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AccueilDroit européen52025IR4112
Initiative législative52025IR4112

Avis du Comité européen des régions — La protection des enfants et des mineurs dans l’espace numérique

CELEX52025IR4112
TypeInitiative législative
Datemercredi 6 mai 2026

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/3457

24.7.2026

Avis du Comité européen des régions — La protection des enfants et des mineurs dans l’espace numérique

(C/2026/3457)

Rapporteure

:

Heike RAAB (DE/PSE), secrétaire d’État à la chancellerie d’État du land de Rhénanie-Palatinat

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR)

1.

reconnaît qu’il est besoin de protéger davantage les enfants et les mineurs dans l’espace numérique et que pour y parvenir, il est indispensable de déployer des actions coordonnées et ciblées au sein du système de gouvernance à plusieurs niveaux, qui englobe l’Union européenne, les États membres et les pouvoirs publics locaux et régionaux, notamment l’application effective de la législation numérique, des garanties en fonction de l’âge dès la conception et des mesures renforcées en matière de culture numérique et de prévention aux niveaux local et régional;

2.

se réjouit dès lors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ait tout particulièrement mis en avant, dans son discours sur l’état de l’Union, la protection des enfants et des mineurs dans l’espace numérique;

3.

se félicite que dans la déclaration du Jutland de la présidence danoise du Conseil, celle-ci considère l’amélioration de la protection des mineurs dans l’espace numérique comme une priorité de l’Union; accueille favorablement l’engagement pris par la présidence chypriote du Conseil de donner à ces progrès un tour encore plus officiel sous la forme d’un projet de conclusions du Conseil sur cette question;

4.

salue les intenses réflexions menées au sein du Parlement européen sur la question de la protection des enfants et des mineurs et souligne que ce débat doit être guidé à tout moment par les droits et le bien-être des enfants et des mineurs;

De la liberté et des règles

5.

rappelle que la conception européenne de la liberté exige que soient posées au préalable des règles, de sorte à préserver l’exercice plein et entier, démocratique et sûr de ces libertés par tous, et en particulier par les mineurs;

6.

constate au regard des évolutions de la situation politique dans le monde qu’il est plus que jamais besoin d’une perspective européenne forte afin de garantir la liberté des médias en Europe et de protéger au mieux les mineurs sur l’internet;

7.

souligne que l’Union fait figure de pionnière en matière de réglementation dans ce domaine, notamment pour ce qui est de la responsabilité des plateformes, grâce à ses systèmes réglementaires tels que la directive «Services de médias audiovisuels» (SMA) (1) et le règlement sur les services numériques, y compris les lignes directrices [...] conformément à l’article 28 de ce dernier;

Des intérêts protégés par le droit des médias

8.

note que la réglementation européenne des médias s’appuie sur les quatre fondements que sont la protection de la dignité humaine, celle des enfants et des mineurs, celle des utilisatrices et des utilisateurs, et celle du pluralisme des médias;

9.

fait observer que toute réglementation des médias vise à trouver le bon équilibre entre la liberté d’expression, consacrée par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et les constitutions nationales, et les quatre intérêts protégés cités précédemment; ceci vaut tout spécialement dans le contexte de la protection des mineurs dans le monde numérique;

10.

indique par ailleurs que les mineurs jouissent de la liberté de chacun de maîtriser les informations le concernant et de leur droit à la participation numérique, tels que les prévoient également l’article 17 de la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant et l’observation générale no 25 des Nations unies; constate que dans des sociétés démocratiques, la participation et l’engagement dans l’espace numérique sont essentiels y compris pour les mineurs;

De la nouvelle réalité médiatique

11.

fait valoir que l’utilisation des médias se produit de plus en plus souvent dans l’espace numérique, en particulier chez les jeunes (2). Les contenus des médias traditionnels, tels que la radiodiffusion et la presse écrite, sont de plus en plus consommés par l’intermédiaire de plateformes numériques tierces, et ces médias ne cessent de perdre de leur audience dans la même proportion;

12.

met en avant les avantages que présente aussi la numérisation car elle permet d’améliorer l’accès à l’information, de favoriser la créativité et l’innovation et d’intensifier la communication, la participation et l’engagement, y compris par-delà les frontières; aussi les politiques publiques devraient-elles viser non seulement à atténuer les risques de l’environnement numérique, mais aussi à donner à la population européenne les moyens d’utiliser les technologies de manière critique, créative et responsable au moyen de programmes d’éducation dès le plus jeune âge au numérique et aux médias;

13.

fait remarquer que les services de médias sociaux ne sont pas toujours utilisés à un âge adapté;

