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AccueilDroit européen62022TJ0575
Jurisprudence CJUE62022TJ0575

Arrêt du Tribunal (sixième chambre, siégeant avec cinq juges) du 18 mars 2026.#Robin Wood - Gewaltfreie Aktionsgemeinschaft für Natur und Umwelt eV e.a. contre Commission européenne.#Environnement – Convention d’Aarhus – Rejet d’une demande de réexamen interne – Article 10, paragraphe 1, du règlement (CE) no 1367/2006 – Règlement délégué (UE) 2021/2139 – Gestion des forêts – Activités liées à la production de combustibles et de bioénergie issus de la biomasse forestière – Taxonomie – Exigences applicables aux critères d’examen technique – Article 19 du règlement (UE) 2020/852 – Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à celui-ci – Préjudice important causé aux objectifs environnementaux.#Affaire T-575/22.

CELEX62022TJ0575
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 18 mars 2026

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne rejette le recours d'organisations environnementales contestant le rejet par la Commission de leur demande de réexamen interne du règlement délégué (UE) 2021/2139 sur la taxonomie. Il confirme que la Commission n'a pas commis d'erreur en incluant certaines activités liées à la biomasse forestière comme contribuant substantiellement à l'atténuation du changement climatique, sous réserve du respect de critères techniques stricts. Cette décision précise la marge d'appréciation de la Commission dans l'application des critères de « contribution substantielle » et d'« absence de préjudice important » prévus par le règlement Taxonomie.

Texte intégral

ARRÊT DU TRIBUNAL (sixième chambre, siégeant avec cinq juges)

18 mars 2026 ( *1 )

« Environnement – Convention d’Aarhus – Rejet d’une demande de réexamen interne – Article 10, paragraphe 1, du règlement (CE) no 1367/2006 – Règlement délégué (UE) 2021/2139 – Gestion des forêts – Activités liées à la production de combustibles et de bioénergie issus de la biomasse forestière – Taxonomie – Exigences applicables aux critères d’examen technique – Article 19 du règlement (UE) 2020/852 – Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à celui-ci – Préjudice important causé aux objectifs environnementaux »

Dans l’affaire T‑575/22,

Robin Wood – Gewaltfreie Aktionsgemeinschaft für Natur und Umwelt eV, établie à Hambourg (Allemagne), et les autres parties requérantes dont les noms figurent en annexe ( 1 ), représentées par Mes C. Baldon, N. Braoudakis, avocats, et M. B Mitchell, barrister,

parties requérantes,

contre

Commission européenne, représentée par MM. G. von Rintelen, G. Gattinara, Mme C. Auvret et M. B. De Meester, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE TRIBUNAL (sixième chambre, siégeant avec cinq juges),

composé, lors des délibérations, de Mmes M. J. Costeira, présidente, M. Kancheva, MM. U. Öberg, P. Zilgalvis et Mme E. Tichy‑Fisslberger (rapporteure), juges,

greffier : M. A. Marghelis, administrateur,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 14 novembre 2024,

rend le présent

Arrêt

1

Par leur recours fondé sur l’article 263 TFUE, les requérantes, Robin Wood – Gewaltfreie Aktionsgemeinschaft für Natur und Umwelt eV et les autres personnes dont les noms figurent en annexe, demandent l’annulation de la décision Ares(2022) 4939323 de la Commission, du 6 juillet 2022, par laquelle celle-ci a rejeté comme non fondée la demande de réexamen interne du règlement délégué (UE) 2021/2139 de la Commission, du 4 juin 2021, complétant le règlement (UE) 2020/852 du Parlement européen et du Conseil par les critères d’examen technique permettant de déterminer à quelles conditions une activité économique peut être considérée comme contribuant substantiellement à l’atténuation du changement climatique ou à l’adaptation à celui-ci et si cette activité économique ne cause de préjudice important à aucun des autres objectifs environnementaux (JO 2021, L 442, p. 1, ci‑après le « règlement délégué »), en ce qui concerne certains aspects liés aux activités économiques dans les secteurs de la gestion des forêts et des bioénergies (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2

Le 4 juin 2021, la Commission européenne a adopté le règlement délégué sur le fondement, notamment, de l’article 10, paragraphe 3, et de l’article 11, paragraphe 3, du règlement (UE) 2020/852 du Parlement européen et du Conseil, du 18 juin 2020, sur l’établissement d’un cadre visant à favoriser les investissements durables et modifiant le règlement (UE) 2019/2088 (JO 2020, L 198, p. 13, ci-après le « règlement sur la taxonomie »).

3

Le 3 février 2022, les requérantes ont, conformément à l’article 10, paragraphe 1, du règlement (CE) no 1367/2006 du Parlement européen et du Conseil, du 6 septembre 2006, concernant l’application aux institutions et organes de la Communauté européenne des dispositions de la convention d’Aarhus sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement (JO 2006, L 264, p. 13), tel que modifié par le règlement (UE) 2021/1767 du Parlement européen et du Conseil, du 6 octobre 2021 (JO 2021, L 356, p. 1) (ci-après le « règlement Aarhus »), introduit une demande de réexamen interne du règlement délégué.

4

Dans leur demande de réexamen interne, les requérantes ont, en substance, allégué qu’une partie des critères d’examen technique établis dans le règlement délégué concernant les activités économiques liées à la gestion des forêts [section 1 (intitulée « Foresterie »), point 1.3 (intitulé « Gestion des forêts »), des annexes I et II du règlement délégué] et certaines activités liées aux bioénergies (section 4, points 4.7, 4.8, 4.13, 4.19, 4.20, 4.23 et 4.24, de l’annexe II du règlement délégué) n’étaient pas conformes à plusieurs dispositions du règlement sur la taxonomie ni à certaines exigences des traités.

5

Le 6 juillet 2022, la Commission a adopté la décision attaquée, par laquelle elle a rejeté la demande de réexamen interne. Dans cette décision, à laquelle était jointe, en tant qu’annexes I et III, une appréciation détaillée des motifs de réexamen invoqués par les requérantes, la Commission a estimé que le règlement délégué était conforme au droit de l’Union.

Conclusions des parties

6

Les requérantes concluent à ce qu’il plaise au Tribunal :

–

annuler la décision attaquée ;

–

condamner la Commission aux dépens.

7

La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

–

rejeter le recours ;

–

condamner les requérantes aux dépens.

En droit

8

Au soutien de leur recours, les requérantes soulèvent douze moyens.

9

Par les six premiers moyens, les requérantes contestent le bien-fondé des réponses données par la Commission, dans la décision attaquée, aux critiques qu’elles ont formulées dans la demande de réexamen interne quant à la compatibilité, avec différentes dispositions du règlement sur la taxonomie, des critères d’examen technique liés aux activités de gestion des forêts visées à la section 1 (intitulée « Foresterie »), point 1.3 (intitulé « Gestion des forêts »), de l’annexe I du règlement délégué (voir points 35 à 244 ci‑après).

10

Par les six autres moyens, les requérantes contestent le bien-fondé des réponses données par la Commission, dans la décision attaquée, aux critiques formulées dans la demande de réexamen interne quant à la compatibilité, avec différentes dispositions du règlement sur la taxonomie, des critères d’examen technique liés aux activités forestières liées aux bioénergies (en particulier, à la biomasse), ces activités étant visées, notamment, à la section 4 (intitulée « Énergie »), points 4.7, 4.8, 4.19, 4.20, 4.23 et 4.24, de l’annexe I du règlement délégué (voir points 245 à 461 ci‑après).

Considérations liminaires sur le règlement sur la taxonomie et le règlement délégué

11

Aux termes de son article 1er, paragraphe 1, le règlement sur la taxonomie établit les critères permettant de déterminer si une activité économique est considérée comme durable sur le plan environnemental, aux fins de la détermination du degré de durabilité environnementale d’un investissement. Selon son considérant 3, ce règlement constitue une étape essentielle pour orienter des flux financiers vers des activités durables afin de parvenir à une Union européenne neutre pour le climat d’ici à 2050.

12

À cette fin, le règlement sur la taxonomie met en place, ainsi qu’il ressort de ses considérants 6 et 12, un système de classification unifié des activités durables (appelé « taxonomie » ou « taxinomie »), pour harmoniser au niveau de l’Union les critères permettant de déterminer si une activité économique est durable sur le plan environnemental, ce qui donne aux investisseurs et aux autres opérateurs économiques une compréhension commune des activités économiques qui sont durables sur le plan environnemental.

13

L’article 3 du règlement sur la taxonomie prévoit ce qui suit :

« Aux fins de la détermination du degré de durabilité environnementale d’un investissement, une activité économique est considérée comme durable sur le plan environnemental si cette activité économique :

a)

contribue substantiellement à un ou plusieurs des objectifs environnementaux énoncés à l’article 9, conformément aux articles 10 à 16 ;

b)

ne cause de préjudice important à aucun des objectifs environnementaux énoncés à l’article 9, conformément à l’article 17 ;

[…]

d)

est conforme aux critères d’examen technique établis par la Commission conformément à l’article 10, paragraphe 3 [et] à l’article 11, paragraphe 3 […] »

14

Les six objectifs environnementaux énumérés à l’article 9 du règlement sur la taxonomie sont les suivants :

« a) l’atténuation du changement climatique ;

b) l’adaptation au changement climatique ;

c) l’utilisation durable et la protection des ressources aquatiques et marines ;

d) la transition vers une économie circulaire ;

e) la prévention et la réduction de la pollution ;

f) la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes. »

15

L’article 4 du règlement sur la taxonomie prévoit que les États membres et l’Union appliquent les critères énoncés à son article 3 afin de déterminer si une activité économique est considérée comme étant durable sur le plan environnemental aux fins de toute mesure fixant des exigences applicables aux acteurs des marchés financiers ou aux émetteurs des exigences en ce qui concerne les produits financiers ou les obligations d’entreprise qui sont mis à disposition comme étant durables sur le plan environnemental.

16

L’article 10, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie prévoit les conditions dans lesquelles une activité économique est considérée comme apportant une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique.

17

L’« atténuation du changement climatique » est définie à l’article 2, point 5, du règlement sur la taxonomie comme étant « le processus consistant à contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C et à poursuivre l’action menée pour la limiter à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, comme le prévoit l’accord de Paris [sur les changements climatiques, approuvé le 12 décembre 2015] ».

18

L’article 10, paragraphe 2, du règlement sur la taxonomie prévoit les conditions applicables aux activités économiques pour lesquelles il n’existe pas de solution de remplacement sobre en carbone réalisable sur le plan technologique et économique, c’est-à-dire les activités dites « transitoires », selon l’article 19, paragraphe 1, sous h), ii), de ce règlement.

19

L’article 10, paragraphe 3, du règlement sur la taxonomie prévoit que la Commission adopte un acte délégué conformément à l’article 23 dudit règlement pour :

« a)

compléter les paragraphes 1 et 2 du présent article en établissant des critères d’examen technique afin de déterminer les conditions dans lesquelles une activité économique donnée est considérée comme contribuant de manière substantielle à l’atténuation du changement climatique ; et

b)

compléter l’article 17 en établissant, pour chaque objectif environnemental pertinent, des critères d’examen technique afin de déterminer si une activité économique pour laquelle des critères d’examen technique ont été établis en application du [sous] a) du présent paragraphe cause un préjudice important à un ou plusieurs de ces objectifs. »

20

L’article 11, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie prévoit qu’une activité économique est considérée comme apportant une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique lorsque cette activité :

« a)

inclut des solutions d’adaptation qui soit réduisent sensiblement le risque d’incidences négatives du climat actuel et de son évolution attendue sur cette activité économique, soit réduisent sensiblement ces incidences négatives, sans accroître le risque d’incidences négatives sur la population, la nature ou les biens ; ou

b)

fournit des solutions d’adaptation qui, outre le respect des conditions énoncées à l’article 16, contribuent de manière substantielle à prévenir ou à réduire le risque d’incidences négatives du climat actuel et de son évolution attendue sur une population, la nature ou les biens, sans accroître le risque d’incidences négatives sur une autre population, une autre nature ou d’autres biens. »

21

L’article 11, paragraphe 3, du règlement sur la taxonomie dispose que la Commission adopte un acte délégué conformément à l’article 23 dudit règlement pour :

« a)

compléter les paragraphes 1 et 2 du présent article en établissant des critères d’examen technique afin de déterminer les conditions dans lesquelles une activité économique donnée est considérée comme contribuant de manière substantielle à l’adaptation au changement climatique ; et

b)

compléter l’article 17 en établissant, pour chaque objectif environnemental pertinent, des critères d’examen technique afin de déterminer si une activité économique pour laquelle des critères d’examen technique sont établis en application du [sous] a) du présent paragraphe est considérée comme causant un préjudice important à un ou plusieurs de ces objectifs. »

22

L’article 17, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie se lit comme suit :

« Aux fins de l’article 3, [sous] b), compte tenu du cycle de vie des produits et des services fournis par une activité économique, y compris des éléments de fait tirés d’analyses du cycle de vie existantes, cette activité économique est considérée comme causant un préjudice important :

a)

à l’atténuation du changement climatique, lorsque cette activité génère des émissions importantes de gaz à effet de serre ;

b)

à l’adaptation au changement climatique, lorsque cette activité entraîne une augmentation des incidences négatives du climat actuel et de son évolution attendue sur elle-même ou sur la population, la nature ou les biens ;

c)

à l’utilisation durable et à la protection des ressources aquatiques et marines, lorsque cette activité est préjudiciable :

i)

au bon état ou au bon potentiel écologique des masses d’eau, y compris les eaux de surface et les eaux souterraines ; ou

ii)

au bon état écologique des eaux marines ;

d)

à l’économie circulaire, y compris la prévention des déchets et le recyclage, lorsque :

i)

cette activité est caractérisée par une inefficacité significative dans l’utilisation des matières ou dans l’utilisation directe ou indirecte de ressources naturelles telles que les sources d’énergie non renouvelables, les matières premières, l’eau et la terre, lors d’une ou de plusieurs étapes du cycle de vie des produits, notamment en termes de durabilité, de réparabilité, d’évolutivité, de réutilisabilité ou de recyclabilité des produits ;

ii)

cette activité entraîne une augmentation notable de la production, de l’incinération ou de l’élimination de déchets, à l’exception de l’incinération de déchets dangereux non recyclables ; ou

iii)

l’élimination à long terme des déchets peut avoir d’importants effets néfastes à long terme sur l’environnement ;

e)

à la prévention et à la réduction de la pollution, lorsque cette activité entraîne une augmentation notable des émissions de polluants dans l’air, l’eau ou le sol, par rapport à la situation antérieure au lancement de l’activité ; ou

f)

à la protection et à la restauration de la biodiversité et des écosystèmes, lorsque cette activité est :

i)

fortement préjudiciable au bon état et à la résilience d’écosystèmes ; ou

ii)

préjudiciable à l’état de conservation des habitats et des espèces, y compris ceux qui présentent un intérêt pour l’Union. »

23

L’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie prévoit que les critères d’examen technique établis en vertu, notamment, de l’article 10, paragraphe 3, dudit règlement :

« a)

identifient les contributions potentielles à l’objectif environnemental considéré qui sont les plus pertinentes, tout en respectant le principe de neutralité technologique, en prenant en compte les incidences à court terme comme à long terme d’une activité économique donnée ;

b)

précisent les exigences minimales à respecter pour éviter de causer un préjudice important à l’un quelconque des objectifs environnementaux pertinents, en prenant en compte les incidences à court terme comme à long terme d’une activité économique donnée ;

c)

sont quantitatifs et comprennent des seuils dans la mesure du possible et, à défaut, sont qualitatifs ;

d)

s’appuient le cas échéant sur des systèmes d’étiquetage et de certification de l’Union, des méthodes d’évaluation de l’empreinte écologique de l’Union et des classifications statistiques de l’Union, et tiennent compte de tout instrument législatif de l’Union pertinent en vigueur ;

e)

utilisent, dans la mesure du possible, des indicateurs de durabilité tels qu’ils sont visés à l’article 4, paragraphe 6, du règlement (UE) 2019/2088 ;

f)

sont fondés sur des éléments scientifiques concluants et le principe de précaution inscrit à l’article 191 [TFUE] ;

g)

tiennent compte du cycle de vie, y compris des éléments de fait tirés des analyses existantes du cycle de vie, en prenant en considération à la fois l’impact environnemental de l’activité économique elle-même et l’impact environnemental des produits et services qu’elle fournit, en examinant en particulier la production, l’utilisation et la fin de vie de ces produits et services ;

h)

tiennent compte de la nature et de l’ampleur de l’activité économique, en particulier :

i)

s’il s’agit d’une activité habilitante telle qu’elle est visée à l’article 16 ; ou

ii)

s’il s’agit d’une activité transitoire telle qu’elle est visée à l’article 10, paragraphe 2 ;

i)

tiennent compte des effets potentiels de la transition vers une économie plus durable sur les marchés, notamment du risque que certains actifs deviennent des actifs échoués à la suite de cette transition, ainsi que du risque de créer des incitations contradictoires à l’investissement durable ;

j)

couvrent toutes les activités économiques pertinentes au sein d’un secteur donné et font en sorte que ces activités bénéficient d’une égalité de traitement si elles contribuent de manière égale à la réalisation d’un ou de plusieurs des objectifs environnementaux énoncés à l’article 9 du présent règlement, afin d’éviter toute distorsion de concurrence sur le marché ; et

k)

sont faciles à utiliser et sont fixés de manière à faciliter la vérification de leur respect.

[…] »

24

Le règlement délégué a été adopté sur le fondement, notamment, de l’article 10, paragraphe 3, et de l’article 11, paragraphe 3, du règlement sur la taxonomie.

25

L’article 1er du règlement délégué prévoit que les critères d’examen technique permettant de déterminer les conditions dans auxquelles une activité économique peut être considérée comme contribuant de manière substantielle à l’atténuation du changement climatique et ne causant de préjudice important à aucun des autres objectifs environnementaux sont établis à l’annexe I de ce règlement délégué. Aux termes de l’article 2 dudit règlement délégué, les critères d’examen technique permettant de déterminer à quelles conditions il peut être considéré qu’une activité économique contribue substantiellement à l’adaptation au changement climatique et ne cause de préjudice important à aucun des autres objectifs environnementaux sont établis à l’annexe II du même règlement délégué.

26

Les annexes I et II du règlement délégué précisent les critères d’examen techniques pour chaque activité économique faisant l’objet dudit règlement délégué, notamment au point 1.3, s’agissant de la gestion des forêts, et aux points 4.7, 4.8, 4.19, 4.20, 4.23 et 4.24, s’agissant de diverses activités forestières liées aux bioénergies (en particulier à la biomasse).

Considérations liminaires sur la demande de réexamen interne et l’étendue du contrôle du Tribunal

27

En vertu de l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, toute organisation non gouvernementale satisfaisant aux critères prévus à l’article 11 de ce règlement est habilitée à déclencher, par la voie d’une demande motivée, un réexamen interne d’un acte administratif auprès de l’institution ou de l’organe de l’Union qui l’a adopté au motif qu’il va à l’encontre du droit de l’environnement au sens de l’article 2, paragraphe 1, sous f), de ce règlement.

