement et d’investissement, abordabilité et équité

46.

réaffirme être favorable à l’inclusion de la résilience dans le domaine de l’eau parmi les priorités de l’examen à mi-parcours du cadre financier pluriannuel (CFP) 2025. Compte tenu de l’immense déficit de financement annuel dans le secteur de l’eau et du fait que le financement de la résilience dans le domaine de l’eau nécessite des engagements budgétaires stratégiques à long terme au niveau de l’Union, il importe d’essayer d’obtenir des rubriques spécifiques dans le CFP 2028-2034 ainsi qu’un soutien fort de la politique de cohésion aux mesures envisagées dans le cadre de la stratégie;

47.

estime que les instruments financiers européens doivent tenir compte de la complexité, du coût économique et du calendrier des mesures liées à la gestion de l’eau. Il convient de mettre en place des mécanismes pour réduire les charges administratives, faciliter les transitions entre cadres financiers pluriannuels et permettre l’utilisation combinée de différentes sources de financement, en veillant à ce que cela s’accorde avec la mise en œuvre de formules de coopération public-privé;

48.

s’oppose à l’approche fondée sur les plans nationaux proposée pour le CFP 2028-2034, ainsi qu’à la tendance plus générale qui veut que la compétitivité prenne le pas sur d’autres objectifs stratégiques et biens publics. Une telle approche empêcherait en effet de déployer des politiques territorialisées et irait à l’encontre du principe de partenariat, qui garantit que les collectivités locales et régionales partagent la responsabilité des stratégies d’investissement, en fonction de leurs besoins particuliers et de leurs spécificités territoriales;

49.

demande que les programmes de financement de l’Union soutiennent les régions confrontées à des pénuries structurelles de ressources en eau, dans lesquelles les déficits chroniques sont exacerbés par le changement climatique, de même que celles présentant des handicaps naturels ou sociétaux. Par ailleurs, le soutien à l’investissement devrait couvrir un large éventail de mesures en faveur de la résilience, incluant à la fois des solutions innovantes, des solutions fondées sur la nature ou hybrides, et, le cas échéant, des infrastructures hydriques traditionnelles. Il devrait viser la modernisation, l’optimisation et l’adaptation au changement climatique des infrastructures hydriques stratégiques existantes, et les projets devraient être sélectionnés sur la base de critères techniques, économiques et environnementaux, y compris l’analyse des coûts générés tout au long de leur cycle de vie. Le Comité recommande de mettre l’accent sur le soutien aux projets qui améliorent la connectivité, la redondance et la sécurité des systèmes de gestion de l’eau au sein des régions et entre celles-ci, conformément aux plans stratégiques à long terme;

50.

souligne que l’accès à un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable d’une eau salubre et de qualité acceptable, ainsi qu’à l’assainissement, est un droit humain, et que les pouvoirs publics jouent un rôle fondamental pour garantir ce droit à tous. Le Comité exprime cependant son inquiétude car 10 millions d’Européens n’ont toujours pas accès à une eau propre, à l’assainissement et aux services liés à l’eau. À ce titre, l’eau devrait être considérée comme un bien commun naturel dont la gestion concilie efficacité et contrôle public. À cet égard, le CdR fait remarquer que les contraintes tarifaires et l’eau non facturée limitent la capacité financière des services d’utilité publique, et que si l’accessibilité financière reste essentielle, les systèmes de tarification devraient être conçus de manière à encourager une utilisation rationnelle de l’eau;

51.

fait valoir que la participation des citoyens doit être la pierre angulaire d’une approche globale des politiques de l’Union européenne relatives à l’eau et appelle la Commission et les États membres à renforcer la gouvernance inclusive selon une approche «One water», dans laquelle toutes les parties prenantes de différents secteurs d’une région donnée siègent autour de la même table; met en avant le rôle des comités locaux de gouvernance de l’eau en tant que plateformes concrètes de type «One water» permettant aux communes, aux professionnels de l’eau, aux agriculteurs, aux propriétaires forestiers et fonciers, aux entreprises, aux organisations de la société civile et aux jeunes de discuter ensemble de l’utilisation de l’eau, des conflits en la matière et des solutions possibles;

52.

souligne la nécessité d’intégrer la gestion de l’eau dans tous les domaines d’action au moyen d’une approche systémique et territorialisée. Le Comité fait valoir que les défis liés à l’eau font fi des frontières administratives et sectorielles, ce qui rend nécessaire le renforcement de la coopération multiniveaux et transfrontière. Il soutient la proposition du CESE d’appliquer un «test hydrique» à la législation européenne et encourage les collectivités locales et régionales à faire de même pour leurs politiques et stratégies;

53.

appelle à attribuer aux régions et aux villes un rôle concret dans la prise de décision en matière de planification et de gestion de l’eau, et met en avant leur pouvoir de codécision au sein des organes directeurs des autorités des districts hydrographiques. De même, le Comité demande d’associer systématiquement les villes et les régions dans les dialogues stratégiques menés par la Commission avec les États membres ainsi que dans tout dialogue pertinent relatif à la mise en œuvre, de façon à s’assurer que la diversité des territoires et l’expérience locale soient pleinement prises en compte dans les politiques de l’Union relatives à la résilience dans le domaine de l’eau, à l’adaptation au changement climatique, à la restauration des écosystèmes et à la gestion durable des ressources;