14.

constate que la numérisation favorise de multiples facteurs d’amplification pour «tout un chacun». Le nombre et la portée des contenus numériques ne cessent de croître, tout comme la vitesse de leur diffusion. De ce fait, la numérisation constitue un facteur qui renforce des périls tels que les crimes de haine, la montée des discours de haine, le pédopiégeage, l’intimidation, le harcèlement et la radicalisation, la publicité déguisée, la désinformation et la propagande, la recherche et la divulgation d’informations privées ou personnelles sur l’internet sans consentement (doxxing), la création d’une fausse identité à des fins de manipulation ou de tromperie (catfishing), les insultes à caractère sexiste ou sur la base de l’orientation sexuelle (trolling de genre), la maltraitance dans le cadre de rencontres en ligne (cyber dating abuse), ainsi que diverses formes de violence sexuelle en ligne, y compris l’exploitation et les abus sexuels (3), la traite des femmes et des filles, le chantage à caractère sexuel (sextorsion) et l’utilisation non consentie d’images intimes ainsi que le viol virtuel;

15.

met en exergue la forte concentration de marché aux mains d’une poignée de fournisseurs internationaux et souligne la nécessité de renforcer leur devoir de diligence, en veillant à ce que le cadre de responsabilité actuel n’exempte pas les plateformes d’une gestion active et sûre des contenus; est d’avis qu’il s’impose de supprimer les incitations structurelles qui poussent les propriétaires de plateformes à privilégier les profits financiers et la domination du marché par rapport à la responsabilité sociétale, un état de fait qui rend d’autant plus nécessaire de renforcer leur obligation de rendre des comptes et leur surveillance par la voie de la réglementation;

16.

rappelle qu’en dépit des possibilités considérables qu’offre la numérisation aux enfants et aux mineurs, elle comporte également des risques importants pour eux;

17.

souligne que les disparités territoriales en matière de connectivité, de compétences numériques, d’éducation aux médias (y compris dès le plus jeune âge), tout comme d’accès à des services de soutien et de conseil, à des professionnels spécialisés et à des mécanismes de signalement, sont susceptibles d’aggraver les risques dans certaines régions urbaines, rurales et structurellement moins favorisées, ainsi que les inégalités sociales et celles liées au handicap. Les personnes qui habitent de petites villes, des zones rurales et des régions périphériques sont confrontées de ce fait à un ensemble de vulnérabilités, étant donné qu’elles sont exposées aux mêmes risques en ligne que leurs contemporains qui résident dans les grandes villes, tout en ayant accès à moins de ressources pour se protéger;

Des conséquences de la nouvelle réalité médiatique sur la protection des mineurs

18.

fait remarquer que les enfants et les mineurs sont exposés dans l’espace numérique à des contenus pornographiques illicites préjudiciables à leur développement, et qu’ils sont, dans certains cas, délibérément ciblés par de tels contenus (4), lesquels leur sont souvent proposés par le jeu de l’amplification et du profilage algorithmiques, alors même que pour ces groupes d’âge, la découverte de tels contenus est de nature à entraîner de lourdes répercussions sur leur développement, leur santé mentale et leur bien-être, par exemple des troubles du sommeil, un stress accru et des symptômes dépressifs, tout comme des tendances à adopter des conduites dangereuses ou addictives, ce qui limite leur capacité à se développer en toute sécurité et en toute confiance;

19.

indique qu’un nombre croissant de mineurs sont exposés à des contenus pornographiques (5); s’inquiète à cet égard du fait que le premier contact avec ces derniers intervient souvent à un âge très précoce, sachant que des études montrent que la moitié de ceux qui ont déjà vu de la pornographie auraient préféré ne jamais avoir vécu cette expérience (6);

20.

note que de nombreux enfants ont déjà fait l’expérience de sollicitations en ligne à des fins sexuelles, lorsque des adultes profitent de l’anonymat que leur procure l’internet pour entrer en contact avec des enfants afin de les inciter à des actes sexualisés au moyen d’un chantage émotionnel (7); par ailleurs, la sextorsion, à savoir le chantage au moyen de contenus sexuels, pose également un grave danger. De plus, ces personnes peuvent se faire passer pour d’autres adultes afin de tromper les enfants et de gagner leur confiance, ce qui expose les enfants eux-mêmes à un risque direct d’exploitation sexuelle et peut avoir de graves conséquences sur leur développement psychosocial;

21.