28

Il est inhérent au système du réexamen interne que le demandeur d’un réexamen présente des motifs concrets et précis susceptibles de remettre en cause les appréciations sur lesquelles l’acte administratif est fondé (voir, en ce sens, arrêt du 12 septembre 2019, TestBioTech e.a./Commission, C‑82/17 P, EU:C:2019:719, point 68). Dès lors, un tel demandeur de réexamen est tenu d’indiquer les éléments de fait ou les arguments de droit substantiels susceptibles de fonder des doutes plausibles, à savoir substantiels, quant à l’appréciation portée par l’institution ou l’organe de l’Union dans l’acte visé (voir, en ce sens, arrêts du 12 septembre 2019, TestBioTech e.a./Commission, C‑82/17 P, EU:C:2019:719, point 69, et du 6 octobre 2021, ClientEarth/Commission, C‑458/19 P, EU:C:2021:802, point 60).

29

La demande de réexamen interne d’un acte administratif tend donc à faire constater une prétendue illégalité ou l’absence de bien-fondé de l’acte visé. Le demandeur peut ensuite saisir, conformément à l’article 12 du règlement Aarhus, lu conjointement avec l’article 10 de ce règlement, le juge de l’Union en introduisant un recours pour incompétence, violation des formes substantielles, violation des traités ou de toute règle de droit relative à leur application ou détournement de pouvoir contre la décision rejetant comme non fondée la demande de réexamen interne (arrêt du 12 septembre 2019, TestBioTech e.a./Commission, C‑82/17 P, EU:C:2019:719, point 38).

30

En principe, l’étendue du contrôle juridictionnel d’une décision rejetant une demande de réexamen interne ne diffère pas de l’étendue du contrôle juridictionnel de l’acte administratif ayant fait l’objet de ladite demande si cet acte devait faire l’objet d’un recours juridictionnel (voir, en ce sens, arrêt du 15 décembre 2016, TestBioTech e.a./Commission, T‑177/13, non publié, EU:T:2016:736, points 76 et 81).

31

Selon la jurisprudence, lorsqu’une institution de l’Union est appelée à effectuer des évaluations complexes, telles que celles sous-jacentes à l’élaboration de critères d’examen technique afin de déterminer si une activité économique est durable du point de vue de l’environnement, elle dispose d’un large pouvoir d’appréciation (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 11 mai 2017, Dyson/Commission, C‑44/16 P, EU:C:2017:357, point 53 et jurisprudence citée). Dans ce cas, le contrôle juridictionnel que le juge de l’Union doit exercer sur le bien-fondé des motifs d’une décision, telle que la décision attaquée, ne doit pas le conduire à substituer sa propre appréciation à celle de la Commission, mais vise à vérifier que cette décision ne repose pas sur des faits matériellement inexacts et qu’elle n’est entachée d’aucune erreur manifeste d’appréciation ou de détournement de pouvoir (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 4 mai 2023, BCE/Crédit lyonnais, C‑389/21 P, EU:C:2023:368, point 55 et jurisprudence citée).

32

À cet égard, il est de jurisprudence constante que le juge de l’Union doit notamment vérifier non seulement l’exactitude matérielle des éléments de preuve invoqués, leur fiabilité et leur cohérence, mais également contrôler si ces éléments constituent l’ensemble des données pertinentes devant être prises en considération pour apprécier une situation complexe et s’ils sont de nature à étayer les conclusions qui en sont tirées (voir arrêt du 4 mai 2023, BCE/Crédit lyonnais, C‑389/21 P, EU:C:2023:368, point 56 et jurisprudence citée). En effet, lorsqu’une institution dispose d’un large pouvoir d’appréciation, revêt une importance fondamentale le respect des garanties procédurales, parmi lesquelles figure l’obligation pour celle-ci d’examiner, avec soin et impartialité, tous les éléments pertinents de la situation en cause (voir arrêt du 4 mai 2023, BCE/Crédit lyonnais, C‑389/21 P, EU:C:2023:368, point 57 et jurisprudence citée).

33

Afin d’établir qu’une institution a commis une erreur manifeste dans l’appréciation de faits complexes de nature à justifier l’annulation de l’acte qu’elle a adopté, les éléments de preuve au soutien d’une telle allégation doivent être suffisants pour priver de plausibilité les appréciations des faits retenues dans cet acte (voir, en ce sens, arrêts du 14 juin 2018, Lubrizol France/Conseil, C‑223/17 P, non publié, EU:C:2018:442, point 39, et du 7 mai 2020, BTB Holding Investments et Duferco Participations Holding/Commission, C‑148/19 P, EU:C:2020:354, point 74).

34

C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner les moyens soulevés par les requérantes.

Sur le premier moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission à la critique formulée par les requérantes quant aux critères d’examen technique permettant de déterminer si une activité de gestion des forêts contribue substantiellement à l’atténuation du changement climatique

35

Le premier moyen, qui repose sur une violation alléguée de l’article 10, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie et qui, selon les requérantes, vise l’existence d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation, se subdivise en deux branches.

Sur la première branche du premier moyen, tirée d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne les appréciations figurant dans la décision attaquée relatives à l’utilisation d’une valeur de référence « dans le contexte du statu quo » dans le cadre des critères d’examen technique permettant de déterminer si une activité de gestion des forêts contribue substantiellement à l’atténuation du changement climatique

36

Selon les requérantes, est entachée d’une erreur de droit la réponse de la Commission, figurant au point 2.1 (pages 66 à 69) de l’annexe III de la décision attaquée, aux critiques soulevées dans leur demande de réexamen interne quant à la légalité de l’utilisation d’une valeur de référence « dans le contexte du statu quo » lors de l’évaluation de la contribution substantielle d’une activité forestière à l’atténuation du changement climatique. Cette valeur de référence serait mentionnée au point 2.1, sous a), figurant sous le point 2 (intitulé « Analyse des bénéfices pour le climat ») du point 1.3 (intitulé « Gestion des forêts ») de l’annexe I du règlement délégué.

37

En premier lieu, la Commission aurait, au point 2.1 (pages 66 à 69) de l’annexe III de la décision attaquée, mis en exergue l’exigence d’établir un plan de gestion des forêts en déclarant que l’objectif primordial des critères était de garantir la mise en place d’un plan de gestion des forêts vérifié ou d’un instrument équivalent. Cela correspondrait au plan de gestion des forêts visé au point 1 (intitulé « Plan de gestion des forêts ou instrument équivalent ») du point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué.

38

Ce faisant, la Commission aurait violé l’article 10, paragraphes 1 et 3, du règlement sur la taxonomie.

39

En particulier, premièrement, il devrait être conclu que, par sa réponse, la Commission entendait déclarer que les activités de foresterie contribuaient nécessairement de manière positive à l’atténuation du changement climatique. Cela serait toutefois incorrect, dès lors que les activités de foresterie ne pourraient pas automatiquement être réputées y contribuer de manière positive. Le règlement sur la taxonomie lui‑même confirmerait que lesdites activités n’apportent pas nécessairement une contribution positive à l’atténuation du changement climatique.

40

Deuxièmement, la Commission aurait assimilé l’existence d’un plan de gestion des forêts à l’existence d’une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique.

41

Or, une telle réponse serait insuffisante et ne modifierait en rien le fait que ni les critères techniques d’examen concernés ni aucune autre disposition du règlement délégué n’exigent explicitement la conservation du puits de carbone forestier et, encore moins, son renforcement, afin de s’aligner sur les objectifs de l’accord de Paris en matière de température. En d’autres termes, ladite réponse n’enlèverait rien au fait que l’obligation de soumettre une activité à un plan de gestion des forêts ne satisfait pas, selon les requérantes, à l’exigence prévue par l’article 10, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie, à savoir que ladite activité doit être alignée sur les objectifs climatiques de l’accord de Paris.

42

En deuxième lieu, dans la décision attaquée, la Commission aurait également invoqué l’obligation, pour l’opérateur économique disposant d’un plan de gestion des forêts, de faire en sorte que ledit plan respecte les critères de durabilité applicables à la biomasse forestière énoncés à l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive (UE) 2018/2001 du Parlement européen et du Conseil, du 11 décembre 2018, relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables (JO 2018, L 328, p. 82, ci‑après la « directive RED II »).

43

Cette réponse de la Commission violerait l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, qui impose le renforcement des puits de carbone terrestres. Certes, les critères énoncés à l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II viseraient la mise en place d’un « système de gestion » afin « de garantir ou de renforcer, sur le long terme, la conservation des stocks et des puits de carbone ». Toutefois, ces critères n’imposent aucune exigence en matière de renforcement des stocks et des puits de carbone et encore moins à un niveau aligné sur l’augmentation de l’absorption du carbone par les forêts qui est indispensable pour être conforme à l’objectif de l’accord de Paris en matière de température.

44

En troisième lieu, la Commission aurait indiqué, dans la décision attaquée, que, compte tenu de la variabilité géographique spécifique à la matière, elle n’aurait pu adopter un critère fixe pour établir si une activité forestière apportait une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique.

45

Cette réponse serait entachée d’une erreur de droit. La complexité de l’évaluation ne dispenserait pas la Commission de faire en sorte que le règlement délégué satisfasse aux exigences obligatoires relatives aux critères d’examen technique énoncées par le règlement sur la taxonomie. En l’espèce, il aurait été possible pour la Commission de recourir à des critères multiples ou à l’imposition d’une exigence de procéder à une amélioration plus que minimale par rapport au contexte du statu quo.

46

En quatrième lieu, la réponse de la Commission serait constitutive d’une erreur manifeste d’appréciation, car elle ne tiendrait pas compte de la disponibilité de critères plus stricts. Il n’aurait pas été nécessaire que la Commission adopte un « seuil paneuropéen » unique. Elle aurait, en revanche, pu adopter une série de seuils spécifiques fondés sur les variations géographiques ou encore sur une valeur de référence plus stricte. De cette manière, elle aurait pu exiger une amélioration plus que minimale par rapport à cette valeur de référence pour que l’activité puisse être considérée comme apportant une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique.

47

En cinquième lieu, les requérantes font valoir que la Commission n’était pas « compétente pour adopter des critères d’examen technique qui ne respectaient pas le champ d’application du règlement sur la taxonomie ». Dans la décision attaquée, la Commission aurait commis des erreurs de droit « en ne saisissant pas correctement la portée des exigences [du règlement sur la taxonomie] et/ou de [s]a compétence ». En outre, elle aurait commis des erreurs manifestes d’appréciation en considérant qu’il n’était pas possible de concevoir des seuils suffisamment rigoureux.

48

La Commission conteste ces arguments.

49

À titre liminaire, il convient de relever que, dans le cadre de la première branche du premier moyen, les requérantes invoquent la prétendue illégalité de la réponse donnée par la Commission aux préoccupations exprimées dans la demande de réexamen interne quant à l’illégalité alléguée du point 2.1, sous a), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 (intitulé « Gestion des forêts ») de l’annexe I du règlement délégué.

50

Aux points 37 et 38 de la requête, les requérantes semblent dépasser le seul contexte dudit point 2.1, sous a), en visant également le point 2.2, sous a), du tableau des critères d’examen technique figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, au motif que ces dispositions opèreraient avec le même paramètre, à savoir la valeur de référence de l’activité « dans le contexte du statu quo ».

51

Or, dans la mesure où il conviendrait de comprendre des points 37 et 38 de la requête que les requérantes allèguent l’existence d’illégalités entachant la décision attaquée en ce qui concerne la réponse de la Commission au regard du point 2.2, sous a), du tableau des critères d’examen technique figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, force est de constater que, aux points 113 à 142 de la demande de réexamen interne, aucun argument concret n’a été formulé par celles-ci à l’égard de cette disposition. Leurs arguments se bornent à contester la légalité du seul point 2.1, sous a), dudit tableau, ainsi qu’il peut être déduit des points 118 et 121 de la demande de réexamen interne. Dans cette mesure, tout argument formulé au soutien du présent recours concernant cette disposition doit être écarté comme étant irrecevable. En effet, un recours tendant à l’annulation d’une décision portant sur une demande de réexamen interne ne saurait être fondé sur des motifs nouveaux ou des éléments de preuve qui n’apparaissent pas dans la demande de réexamen, sous peine de priver l’exigence relative à la motivation d’une telle demande, figurant à l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, de son effet utile et de modifier l’objet de la procédure engagée par cette demande (voir, en ce sens, arrêts du 12 septembre 2019, TestBioTech e.a./Commission, C‑82/17 P, EU:C:2019:719, point 39, et du 4 avril 2019, ClientEarth/Commission, T‑108/17, EU:T:2019:215, point 55). Le demandeur de réexamen interne dispose du droit à ce que l’institution compétente prenne position sur les motifs qu’il a fait valoir dans sa demande. En revanche, il ne dispose d’aucun droit à ce que la Commission prenne position sur des questions qui n’ont pas été soulevées, à tout le moins, de façon raisonnablement reconnaissable dans une telle demande (voir, en ce sens, arrêt du 4 avril 2019, ClientEarth/Commission, T‑108/17, EU:T:2019:215, point 56). En tout état de cause, les requérantes n’avancent pas d’argument concret visant cette disposition, de sorte que, pour autant qu’elle porte sur le point 2.2, sous a), dudit tableau, la première branche du premier moyen, non étayée, doit être rejetée comme étant non fondée.

52

Dans la mesure où, par les allégations mentionnées aux points 38 à 47 ci‑dessus, les requérantes contestent, de manière recevable, la légalité de la réponse de la Commission aux critiques formulées dans la demande de réexamen interne au regard du point 2.1, sous a), du tableau des critères d’examen technique figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, il convient de relever que celles-ci n’ont fourni aucun élément permettant de conclure que la Commission aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d’appréciation. En particulier, s’agissant de l’erreur manifeste d’appréciation alléguée, les requérantes n’ont apporté aucun élément permettant de priver de plausibilité les appréciations des faits contenues dans la décision attaquée. Ainsi, l’ensemble des allégations figurant aux points 38 à 47 ci‑dessus doivent être rejetées.

53

À cet égard, en premier lieu, ne saurait prospérer l’argument selon lequel la réponse figurant au point 2.1 (pages 66 à 69) de l’annexe III de la décision attaquée quant à l’incidence du plan de gestion des forêts serait en contradiction avec l’exigence prévue par l’article 10, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie, selon laquelle, en substance, l’activité économique doit s’aligner sur l’objectif de l’accord de Paris en matière de limitation de la hausse des températures (voir point 37 ci‑dessus).

54

Les requérantes considèrent à tort que, par sa réponse, la Commission a entendu déclarer que les activités de foresterie contribuaient nécessairement de manière positive à l’atténuation du changement climatique (voir point 39 ci‑dessus). À cet égard, d’une part, ainsi que cela ressort de l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, c’est le législateur de l’Union qui part du principe que le renforcement des puits de carbone terrestres peut être réalisé par des mesures liées à la foresterie. Les termes « en évitant la déforestation et la dégradation des forêts », « restauration des forêts » et « boisement », qui figurent à cette disposition, témoignent du fait que la foresterie peut, selon le législateur, contribuer à l’objectif relatif à l’atténuation du changement climatique. D’autre part, la Commission n’a affirmé, dans aucune partie de la décision attaquée, que les activités de gestion des forêts contribuaient, en tant que telles, sans aucune nuance et dans n’importe quel scénario, de manière substantielle à l’atténuation du changement climatique. Il ressort plutôt des appréciations figurant au point 2.1 (pages 66 à 69) de l’annexe III de la décision attaquée que, selon la Commission, seules les activités de gestion des forêts qui satisfont aux critères d’examen technique figurant dans le règlement délégué peuvent être considérées comme telles.

55

Par ailleurs, l’argument des requérantes concernant la prétendue insuffisance de la réponse de la Commission portant sur l’existence d’un plan de gestion des forêts et sur l’incidence d’un tel plan sur la durabilité d’une activité économique forestière [point 2.1 de l’annexe III (page 67) de la décision attaquée] ne saurait convaincre.

56

Lorsqu’elles allèguent que l’obligation de soumettre une activité économique à un plan de gestion des forêts, invoquée par la Commission dans la décision attaquée, ne modifie en rien le fait que les critères techniques d’examen concernés n’exigent pas expressément le « renforcement des puits de carbone forestiers afin de s’aligner sur les objectifs de l’accord de Paris en matière de température », les requérantes interprètent de manière erronée non seulement la portée de la réponse de la Commission, mais également la portée de la disposition dont elles invoquent la violation, à savoir l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

57

Par le membre de phrase « renforcement des puits de carbone forestiers afin de s’aligner sur les objectifs de l’accord de Paris en matière de température », figurant au point 43 de la requête, les requérantes se réfèrent manifestement au membre de phrase « l’objectif à long terme fixé par l’accord de Paris en matière de limitation de la hausse des températures » mentionné dans la partie introductive de l’article 10, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie.

58

Or, certes, il résulte de l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie qu’une activité économique peut être considérée comme contribuant substantiellement à l’atténuation du changement climatique – ce qui est l’une des conditions nécessaires pour qu’elle soit reconnue comme étant durable sur le plan environnemental au sens de l’article 3, sous a), du règlement sur la taxonomie – lorsqu’elle porte, notamment, sur « la restauration des forêts, la gestion durable et la restauration des terres cultivées, des prairies et des terres humides, le boisement et l’agriculture régénérative ». Il s’agit là d’activités économiques consacrées de manière positive ou active au renforcement des puits de carbone.

59

Toutefois, contrairement à ce que suggèrent les requérantes par leur argument mentionné au point 41 ci-dessus, l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie n’oblige pas la Commission à élaborer des critères d’examen technique se rapportant exclusivement à des activités axées sur le renforcement actif des puits de carbone. Au contraire, il ressort, en substance, de cette disposition qu’une activité économique est également reconnue comme « renforçant les puits de carbone terrestres », et donc comme étant durable sur le plan environnemental, lorsqu’elle permet d’« évit[er] la déforestation et la dégradation des forêts ». En d’autres termes, le renforcement des puits de carbone ne s’effectue pas uniquement par des mesures visant à accroître les puits de carbone, telles que la restauration des forêts et des terres cultivées, mais également par des mesures qui permettent d’éviter la déforestation et la dégradation des forêts. De même, il résulte du considérant 24 du règlement sur la taxonomie qu’une activité économique (liée notamment à la gestion des forêts) est réputée poursuivre l’objectif environnemental d’atténuation du changement climatique non seulement lorsqu’elle vise à contribuer de manière substantielle à la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre en renforçant leurs absorptions, mais également lorsqu’elle permet d’éviter ou de réduire ces émissions. Dans le cadre de leur argumentation mentionnée au point 40 ci‑dessus, les requérantes ne tiennent pas compte de ce second volet de la notion de « renforcement », visée à l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

60

Or, l’obligation de réaliser un plan de gestion des forêts conforme aux critères établis au point 1.2, sous f), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, respecte nécessairement la notion de « renforcement », mentionnée au point 59 ci‑dessus. Le fait d’exiger, en vertu dudit point 1.2, sous f), que le plan de gestion des forêts inclue des informations sur les « mesures déployées pour préserver le bon état des écosystèmes forestiers » équivaut à exiger des informations portant sur les mesures visant à « évit[er notamment] la déforestation et la dégradation des forêts », mention figurant à l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

61

Dans la mesure où la réponse de la Commission, fournie au point 2.1. (pages 66 à 69) de l’annexe III de la décision attaquée, se rapporte au point 1.2, sous f), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, cette réponse est conforme aux exigences matérielles imposées par l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. En outre, il résulte de cette réponse que la Commission accorde une grande importance à l’obligation relative au plan de gestion des forêts, imposée dans le règlement délégué, et ce d’autant plus que, comme le relève la Commission au point 2.1 (page 67, deuxième alinéa) de l’annexe III de la décision attaquée, le plan de gestion des forêts « n’est pas actuellement exigé de toutes les exploitations forestières en dehors du cadre de la taxonomie ».