54.

réaffirme le rôle clé que jouent la Banque européenne d’investissement et les autres banques publiques s’agissant de fournir des financements patients à des conditions préférentielles, qui se révèlent essentiels pour répondre aux besoins d’investissement à long terme du secteur de l’eau; par conséquent, accueille favorablement le programme de la Banque européenne d’investissement pour la résilience dans le domaine de l’eau et la création d’un mécanisme de conseil pour une eau durable, qui permettra de renforcer la capacité des collectivités locales et régionales et des opérateurs du secteur de l’eau à concevoir des plans efficaces pour leurs investissements à long terme; appelle à étendre ce soutien aux villes et aux régions, de manière à renforcer la résilience des infrastructures hydriques en tenant compte des différents contextes locaux;

55.

demande des précisions concernant le recours aux crédits «nature» pour soutenir la résilience dans le domaine de l’eau en Europe. S’il peut être utile de recourir à des financements innovants, il est important de prévoir des garanties solides, de respecter les principes d’intégrité et d’éviter de traiter l’eau comme un bien marchand;

56.

souligne l’importance d’enchâsser les discussions sur l’eau dans des accords internationaux plus vastes tels que les conventions de Rio et le programme de développement durable à l’horizon 2030, et souligne que l’Union peut se servir des indicateurs associés aux objectifs de développement durable no 6 et no 14 comme d’un cadre pour orienter la mise en œuvre de sa stratégie;

Coopération internationale et diplomatie bleue

57.

insiste sur la nécessité de mener une action coordonnée à l’échelle mondiale pour relever les défis transfrontières; souligne le besoin de renforcer la présence du CdR, aux côtés des collectivités locales et régionales, au sein des enceintes internationales ayant trait à l’eau, en particulier la Conférence de l’ONU sur l’eau et la Conférence des Nations unies sur l’océan; fait valoir, dans ce contexte, qu’il importe de donner la priorité aux préparatifs de l’édition 2026 de la conférence de l’ONU sur l’eau, pour garantir que les points de vue locaux et régionaux soient dûment représentés dans les discussions sur la gouvernance mondiale de l’eau;

58.

reconnaît le rôle fondamental que jouent le pacte pour la Méditerranée et l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM) pour ce qui est de stimuler la coopération régionale concernant la résilience dans le domaine de l’eau, la lutte contre la pollution, le partage des connaissances et le renforcement des capacités des villes et des régions méditerranéennes, dans l’optique de relever les défis communs liés à l’eau.

Bruxelles, le 4 mars 2026.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


(1) Water Europe, The Value of Water: Towards a Water-Smart Society («La valeur de l’eau — Vers une société intelligente dans le domaine de l’eau» — disponible en anglais uniquement), Bruxelles, 2023.

(2) Water scarcity conditions in Europe («Les situations de rareté de l’eau en Europe» — disponible en anglais uniquement) | Indicateurs | Agence européenne pour l’environnement (AEE).

(3) Economic losses from weather- and climate-related extremes in Europe («Les pertes économiques dues aux conditions météorologiques et climatiques extrêmes en Europe» — disponible en anglais uniquement) | Indicateurs | Agence européenne pour l’environnement (AEE).

(4) Projet iMERMAID financé par l’UE, Wastewater Management in the Mediterranean sea: Towards Resilient, Smart and Circular Water System («La gestion des eaux usées en mer Méditerranée: vers un système hydrique résilient, intelligent et circulaire» — disponible en anglais uniquement), septembre 2025.

(5) Règlement (UE) 2020/741 du Parlement européen et du Conseil du 25 mai 2020 relatif aux exigences minimales applicables à la réutilisation de l’eau (JO L 177 du 5.6.2020, p. 32).

(6) Directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau (JO L 327 du 22.12.2000, p. 1).

(7) Règlement (CE) no 178/2002 du Parlement européen et du Conseil du 28 janvier 2002 établissant les principes généraux et les prescriptions générales de la législation alimentaire, instituant l'Autorité européenne de sécurité des aliments et fixant des procédures relatives à la sécurité des denrées alimentaires (JO L 31 du 1.2.2002, p. 1).

(8) Étude du CdR (2025), Managing Flood Risks: How to build water resilience in local communities («Gérer les risques d’inondation: comment bâtir la résilience dans le domaine de l’eau au sein des communautés locales» — disponible en anglais uniquement).

(9) Projet BOOST-IN financé par l’UE, Overcoming social perception barriers in circular water solutions («Surmonter les obstacles liés à la perception sociale des solutions circulaires en matière d’eau» — disponible en anglais uniquement), mai 2025.

(10) The Forever Pollution Project — Tracking PFAS across Europe («Projet sur la pollution éternelle — Suivi des PFAS dans toute l’Europe» — disponible en anglais uniquement).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/2600/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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