prend acte d’une augmentation sensible au cours des dernières années de la proportion de ceux qui ont vu des commentaires haineux en ligne (8), or l’exposition croissante au harcèlement (9) et aux discours haineux en ligne conduit à renforcer le sentiment d’insécurité des enfants et des mineurs et fait peser sur eux la menace de l’exclusion sociale, autant de facteurs susceptibles d’influer négativement sur leur santé mentale et leurs performances d’apprentissage ainsi que sur leur capacité à développer des relations sociales saines; constate que les risques associés aux discours haineux et au harcèlement en ligne sont considérablement exacerbés dans le cas des enfants et des mineurs qui subissent des formes intersectionnelles de discrimination, et que les mineurs appartenant à des groupes marginalisés sont, de manière disproportionnée, exposés à la haine en ligne et ciblés par celle-ci, ce qui accroît leur vulnérabilité aux préjudices et à l’exclusion sociale, sachant que par ailleurs le risque de radicalisation s’accroît, ce qui rend les mineurs plus vulnérables à l’adoption d’attitudes haineuses et discriminatoires à l’égard des groupes minoritaires, y compris les migrants, les personnes LGBTIQ+ et d’autres communautés marginalisées;

22.

fait valoir qu’en matière de risques, tant les agissements que l’exposition à des préjudices présentent des caractéristiques spécifiques en fonction du sexe des utilisateurs: en effet, les filles, les jeunes femmes, les personnes transgenres, tout comme les autres personnes qui ne correspondent pas aux rôles traditionnellement dévolus à leur genre, sont en général frappées de manière disproportionnée par les périls en ligne, tels que le harcèlement en ligne, la violence sexualisée, les pressions liées à l’image corporelle et les conséquences sur la santé mentale;

23.

avance que les mineurs sont tout particulièrement confrontés à la désinformation et à l’information préjudiciable (10), une situation à même d’entraver le développement de leur esprit critique, ainsi que de fausser leur compréhension des processus sociaux et démocratiques, et de compliquer ainsi leur participation complète, sûre et éclairée non seulement à ces processus mais aussi aux processus politiques;

24.

souligne que l’intelligence artificielle (IA) générative ajoute une nouvelle dimension aux risques pour les mineurs (du fait par exemple des hypertrucages ou des robots conversationnels d’IA, des contenus automatisés sur les réseaux sociaux, ou de la publicité numérique personnalisée) (11) et que dans ce domaine, il n’est pas encore tenu suffisamment compte des droits ni des intérêts des mineurs;

25.

observe une augmentation du nombre d’enfants et de mineurs recrutés au sein d’organisations criminelles par l’intermédiaire des services numériques;

26.

met en avant le fait que la manière dont sont conçues les plateformes, entre autres pour ce qui est des algorithmes et des techniques manipulatrices d’interaction, produit des effets délétères chez les mineurs, par exemple une utilisation excessive ou des formes pathologiques de dépendance, et demande instamment que l’on adopte des mesures réglementaires visant à interdire ou à limiter les pratiques renforçant la dépendance, telles que les «boîtes à butin» dans les jeux vidéo, qui peuvent constituer une incitation au jeu compulsif, et que l’on exige la transparence des mécanismes de conception qui encouragent une utilisation compulsive;

27.

fait remarquer que les enfants en situation de discrimination intersectionnelle peuvent être touchés de manière disproportionnée par des algorithmes et des techniques manipulatrices d’interaction, de sorte que les inégalités sociales existantes sont aggravées en ligne, et qu’ils peuvent être en outre confrontés à des difficultés supplémentaires dans leur utilisation des environnements en ligne;

28.

insiste sur l’importance de promouvoir une approche européenne globale du bien-être numérique des enfants et des mineurs, qui associe d’une part la protection contre les risques de l’environnement numérique et d’autre part la promotion des compétences numériques, de l’esprit critique, de la créativité et de l’utilisation positive de la technologie; s’agissant de l’utilisation responsable des médias sociaux, fait valoir la nécessité de favoriser la construction des valeurs par la famille ou les tuteurs;

29.

fait observer que du point de vue de la santé mentale et psychique (12), protéger les enfants et les mineurs face aux médias nécessite de mettre en place des actions et des programmes ciblés dans les domaines de la jeunesse, de l’éducation, y compris informelle, et de la famille, notamment pour ce qui est de l’éducation à la santé; estime que de tels actions et programmes devraient viser à améliorer le bien-être psychoémotionnel des enfants et des mineurs, leur capacité à s’autoréguler, leurs interactions sociales et leur résilience, et de la sorte, à réduire le risque de troubles mentaux et d’isolement social, et qu’il convient ce faisant d’accorder une attention toute particulière à la prévention, à la détection précoce et aux mesures de soutien, car il est notoire que détecter précocement les détériorations de leur condition psychique permet de garantir un développement psychosocial sain des enfants et des mineurs. Sachant que l’accès à ces actions et programmes peut être limité dans les zones rurales et dans les régions périphériques, le CdR fait valoir la nécessité de services d’aide — y compris mobile, en ligne et de proximité — accessibles du point de vue géographique, dans le but de garantir qu’aucun enfant ne soit privé d’aide en raison de son lieu d’habitation;