62

En deuxième lieu, doit être écarté l’argument tiré de ce que les explications figurant dans la décision attaquée quant à l’incidence de l’obligation de respecter les critères de durabilité applicables à la biomasse forestière, énoncés à l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II, violent l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. Il est question de cette directive dans les appréciations de la Commission figurant dans la décision attaquée (voir point 43 ci‑dessus), tout comme, notamment, au considérant 32 et à l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie. En particulier, s’agissant de cette directive, il y a lieu de rappeler qu’il résulte de son article 1er qu’elle définit un cadre commun pour la promotion de la production d’énergie à partir de sources renouvelables, qu’elle fixe un objectif contraignant de l’Union concernant la part globale de l’énergie produite à partir de sources renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie de l’Union en 2030, qu’elle établit notamment des règles concernant l’aide financière en faveur de l’électricité produite à partir de sources renouvelables, l’autoconsommation de cette électricité et l’utilisation d’énergie produite à partir de sources renouvelables dans certains secteurs, et qu’elle définit également des critères de durabilité et de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour, notamment, les combustibles issus de la biomasse.

63

Les requérantes avancent à tort que les critères d’examen technique visés au point 2.1, sous a), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué n’imposent « aucune exigence en matière de renforcement des stocks et des puits de carbone, et encore moins à un niveau aligné sur l’augmentation de l’absorption du carbone par les forêts qui est indispensable pour être conforme à l’objectif de l’accord de Paris en matière de température » (voir point 43 ci‑dessus).

64

En effet, il ressort du point 2.1 de l’annexe II (page 67) de la décision attaquée qu’il convient de lire et d’interpréter la référence à l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II en conjonction avec l’analyse requise des bénéfices pour le climat, laquelle doit démontrer que le bilan net des émissions et absorptions de gaz à effet de serre générées par l’activité sur une période de 30 ans après le début de l’activité est inférieur au contexte du statu quo. Force est de constater que l’objectif de cette analyse, qui apparaît aux points 2.1 et 2.2 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, est précisément « de garantir ou de renforcer sur le long terme la conservation des stocks et des puits de carbone ». Les requérantes n’explicitent pas la raison pour laquelle l’affirmation par la Commission dudit objectif et l’exigence que le bilan net des émissions et absorptions de gaz à effet de serre générées par l’activité soit inférieur au contexte du statu quo ne seraient pas susceptibles d’entraîner une augmentation de l’absorption du carbone par les forêts ou encore un renforcement des stocks et des puits de carbone.

65

Par ailleurs, comme l’a expliqué la Commission au point 2.1 de l’annexe II (page 67) de la décision attaquée, l’un des actes de droit de l’Union qui doit être pris en compte dans l’application des critères d’examen technique visés au point 2.1, sous a), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué est l’acte d’exécution établissant des orientations opérationnelles concernant l’énergie produite à partir de la biomasse forestière, adopté en vertu de l’article 29, paragraphe 8, de la directive RED II. En l’espèce, il s’agit du règlement d’exécution (UE) 2022/2448 de la Commission, du 13 décembre 2022, relatif à l’établissement d’orientations opérationnelles concernant les preuves à apporter du respect des critères de durabilité applicables à la biomasse forestière énoncés à l’article 29 de la directive [RED II] (JO 2022, L 320, p. 4, ci-après le « règlement sur les orientations opérationnelles »).

66

Or, en ce qui concerne la mise en œuvre des critères de durabilité fondés sur les risques applicables à la production de biocarburants, de bioliquides et de combustibles issus de la biomasse produits à partir de la biomasse forestière visés à l’article 29, paragraphe 7, de la directive RED II [voir objectif fixé à l’article 1er du règlement sur les orientations opérationnelles], le règlement sur les orientations opérationnelles prévoit, à son article 5 (intitulé « Évaluation de la conformité avec les critères UTCATF au niveau national »), sous ii), que les États membres exigent des opérateurs économiques de fournir des éléments attestant que le pays ou l’organisation d’intégration économique régionale d’où provient la biomasse forestière soit partie à l’accord de Paris et dispose d’une législation nationale ou infranationale applicable à la zone de récolte, visant à conserver et à renforcer les stocks et puits de carbone dans les forêts.

67

De plus, l’article 6 du règlement sur les orientations opérationnelles dispose que, en l’absence de preuve du respect des critères relatifs à l’utilisation des terres, au changement d’affectation des terres et à la foresterie (UTCATF) au niveau national, les États membres exigent des opérateurs économiques qu’ils fournissent des informations vérifiées confirmant l’existence et la mise en œuvre de systèmes de gestion au niveau de la zone d’approvisionnement forestière, afin de garantir que les niveaux des stocks et des puits de carbone dans la forêt soient maintenus ou renforcés sur le long terme.

68

Il s’ensuit que, contrairement à ce qu’allèguent les requérantes et, en particulier, à la lecture réductrice de la décision attaquée à laquelle elles procèdent, au regard du point 1.3, sous c), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, de l’article 29, paragraphe 7, de la directive RED II et des dispositions du règlement sur les orientations opérationnelles, en particulier de ses articles 5 et 6, les critères d’examen technique établis au point 2.1, sous a), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué exigent bien un renforcement des puits de carbone forestiers. Ni dans la requête ni dans la réplique, les requérantes n’abordent l’incidence qu’a le règlement sur les orientations opérationnelles sur l’interprétation des critères d’examen technique visés audit point 2.1, sous a).

69

Dans la mesure où les requérantes invoquent, au point 31 de la réplique, une insuffisance des critères figurant à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II, il y a lieu de relever que la référence faite par la Commission dans la décision attaquée à cette disposition mentionne les critères établis dans le règlement sur les orientations opérationnelles, adopté sur le fondement de l’article 29, paragraphe 8, de la directive RED II. Dès lors, toutes les appréciations effectuées aux points 65 à 68 ci‑dessus, liées à l’incidence du règlement sur les orientations opérationnelles sur l’interprétation des critères d’examen technique visés au point 2.1, sous a), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué sont également valables en ce qui concerne le grief relatif à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II.

70

En troisième lieu, doit être rejeté comme non fondé l’argument des requérantes par lequel elles reprochent à la Commission d’avoir commis une erreur de droit en exposant, dans la décision attaquée, les raisons pour lesquelles elle n’aurait pas pu adopter de critère fixe pour établir si une activité forestière apporte une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique (voir point 45 ci‑dessus).

71

Selon l’article 19, paragraphe 1, sous c), du règlement sur la taxonomie, les critères d’examen technique établis en vertu de l’article 10, paragraphe 3, dudit règlement sont quantitatifs et comprennent des seuils dans la mesure du possible et, à défaut, sont qualitatifs. Il en résulte que la Commission n’est pas tenue d’établir, en toutes circonstances, des critères quantitatifs.

72

En l’espèce, dans la mesure où les requérantes reprochent à la Commission de ne pas avoir suffisamment justifié les raisons pour lesquelles elle n’a pas établi de critère fixe, il convient de relever qu’elles omettent de tenir compte de la possibilité, pour la Commission, d’adopter des critères qualitatifs. Elles restent également en défaut d’aborder les explications figurant au point 2.1 de l’annexe II (page 68) de la décision attaquée. Or, les termes employés par la Commission dans cette partie de la décision attaquée énoncent clairement ce qui suit :

« Lors de l’adoption des critères énoncés [au point] 1.3 de l’annexe I du règlement délégué en ce qui concerne la contribution substantielle à l’objectif d’atténuation du changement climatique dans le secteur forestier, [l]’évaluation de la Commission a tenu compte de l’évolution du cadre d’action [politique en matière de] forêts, notamment des processus en cours découlant de la stratégie en faveur de la biodiversité et de la stratégie pour les forêts, et de l’attente que les exigences futures puissent être intégrées dans les critères de la taxonomie de l’U[nion] à un stade ultérieur. [C]ompte tenu de la diversité des forêts en Europe et dans le monde, ainsi que de la diversité de la gestion forestière, une liste de pratiques fixes risquerait d’être inopérante dans un grand nombre de situations forestières spécifiques. [...] L’objectif général est que les critères garantissent la vérification d’un plan de gestion des forêts, ou un plan équivalent, ainsi que d’autres garanties, afin d’obtenir une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique à court et à long terme. Cette approche couvrait les mêmes principaux paramètres, mais représentait une différence notable avec l’évaluation du [groupe d’experts techniques sur la finance durable], qui s’articulait autour de l’utilisation de pratiques de gestion durable des forêts. [...] Il convient également de noter que le potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la foresterie dépend de la situation géographique et des éléments supplémentaires caractérisant les terres en question, tels que le type et l’âge de la forêt, ainsi que le type de foresterie. »

73

Il résulte de ces termes que le fait d’avoir renoncé à l’établissement d’un critère fixe n’a pas été la conséquence d’un choix arbitraire de la Commission, mais de la grande diversité de forêts existant dans l’Union et dans le monde, en termes de type et d’âge de la forêt, et de type de foresterie, ainsi que du caractère évolutif des pratiques et de la stratégie en faveur de la biodiversité ainsi que de la stratégie pour les forêts. La Commission, par les termes cités au point 72 ci‑dessus, cherche à faire valoir que l’attribution d’une valeur fixe aux paramètres recherchés aurait été impossible ou inadmissible d’un point de vue scientifique. Par ailleurs, selon l’article 19, paragraphe 1, sous k), du règlement sur la taxonomie, les critères d’examen technique doivent être « faciles à utiliser » et « fixés de manière à faciliter la vérification de leur respect ».

74

Par ailleurs, l’argumentation des requérantes au point 48 de la requête, visant à reprocher à la Commission de ne pas avoir établi de critère fixe, n’est pas étayée. En particulier, les requérantes ne contestent pas l’existence d’une grande diversité de forêts dans l’Union et dans le monde, pas plus qu’elles n’explicitent de quelle manière, compte tenu de la diversité des forêts dans l’Union et dans le monde, ainsi que de la dynamique due au caractère évolutif des pratiques et de la stratégie en faveur de la biodiversité et de la stratégie pour les forêts, la Commission aurait pu fixer un seuil ou un autre paramètre mesurable ou chiffrable en termes de surface, de poids ou de volume applicable à toutes les forêts visées dans le règlement délégué. À défaut d’avoir apporté des éléments utiles à cet égard, l’argumentation des requérantes est trop vague pour permettre d’établir une erreur de droit. Elle est également trop vague pour priver de plausibilité les déclarations faites par la Commission dans la décision attaquée relatives à l’absence d’établissement d’un critère fixe dans les critères d’examen technique en cause, de sorte qu’aucune erreur manifeste d’appréciation ne saurait être retenue à cet égard.

75

Certes, au point 127 de la demande de réexamen interne, les requérantes avaient proposé à la Commission l’application d’un critère fixe « additionnel » de 0,375 tonne de CO2 e/an d’ici 2030 s’agissant des processus de séquestration du carbone pour une « activité individuelle ». Toutefois, les requérantes ne contestent pas les considérations énoncées par la Commission au point 2.1 de l’annexe II (page 68) de la décision attaquée, selon lesquelles « l’application d’un critère fixe de 0,375 tonne de CO2 e/an d’ici 2030, comme le suggère le demandeur, pourrait exclure de la taxonomie de l’U[nion] la gestion de certains types de forêts, telles que les forêts anciennes ainsi que les forêts boréales ».

76

Les requérantes n’abordent donc pas cette constatation qui équivaut à déclarer que le seuil proposé dans la demande de réexamen aurait exclu une bonne partie des forêts européennes, à savoir les forêts anciennes ainsi que les forêts boréales. Compte tenu de ces éléments et au vu des autres éléments du dossier, il convient de conclure que les déclarations faites par la Commission au point 2.1 de l’annexe III de la décision attaquée ne sont pas entachées d’erreur manifeste d’appréciation, le critère fixe proposé par les requérantes n’étant pas de nature à remettre en cause leur plausibilité, compte tenu, notamment, de tous les paramètres pertinents qui caractérisent les forêts dans l’Union, tels qu’envisagés par la Commission dans le règlement délégué. De même, les requérantes sont restées en défaut de démontrer une violation de l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

77

Enfin, au point 49 de la requête et au point 33 de la réplique, les requérantes exposent, dans le cadre d’un argumentaire « alternatif », que la Commission n’aurait pas eu besoin d’adopter un « seuil paneuropéen » unique, mais qu’elle aurait pu adopter « toute une série de seuils spécifiques » fondés sur les variations géographiques ou encore une « valeur de référence plus stricte », exigeant ainsi une amélioration plus que minimale par rapport à cette valeur de référence pour que l’activité puisse être considérée comme apportant une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique.

78

Cette argumentation ne saurait prospérer. En effet, à son article 19, paragraphe 19, sous c), le règlement sur la taxonomie n’exige pas, en toutes circonstances et sans réserve, l’établissement de critères quantitatifs. La Commission est, sous certaines conditions, habilitée à adopter des critères qualitatifs. Ladite disposition entend ainsi laisser à la Commission la latitude nécessaire pour opérer le choix approprié à cet égard.

79

En quatrième lieu, il y a lieu de rejeter l’argument des requérantes, mentionné au point 46 ci‑dessus, selon lequel la réponse de la Commission à la problématique liée au critère fixe serait constitutive d’une erreur manifeste d’appréciation. D’une part, les requérantes n’ont pas fourni, dans la requête, d’éléments concrets permettant au Tribunal de comprendre en quoi consisteraient les faits prétendument mal appréciés par la Commission dans sa réponse. D’autre part, s’agissant de cette même question, il y a lieu de renvoyer aux considérations énoncées aux points 71 à 78 ci‑dessus.

80

En cinquième lieu, ne peut prospérer l’argument des requérantes selon lequel la Commission n’aurait pas été « compétente pour adopter des critères d’examen technique qui ne respectaient pas le champ d’application du règlement sur la taxonomie » et aurait commis des erreurs de droit « en ne saisissant pas la portée des exigences [du règlement sur la taxonomie ou] de [s]a compétence » (voir point 47 ci‑dessus).

81

Premièrement, la Commission n’a pas outrepassé sa compétence visée à l’article 10, paragraphe 3, du règlement sur la taxonomie en adoptant le règlement délégué.

82

D’une part, la simple allégation selon laquelle la Commission aurait pu violer les exigences matérielles prévues dans le règlement sur la taxonomie, en particulier celles établies à son article 19, et aurait donc pu commettre des erreurs de droit ou des erreurs manifestes d’appréciation, faute de saisir « la portée des exigences matérielles », ne saurait suffire à conclure que la Commission a méconnu l’étendue de l’habilitation qui lui est conférée par l’article 10, paragraphe 3, du règlement sur la taxonomie, lu conjointement avec l’article 290 TFUE. En effet, toute violation d’une disposition de droit matériel pertinent, telle que les exigences matérielles établies dans le règlement sur la taxonomie, ne constitue pas nécessairement une violation de l’étendue de la compétence conférée par l’article 10, paragraphe 3, du règlement sur la taxonomie, lu conjointement avec l’article 290 TFUE.

83

D’autre part, hormis leur allégation générale et non étayée selon laquelle la Commission n’aurait pas « saisi […] la portée des exigences matérielles » du règlement sur la taxonomie, les requérantes n’indiquent pas les éléments qui permettraient de constater, sur la base d’un raisonnement limité strictement à la problématique de la compétence – tel qu’un raisonnement fondé sur une éventuelle incompatibilité avec l’article 290 TFUE – et donc sans recourir aux exigences du droit matériel, que la Commission aurait méconnu le règlement sur la taxonomie en adoptant le règlement délégué.

84

Deuxièmement, et en tout état de cause, il résulte des considérations qui précèdent que les requérantes n’ont pas démontré que la Commission n’aurait pas « saisi » la portée des exigences du règlement sur la taxonomie lorsqu’elle a adopté le règlement délégué.

85

Troisièmement, dans la mesure où les requérantes ont soutenu que la Commission « a[vait] commis des erreurs manifestes d’appréciation en considérant qu’il n’était pas possible de concevoir des seuils suffisamment rigoureux », il y a lieu de constater que cet argument, sans portée juridique autonome, ne constitue que la reprise, sous forme de résumé, des arguments déjà mentionnés aux points 36 à 46 ci‑dessus. Or, ceux-ci ayant été rejetés, leur simple réitération ne saurait davantage prospérer.

86

Au vu de ce qui précède, la première branche du premier moyen doit être rejetée.

Sur la seconde branche du premier moyen, tirée de l’existence d’erreurs en ce qui concerne la réponse de la Commission aux critiques des requérantes selon lesquelles les critères d’examen technique auraient dû être quantitatifs et n’auraient pas été fondés sur des éléments scientifiques concluants et sur le principe de précaution

87

Selon les requérantes, est constitutif d’une violation de l’article 19, paragraphe 1, sous c) et f), du règlement sur la taxonomie l’ensemble des explications fournies par la Commission dans la décision attaquée s’agissant de leur reproche formulé dans leur demande de réexamen interne, selon lequel les critères d’examen technique pour les activités de gestion des forêts prévus dans le règlement délégué violeraient le règlement sur la taxonomie, parce qu’ils ne seraient pas quantitatifs et seraient incompatibles avec le principe de précaution.

88

Les réponses figurant au point 2.1 de l’annexe III de la décision attaquée seraient entachées d’erreurs de droit. Par ailleurs, ces réponses indiqueraient que la Commission a interprété « de manière erronée [s]a compétence » en ce qui concerne le règlement délégué. Selon les requérantes, lorsqu’elle a adopté le règlement délégué, la Commission disposait d’informations scientifiques facilement disponibles, permettant de quantifier les réductions requises des émissions provenant des activités forestières. Enfin, les critères d’examen technique visés au point 2.1, sous a), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué n’exigeraient qu’une réduction minimale par rapport à la valeur de référence de l’activité dans le contexte du statu quo. Ils seraient donc incompatibles avec le principe de précaution. À cet égard, la Commission se serait contentée d’observer qu’une approche plus protectrice (comprenant des « valeurs de référence plus strictes ») pourrait être utilisée à l’avenir. Le fait que la décision attaquée viole également le principe de précaution pourrait être déduit de l’exposé concernant la première branche du huitième moyen (points 140 à 144 de la requête).