30.

relève l’importance du rôle que jouent les influenceurs auprès des mineurs, que ce soit dans la manière dont ceux-ci utilisent les médias ou dans leur mode de vie. Il peut en résulter une augmentation de l’exposition potentielle à la publicité clandestine ou à la manipulation, ainsi qu’à des pratiques néfastes qui incitent à des comportements à haut risque pour leur intégrité physique et leur vie. Le CdR souligne dès lors la nécessité de renforcer l’éducation critique aux médias dans le cadre d’une approche préventive et fondée sur les droits et les obligations, en permettant aux jeunes de repérer ces contenus et d’établir une relation consciente, critique, éclairée et saine avec l’environnement numérique, tout en promouvant la coresponsabilité des plateformes et des créateurs de contenus eux-mêmes dans la protection des droits des enfants et des jeunes. Il déplore que notamment les opérateurs des plateformes en ligne et de médias sociaux, au moyen desquels ce type d’influenceurs exercent leur activité, continuent de prendre des mesures insuffisantes pour prévenir, détecter ou sanctionner ces pratiques;

31.

prend acte du fait que les activités des influenceurs se servant de leur famille ou de leurs enfants sont susceptibles de restreindre fortement les droits de l’enfant, par exemple du point de vue de la protection de ses données, ou du fait de pratiques commerciales opaques ou manipulatrices ou encore d’activités lucratives au détriment de l’image ou de la vie privée de l’enfant;

32.

rappelle que les fondements essentiels d’une réglementation démocratique des médias, indépendante de l’État, et d’une protection des mineurs face aux médias demeurent inchangés, quelles qu’aient été les mutations qu’ont connues l’utilisation et les offres des médias. Nonobstant, il n’en demeure pas moins nécessaire d’évaluer le cadre juridique et de continuer à le perfectionner, afin de prendre dûment en compte les intérêts à protéger dans le monde nouveau et numérique des médias;

De la lutte contre les contenus illicites

33.

demande aux institutions européennes et aux États membres de tenir les plateformes numériques pleinement responsables de mieux protéger les mineurs dans l’espace numérique. En effet, celles-ci ne se contentent pas de fournir des infrastructures, mais du fait de la manière dont elles proposent leurs services, dont elles présentent et diffusent les contenus, elles influent sur ces derniers comme sur les discussions, notamment au moyen d’algorithmes dont le fonctionnement demeure opaque pour les utilisateurs;

34.

souligne qu’en aucun cas, il ne saurait être question de se défausser de cette responsabilité sur les mineurs. Les plateformes doivent veiller à la sûreté pour tous, y compris les mineurs, de l’espace de communication qu’elles créent et qui revêt une grande importance pour la société, comme le prévoient les prescriptions légales nationales et européennes;

35.

note que pour agir afin de protéger les enfants et les mineurs contre les risques systémiques qui se présentent dans l’espace numérique, il est possible de choisir de réglementer en fonction de l’âge les offres dans le domaine des plateformes de médias sociaux, tant pour ce qui est de l’accès que de leur conception. À cet égard, on peut notamment envisager aux fins d’une vérification obligatoire de l’âge de définir un seuil minimal de 14 ans pour l’accès aux plateformes de médias sociaux et de le porter à 16 ans à l’intention des mineurs pour ce qui est de l’obligation de concevoir en fonction de l’âge les contenus desdites plateformes, de sorte à tenir compte des besoins particuliers de protection de ces groupes d’âge dans l’espace numérique. Une interdiction des médias sociaux en fonction de l’âge ne saurait toutefois délier les plateformes en ligne de leur responsabilité insigne ou de leur obligation de prévoir la sécurité dès la conception et des mécanismes efficaces de signalement et de retrait des contenus préjudiciables;

36.

insiste pour que toutes les autorités réglementaires nationales appliquent de manière cohérente la législation nationale et européenne en matière de protection des mineurs. Ce n’est qu’ainsi que le cadre juridique pourra produire des effets sur le terrain et à l’échelle européenne. L’expérience dont disposent les collectivités locales et régionales devrait être prise en compte dans les activités de surveillance; à cette fin, les écoles et les services sociaux devraient œuvrer de concert avec lesdites collectivités;

37.

met en évidence la nécessité de garantir une transparence et une responsabilité accrues dans le fonctionnement des algorithmes utilisés par les plateformes numériques, en particulier ceux qui mènent à recommander et amplifier des contenus ciblant les mineurs;

38.

met en avant le rôle crucial des écoles pour doter les enfants et les mineurs d’une éducation aux médias et de compétences en matière de pensée critique, ce qui comprend la capacité à reconnaître et évaluer la désinformation et les informations trompeuses, ainsi qu’à y résister; estime qu’il convient d’intégrer ces compétences à l’éducation formelle et informelle, et de soutenir ce processus au moyen d’une formation adéquate des enseignants et d’une coopération étroite avec les collectivités locales et régionales;

39.

recommande de rendre effective l’application de la législation par-delà les frontières au sein du comité européen des services de médias et du comité européen des services numériques;

40.

réclame que la Commission fasse appliquer strictement les dispositions des articles 28 et 34 du règlement sur les services numériques à l’encontre des très grandes plateformes en ligne. Pour que cette démarche soit efficace, il est besoin d’une coopération étroite et loyale avec les autorités réglementaires nationales compétentes, ainsi qu’avec les collectivités locales et régionales, notamment afin d’étayer les procédures au moyen de preuves tirées de la réglementation respective des contenus et de l’expérience des collectivités locales et régionales;

41.

considère que la révision imminente de la directive «Services de médias audiovisuels» tombe à pic pour combler les lacunes du cadre juridique relatif à la protection des mineurs; souligne également la nécessité de réglementer les contenus qui nuisent au développement de ces derniers;

42.

demande que ladite révision n’entraîne pas de modification de l’instrument juridique choisi initialement, à savoir la directive, et qu’elle respecte la souveraineté culturelle des États membres ainsi que le principe de subsidiarité;

43.

invite, aux fins de la réduction des procédures bureaucratiques, le législateur européen à faire la clarté sur les rapports qu’entretiennent les différents actes législatifs et sur la délimitation de leurs champs d’application respectifs. Il convient tout particulièrement de poser clairement que la directive SMA constitue le cadre réglementaire spécifique, et donc prioritaire, pour ce qui est de réglementer les contenus numériques, sans préjudice de l’application complémentaire du règlement sur les services numériques;

44.

fait valoir l’interaction judicieuse entre la réglementation sectorielle des contenus par la directive SMA et le règlement sur les services numériques, comme le constate également le rapport de la Commission sur l’interaction entre le règlement sur les services numériques et d’autres actes législatifs;

45.

appelle à recourir aux structures efficaces qui sont en place dans le but de réduire les procédures bureaucratiques, et à faire jouer leurs synergies, et à éviter à tout prix que de nouvelles charges administratives supplémentaires ne viennent les paralyser;

46.

soutient que les prescriptions du droit de l’Union et du droit national exigent que les mineurs ne puissent accéder à certains contenus, tels que la pornographie, la violence et les contenus susceptibles de nuire à leur épanouissement physique ou mental; insiste sur la nécessité que le déploiement de tout système de vérification de l’âge doit prévoir d’être accessible à tous les citoyens européens, indépendamment de leur lieu de résidence, de leur situation socio-économique ou de handicap; fait observer que notamment les systèmes qui présupposent une connectivité avancée, des appareils spécifiques ou des compétences numériques risquent d’exclure les groupes marginalisés;

47.

se félicite de l’initiative de la Commission européenne visant à développer une application européenne commune de vérification de l’âge, en tant qu’étape importante pour renforcer la protection des mineurs en ligne dans l’ensemble de l’Union, sachant qu’un tel outil peut soutenir la mise en œuvre effective et cohérente des règles de l’Union, en particulier de l’article 28, paragraphe 1, du règlement sur les services numériques; souligne que le déploiement d’un tel système doit être pleinement conforme aux principes de protection des données. Les solutions à l’échelle de l’Union ne doivent toutefois pas bloquer les systèmes (nationaux) en place qui fonctionnent bien. Les initiatives européennes se devraient de compléter ces derniers, et non de s’y substituer, sachant qu’une multitude de systèmes offrent des solutions sur mesure pour des domaines d’application multiples, sans pour autant exclure les groupes marginalisés. En outre, la Commission européenne devrait évaluer, dans le cadre de l’analyse de l’impact des solutions à l’échelle de l’Union, leur accessibilité territoriale et sociale;

Des mesures concernant les contenus qui entravent le bon développement, et d’autres dangers

48.