89

La Commission conteste ces arguments.

90

Par leurs arguments mentionnés aux points 87 et 88 ci‑dessus, les requérantes n’ont fourni aucun élément permettant de conclure que la Commission aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d’appréciation. Ces arguments doivent, dès lors, être rejetés comme étant non fondés.

91

En particulier, en ce qui concerne l’existence d’erreurs de droit ou d’erreurs manifestes d’appréciation qui entacheraient la réponse donnée par la Commission relative à l’absence de critères d’examen technique quantitatifs, il y a d’abord lieu de renvoyer au raisonnement exposé aux points 70 à 78 ci‑dessus.

92

Plus spécifiquement, dans la mesure où les requérantes soutiennent que, lors de l’adoption du règlement délégué, la Commission disposait d’informations scientifiques facilement disponibles, permettant de quantifier les réductions des émissions provenant des activités forestières « qui sont requises », force est de constater que celles-ci n’indiquent pas, dans la requête, de quelles informations scientifiques il pourrait s’agir. Elles n’ont fourni aucune étude ni aucun avis scientifique expliquant en quoi, et dans quelle mesure, il serait possible de quantifier les réductions des émissions provenant des activités forestières. Par conséquent, l’argumentation des requérantes n’est pas de nature à priver de plausibilité les explications figurant au point 2.1 de l’annexe III (pages 66 à 69) de la décision attaquée. Dès lors, aucune erreur manifeste d’appréciation ne peut être constatée à cet égard. Cette conclusion s’impose, pour les mêmes motifs, pour ce qui est de la question de savoir si les explications figurant au point 2.1 de l’annexe III (pages 66 à 69) de la décision attaquée sont entachées d’une erreur de droit.

93

Par ailleurs, l’allégation selon laquelle la Commission aurait « interprét[é] de manière erronée [s]a compétence », ce qui serait constitutif d’une erreur de droit ou d’une erreur manifeste d’appréciation, doit être rejetée pour les mêmes motifs que ceux figurant aux points 81 à 84 ci-dessus.

94

Enfin, il convient de rejeter l’allégation des requérantes selon laquelle la Commission aurait enfreint le principe de précaution.

95

À cet égard, il convient de relever que les requérantes ont, certes, déclaré, au point 54 de la requête, que les critères d’examen technique en cause n’exigeaient qu’une réduction minimale par rapport à la valeur de référence du contexte du statu quo, ce qui les rendait incompatibles avec le principe de précaution. Audit point 54 de la requête, les requérantes ont également allégué que la Commission avait répondu à cet argument en observant simplement qu’une approche plus protectrice comprenant des « valeurs de référence plus strictes » pourrait être utilisée à l’avenir. Selon les requérantes, cette circonstance ne peut de toute évidence avoir aucune incidence sur la conformité des critères d’examen technique « avec les exigences du règlement sur la taxonomie ». Ce faisant, elles invoquent une prétendue incompatibilité de la réponse de la Commission avec le règlement sur la taxonomie.

96

Toutefois, il n’apparaît pas clairement quel pourrait être, selon les requérantes, le rapport avec le principe de précaution. Ce principe, visé notamment à l’article 191, paragraphe 2, TFUE, permet aux institutions, lorsque des incertitudes scientifiques subsistent quant à l’existence ou à la portée de risques pour l’environnement, de prendre des mesures de protection sans avoir à attendre que la réalité et la gravité de ces risques soient pleinement démontrées ou que les effets négatifs pour l’environnement se matérialisent (voir, en ce sens, arrêt du 17 mars 2021, FMC/Commission, T‑719/17, EU:T:2021:143, point 63 et jurisprudence citée).

97

Ainsi, il ressort du point 54 de la requête que le grief initialement présenté comme tiré d’une violation du principe de précaution, tel que défini au point 96 ci-dessus, est reformulé par les requérantes en un argument relatif à la conformité de la réponse de la Commission avec le règlement sur la taxonomie. Toutefois, il convient de relever que cet argument n’est pas étayé et doit donc être rejeté dès lors qu’il n’est pas de nature à démontrer une violation du principe de précaution ni l’existence d’une erreur de droit entachant la décision attaquée.

98

Compte tenu de ce qui précède, la seconde branche du premier moyen doit être rejetée et, partant, le premier moyen dans son intégralité.

Sur le deuxième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation concernant la réponse de la Commission à la critique des requérantes quant à l’exemption de l’analyse des bénéfices pour le climat, prévue pour les exploitations forestières de moins de 13 hectares dans les critères de la contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique

99

Selon les requérantes, les explications fournies au point 2.2 de l’annexe III (pages 69 à 71) de la décision attaquée seraient erronées et, partant, contraires à l’article 10, paragraphe 1, sous f), ainsi qu’à l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. Par ailleurs, elles procéderaient d’une interprétation erronée du règlement sur la taxonomie ainsi que de la compétence de la Commission visée à l’article 10, paragraphe 3, sous a), de ce règlement.

100

Le deuxième moyen se subdivise, en substance, en trois branches.

Sur la première branche du deuxième moyen, tirée d’erreurs de droit ou d’erreurs manifestes d’appréciation en rapport avec l’article 10, paragraphe 1, sous f), et l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie en ce qui concerne la réponse de la Commission selon laquelle l’exemption des exploitations de moins de 13 hectares prévue au point 2.4 de l’annexe I du règlement délégué viserait à « limiter la charge administrative pesant sur les petites exploitations forestières et les petits propriétaires forestiers »

101

En réponse aux critiques exprimées par les requérantes dans la demande de réexamen interne, la Commission aurait indiqué que l’exemption visait à « limiter la charge administrative pesant sur les petites exploitations forestières et les petits propriétaires forestiers et à les inciter ainsi à accroître leur contribution à l’adaptation au changement climatique et à l’atténuation de celui‑ci » [point 2.2 de l’annexe III (page 69) de la décision attaquée].

102

Or, cette réponse serait « inexacte et irrationnelle », et donc entachée d’une erreur de droit. En effet, la Commission n’aurait pas expliqué de quelle manière l’exemption pourrait inciter les propriétaires forestiers à accroître leur contribution à l’atténuation du changement climatique.

103

Ladite réponse serait également entachée d’erreur manifeste d’appréciation pour les motifs suivants :

–

premièrement, la mesure instituant l’exemption des exploitations inférieures à 13 hectares ne serait pas une « mesure proportionnée ou nécessaire », puisqu’elle ne prévoirait pas une procédure proportionnée et simplifiée pour les petites exploitations, mais un simple « passe‑droit », à savoir une exemption totale de l’obligation de démontrer un bénéfice quelconque pour le climat ; par ailleurs, la réduction de la charge administrative pesant sur les petits exploitants ne pourrait servir de justification, étant donné que le respect des critères du règlement sur la taxonomie relatifs à une activité économiquement durable ne serait pas une question de conformité réglementaire ;

–

deuxièmement, la même mesure pourrait donner lieu à des abus, puisqu’elle permettrait aux exploitants forestiers de « contourner le système » en enregistrant les forêts qu’ils possèdent comme une série d’exploitations distinctes se situant juste en dessous du seuil de 13 hectares ;

–

troisièmement, la mesure visant l’exemption des exploitations inférieures à 13 hectares ne serait pas un seuil de minimis, car il s’agirait de la taille moyenne des exploitations forestières dans l’Union ; une exemption de toutes les exploitations de cette taille de la principale exigence du point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué serait largement supérieure à tout seuil de minimis rationnel.

104

La Commission conteste les arguments des requérantes.

105

Les requérantes estiment que serait entachée d’une erreur de droit ou d’une erreur manifeste d’appréciation l’appréciation formulée par la Commission au point 2.2 de l’annexe III (page 69) de la décision attaquée, selon laquelle l’exemption des exploitations de moins de 13 hectares, prévue au point 2.4. du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, vise à « limiter la charge administrative pesant sur les petites exploitations forestières et les petits propriétaires forestiers ».

106

Cette argumentation ne saurait prospérer.

107

En premier lieu, il y a lieu de constater d’emblée que les requérantes n’examinent pas cette réponse de la Commission à la lumière des conditions établies à l’article 10, paragraphe 1, sous f), et à l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. En revanche, elles invoquent une disproportion de l’exemption portant sur les surfaces inférieures à 13 hectares (voir point 103, premier tiret, ci‑dessus), la possibilité que ladite mesure donne lieu à des abus (voir point 103, deuxième tiret, ci‑dessus) ainsi que le caractère prétendument irrationnel du seuil de 13 hectares mentionné au point 2.4. figurant sous le point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué (voir point 103, troisième tiret, ci‑dessus).

108

Ces arguments doivent être écartés.

109

En effet, d’une part, les requérantes ne relient pas la réponse donnée par la Commission dans la décision attaquée, quant à la question relative aux exploitations inférieures à 13 hectares, à celle du renforcement des « puits de carbone terrestres » [article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie], ni à l’exigence relative aux « éléments scientifiques concluants », ni au principe de précaution [article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie]. Dès lors, il n’apparaît pas clairement en quoi ladite réponse de la Commission serait contraire aux conditions matérielles prévues à l’article 10, paragraphe 1, sous f), ainsi qu’à l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

110

D’autre part, premièrement, les requérantes invoquent une violation du principe de proportionnalité, en faisant valoir l’absence de caractère « proportionné » de l’exemption portant sur les surfaces inférieures à 13 hectares (voir point 103, premier tiret, ci‑dessus). Ce principe, qui fait partie des principes généraux du droit de l’Union, exige que les actes des institutions de l’Union soient de nature à réaliser les objectifs légitimes poursuivis par la réglementation en cause et ne dépassent pas les limites de ce qui est nécessaire à la réalisation de ces objectifs, étant entendu que, lorsqu’un choix s’offre entre plusieurs mesures appropriées, il convient de recourir à la moins contraignante et que les inconvénients causés ne doivent pas être démesurés par rapport aux buts visés (arrêts du 4 mai 2016, Philip Morris Brands e.a., C‑547/14, EU:C:2016:325, point 165, et du 20 janvier 2021, ABLV Bank/CRU, T‑758/18, EU:T:2021:28, point 142).

111

La référence que font les requérantes à une démarche visant à imposer, aux exploitants des surfaces forestières de moins de 13 hectares, une « procédure proportionnée et simplifiée pour les petites exploitations » plutôt qu’une exemption totale de l’obligation d’effectuer une analyse des bénéfices pour le climat (voir point 103, premier tiret, ci‑dessus) ne constitue pas une mesure moins contraignante (voir point 110 ci‑dessus). En effet, une procédure administrative telle qu’envisagée par les requérantes (voir point 103 ci‑dessus) apparaît, dans tous les cas, plus onéreuse, pour lesdits exploitants, que l’exemption totale de l’obligation d’effectuer une analyse des bénéfices pour le climat, telle que prévue par la Commission dans le règlement délégué. Ainsi, la réponse de la Commission figurant dans la décision attaquée quant à la question relative aux exploitants de surfaces forestières de moins de 13 hectares (voir point 101 ci‑dessus) n’apparaît pas contraire au principe de proportionnalité.

112

Deuxièmement, les requérantes allèguent que l’exemption des exploitations de moins de 13 hectares pourrait entraîner des abus, puisqu’une telle mesure permettrait aux exploitants forestiers de scinder les grandes exploitations en diverses exploitations inférieures à 13 hectares (voir point 103, deuxième tiret, ci‑dessus).

113

À supposer que cette allégation, par ailleurs spéculative et non étayée, puisse se rapporter aux appréciations retenues par la Commission dans la décision attaquée (voir point 101 ci-dessus), il convient de constater, en tout état de cause, qu’une scission artificielle, et donc abusive, relèverait du domaine des États membres, visés à l’article 21, paragraphe 1, dernière phrase, du règlement sur la taxonomie. L’éventualité d’un tel abus mentionné par les requérantes concerne la façon dont les États membres s’acquittent des obligations prévues audit article 21, mais n’est pas de nature à remettre en cause les appréciations de la Commission figurant dans la décision attaquée, lesquelles se rapportent à des critères d’examen technique abstraits.

114

Troisièmement, s’agissant de l’allégation des requérantes selon laquelle l’exemption des exploitations inférieures à 13 hectares ne vise pas un seuil de minimis – car la valeur de 13 hectares correspond à la valeur moyenne dans l’Union – ni, en tout état de cause, un seuil de minimis rationnel (voir point 105, troisième tiret, ci-dessus), il convient de relever que le fait qu’une surface de 13 hectares corresponde à la valeur moyenne dans l’Union n’exclut pas qu’il s’agisse d’un seuil de minimis. Les requérantes ne contestent pas qu’il s’agit d’une valeur moyenne reconnue dans l’Union et que cette valeur n’est ni inventée par la Commission ni tirée d’une source arbitraire. Dès lors, ledit seuil de 13 hectares n’a rien d’irrationnel.

115

De plus, le fait que les exploitants de surfaces forestières inférieures à 13 hectares soient exemptés de l’obligation d’effectuer une analyse des bénéfices pour le climat ne signifie pas que ces exploitations opéreraient « dans un vide juridique artificiel » qui leur permettrait de voir leurs activités économiques reconnues comme étant durables sur le plan environnemental sans qu’un critère d’examen technique s’applique à leur égard.

116

Au contraire, pour qu’une activité économique déployée sur une surface forestière inférieure à 13 hectares puisse être considérée comme un investissement durable sur le plan environnemental, conformément aux points 1.1 et 1.2 du tableau des critères d’examen technique pour la « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, encore faut-il qu’elle ait lieu dans une zone soumise à un plan de gestion des forêts, exigence qui n’est par ailleurs pas imposée à toutes les exploitations forestières, celles supérieures à 13 hectares n’y étant pas soumises. Dans le cadre de la requête, les requérantes reprochent à la Commission de s’être bornée à tenir compte de la situation juridique existante (« statu quo »), au lieu d’élaborer des critères d’examen technique « ambitieux ». Or, conformément au point 1.3 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, la durabilité des systèmes de gestion des forêts, telle qu’indiquée dans le plan, doit être garantie par l’approche la plus ambitieuse parmi celles visées, y compris en démontrant le respect des critères de durabilité applicables à la biomasse forestière, énoncés à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II et dans le règlement sur les orientations opérationnelles. Dans leur argumentation, les requérantes ne tiennent pas compte de ces éléments, qui encadrent pourtant l’exonération relative aux exploitants de surfaces forestières de moins de 13 hectares et qui expliquent, au moins partiellement, la raison d’être de cette exonération.

117

La première branche du deuxième moyen doit donc être rejetée.

Sur la deuxième branche du deuxième moyen, tirée d’erreurs de droit ou d’erreurs manifestes d’appréciation en rapport avec l’article 10, paragraphe 1, sous f), et l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie en ce qui concerne la réponse de la Commission selon laquelle, en substance, l’exemption des exploitations de moins de 13 hectares prévue au point 2.4 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » figurant à l’annexe I du règlement délégué serait justifiée au vu de l’ensemble des exigences devant être respectées par les petits exploitants forestiers

118

Les requérantes indiquent que la Commission a considéré, dans la décision attaquée, que « compte tenu de l’ensemble des exigences que les petits exploitants forestiers doivent respecter, depuis le plan de gestion des forêts jusqu’à la démonstration de leur conformité avec la gestion durable des forêts, en passant par la garantie de l’absence de dégradation des terres présentant un important stock de carbone et les critères du principe consistant à “ne pas causer de préjudice important”, il était raisonnable de supposer que les critères de la contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique étaient remplis sans qu’il soit nécessaire de procéder à une analyse des bénéfices pour le climat ».

119

Toutefois, aucun des facteurs énumérés par la Commission, à savoir le plan de gestion des forêts, la démonstration de leur conformité avec la gestion durable des forêts, la garantie de l’absence de dégradation des terres présentant un important stock de carbone et les critères tenant au principe consistant à « ne pas causer de préjudice important », ne permettrait de garantir que les exploitations forestières exemptées apportent une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique, afin de tenir ainsi compte de l’article 10, paragraphes 1 et 3, du règlement sur la taxonomie. La réponse de la Commission équivaudrait, certes, à déclarer qu’une exemption relative à l’obligation de démontrer l’existence d’une contribution substantielle « garantira » néanmoins, d’une façon ou d’une autre, une contribution substantielle. Cependant, cette réponse, qui assimilerait, en substance, l’obligation de maintenir les capacités de production des forêts à une « contribution substantielle » à l’atténuation du changement climatique, dont il est question dans le cadre de la première branche du premier moyen, serait, elle aussi, entachée d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation, pour les motifs suivants :

–

premièrement, l’obligation de produire un plan de gestion des forêts serait un acte purement administratif ; aucune des informations que doit contenir un tel plan (point 1.2 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué) ne ferait référence à une « réduction effective des émissions nettes » alignée sur les réductions requises pour respecter l’objectif de l’accord de Paris en matière de température ; dès lors, il n’y aurait pas d’obligation précise pour les opérateurs d’exploitations se situant juste en dessous du seuil de 13 hectares de renforcer le puits de carbone forestier à un niveau aligné sur les réductions requises pour respecter l’objectif de l’accord de Paris en matière de température ;

–

deuxièmement, la « conformité [avec] la gestion durable des forêts », dont fait état la Commission dans sa réponse, serait une référence aux critères de durabilité relatifs à la bioénergie forestière énoncés à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II ; toutefois, cette exigence ne serait aucunement alignée sur l’objectif de l’accord de Paris en matière de température ;

–

troisièmement, la conformité avec les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » ne permettrait pas de démontrer le respect de l’article 10, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie ; le simple fait de supposer que l’activité économique en cause apporte une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique ne serait pas suffisant ; la Commission aurait été tenue, en vertu de l’article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie, d’adopter des critères d’examen technique spécifiques à l’objectif lié à l’atténuation du changement climatique, qui détermineraient de manière concluante si une activité atteint cet objectif.

120

La Commission conteste les arguments des requérantes.

121

S’agissant de la réponse de la Commission figurant au point 2.2 de l’annexe III de la décision attaquée, selon laquelle l’exemption des exploitations de 13 hectares, prévue au point 2.4 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant à l’annexe I du règlement délégué, serait justifiée au vu de l’ensemble des exigences que les petits exploitants forestiers doivent respecter, les requérantes ne démontrent l’existence ni d’une erreur de droit ni d’une erreur manifeste d’appréciation. Les arguments mentionnés au point 119 ci‑dessus ne sont pas susceptibles de démontrer que la Commission aurait violé l’article 10, paragraphe 1, sous f), ou l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. Ils ne privent pas de plausibilité les appréciations de la Commission figurant dans la décision attaquée, de sorte qu’aucune erreur manifeste d’appréciation ne peut être retenue.