souligne que les fournisseurs de services numériques et de systèmes d’exploitation devraient mettre en place des mesures techniques, en particulier afin de vérifier l’âge et le consentement parental avec efficacité, tout en veillant à ce qu’elles demeurent proportionnées et respectent la vie privée. Il peut s’agir également de méthodes d’évaluation de l’âge, pour autant qu’elles ne permettent pas de tirer des conclusions sur l’identité, le sexe ou l’origine ethnique de la personne concernée et qu’elles respectent les exigences en matière de protection des données. La mise en place de systèmes de paiement doit faire l’objet d’une évaluation attentive du point de vue de la protection des mineurs. Dès lors que l’on recourt à de tels systèmes, ceux-ci doivent respecter la protection de la vie privée et se fonder sur la minimisation des données, la non-traçabilité et l’interdiction de réutilisation commerciale. Par ailleurs, ils doivent toujours faire l’objet d’une analyse spécifique de leur impact sur les enfants;

49.

exige des plateformes en ligne et des moteurs de recherche qu’ils mettent en œuvre des paramètres prédéfinis adaptés aux enfants et aux adolescents, dans le cadre de la sécurité dès la conception. À cet égard, il convient également de veiller à ce que les conditions générales de vente soient transparentes et adaptées aux mineurs, en interdisant expressément les interfaces trompeuses ciblant les mineurs ou leur étant vraisemblablement accessibles (par exemple, le jeu automatique infini, les notifications de nuit persuasives, les temps d’attente manipulatoires, les circuits de récompense et l’auto-suivi de comptes, l’enregistrement forcé ou le processus de suppression de compte excessivement complexe, la publicité cachée ou la présentation trompeuse de contenus commerciaux, l’urgence artificielle, le déclenchement par défaut des paramètres de partage de données ou les achats intégrés à l’application) et en intégrant des contrôles du temps, des pauses et des modes de repos activés par défaut;

50.

invite les États membres à garantir l’application des règles en vigueur relatives aux communications commerciales que pose la directive SMA à l’endroit des influenceurs, afin de protéger les mineurs contre la publicité opaque et nocive, sachant que la portée de cette application diffère au sein de l’Union européenne. Les formes nouvelles de publicité doivent être mieux prises en compte dans le cadre de la réglementation;

51.

salue la stratégie pour un internet mieux adapté aux enfants (BIK+) et son objectif de fournir aux mineurs des services adaptés à leur âge;

52.

demande que les services numériques fassent obligatoirement l’objet d’évaluations de leurs incidences sur les droits de l’enfant;

Du pluralisme des médias

53.

propose, en partant des habitudes d’utilisation du numérique, d’étendre la réglementation en matière de repérabilité de la directive SMA afin de garantir l’accès des jeunes aux contenus des services de médias audiovisuels d’intérêt général, de sorte qu’ils puissent se forger une opinion éclairée sur la politique et la société;

54.

met en évidence le fait que les stratégies les plus efficaces pour la protection des mineurs dans l’environnement numérique combinent la responsabilité des plateformes numériques avec le développement des compétences numériques, l’éducation aux médias et le soutien éducatif aux mineurs et aux familles;

De l’éducation aux médias et des collectivités locales et régionales

55.

insiste sur la nécessité de proposer des offres locales et régionales adaptées aux groupes cibles afin de faire progresser l’éducation aux médias. Pour diffuser cette dernière, aussi bien les écoles que les collectivités locales et régionales sont des acteurs et des agents multiplicateurs déterminants, notamment pour ce qui est de concevoir et de mettre en œuvre les programmes dans cette discipline, de prodiguer l’éducation numérique, de soutenir les familles ou les tuteurs aux fins d’une utilisation sûre et responsable des médias numériques, ainsi que d’intégrer l’éducation aux médias à un stade précoce. Dans les régions où vivent des minorités linguistiques et nationales, il convient de mettre également à leur disposition dans leurs langues des initiatives d’éducation aux médias, de sorte à assurer une sensibilisation efficace et l’égalité d’accès. Il convient dès lors de faire en sorte d’améliorer les possibilités de mise en réseau;

56.

rappelle que la directive SMA impose aux plateformes de partage de vidéos l’obligation de prendre des mesures en matière d’éducation aux médias;

57.

demande instamment que soient prises des mesures concrètes contre les contenus qui encouragent la violence fondée sur le genre et la discrimination pour déchaîner l’une et l’autre contre les femmes, les filles et plus largement, les féminités, ainsi que contre les personnes transgenres non binaires et les personnes qui ne correspondent pas aux rôles traditionnels dévolus à leur genre, de sorte à empêcher et à contrer de tels discours et phénomènes;

58.

encourage les États membres à mener des campagnes éducatives contre la désinformation, moyennant la participation des collectivités locales et régionales;

59.

exige une action résolue contre la cyberintimidation et les sollicitations d’enfants en ligne à des fins sexuelles; se félicite donc du plan d’action contre le cyberharcèlement, par lequel la Commission européenne présente une approche à l’échelle de l’Union pour lutter contre ce phénomène et qui s’emploie avant tout à renforcer les responsabilités des plateformes, à faire de la prévention grâce à l’éducation aux médias numériques et à des campagnes de sensibilisation, ainsi qu’à prévoir à l’intention des enfants et des mineurs des services aisément accessibles de soutien et de signalement. En outre, ledit plan d’action met en lumière l’importance d’une approche collaborative afin d’associer un large éventail d’acteurs concernés, tels que les collectivités locales et régionales, les services répressifs et les acteurs de la société civile. De ce fait, la mise en œuvre du plan d’action constitue une avancée essentielle en vue de lutter efficacement contre le cyberharcèlement;

60.

souligne toute l’importance que revêtent des points de contact locaux et régionaux pour les personnes touchées et les victimes, auxquelles ils devraient offrir un environnement sûr et fiable;

61.

se félicite des mesures prévues au titre du bouclier européen de la démocratie en matière d’éducation aux médias et de résilience, en particulier le train de mesures sur l’éducation de 2026, qui vise à soutenir le développement de l’éducation aux médias dans les écoles. Il faut sensibiliser les mineurs dès le plus jeune âge aux possibilités, aux problèmes et aux dangers que présente l’internet. À cette fin, il convient également d’une part de réviser les lignes directrices à l’intention des enseignants sur la manière de traiter la désinformation, de favoriser l’éducation aux médias et de détecter les situations de risque numérique, et d’autre part, d’élaborer ou de mettre à jour du matériel pédagogique spécialisé que l’on peut utiliser dans le cadre des actions et des programmes dans les domaines de la jeunesse, de l’éducation, y compris informelle, et de la famille. L’objectif est de promouvoir la santé mentale et physique des élèves, de développer les compétences d’autorégulation, la résilience et les comportements sains, et de sensibiliser aux risques et aux défis liés à l’utilisation des médias et de l’internet;

62.

considère qu’il importe d’aider les familles à apporter un soutien numérique aux enfants et aux adolescents au moyen de ressources éducatives, d’orientations et de programmes publics de formation numérique pour les parents et les aidants;

63.

estime que l’usage et l’utilisation d’appareils numériques devraient être adaptés à l’âge et faire l’objet d’un accompagnement attentif, dans le cadre tant scolaire que privé, du point de vue du développement des enfants et des mineurs; estime par ailleurs, à cet égard, que les États membres et les régions devraient pouvoir prendre des mesures proportionnées pour limiter l’utilisation des téléphones portables et des appareils numériques individuels dans les établissements d’enseignement, en particulier dans l’enseignement préprimaire et primaire, lorsque cela sert l’intérêt supérieur de l’enfant, le bien-être des élèves et des objectifs pédagogiques clairement définis;

64.

est d’avis qu’il convient, conformément à la stratégie de l’Union sur les droits de l’enfant, d’associer activement les enfants et les mineurs à l’élaboration des stratégies qui visent à les protéger dans l’espace numérique, ainsi que de les faire également participer à la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques relatives à l’environnement numérique, parce qu’ils en sont les utilisateurs et que celui-ci joue un rôle important dans tous les domaines de leur vie. Dans les régions rurales et (ultra)périphériques, il s’impose de s’efforcer tout particulièrement de rendre accessibles les mécanismes de participation des enfants et des mineurs, en surmontant les limites dues à l’éloignement, à la connectivité ou au manque de structures locales. Pour ce faire, les organes locaux de représentation de l’enfance et de la jeunesse devraient conseiller les communes et les autorités, et il convient de leur ménager une place dans les processus à l’œuvre à l’échelon régional comme à l’échelle de l’Union;

65.

fait observer que l’éducation aux médias est importante pour tous les groupes d’âge; soutient par conséquent les mesures annoncées par le programme du bouclier européen de la démocratie consacré à la résilience des médias en vue de la favoriser auprès de tous les âges, et ce aussi bien dans les zones rurales que dans les milieux urbains, notamment sous la forme de programmes structurels d’éducation numérique dans les systèmes éducatifs et dans les politiques en faveur de la jeunesse, assortis d’une participation active des adolescents et des jeunes à leur conception et à leur évaluation.