122

En effet, premièrement, les requérantes allèguent, certes, à juste titre que l’obligation de produire un plan de gestion des forêts visée au point 1.2 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué concerne l’adoption d’un acte administratif. Toutefois, elles ne sauraient utilement soutenir que, en l’absence d’indication des « émissions nettes » devant être évitées, « aucune des informations que doit contenir un tel plan » ne répondrait à l’« obligation de renforcer le puits de carbone forestier à un niveau aligné sur les réductions requises pour respecter l’objectif de l’accord de Paris en matière de température » (voir point 119, premier tiret, ci‑dessus).

123

Les requérantes semblent considérer que la Commission ne peut satisfaire à l’« obligation de renforcer le puits de carbone forestier », dont fait état notamment l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, qu’en fixant des critères d’examen technique qui prévoient une « réduction [d’]émissions nettes ». À cette fin, selon les requérantes, la Commission aurait dû prévoir des paramètres qui abordent la réduction d’émission de CO2 en chiffres exacts.

124

Ainsi que cela a déjà été rappelé dans le cadre du premier moyen (voir point 71 ci‑dessus), en vertu de l’article 19, paragraphe 1, sous c), du règlement sur la taxonomie, les critères d’examen technique « sont quantitatifs et comprennent des seuils dans la mesure du possible » et, à défaut, sont qualitatifs. L’expression d’un critère sous forme d’une valeur chiffrée précise ne constitue donc que l’une des modalités possibles d’élaboration d’un critère d’examen technique, tel que ceux en cause.

125

Hormis l’insistance sur la nécessité, pour la Commission, de fixer un critère tenant compte d’une « réduction [d’]émissions nettes », les requérantes n’exposent pas en quoi le critère qualitatif retenu par la Commission demeurerait en deçà des exigences du règlement sur la taxonomie liées à l’« obligation de renforcer le puits de carbone forestier ».

126

Si les requérantes allèguent qu’« aucune des informations que doit contenir un […] plan » de gestion des forêts ne répond à ladite « obligation de renforcer le puits de carbone forestier à un niveau aligné sur les réductions requises pour respecter l’objectif de l’accord de Paris en matière de température », elles ne tiennent compte ni de la manière dont un plan de gestion des forêts, visé dans les critères d’examen technique prévus aux points 1.2 et 1.3 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, doit être élaboré ni du contenu que celui-ci comportera.

127

Ainsi qu’il a déjà été rappelé au point 115 ci‑dessus, les exploitants de surfaces forestières de moins de 13 hectares n’opéreront pas dans un vide juridique les dispensant de l’obligation de démontrer que leur activité permet de renforcer les puits de carbone forestiers. Au contraire, conformément au point 1.3, sous c), du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, la durabilité des systèmes de gestion des forêts, y compris des exploitations de moins de 13 hectares, doit être garantie par l’approche la plus ambitieuse parmi les approches visées, y compris en démontrant le respect des critères de durabilité applicables à la biomasse forestière énoncés à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II et dans le règlement sur les orientations opérationnelles. Or, comme relevé aux points 66 et 67 ci‑dessus, le règlement sur les orientations opérationnelles prévoit la fourniture d’informations confirmant l’existence de mesures visant à garantir que les niveaux des stocks et des puits de carbone dans la forêt soient maintenus ou renforcés sur le long terme.

128

Deuxièmement, il est certes exact, comme le soutiennent les requérantes, que la « conformité [avec] la gestion durable des forêts », mentionnée par la Commission dans sa réponse (voir point 104 ci‑dessus), est une référence aux critères de durabilité relatifs à la bioénergie forestière qui sont énoncés à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II.

129

Toutefois, les requérantes n’ont pas été en mesure de démontrer qu’il était erroné, de la part de la Commission, de se référer, dans la décision attaquée, auxdits critères de durabilité relatifs à la bioénergie forestière.

130

D’une part, l’article 19, paragraphe 1, sous d), du règlement sur la taxonomie exige que, lors de l’établissement des critères d’examen technique, la Commission tienne compte « de tout instrument législatif de l’Union pertinent en vigueur ». Cette obligation est également mentionnée aux considérants 43 et 44 de ce règlement. Ainsi, lorsque la Commission procède à l’analyse des éléments sur lesquels doit se fonder l’adoption des critères d’examen technique, elle doit tenir compte de tout instrument législatif de l’Union pertinent en vigueur, ainsi qu’expressément prévu audit article 19, paragraphe 1, sous d), et conformément à sa mission de surveiller l’application du droit de l’Union, prévue à l’article 17, paragraphe 1, TUE. Dès lors, contrairement à ce que semblent faire valoir les requérantes, il ne saurait être reproché à la Commission d’avoir tenu compte de la législation en vigueur lors de l’établissement des critères d’examen technique et, en particulier, des critères de durabilité énoncés dans la directive RED II.

131

D’autre part, à supposer même que la Commission puisse se départir des critères de durabilité relatifs à la bioénergie forestière énoncés à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II, force est de constater que les requérantes n’ont pas apporté la preuve que lesdits critères de durabilité relatifs à la bioénergie forestière ne sont pas « alignés » sur l’« objectif de l’accord de Paris en matière de température ».

132

Certes, au point 7 de la requête, les requérantes ont fait référence à de nombreux rapports scientifiques selon lesquels les critères visant à limiter les effets néfastes de la bioénergie forestière sur l’environnement évoqués dans la directive RED II seraient « inadéquats pour protéger les forêts et le climat ». Selon les requérantes, a conduit à la même conclusion l’analyse d’impact réalisée par la Commission lors de la révision de la directive 2009/28/CE du Parlement européen et du Conseil, du 23 avril 2009, relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables et modifiant puis abrogeant les directives 2001/77/CE et 2003/30/CE (JO 2009, L 140, p. 16), ayant conduit à l’adoption de la directive RED II. Toutefois, ces allégations ne sont pas étayées. Les requérantes ayant produit ladite analyse d’impact en tant qu’annexe A.8 à la requête, il n’apparaît pas clairement dans quelle partie de cette annexe figurent les éléments de nature à étayer le bien‑fondé de leurs allégations. Si la simple affirmation selon laquelle les critères de durabilité contenus dans la directive RED II sont « inadéquats pour protéger les forêts et le climat » peut, le cas échéant, être prise en compte, elle ne saurait, à elle seule, établir de manière claire que lesdits critères ne sont pas « alignés » sur l’« objectif de l’accord de Paris en matière de température ».

133

Troisièmement, les requérantes ne sauraient soutenir que la conformité avec les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » ne permettrait pas de démontrer le respect de l’article 10, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie, ni que le fait de supposer que l’activité économique en cause apporte une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique serait insuffisant (voir point 119 ci‑dessus).

134

À cet égard, les requérantes reprochent à la Commission un élément qui ne ressort aucunement de la décision attaquée, de sorte que leur argumentation manque en fait. En effet, au point 2.2 (page 69) de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission ne s’est nullement référée à des critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important », que ce soit pour démontrer la conformité des critères d’examen technique prévus par le point 1.3 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant à l’annexe I du règlement délégué ou pour d’autres motifs.

135

En conséquence, la deuxième branche du deuxième moyen doit être rejetée.

Sur la troisième branche du deuxième moyen, tirée d’une erreur de droit tenant à une interprétation erronée, par la Commission, de sa compétence attribuée par l’article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie

136

Les requérantes invoquent une erreur de droit s’agissant de l’appréciation de la Commission rappelée au point 104 ci‑dessus. Cette erreur découlerait du fait qu’aucun des facteurs faisant partie de l’ensemble des exigences que les petits exploitants forestiers doivent respecter ne permettrait de garantir que les exploitations forestières exemptées apportent une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique. Il ressortirait de l’appréciation de la Commission liée à l’ensemble des exigences devant être respectées par les petits exploitants forestiers que celle-ci a erronément interprété la compétence que lui confère l’article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie. Celui-ci ne prévoirait pas d’exemption de minimis et les exigences de son article 10, paragraphe 1 et paragraphe 3, sous a), ne sauraient aucunement être qualifiées comme telles. L’adoption de l’exemption des exploitations inférieures à 13 hectares ne relèverait donc pas de la compétence de la Commission. Les requérantes auraient soulevé cette question dans la demande de réexamen interne, mais la Commission ne l’aurait pas examinée dans la décision attaquée. Il conviendrait donc, selon les requérantes, de « supposer que la Commission a commis une erreur de droit concernant sa propre compétence pour adopter des exemptions de minimis ».

137

La Commission conteste ces arguments.

138

S’agissant de la réponse de la Commission figurant au point 2.2 (page 69) de l’annexe III de la décision attaquée, les requérantes invoquent une erreur de droit, qui découlerait d’une interprétation erronée, par la Commission, de l’étendue de la compétence que lui confère l’article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie. En effet, l’adoption de l’exemption des exploitations inférieures à 13 hectares ne relèverait pas de la compétence de la Commission, puisque le règlement sur la taxonomie ne prévoirait pas d’exemption de minimis. Cette question n’aurait pas été examinée dans la décision attaquée.

139

Lorsqu’elles invoquent la prétendue erreur de droit mentionnée au point 138 ci‑dessus, les requérantes s’inscrivent dans la même logique que celle développée dans le cadre du premier moyen, selon laquelle la Commission aurait excédé les limites de sa compétence dès lors qu’elle n’a pas « saisi […] la portée des exigences matérielles » prévues par le règlement sur la taxonomie (voir point 47 ci‑dessus).

140

Or, ainsi qu’il a déjà été relevé au point 82 ci‑dessus, toute violation d’une disposition de droit matériel pertinent, telle que les exigences matérielles du règlement sur la taxonomie, ne constitue pas nécessairement une violation de l’étendue de la compétence conférée par l’article 10, paragraphe 3, du règlement sur la taxonomie, lu conjointement avec l’article 290 TFUE. En dehors de l’invocation d’une prétendue violation de dispositions matérielles, les requérantes ne précisent nullement en quoi consisterait, en l’espèce, une méconnaissance, par la Commission, de son habilitation à adopter le règlement délégué, qui est visée audit article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie.

141

Compte tenu de ce qui précède, la troisième branche du deuxième moyen doit être rejetée et, partant, le deuxième moyen dans son ensemble.

Sur le troisième moyen, tiré de l’existence d’erreurs entachant la réponse donnée par la Commission à la critique des requérantes quant aux critères d’examen technique permettant de déterminer si une activité ne cause pas de préjudice important à l’adaptation au changement climatique

142

Selon les requérantes, sont entachées d’erreurs de droit les considérations formulées par la Commission au point 2.3 (pages 71 à 73) de l’annexe III de la décision attaquée en réponse aux critiques soulevées dans la demande de réexamen interne quant à l’appendice A de l’annexe I du règlement délégué, qui, selon les requérantes, est illégal. Lesdites considérations de la Commission reposeraient sur une mauvaise application de l’article 17, paragraphe 1, sous b), et de l’article 19, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie et de la compétence que lui confère le règlement sur la taxonomie ainsi que, à titre subsidiaire, sur une erreur manifeste d’appréciation.

143

Au point 2.3 (pages 71 à 73) de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission aurait soutenu ce qui suit :

« [L]es critères n’étaient pas tenus d’éliminer les incidences négatives importantes de l’activité sur la population, la nature ou les biens dès lors que :

–

une telle exigence rendrait les [critères d’examen technique du principe consistant à “ne pas causer de préjudice important”] relatifs à l’adaptation plus contraignants que les [ceux] relatifs à la contribution substantielle [visés à l’article 11, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie ;]

–

l’objectif serait atteint de manière indirecte par l’application des [critères d’examen technique] relatifs à la contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique ou l’adoption d’un plan de gestion des forêts. »

144

Ces réponses sont, selon les requérantes, erronées.

145

En premier lieu, selon les requérantes, le renvoi opéré par la Commission à l’article 11, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie (voir point 143, premier tiret, ci‑dessus) ne saurait convaincre. Cette disposition ne pourrait modifier le sens clair de l’article 17, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie. En effet, l’article 11, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie, qui décrit les conditions permettant de conclure qu’une activité économique apporte une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique, exigerait de prouver une réduction substantielle pour deux catégories d’incidences, à savoir les incidences sur l’activité elle‑même [ci‑après le « volet a) »] [article 11, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie] et les incidences sur la population, la nature et les biens [ci‑après le « volet b) »] [article 11, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie]. Selon cette disposition, une contribution positive à l’adaptation au changement climatique peut être obtenue en traitant l’un ou l’autre de ces volets. Il s’agirait là de deux catégories d’incidences de poids équivalent, qui, par ailleurs, seraient exclusives, en ce sens qu’il suffirait de satisfaire à l’une d’entre elles pour apporter une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique. L’exigence visant les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important », prévue à l’article 17, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie, qui reprend les volets a) et b) indiqués audit article 11, paragraphe 1, dudit règlement, ayant été formulée de manière négative, il serait justifié de considérer que cet article exige que soient évités les deux types de préjudices, c’est‑à‑dire tant les préjudices relevant du volet a) que ceux relevant du volet b) visés audit article 11. La Commission aurait donc été tenue d’établir des critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » pour les deux catégories de préjudices. Tel n’aurait pas été le cas en l’espèce. Les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à l’adaptation au changement climatique ne traiteraient pas de l’un des volets du préjudice à l’adaptation, identifié à l’article 17, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie, à savoir l’augmentation des incidences du climat actuel en raison de la poursuite de l’activité elle‑même. Serait sans pertinence l’affirmation de la Commission (voir point 143, premier tiret, ci‑dessus) selon laquelle l’interprétation donnée par les requérantes à l’article 17, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie le rend « plus contraignant » que l’article 11, paragraphe 1, sous a), dudit règlement. Selon l’activité et l’incidence examinées, la démonstration de l’absence de préjudice peut s’avérer plus contraignante que la démonstration d’une contribution positive (par exemple, pour les activités intrinsèquement nuisibles). En tout état de cause, l’argument selon lequel l’interprétation qu’elles ont donnée audit article 17, paragraphe 1, sous b), le rend « plus contraignant » que l’article 11, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie ne saurait être considéré comme nécessairement fondé.

146

En second lieu, s’agissant de la seconde partie de la réponse de la Commission (voir point 143, second tiret, ci‑dessus), le règlement sur la taxonomie exigerait expressément que le règlement délégué établisse, pour chaque objectif environnemental pertinent, des critères permettant de déterminer si une activité cause un préjudice important. Toutefois, la Commission aurait considéré que « cette exigence pouvait être satisfaite par les critères d’examen technique relatifs à la contribution substantielle concernant un objectif environnemental différent, et en tout cas parce que les critères d’examen technique du principe consistant à “ne pas causer de préjudice important” relatifs à l’adaptation renvoient aux critères relatifs à la “contribution substantielle” à l’atténuation ». De plus, la Commission n’aurait pas expliqué de quelle manière les critères relatifs à l’atténuation du changement climatique ou le plan de gestion des forêts permettraient d’écarter les activités causant un préjudice à la population, à la nature ou aux biens, ni quelles dispositions sont supposées avoir cet effet. Enfin, la Commission n’aurait pas examiné le reproche formulé par les requérantes tenant au fait que l’appendice A de l’annexe I du règlement délégué autoriserait les opérateurs économiques à déterminer eux‑mêmes si un risque climatique fait partie des risques les « plus significatifs ».

147

La Commission conteste ces arguments.

148

Les arguments invoqués dans le cadre du troisième moyen, mentionnés aux points 144 à 146 ci‑dessus, ne sont pas de nature à démontrer une erreur manifeste d’appréciation entachant les considérations énoncées à la section 2.3, de l’annexe III de la décision attaquée. Il convient de préciser que, afin d’établir qu’une institution a commis une erreur manifeste dans l’appréciation de faits complexes de nature à justifier l’annulation dudit acte, les éléments de preuve apportés par la partie requérante doivent être suffisants pour priver de plausibilité les appréciations des faits retenus dans cet acte (voir arrêt du 11 décembre 2024, Carmeuse Holding/Commission, T‑554/22, non publié, EU:T:2024:895, point 103 et jurisprudence citée). Or, par leur argumentation, les requérantes n’indiquent pas exactement quels faits retenus dans la décision attaquée auraient manifestement été mal appréciés par la Commission. Ces arguments non étayés, tirés d’une erreur manifeste d’appréciation, ne peuvent donc qu’être rejetés.

149

En outre, les griefs mentionnés aux points 144 à 146 ci‑dessus ne permettent pas davantage de constater que les considérations figurant au point 2.3 de l’annexe III de la décision attaquée seraient contraires à l’article 17, paragraphe 1, sous b), et à l’article 19, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie.

150

À cet égard, il ressort du point 2.3 de l’annexe III de la décision attaquée qu’il convient d’interpréter l’article 11, paragraphe 1, et l’article 17, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie de manière systématique, c’est-à-dire que l’activité économique en cause doit, dans un premier temps, remplir les critères établis afin de démontrer qu’elle apporte une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique et, dans un second temps, garantir qu’elle n’entraîne pas une augmentation des incidences négatives du climat actuel et de son évolution attendue sur elle-même ou sur la population, la nature ou les biens.

151

C’est à tort que les requérantes font valoir que la décision attaquée est illégale en ce que le règlement délégué ne fixerait aucun critère exigeant qu’une activité économique ne contribue pas à augmenter les incidences négatives du climat. Le règlement délégué, auquel renvoie la décision attaquée, a fixé des critères d’examen technique pour le principe consistant à « ne pas causer de préjudice important », visé à l’article 17, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie. Il s’agit des critères « process-based » qui figurent à l’appendice A de l’annexe I du règlement délégué, mentionnés à la page 72 de la décision attaquée.

152

Enfin, c’est à tort que les requérantes soutiennent que les critères d’examen technique ne fixent aucune exigence en ce qui concerne la prévention des incidences négatives sur la population, la nature ou les biens, tel que cela est exigé à l’article 17, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie. En effet, comme cela est rappelé à la page 73 de la décision attaquée, il résulte de l’appendice A de l’annexe I du règlement délégué que les critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » exigent que « [l]es solutions d’adaptation mises en œuvre n’[aie]nt pas d’incidence négative sur les efforts d’adaptation ou sur le niveau de résilience aux risques climatiques d’autres populations, de la nature, du patrimoine culturel, des biens et d’autres activités économiques ».

153

Compte tenu de ce qui précède, le troisième moyen doit être rejeté.

Sur le quatrième moyen, tiré d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission à la critique des requérantes quant aux critères qui permettent de déterminer quand une activité ne cause pas de préjudice important à la transition vers une économie circulaire

154

Selon les requérantes, violerait l’article 17, paragraphe 1, sous d), i), du règlement sur la taxonomie la réponse donnée par la Commission au point 2.4 (page 74) de la décision attaquée aux doutes soulevés dans la demande de réexamen interne quant aux critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à la transition vers une économie circulaire, tels qu’ils découlent du point 4 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué. À cet égard, la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

155

Tels qu’ils sont libellés au point 4 du tableau intitulé « Ne pas causer de préjudice important » et figurant au point 1.3. de l’annexe I du règlement délégué, les critères d’examen technique relatifs à la transition vers une économie circulaire y figurant exigent, en ce qui concerne les activités forestières, ce qui suit :

« Les changements sylvicoles résultant de l’activité dans la zone couverte par l’activité ne sont pas susceptibles d’entraîner une réduction importante de l’approvisionnement durable en biomasse forestière primaire adaptée à la fabrication de produits ligneux présentant un potentiel de circularité à long terme. Le respect de ce critère peut être démontré au moyen de l’analyse des bénéfices pour le climat visée au point 2 [dudit tableau]. »

156

La Commission aurait, au point 2.4 (page 74) de l’annexe III de la décision attaquée, répondu que l’approvisionnement en biomasse primaire était nécessaire pour remplacer d’autres matériaux à forte teneur en carbone.