Bruxelles, le 6 mai 2026.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


(1) Directive (UE) 2018/1808 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 modifiant la directive 2010/13/UE visant à la coordination de certaines dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres relatives à la fourniture de services de médias audiovisuels (directive «Services de médias audiovisuels»), compte tenu de l'évolution des réalités du marché (JO L 303 du 28.11.2018, p. 69, ELI: http://data.europa.eu/eli/dir/2018/1808/oj).

(2) 47 % des personnes interrogées dans l’Union utilisent les médias sociaux pour s’informer (Parlement, 2024, p. 27); 42 % déclarent que l’internet est leur principale source d’information (Newman et al., 2024); les personnes interrogées âgées de 15 à 24 ans dans l’Union recourent bien plus fréquemment aux réseaux sociaux (59 % contre 24 % chez les plus de 55 ans) ainsi qu’aux plateformes de partage de vidéos (37 % contre 11 %), aux applications de messagerie (23 % contre 12 %), aux podcasts (13 % contre 4 %) et aux blogs (6 % contre 2 %) (Parlement, 2024, p. 8).

(3) Parmi les jeunes de 9 à 16 ans dans l’Union, de 7 à 45 % ont vécu des expériences négatives en ligne, un chiffre en hausse depuis 2010 (Smahel et al., 2020, p. 50).

(4) Les enfants signalent au moins une fois par mois des discours de haine (17 %), des images violentes (13 %), des contenus concernant la maigreur extrême (12 %), des comptes rendus d’expériences de toxicomanie (11 %), des modes d’emploi d’automutilation (10 %) et des méthodes pour se suicider (8 %) (Smahel et al., 2020, p. 62).

(5) Entre 21 et 50 % des enfants déclarent avoir été exposés à des images à caractère sexuel (Smahel et al., 2020, p. 89). En Allemagne, les mineurs qui ont déclaré avoir vu de la pornographie sont plus nombreux en 2024 qu’en 2023 [Institut des médias du Land de Rhénanie-du-Nord — Westphalie (LFM NRW), 2024].

(6) Pour l’Allemagne, se reporter à: LFM NRW, 2024.

(7) LFM NRW, 2025, p. 16: en Allemagne, près d’un mineur sur quatre a fait l’expérience d’une sollicitation en ligne à des fins sexuelles. Europol, rapport 2021 sur l’évaluation de la menace de la criminalité organisée sur Internet (IOCTA, en anglais), p. 25: augmentation sensible des activités de pédopiégeage en ligne sur les réseaux sociaux et les plateformes de jeux.

(8) Pour l’Allemagne, elle est passée de 65 % en 2016 à 78 % en 2024 [étude forsa sur les discours de haine en ligne du LFM NRW (en allemand)]. 64 % des personnes interrogées estimaient que les discours et crimes de haine avaient pris de l’ampleur [Commission, 2021, p. 16 (en anglais)].

(9) Au cours de la période 2018-2022, le nombre aussi bien de victimes que d’auteurs de harcèlement en ligne a augmenté: chez les garçons, la proportion des auteurs est passée de 11 % à 14 %, chez les filles de 7 % à 9 %; par ailleurs, la proportion de victimes chez les premiers s’est accrue de 12 % à 15 % et chez les secondes, de 13 % à 16 % [Cosma et al., 2024, pp. 5-9 (en anglais)].

(10) Unzicker, K., Desinformation: Herausforderung für die Demokratie (La désinformation: un défi pour la démocratie), Bertelsmannstifung, 2023.

(11) 68 % des élèves européens âgés de 12 à 17 ans ont «toujours» ou «la plupart du temps» accès à des dispositifs dotés de l’IA [Vodafone Stiftung, KI an europäischen Schulen (L’IA dans les écoles européennes), 2025, p. 6].

(12) Selon des études récentes, l’utilisation d’écrans est considérée comme un «problème de santé publique», étant donné que, dans l’environnement scolaire, une exposition prolongée et incontrôlée aux dispositifs numériques entraîne une diminution des performances scolaires, affectant directement la compréhension à la lecture et les compétences mathématiques (se reporter, entre autres, à l’article intitulé «Efectos de los medios digitales en la salud física y el desarrollo», publié le 8 mai 2025 dans la revue spécialisée espagnole Anales de Pediatría). C’est pourquoi des experts de différents domaines — santé, sciences, éducation, etc. — plaident pour un accès progressif, aussi sûr que possible, adapté au niveau de maturité et de développement des capacités de l’enfant, et respectueux du droit à la vie privée et intime.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/3457/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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