157

Or, selon les requérantes, cette réponse est insuffisante, voire irrationnelle. Le maintien de l’approvisionnement à un niveau constant pourrait uniquement avoir pour effet de maintenir le prix des matières premières à un niveau bas par rapport à des options plus durables, telles que la réduction de la consommation ou la réutilisation des matériaux. Le maintien de l’approvisionnement et donc de l’utilisation des « matières premières primaires » aurait tendance à perpétuer une utilisation inefficace de ces matières premières. Ainsi, le maintien de l’approvisionnement écarterait les activités favorisant la conservation en réduisant la récolte, parce qu’elles diminueraient l’approvisionnement en biomasse forestière primaire, ce qui constituerait l’un des aspects du préjudice important à la transition vers l’économie circulaire identifié à l’article 17, paragraphe 1, sous d), i), du règlement sur la taxonomie.

158

Par ailleurs, la Commission aurait soutenu, à la page 75 de l’annexe III de la décision attaquée, que l’analyse des bénéfices pour le climat impliquerait que la capacité de stockage du carbone des produits ligneux ne devait pas être dégradée.

159

Cette position serait toutefois incorrecte. En effet, l’analyse des bénéfices pour le climat porterait sur le niveau des stocks et des puits de carbone dans la forêt. Elle ne tiendrait, en revanche, pas compte des produits dérivés du bois. Dès lors, l’analyse des bénéfices pour le climat ne pourrait pas être utilisée pour démontrer qu’une activité forestière maintient l’approvisionnement en biomasse primaire d’un type adapté à une utilisation dans l’économie circulaire.

160

Les requérantes allèguent, dans la mesure où la Commission aurait, dans le cadre du présent litige, tenté de justifier sa démarche en se référant au principe de l’utilisation en cascade du bois, que ce principe ne figure pas dans le règlement délégué, de sorte que la Commission ne serait pas en droit de l’invoquer ni de s’attendre à ce qu’il soit appliqué. Ce principe ne ferait pas partie des exigences de la législation en cause ni d’aucune autre législation.

161

La Commission conteste ces arguments.

162

Par les arguments mentionnés aux points 157 et 160 ci‑dessus, les requérantes, sous couvert d’une erreur de droit, font valoir en réalité l’existence d’une erreur manifeste d’appréciation entachant le point 2.4 (pages 73 et 74) de la décision attaquée, en ce qui concerne l’approvisionnement et l’utilisation de la biomasse forestière. Or, ces arguments se fondent sur des prémisses insuffisantes et ne privent donc pas de plausibilité les appréciations factuelles, techniques et complexes de la Commission. De ce fait, ils doivent être rejetés comme étant non fondés, ainsi qu’il résulte des considérations suivantes.

163

En premier lieu, les requérantes contestent le bien‑fondé de la réponse de la Commission figurant dans la décision attaquée, selon laquelle l’approvisionnement en biomasse primaire était nécessaire pour remplacer d’autres matériaux à forte teneur en carbone. Ce faisant, elles partent de la prémisse que le point 4 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué aura pour conséquence que la biomasse forestière continuera à être utilisée, ce qui conduira à un maintien des prix d’autres matières premières à un niveau bas. Selon les requérantes, cela entravera le développement d’options plus durables, telles que la réduction de la consommation ou la réutilisation des matériaux. Enfin, cette situation équivaudrait à une utilisation inefficace de la biomasse forestière, ce qui serait contraire à l’article 17, paragraphe 1, sous d), i), du règlement sur la taxonomie (voir point 157 ci‑dessus).

164

Ces allégations doivent être écartées.

165

Il n’apparaît pas manifeste que le maintien de l’approvisionnement en une matière renouvelable comme la biomasse forestière adaptée à la fabrication de produits dérivés du bois présentant un potentiel de circularité à long terme s’analyse comme une mesure induisant une inefficacité dans l’utilisation de matériaux ou de ressources naturelles autres que la biomasse forestière ou dans l’utilisation des matériaux à forte teneur en carbone, tels que ceux mentionnés dans la réponse de la Commission. Il n’apparaît pas non plus manifeste que l’encouragement du maintien de la recyclabilité d’une matière renouvelable comme la biomasse forestière ait pour effet la survenance d’inefficacités dans le développement des solutions visant la réduction de la consommation ou la réutilisation de certaines matières premières, moins problématiques que la biomasse forestière.

166

Il convient d’opérer une distinction entre la promotion de l’utilisation de la biomasse forestière adaptée à la fabrication de produits dérivés du bois présentant un potentiel de circularité à long terme et le développement de stratégies visant la prévention d’une utilisation de certains matériaux ou de ressources naturelles. L’existence d’inefficacités attendues dans l’un de ces domaines n’entraîne pas nécessairement la survenance d’inefficacités dans l’autre. Le lien qu’établissent les requérantes entre la promotion de l’utilisation de la biomasse forestière et les éventuelles inefficacités dans la réduction de la consommation ou la réutilisation de certaines matières premières ne s’impose nullement.

167

En tout état de cause, il n’apparaît pas clairement sur quels éléments économiques ou scientifiques les requérantes fondent la thèse selon laquelle le maintien de l’approvisionnement en biomasse forestière – c’est-à‑dire son utilisation en tant que matière renouvelable – pourrait avoir pour effet de maintenir le prix de certaines matières premières à un niveau bas par rapport aux coûts qu’entraînent les solutions visant la réduction de la consommation ou la réutilisation d’autres matières primaires.

168

Certes, afin de remettre en cause le bien‑fondé de l’approche visant à maintenir l’utilisation de la biomasse primaire en vue de remplacer d’autres matériaux à forte teneur en carbone, telle qu’invoquée par la Commission dans la décision attaquée, les requérantes ont indiqué que certaines recherches de la Commission auraient démontré l’effet négatif de la solution de remplacement, envisagée par la Commission, sur le climat. En particulier, les requérantes ont cité un extrait de la communication COM (2021) 572 final de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social et au Comité des régions, intitulée « Une nouvelle stratégie de l’U[nion européenne] pour les forêts pour 2030 », du 16 juillet 2021, qu’elles ont joint à la requête en tant qu’annexe A.44, indiquant que, « [s]elon de récentes études, il est peu probable que, à court et moyen terme, c’est-à-dire d’ici 2050, les avantages supplémentaires potentiels découlant de la récolte des produits du bois et de la substitution des matériaux ne compensent la réduction du puits forestier net associée à l’augmentation du niveau de récolte ».

169

Toutefois, il ne ressort pas de cet extrait que le maintien de l’approvisionnement en biomasse forestière aurait nécessairement pour effet de maintenir le prix de certaines matières premières à un niveau bas par rapport aux coûts qu’entraînent les solutions visant la réduction de la consommation ou la réutilisation de certaines matières primaires. Il n’en ressort pas davantage que l’utilisation de la biomasse primaire facilite le remplacement d’autres matériaux « à forte teneur en carbone ». L’extrait cité dudit document met plutôt en doute l’allégation selon laquelle l’utilisation de la biomasse forestière pourrait, à elle seule, compenser la réduction des puits de carbone forestiers. Le renvoi que font les requérantes à la communication de la Commission, citée au point 168 ci-dessus, n’invalide donc pas la réponse de la Commission visant le maintien de l’approvisionnement en biomasse forestière comme étant une solution de remplacement permettant d’éviter l’utilisation des matériaux à forte teneur en carbone.

170

À supposer même que le maintien de la biomasse forestière adaptée à la fabrication de produits dérivés du bois présentant un potentiel de circularité à long terme, tel qu’envisagé au point 4 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, soit effectivement susceptible d’engendrer des inefficacités dans le développement des solutions visant à réduire la consommation ou la réutilisation de certaines matières premières, comme l’affirment les requérantes, force est de constater qu’une telle circonstance n’est pas suffisante pour constater une violation de l’article 17, paragraphe 1, sous d), i), du règlement sur la taxonomie.

171

En effet, encore faudrait‑il démontrer l’existence d’une inefficacité « significative », ainsi qu’il ressort de l’article 17, paragraphe 1, sous d), i), du règlement sur la taxonomie. Or, faute d’éléments avancés en ce sens par les requérantes, il ne saurait être considéré que le maintien de l’approvisionnement en biomasse primaire en tant que solution de remplacement permettant d’éviter l’utilisation des matériaux à forte teneur en carbone s’analyse comme une inefficacité pouvant être qualifiée de « significative ». En d’autres termes, il n’a pas été établi que, comme le suggèrent les requérantes, l’augmentation de la recyclabilité d’une matière renouvelable comme la biomasse forestière entraîne nécessairement une inefficacité importante dans l’utilisation des matériaux ou des ressources naturelles, et encore moins dans l’utilisation des matériaux à forte teneur en carbone.

172

En second lieu, les requérantes contestent la réponse de la Commission selon laquelle l’analyse des bénéfices pour le climat « suppose que la capacité de stockage du carbone des produits ligneux ne doit pas être dégradée en veillant à ce que le bois en question provienne de bois de haute qualité qui stocke le carbone aussi longtemps que possible et qui se substitue aux sources de matériaux et d’énergie à forte intensité de carbone ». L’analyse des bénéfices pour le climat ne pourrait être utilisée pour démontrer qu’une activité forestière maintient l’approvisionnement en biomasse primaire d’un type adapté à l’utilisation dans l’économie circulaire, puisque ladite analyse ne porterait pas sur les produits dérivés du bois, mais uniquement sur le niveau des stocks et des puits de carbone dans la forêt (voir point 159 ci‑dessus).

173

Ces arguments sont dénués de tout fondement.

174

Il est, certes, exact que l’article 17, paragraphe 1, sous d), i), du règlement sur la taxonomie exige qu’une activité économique n’entraîne pas une inefficacité significative dans l’utilisation des matières ou dans l’utilisation directe ou indirecte des ressources naturelles, lors d’une ou de plusieurs étapes du cycle de vie des produits, notamment en termes de durabilité, de réparabilité, d’évolutivité, de réutilisabilité ou de recyclabilité des produits. Les produits dérivés du bois dont il est question dans l’argumentation des requérantes font partie des catégories de produits visés audit article 17, paragraphe 1, sous d), i). Il est également vrai que l’analyse des bénéfices pour le climat a une incidence sur les stocks et les puits de carbone dans la forêt, ainsi qu’il résulte du point 2.1 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué, lu conjointement avec l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II.

175

Toutefois, il ne saurait être déduit de ces éléments que la référence à l’analyse des bénéfices pour le climat, contenue dans la décision attaquée, est insuffisante et, de ce fait, sans pertinence pour les produits dérivés du bois, comme l’affirment les requérantes.

176

Ainsi que l’a relevé, en substance, la Commission au point 4 de l’annexe III de la décision attaquée, ladite analyse des bénéfices pour le climat est censée garantir que la mesure en cause apporte une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique en garantissant ou renforçant sur le long terme la conservation des stocks et des puits de carbone. L’analyse des bénéfices pour le climat répond à la stratégie communément connue sous le nom de « principe de l’utilisation en cascade » du bois. Selon cette stratégie, il est impératif d’utiliser des matières premières telles que le bois ou d’autres biomasses, par étapes chronologiquement séquentielles aussi longtemps, souvent et efficacement que possible, et à n’en récupérer l’énergie qu’à la fin du cycle de vie du produit. Ainsi, l’analyse des bénéfices pour le climat visée dans la réponse de la Commission est l’élément qui, avec d’autres paramètres, permet de déclencher le programme d’utilisation de la biomasse forestière en cascade, commençant avec le traitement de la biomasse dans la forêt et finissant au stade des produits dérivés du bois. En d’autres termes, l’analyse des bénéfices pour le climat a un effet, à tout le moins indirect, sur le sort à réserver aux produits dérivés du bois.

177

Au vu de tout ce qui précède, le quatrième moyen doit être rejeté.

Sur le cinquième moyen, tiré de l’existence d’erreurs de droit concernant la réponse de la Commission à la critique des requérantes relative aux critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » dans le cadre de l’atténuation du changement climatique

178

Selon les requérantes, ne satisfont pas aux exigences de l’article 17, paragraphe 1, sous a), ni à celles de l’article 19, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie les appréciations formulées au point 2.5 (pages 74 et 75) de l’annexe III de la décision attaquée en réponse aux préoccupations exprimées dans la demande de réexamen interne quant aux critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » en vue de l’atténuation du changement climatique, énoncés au point 1.3 du tableau de ces critères figurant au point 1.3, intitulé « Gestion des forêts », de l’annexe II du règlement délégué.

179

En premier lieu, au point 2.5 (pages 74 et 75) de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission aurait soutenu que les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à l’atténuation du changement climatique en cause seraient compatibles avec l’article 19, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie, puisqu’ils établiraient une obligation, pour les opérateurs, de disposer d’un plan de gestion des forêts. Ce plan appliquerait les critères de durabilité forestière à toutes les opérations de gestion forestière, tels qu’énoncés à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II et dans le règlement sur les orientations opérationnelles. De plus, dans un souci de justifier lesdits critères d’examen technique, la Commission aurait renvoyé aux exigences de l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II à propos des systèmes de gestion, qui auraient pour but de « garantir ou [de] renforcer sur le long terme la conservation des stocks et des puits de carbone ». Enfin, la Commission aurait décrit le respect de l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II et l’existence d’un plan de gestion des forêts, comme étant la « pierre angulaire de [son] approche ».

180

Selon les requérantes, les explications de la Commission figurant au point 179 sont erronées.

181

D’une part, les arguments de la Commission se rapportant aux exigences de l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II (point 74 du mémoire en défense) seraient erronés. En effet, ledit article 29, paragraphe 6, garantirait uniquement la « régénération effective de la forêt dans les zones de récolte » [article 29, paragraphe 6, sous a), ii), de la directive RED II] et que « l’exploitation maintien[ne] ou améliore la capacité de production à long terme de la forêt » [article 29, paragraphe 6, sous a), v), de la directive RED II]. Ces exigences ne se prononceraient pas sur le maintien des stocks et des puits forestiers. Ainsi, même une zone de coupe à blanc pourrait être décrite comme capable de se régénérer. Il serait concevable que les capacités de production « à long terme » d’une zone de coupe à blanc soient maintenues si les arbres repoussent à un moment donné. Toutefois, la Commission n’aurait pas donné de justification convaincante quant à l’absence de précision concernant le délai de récupération du carbone perdu à la suite de la coupe à blanc. De même, le règlement sur les orientations opérationnelles, sur lequel se fonde la Commission dans son mémoire en défense, ne présenterait aucune utilité dans ce contexte, étant donné qu’il ne pourrait pas imposer d’exigences plus strictes que la législation primaire.

182

D’autre part, le fait de se fonder, dans la décision attaquée, sur l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II, qui se réfère à la nécessité de « garantir ou de renforcer sur le long terme la conservation des stocks et des puits de carbone », serait constitutif d’une erreur de droit, étant donné que les critères d’examen technique en question ne contiennent pas d’exigence pour les opérateurs de satisfaire aux critères prévus dans cette disposition, mais feraient uniquement référence à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II et à l’acte d’exécution adopté sur la base de l’article 29, paragraphe 8, de cette directive. Compte tenu du fait que, selon la Commission, les critères UTCATF font partie de la « pierre angulaire de [son] approche », mais que les critères d’examen technique ne mentionnent aucunement l’article 29, paragraphe 7, de ladite directive, il y aurait lieu de constater que lesdits critères se fondent exclusivement sur l’existence d’un plan de gestion des forêts. Ceci signifierait que l’un des deux éléments formant ladite « pierre angulaire » est inexistant et démontrerait finalement que les critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » à l’atténuation du changement climatique ne suffisent pas, à eux seuls, pour atteindre l’objectif fixé par l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie. Qui plus est, la Commission semble supposer que tous les exploitants forestiers respecteront les critères de l’article 29, paragraphe 7, de la directive RED II, même si les critères d’examen technique ne l’exigent pas et ne s’appliquent pas à tous les opérateurs. En n’imposant pas de manière expresse aux opérateurs économiques de respecter les critères de durabilité prévus à l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II et en laissant auxdits opérateurs la latitude d’apprécier s’ils souhaitent se conformer à cette disposition – ce qui pourrait, en effet, intervenir s’ils souhaitent bénéficier des avantages décrits à l’article 29, paragraphe 1, de la directive RED II – la Commission aurait commis une erreur de droit dans son interprétation tant de l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie que de l’article 19, paragraphe 1, sous b), de ce règlement.

183

En second lieu, la Commission aurait répondu aux préoccupations des requérantes en renvoyant au point 1.4 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 de l’annexe II du règlement délégué, en particulier à l’exigence selon laquelle l’activité « n’implique pas la dégradation de terres présentant un important stock de carbone ». Toutefois, comme l’indiquerait la note en bas de page dudit point 1.4, la directive RED II définirait les « terres présentant un important stock de carbone » comme correspondant à certaines catégories spécifiques de terres. Or, dans ce contexte, le terme de « dégradation » désignerait le déclassement global de terres d’une catégorie à une autre. Il s’ensuivrait que l’exigence visée audit point 1.4 ne s’applique pas à toutes les terres faisant l’objet d’opérations forestières et ne couvre pas les activités générant d’importantes émissions de gaz à effet de serre sans pour autant entraîner un tel déclassement. En se fondant sur ledit point 1.4, la Commission aurait donc manqué aux exigences de l’article 19, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie.

184

La Commission conteste ces arguments.

185

Les arguments mentionnés aux points 179 à 183 ci‑dessus, par lesquels les requérantes invoquent une violation de l’article 17, paragraphe 1, sous a), et de l’article 19, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie doivent être rejetés.

186

En effet, en premier lieu, aucun des arguments avancés par les requérantes et mettant en cause la décision attaquée dans la mesure où la Commission y a mis en avant une obligation, pour les opérateurs, de disposer d’un plan de gestion des forêts (voir points 179 à 182 ci‑dessus) ne saurait convaincre.

187

D’une part, les requérantes font valoir, en substance, que la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit en ce que, contrairement à l’article 17, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie, la Commission s’y réfère à des critères d’examen technique liés à l’existence d’un plan de gestion des forêts, y compris par un renvoi à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II, qui ne seraient pas aptes à assurer le « maintien des stocks et des puits forestiers »« au moins à leurs niveaux actuels » (voir point 181 ci-dessus).

188

Tout d’abord, la thèse des requérantes, selon laquelle l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie requiert que soit assuré le maintien des stocks et des puits forestiers au moins à leurs niveaux actuels semble tirer son origine de l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, qui vise toutefois l’élaboration des critères liés à la contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique. Or, parmi les conditions de l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie ne figure pas celle du maintien des « puits de carbone » dans la forêt « au moins à leurs niveaux actuels ». Cette disposition ne requiert pas expressément la création de critères d’examen technique visant le maintien « à tout le moins au niveau actuel » des puits de carbone forestiers. Au contraire, ladite disposition exige, en substance, qu’une activité économique ne cause pas un « préjudice important » à l’atténuation du changement climatique, ce qui serait le cas notamment « lorsque cette activité génère des émissions importantes de gaz à effet de serre ». Cette même disposition ne fait pas doublon avec les conditions figurant à l’article 10, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. En effet, la raison d’être de l’article 17 du règlement sur la taxonomie est tout autre. Ainsi qu’il ressort, en particulier, du considérant 34 de ce règlement, le « but [des dispositions du règlement liées à l’absence de préjudice important causé aux objectifs environnementaux énoncés dans le règlement, à savoir les critères du principe consistant à “ne pas causer de préjudice important”, figurant audit article 17] est d’éviter que des investissements ne soient considérés comme durables sur le plan environnemental dans les cas où les activités économiques qui en bénéficient causent à l’environnement un préjudice qui dépasse leur contribution à un objectif environnemental », cet objectif environnemental pouvant être celui lié à l’atténuation du changement climatique ou un autre, ainsi qu’il résulte de l’article 3, sous b), du règlement sur la taxonomie. Il ne saurait être exigé qu’une activité économique relevant de la foresterie doive permettre d’éviter un préjudice à l’environnement qui dépasse sa contribution à l’un des objectifs environnementaux.

189

S’agissant de l’hypothèse, avancée par les requérantes, d’une activité économique susceptible de compromettre, voire de détruire, les puits de carbone, il convient de relever que ce scénario est déjà réglé par l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie même, à la lumière duquel il convient d’interpréter et d’appliquer les critères d’examen technique en cause. En effet, si la suppression des puits de carbone existants dans la forêt ne saurait être assimilée, en elle-même, à la génération d’émissions importantes de gaz à effet de serre, il n’en reste pas moins que la destruction de puits de carbone réduira la capacité de la forêt à stocker du CO2, qui est lui-même un gaz à effet de serre. En d’autres termes, une activité économique qui porte atteinte de façon importante aux puits de carbone existant dans la forêt cause indirectement, mais nécessairement, un préjudice important à l’objectif d’atténuation du changement climatique au sens de l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie. Lorsque les requérantes insistent, au stade du présent recours, sur le fait que la Commission n’aurait pas donné de réponse apte à remédier à l’absence de mention expresse, dans les critères d’examen technique en cause ou encore à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II, du maintien des puits de carbone « au moins à leurs niveaux actuels », elles invoquent des éléments qui sont déjà réglementés par l’article 17 du règlement sur la taxonomie.

190

Il s’ensuit que les critères d’examen technique en question ne devaient pas contenir une mention précise quant au besoin d’éviter la destruction des puits de carbone forestiers comme s’agissant d’une exigence découlant de l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie.

191

Ensuite, est dépourvu de fondement l’argument visant à démontrer le caractère inadéquat de la référence, faite dans la décision attaquée, à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II, puisque la Commission n’aurait pas donnée de justification convaincante quant à l’absence de précision s’agissant du « délai de récupération du carbone perdu » à la suite d’une coupe à blanc, qui serait, toutefois, compatible avec ledit article 29, paragraphe 6.

192

En effet, ni l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie ni l’article 19, paragraphe 1, sous b), de ce règlement ne requièrent un niveau de détail au point d’englober la fixation de « délai[s] de récupération du carbone perdu » à la suite d’une coupe à blanc. Le scénario de la coupe à blanc, tel que l’entendent les requérantes, c’est‑à‑dire la variante d’événements désastreux susceptibles de compromettre (le maintien) des puits forestiers de carbone, est à l’opposé de ce qui pourrait constituer une « régénération effective de la forêt dans les zones de récolte », visée à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II. Ce dernier scénario est également incompatible avec l’obligation de maintenir ou d’améliorer la capacité de production à long terme de la forêt, dont il est question à l’article 29, paragraphe 6, de ladite directive. Par conséquent, le scénario de la coupe à blanc, invoqué par les requérantes, ne modifie donc en rien le caractère adéquat de la référence faite par la Commission, dans la décision attaquée, à l’application de l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II. En application directe de cette disposition, la coupe à blanc, telle que l’entendent les requérantes dans le cadre du présent moyen, n’est pas une activité économique susceptible d’être considérée comme étant « durable sur le plan environnemental ».

193

Enfin, est inopérant l’argument selon lequel le règlement sur les orientations opérationnelles ne présenterait aucune utilité dans ce contexte, étant donné que cet acte ne pouvait pas imposer d’exigences plus strictes que la législation « primaire ». En effet, force est de constater que l’utilité de ce règlement dans le contexte de l’élaboration des critères d’examen technique en cause ne saurait être valablement remise en cause par le simple fait que ledit règlement n’impose pas d’exigences plus strictes que celles contenues dans d’autres actes du droit primaire ou secondaire de l’Union.

194

D’autre part, si, comme l’admet la Commission elle-même (point 73 du mémoire en défense), elle s’est erronément référée, dans la décision attaquée, à l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II, en ce qui concerne le critère du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important », alors que le règlement délégué fait référence à cette disposition dans le cadre de l’analyse des bénéfices pour le climat, et non dans le cadre dudit critère (voir point 182 ci-dessus), ladite erreur n’a pas d’impact sur la légalité de la décision attaquée.

195

Il ressort en effet de la décision attaquée que la réponse de la Commission aux critiques des requérantes ne repose pas, à titre principal, sur l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II, mais sur l’obligation de disposer d’un plan de gestion des forêts ou d’un instrument équivalent, conformément à l’article 29, paragraphe 6, de la même directive et au règlement sur les orientations opérationnelles. Or, il ressort des points 187 à 193 ci-dessus que les arguments avancés par les requérantes contre les critères d’examen technique liés à l’existence d’un plan de gestion des forêts, y compris par un renvoi à l’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II, ont été rejetés.

196

Ainsi, cette mention erronée de l’article 29, paragraphe 7, sous b), de la directive RED II dans la décision attaquée ne saurait entraîner l’annulation de celle-ci.

197

En second lieu, ne saurait prospérer l’argument des requérantes selon lequel, en substance, était insuffisante la déclaration de la Commission, contenue dans la décision attaquée, exigeant que l’activité « n’implique pas la dégradation de terres présentant un important stock de carbone », tel que cela est prévu au point 1.4 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 de l’annexe II du règlement délégué (voir point 183 ci‑dessus).

198

En effet, si la Commission a renvoyé au point 1.4 mentionné au point 197 ci-dessus, cette déclaration n’avait pas de portée autonome dans le cadre de la réponse donnée aux critiques exprimées, dans la demande de réexamen interne, quant au caractère prétendument illégal des critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » en vue de l’atténuation du changement climatique. Il s’agit d’une déclaration accessoire à l’argumentaire principal exposé au point 2.5 (pages 74 et 75) de l’annexe III de la décision attaquée, lequel est lié à l’obligation, pour les opérateurs économiques, de disposer d’un plan de gestion des forêts. Que cette déclaration accessoire soit fondée ou non, elle ne change donc en rien les appréciations de la Commission quant à l’obligation, pour les opérateurs désireux de démontrer que leur activité économique est durable sur le plan environnemental, de disposer d’un plan de gestion des forêts, de sorte que l’argumentation des requérantes est inopérante.

199

En tout état de cause, cet argument est non fondé. En effet, les requérantes ont, certes, raison de considérer que la disposition relative à la non‑dégradation prévue au point 1.4 des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » fait uniquement référence aux « terres » définies plus en détail à l’article 29, paragraphe 4, de la directive RED II. Il est également vrai que cette dernière disposition définit les « terres présentant un important stock de carbone » comme étant des catégories spécifiques de terres. De même, lu à la lumière de l’article 29, paragraphe 4, de la directive RED II, le terme « dégradation », visé au point 1.4 des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important », désigne la perte du statut de « terres présentant un important stock de carbone », ce qui équivaut à un déclassement global de terres d’une catégorie à une autre.

200

Toutefois, n’est pas suffisant pour démontrer une erreur de droit entachant la décision attaquée le fait, déploré par les requérantes, que l’exigence visée au point 1.4 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 de l’annexe II du règlement délégué, d’une part, ne s’applique pas à toutes les terres faisant l’objet d’opérations forestières et, d’autre part, ne couvre pas une activité qui génère d’importantes émissions de [gaz à effet de serre] sans pour autant entraîner un tel déclassement (voir point 183 ci‑dessus).

201

À cet égard, il convient de rappeler que, selon l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie, une activité économique est considérée comme causant un préjudice important à l’atténuation du changement climatique « lorsque cette activité génère des émissions importantes de gaz à effet de serre ».

202

Or, dans leur argumentation mentionnée au point 183 ci‑dessus, les requérantes ont omis d’indiquer avec précision le type d’activités économiques qui pourrait poser problème sous l’angle de l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie, c’est‑à‑dire qui serait susceptible de « gén[érer] d’importantes émissions de gaz à effet de serre sans pour autant entraîner un […] déclassement » des terres et qui n’est pas proscrit par l’article 29, paragraphe 4, de la directive RED II.

203

Une telle indication aurait été nécessaire, dès lors que les zones problématiques définies à l’article 29, paragraphe 4, de la directive RED II couvrent une partie très importante des zones sensibles de forêts, c’est‑à‑dire des « terres présentant un important stock de carbone ». Cette partie des forêts est donc déjà protégée par cette disposition. À cet égard, il convient de rappeler que les zones définies à l’article 29, paragraphe 4, de la directive RED II couvrent non seulement des zones humides, mais aussi des zones forestières continues [article 29, paragraphe 4, sous b), de la directive RED II] et d’autres étendues supérieures à un hectare caractérisées par un peuplement d’arbres d’une hauteur supérieure à cinq mètres [article 29, paragraphe 4, sous c), de la directive RED II]. Selon les éléments du dossier, il n’apparaît pas évident d’identifier quelle activité économique pourrait échapper à la définition du déclassement des « terres présentant un important stock de carbone » visée au point 1.3 de l’annexe II du règlement délégué, lu conjointement avec l’article 29, paragraphe 4, de la directive RED II, mais engendrer néanmoins des émissions de gaz à effet de serre dans une mesure qui justifierait de qualifier cette activité économique comme déclenchant des émissions « importantes » et portant un « préjudice important » au sens de l’article 17, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie.

204

Dans la mesure où les requérantes n’indiquent pas clairement quelle activité économique, développée dans une zone autre que celles dont le déclassement est visé à l’article 29, paragraphe 4, de la directive RED II, génère d’importantes émissions de gaz à effet de serre et est donc effectivement susceptible de poser problème sous l’angle des conditions prévues à l’article 17, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie, leur argument ne prive pas de plausibilité l’approche de la Commission consistant à se focaliser sur le seul déclassement des terres d’une catégorie à l’autre, tel que cela est envisagé à l’article 29, paragraphe 4, de la directive RED II. Dès lors, l’argument des requérantes mentionné au point 183 ci‑dessus ne prive pas de plausibilité le bien‑fondé du renvoi qu’a fait la Commission dans la décision attaquée au point 1.4 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 de l’annexe II du règlement délégué.

205

Enfin, les arguments mentionnés aux points 180 à 183 ci‑dessus ne sont pas davantage de nature à démontrer une violation de l’article 19, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie, dès lors que, en particulier, les requérantes n’ont pas indiqué le lien qui existerait entre ces arguments et les conditions matérielles précises de cette disposition. Elles n’ont pas explicité l’impact et la portée de leurs griefs par rapport aux conditions de l’article 19, paragraphe 1, sous b), du règlement sur la taxonomie, en étayant leurs arguments avec des éléments de preuve pertinents.

206

Compte tenu de ce qui précède, le cinquième moyen doit être rejeté.

Sur le sixième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation entachant la réponse de la Commission à la critique des requérantes à l’égard des critères permettant de déterminer si une activité ne cause pas un préjudice important à la protection et à la restauration de la biodiversité et des écosystèmes

207

Selon les requérantes, viole l’article 17, paragraphe 1, sous f), et l’article 19, paragraphe 1, sous a) à c), du règlement sur la taxonomie la réponse donnée par la Commission au point 2.6 (page 76) de l’annexe III de la décision attaquée aux questions soulevées aux points 201 à 227 de la demande de réexamen interne quant aux critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à la protection et à la restauration de la biodiversité et des écosystèmes, énoncés au point 6 du tableau figurant au point 1.3 de l’annexe I du règlement délégué ainsi qu’au point 6 du tableau figurant au point 1.3, intitulé « Gestion des forêts », de l’annexe II du règlement délégué. Cette réponse serait entachée d’une erreur de droit ainsi que d’une erreur manifeste d’appréciation, et il en ressortirait que la Commission a excédé sa compétence en adoptant le règlement délégué.

208

La décision attaquée présenterait des « lacunes de motivation ». La Commission n’aurait pas répondu de manière adéquate aux critiques figurant dans la demande de réexamen quant au point 2.6. (page 76) de l’annexe III de la décision attaquée. Cette institution se serait contentée de rappeler, dans la décision attaquée, les dispositions des critères d’examen technique qui, selon elle, répondaient aux critiques concernant les quatre domaines spécifiques problématiques identifiés par les requérantes.

209

Dans la mesure où la Commission aurait répondu dans la décision attaquée aux critiques soulevées, elle aurait méconnu que les critères d’examen technique se contentaient d’exiger la simple fourniture d’informations de la part des opérateurs, sans exiger de résultat tangible. De tels critères d’examen technique ne sauraient être considérés comme constituant des « exigences minimales » pour éviter le préjudice dont il est question à l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. Lesdits critères d’examen technique seraient donc contraires à l’article 19, paragraphe 1, sous b), de ce même règlement.

210

Certes, le point 6 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué exigerait un résultat tangible, à savoir l’obligation d’éviter la conversion d’habitats spécifiquement sensibles à la perte de biodiversité ou dont la valeur de conservation est élevée. Toutefois, dans ce contexte, la notion de « conversion » ferait référence au déclassement global d’un statut à un statut inférieur. Bien que ce critère puisse empêcher un changement catastrophique de ce type, il ne permettrait pas d’éviter que d’autres activités, bien que moins dommageables, causent un préjudice important au bon état et à la résilience des écosystèmes. Lorsque la Commission s’est, dans la décision attaquée, référée audit point 6, elle aurait donc commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d’appréciation.

211

Dans son mémoire en défense, la Commission aurait mis l’accent sur l’exigence que, dans les zones protégées ou désignées, l’activité soit conforme aux objectifs de conservation fixés pour ces domaines. Les requérantes concèdent que cet élément est susceptible, « dans certains cas », de répondre aux exigences de l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. Toutefois, cela ne suffirait pas, étant donné que les objectifs de conservation constitueraient un « standard externe » et que l’exigence en question ne porterait que sur les domaines protégés.

212

Par ailleurs, selon les requérantes, les critères d’examen technique énoncés au point 6 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué ne respectent pas un certain nombre d’exigences spécifiées par l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie. Compte tenu de la grande généralité des informations demandées dans un plan de gestion des forêts, le simple fait d’exiger l’inclusion de ces informations ne constituerait pas un critère identifiant les contributions potentielles les plus pertinentes à l’objectif de biodiversité [article 19, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie], ni un critère précisant les exigences minimales à respecter pour éviter de causer un préjudice important [article 19, paragraphe 1, sous b), dudit règlement], ni même un critère quantitatif précisant des seuils clairs [article 19, paragraphe 1, sous c), du même règlement].

213

Dans la décision attaquée, la Commission se serait contentée « dans la plupart des cas » de renvoyer précisément aux dispositions que les requérantes avaient critiquées. Ainsi, s’agissant des espèces non indigènes, la décision attaquée n’aurait pas répondu aux préoccupations exprimées dans la demande de réexamen interne. La Commission se serait, certes, appuyée sur les dispositions du règlement (UE) no 1143/2014 du Parlement européen et du Conseil, du 22 octobre 2014, relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes (JO 2014, L 317, p. 35). Toutefois, ce règlement ne serait pas mentionné dans les critères d’examen technique. Il ne pourrait donc pas remplir les exigences du règlement sur la taxonomie relatives à l’adoption d’un critère d’examen technique adéquat, concernerait uniquement les « espèces exotiques envahissantes », qu’il définit, et n’inclurait pas tous les types d’espèces non indigènes utilisées en foresterie pouvant néanmoins avoir une incidence négative sur l’objectif de biodiversité. S’agissant des pesticides, l’exigence générale prévoyant l’inclusion d’informations sur la « promotion des pratiques respectueuses de la biodiversité », invoquée par la Commission dans la décision attaquée, n’a, selon les requérantes, pas la précision requise par l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie. S’agissant des pollinisateurs, l’obligation, invoquée par la Commission dans la décision attaquée, d’inclure les informations extrêmement générales mentionnées au point 6, sous a), g) et h), du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué n’aurait pas non plus la précision requise par l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie.

214

Il convient, dès lors, selon les requérantes, de conclure que la Commission a commis, dans la décision, une erreur de droit dans son interprétation des exigences de l’article 17, paragraphe 1, sous f), et de l’article 19, paragraphe 1, sous a), b) et c), du règlement sur la taxonomie ou une erreur manifeste d’appréciation en s’appuyant sur des dispositions manifestement inadéquates pour satisfaire à ces exigences, ou qu’elle a excédé sa compétence en adoptant le règlement délégué.

215

La Commission conteste ces arguments.

216

Par le présent moyen, les requérantes n’ont pas démontré que la réponse de la Commission figurant au point 2.6 (page 76) de l’annexe III de la décision attaquée serait illégale en raison d’une violation de l’article 17, paragraphe 1, sous f), ainsi que de l’article 19, paragraphe 1, sous a) à c), du règlement sur la taxonomie. Tous les arguments invoqués par les requérantes au soutien du sixième moyen doivent être rejetés, pour les motifs suivants.

217

Les requérantes allèguent à tort que la Commission n’a pas répondu au reproche formulé dans la demande de réexamen interne, selon lequel les critères d’examen technique énoncés au point 6 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué n’exigeraient pas qu’un niveau minimum de protection ou de restauration soit effectivement atteint (voir point 209 ci‑dessus). En effet, au point 2.6 (page 76) de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission répond à ce reproche de manière succincte, mais complète. Ladite réponse couvre l’intégralité des critiques soulevées dans la demande de réexamen interne. En particulier, dans cette partie de la décision attaquée, la Commission s’est expressément référée aux espèces non indigènes, pesticides et pollinisateurs invoqués dans la demande de réexamen interne.

218

En outre, le point 2.6 (page 76) de l’annexe III de la décision attaquée est exempt d’erreur de droit ou d’erreur manifeste d’appréciation. Dans cette partie de la décision attaquée, la Commission relève que les requérantes avaient méconnu le fait que les critères en cause du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » incluaient l’obligation qu’« [i]l n’y ait pas de conversion pour les habitats spécifiquement sensibles sur le plan de la perte de diversité biologique ou dont la valeur de conservation est élevée ni pour les zones réservées au rétablissement de ces habitats conformément à la législation nationale ». Il ressort également de la réponse de la Commission que « [l]es forêts primaires et anciennes sont couvertes par la référence aux “habitats spécifiquement sensibles à la perte de biodiversité ou à haute valeur de conservation” ».

219

Au regard de ces considérations de la Commission, les requérantes avancent au stade du présent recours que cette institution aurait omis de tenir compte du fait que les critères d’examen technique n’exigeaient aucun « résultat tangible » pour éviter le préjudice dont il est question à l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, de sorte que lesdits critères d’examen technique seraient contraires à l’article 19, paragraphe 1, sous b), de ce même règlement (voir point 209 ci‑dessus). Or, cette allégation des requérantes doit être rejetée. La réponse de la Commission dans la décision attaquée permet de comprendre que les critères d’examen technique en cause peuvent effectivement aboutir à des résultats tangibles et ne se limitent pas à une obligation d’information.

220

Le deuxième critère visé au point 6 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué prévoit une obligation selon laquelle « [i]l n’y a pas de conversion pour les habitats spécifiquement sensibles sur le plan de la perte de diversité biologique ». Cette obligation, expressément mentionnée dans la décision attaquée, définit un niveau de protection suffisamment « tangible » à atteindre par les États membres.

221

De même, en énonçant que, « [d]ans les zones désignées par l’autorité nationale compétente pour être conservées ou dans les habitats qui sont protégés, l’activité est conforme aux objectifs de conservation pour ces zones », le premier critère établi audit point 6 permet de définir un niveau de protection ou de rétablissement des habitats à atteindre. Cette formulation entraîne un résultat qui est suffisamment « tangible ».

222

En outre, il y a lieu de constater que le renvoi, fait par la Commission au point 2.6 (page 76) de l’annexe III de la décision attaquée, à la condition que la gestion des forêts soit conforme auxdits objectifs de conservation des sites protégés et qu’« [i]l n’y ait pas de conversion pour les habitats spécifiquement sensibles » ne viole pas les termes de l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

223

Au contraire, ledit critère du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important », selon lequel l’activité doit être conforme aux « objectifs de conservation » des zones désignées par l’exigence selon laquelle il n’y a « pas de conversion des habitats », concrétise l’obligation, pour l’opérateur économique désireux de voir son activité économique reconnue comme étant durable sur le plan environnemental, de faire en sorte que ladite activité ne soit pas « préjudiciable à l’état de conservation des habitats et des espèces », au sens de l’article 17, paragraphe 1, sous f), ii), du règlement sur la taxonomie. De même, l’obligation d’inclure des dispositions visant à préserver et, éventuellement, à renforcer la biodiversité, qui doivent être démontrées par les informations détaillées visées au point 1.2, sous i), du tableau intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué, concrétise l’obligation, pour l’opérateur économique désireux de voir son activité économique reconnue comme étant durable, de faire en sorte que ladite activité ne soit pas « fortement préjudiciable au bon état et à la résilience d’écosystèmes », au sens de l’article 17, paragraphe 1, sous f), i), du règlement sur la taxonomie. Enfin, le renvoi de la Commission à ces critères s’analyse également comme une mesure répondant à la notion d’« exigence minimale » au sens de l’article 19, paragraphe 1, sous b), du même règlement.

224

Certes, dans ce contexte, les requérantes avancent que l’exigence selon laquelle, dans les « domaines protégés ou désignés », l’activité doit être conforme aux objectifs de conservation fixés pour ces domaines ne satisfait pas aux exigences de l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, puisque le fait de se fier à des « objectifs de conservation » constituerait un « standard externe » qui ne serait pas aligné sur ledit règlement (voir point 211 ci‑dessus).

225

Toutefois, l’argument avancé au point 224 ci-dessus doit être rejeté. En effet, d’une part, c’est l’« état de conservation des habitats et des espèces », tel qu’établi par le régime de conservation concerné, qui doit être pris comme point de référence au titre de l’article 17, paragraphe 1, sous f), ii), du règlement sur la taxonomie. D’autre part, ainsi que l’a fait valoir la Commission à juste titre, la pertinence de la référence à un tel « standard externe » est corroborée par le considérant 32 du règlement sur la taxonomie, selon lequel le terme « gestion durable des forêts » devrait s’entendre comme tenant compte des « pratiques et de l’utilisation des forêts et des terrains boisés ». En outre, ainsi que l’a relevé la Commission à bon droit, cette exigence va au-delà d’une simple garantie que l’activité n’est pas « préjudiciable au bon état et à la résilience d’écosystèmes ou à l’état de conservation des habitats et des espèces » [article 17, paragraphe 1, sous f), ii), du règlement sur la taxonomie].

226

Selon les requérantes la « conversion » d’un habitat visée dans le contexte dudit point 6 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.2 des annexes I et II du règlement délégué serait équivalente au déclassement global d’un statut à un statut inférieur, ce qui aurait pour effet que d’autres activités, bien que moins dommageables, puissent néanmoins causer un préjudice important au bon état et à la résilience d’écosystèmes (voir point 210 ci‑dessus).

227

Cet argument ne saurait prospérer.

228

D’une part, la prémisse sur laquelle repose cette argumentation apparaît, en tout état de cause, spéculative. À supposer même que la « conversion » à laquelle se réfèrent les requérantes puisse être assimilée à un changement d’une gravité comparable à celle d’un déclassement global de la forêt d’un statut à un statut inférieur, il convient de relever que, à l’instar de ce qui a été observé aux points 199 à 204 ci‑dessus, les requérantes se sont abstenues de préciser de manière concrète les activités économiques effectivement liées à une telle conversion et qui, selon le point 100 de la requête, « bien que moins dommageables [que ladite “conversion”], [pourraient] causer néanmoins un préjudice important au bon état et à la résilience des écosystèmes ». Une telle indication aurait été nécessaire, dès lors que les explications figurant dans la décision attaquée relatives à la conversion des habitats ne permettent pas, à elles seules, de conclure à l’incompatibilité du critère d’examen technique en cause avec l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. À cet égard, l’argument des requérantes est non étayé.

229

D’autre part, les requérantes procèdent à une lecture erronée du terme « conversion », qu’elles mentionnent au point 100 de la requête. La « conversion » en cause ne saurait être assimilée au scénario extrême d’un déclassement de la forêt d’un statut à un statut inférieur. À cet égard, ladite « conversion » est définie plus en détail au point 6, sous f), du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué. Telle qu’elle y est définie, cette notion vise à « exclure la conversion des écosystèmes à forte diversité biologique en écosystèmes à moindre diversité biologique ». Par ailleurs, il ne saurait, sur le seul fondement des écritures des requérantes, être déduit que cette définition est, en elle‑même, contraire à l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

230

Dans ce même contexte, les requérantes avancent que resterait en deçà des exigences de l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie l’exigence selon laquelle, dans les « domaines protégés ou désignés », l’activité doit être conforme aux objectifs de conservation fixés pour ces domaines, dès lors que cette exigence porterait uniquement sur les domaines protégés (voir point 211 ci‑dessus).

231

Cet argument ne saurait prospérer. En effet, à l’exception du premier des critères prévus au point 6 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué, tous les autres critères s’appliquent également aux sites situés en dehors des zones protégées, établissant ainsi des exigences suffisantes pour éviter un préjudice important. Tel est le cas du critère lié à l’absence de conversion figurant aux deuxième et troisième alinéas dudit point 6.

232

Par ailleurs, aucun des arguments figurant au point 213 ci‑dessus ne parvient à remettre en cause le bien‑fondé des appréciations retenues par la Commission au point 2.6 (page 76) de l’annexe III de la décision attaquée.

233

S’agissant des espèces non indigènes, il y a lieu de relever ce qui suit.

234

La Commission était en droit de s’appuyer, dans sa réponse, sur les dispositions du règlement no 1143/2014, même si ce règlement n’est pas mentionné, en tant que tel, dans les critères d’examen technique en cause. Il n’y a pas lieu d’examiner l’incidence de l’absence de mention de ce règlement dans les critères d’examen technique sur l’appréciation par la Commission desdits critères au point 2.6, sous b), de l’annexe III de la décision attaquée. En effet, dans le cadre d’un recours contre une décision rejetant comme non fondée une demande de réexamen interne, seuls les moyens tendant à démontrer des erreurs de droit ou d’appréciation entachant d’illégalité cette décision, et non ceux visant l’acte administratif dont le réexamen interne avait été demandé, sont recevables (arrêt du 6 octobre 2021, ClientEarth/Commission, C‑458/19 P, EU:C:2021:802, point 49). Par suite, le Tribunal ne saurait examiner la légalité de ces critères, mais uniquement celle de la décision attaquée. Force est donc de constater que les arguments invoqués contre cette partie de la décision attaquée doivent être rejetés. L’affirmation selon laquelle le règlement no 1143/2014 ne concerne que les « espèces exotiques envahissantes », qu’il définit, et n’inclut pas « tous les types d’espèces non indigènes utilisées en foresterie pouvant néanmoins avoir une incidence négative sur l’objectif de biodiversité » procède d’une méconnaissance des notions et des paramètres du règlement no 1143/2014. En vertu de l’article 4, paragraphe 1, dudit règlement, la Commission est habilitée à élaborer, par voie d’actes d’exécution, une liste des « espèces exotiques envahissantes » préoccupantes pour l’Union. La dernière version de la liste est matérialisée dans le règlement d’exécution (UE) 2022/1203 de la Commission, du 12 juillet 2022, modifiant le règlement d’exécution (UE) 2016/1141 pour mettre à jour la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union (JO 2022, L 186, p. 10). Cette liste est régulièrement mise à jour et réexaminée au minimum tous les six ans, ainsi qu’il résulte de l’article 4, paragraphe 2, du règlement no 1143/2014.

235

Or, d’une part, l’application de la notion d’« espèce exotique envahissante » dépend, en pratique, d’évaluations scientifiques complexes. Contrairement à ce que semblent suggérer les requérantes, toute espèce exotique qui arrive dans l’Union ou toute espèce provenant d’une région de l’Union et créant des problèmes dans une autre région de l’Union n’est pas « envahissante » au sens de la notion d’« espèces exotiques envahissantes » visée par le règlement no 1143/2014 et ne fait donc pas nécessairement l’objet d’une inscription sur la liste de l’Union. Ainsi, tant qu’une évaluation scientifique appropriée n’a pas été réalisée, il est impossible de déterminer avec certitude s’il s’agit d’une espèce exotique envahissante. Le contexte juridique pertinent pour déterminer ce type d’espèce est, en l’occurrence, celui établi par le règlement no 1143/2014, et non la décision attaquée.

236

D’autre part, il n’est aucunement exclu que, au fil du temps, la Commission puisse être amenée à ajouter à la liste de l’Union les « espèces exotiques envahissantes ». Dans un tel cas, l’absence de précision de la décision attaquée quant aux « types d’espèces non indigènes utilisées en foresterie pouvant néanmoins avoir une incidence négative sur l’objectif de biodiversité » – que déplorent les requérantes – pourrait être résolue par une adaptation de la liste de l’Union dans le cadre des procédures visées par le règlement no 1143/2014.

237

Compte tenu de ces éléments, le renvoi fait par la Commission dans la décision attaquée à la liste de l’Union constitue une explication claire, suffisante et correcte. Dans le cadre des critères d’examen technique, la Commission n’était pas tenue de faire une référence expresse à la liste de l’Union, dès lors que les dispositions du règlement no 1143/2014 sont d’application directe et immédiate, sans qu’une référence expresse à ce règlement soit nécessaire et sans que les critères d’examen technique pertinents puissent modifier les effets de ce règlement.

238

S’agissant des pesticides, les requérantes soutiennent que l’exigence générale de présenter des informations sur « la promotion des pratiques respectueuses de la biodiversité », invoquée par la Commission dans la décision attaquée, n’a pas la précision requise par « l’article 19, paragraphe 1, » du règlement sur la taxonomie (voir point 213 ci‑dessus). À cet égard, il convient de rappeler que la Commission a, au point 2.6 (page 76) de l’annexe III de la décision attaquée, répondu ce qui suit :

« [L]’utilisation excessive de pesticides ne serait pas compatible avec le point 6, sous e), des critères [du principe consistant à “ne pas causer de préjudice important”] visés [au point] 1.3 de l’annexe I du règlement délégué concernant “la promotion de pratiques respectueuses de la biodiversité qui améliorent les processus naturels des forêts”. »

239

Ce que la Commission a entendu exprimer par ces termes, et que les requérantes qualifient d’« explication générale », est que l’utilisation excessive de pesticides, telle que mentionnée dans la demande de réexamen interne, constitue un scénario d’une gravité telle qu’il se situe à l’opposé de ce qui ressort du point 6, sous e), du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué.

240

Or, cela s’avère constituer une réponse suffisante, non entachée d’illégalité, dès lors que, dans le passage cité au point 238 ci‑dessus, la Commission rappelle que, en vertu du point 6, sous e), du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué, une activité économique permettant d’utiliser excessivement de pesticides ne saurait être considérée comme étant « durable sur le plan environnemental », au sens des articles 1er et 3 du règlement sur la taxonomie. En d’autres termes, la difficulté soulevée par les requérantes au regard du critère général prévoyant l’inclusion d’informations sur « la promotion des pratiques respectueuses de la biodiversité » est déjà réglée par le règlement délégué, lu conjointement avec le règlement sur la taxonomie.

241

Enfin, s’agissant des pollinisateurs, la Commission a retenu, au point 2.6 (page 76) de l’annexe III de la décision attaquée, ce qui suit :

« Quatrièmement, les pollinisateurs sont inclus dans le point 6, sous a), g) [et] h) des critères [du principe consistant à “ne pas causer de préjudice important”] visés [au point] 1.3 de l’annexe I du règlement délégué. »

242

Selon les requérantes, l’obligation – invoquée par la Commission dans la décision attaquée – d’inclure les informations mentionnées au point 6, sous a), g) et h), du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant au point 1.3 des annexes I et II du règlement délégué serait loin d’atteindre la précision requise par l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie (voir point 213 ci‑dessus).

243

Cet argument n’est aucunement étayé, les requérantes n’indiquant pas quelle disposition de l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie serait prétendument en contradiction avec la décision attaquée.

244

Compte tenu de ce qui précède, le sixième moyen doit être rejeté.

Sur le septième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation commises par la Commission en concluant, dans la décision attaquée, que les critères d’examen technique d’atténuation relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies sont adéquats pour déterminer si une activité apporte une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique

245

Par leur septième moyen, les requérantes font, en substance, valoir que sont entachées d’erreurs toute une série d’appréciations figurant au point 3.2.1 de l’annexe III de la décision attaquée et visant les préoccupations exprimées dans la demande de réexamen interne quant au caractère prétendument insuffisant des critères d’examen technique portant sur l’atténuation du changement climatique pour les activités forestières liées aux bioénergies.

246

Le septième moyen se subdivise en deux branches.

Sur la première branche du septième moyen, tirée d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation en ce que la Commission a considéré que les critères de « réduction des émissions de gaz à effet de serre » étaient adéquats pour garantir que les activités forestières liées aux bioénergies contribuent à l’atténuation du changement climatique

247

La Commission a indiqué, au point 3.2.1, sous b), de l’annexe III (page 81) de la décision attaquée, ce qui suit :

« Les règles concernant les activités liées à la bioénergie, telles que définies dans le règlement délégué, doivent s’appliquer en conjonction avec les autres textes législatifs applicables de l’Union. Les émissions biogéniques sont en effet comptabilisées par les États membres dans le cadre global constitué par les obligations relatives à leurs inventaires nationaux au titre du [règlement (UE) 2018/841] et leurs engagements pour 2030, tandis que les émissions de la chaîne d’approvisionnement qui se produisent dans l’Union (culture, transport, etc.) sont comptabilisées dans le cadre d[u système d’échange de quotas d’émission] de l’Union et des secteurs [relevant du règlement sur] la répartition de l’effort. Les émissions de la bioénergie sont par conséquent intégralement prises en compte.

Les critères de réduction des émissions de [gaz à effet de serre] énoncés à l’article 29, paragraphe 10, de la [directive] RED II excluent les filières bioénergétiques dont la chaîne d’approvisionnement est associée à de fortes émissions de [gaz à effet de serre] d’origine fossile (par exemple de longs transports, de fortes émissions de combustibles fossiles lors de la récolte ou de la transformation, etc.). Le seuil de 80 % favorise donc l’efficacité tout au long de la chaîne d’approvisionnement en bioénergie […] »

248

Or, en premier lieu, serait entaché d’une erreur de droit l’argument de la Commission selon lequel la comptabilisation des émissions biogéniques de la bioénergie forestière dans le cadre du règlement (UE) 2018/841 du Parlement européen et du Conseil, du 30 mai 2018, relatif à la prise en compte des émissions et des absorptions de gaz à effet de serre résultant de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie dans le cadre d’action en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030, et modifiant le règlement (UE) no 525/2013 et la décision (UE) no 529/2013 (JO 2018, L 156, p. 1, ci-après le « règlement UTCATF »), compense l’absence de prise en compte des critères de réduction des émissions de gaz à effet de serre, puisqu’il violerait l’article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie. En effet, la Commission ne serait pas en droit de se référer à d’autres dispositions non précisées dans la directive RED II ni dans le règlement délégué – en l’espèce, le règlement UTCATF – pour satisfaire aux exigences prévues audit article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie.

249

En second lieu, l’argument de la Commission serait constitutif d’une erreur manifeste d’appréciation. Son approche fondée sur le contexte du statu quo, tel que celui qui est à la base du règlement UTCATF, serait incorrecte. Selon les requérantes, le règlement UTCATF ne saurait remédier aux insuffisances alléguées des critères de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les motifs suivants seraient de nature à remettre en cause tout raisonnement reposant sur l’argument tiré de la comptabilisation des émissions biogéniques forestières au titre du règlement UTCATF :

–

premièrement, selon les requérantes, il est erroné de considérer, comme la Commission l’aurait sous-entendu, que la comptabilisation des émissions dans le cadre du règlement UTCATF constitue un substitut de la réduction des émissions et que, par le seul fait de ladite comptabilisation des émissions, l’impact climatique des activités forestières liées aux bioénergies serait en quelque sorte atténué ;

–

deuxièmement, la Commission n’aurait pas expliqué de quelle manière les émissions provenant de la récolte et de la combustion de la biomasse forestière seraient supposées être « compensées » dans le cadre du règlement UTCATF, étant rappelé que, « comparée aux cultures qui repoussent sur de courtes périodes, la biomasse forestière s’inscrit dans un cycle du carbone beaucoup plus long » ; en effet, brûler des forêts émettrait du CO2 rapidement, mais faire repousser des forêts pour « séquestrer » un volume équivalent de CO2 prendrait davantage de temps ;

–

troisièmement, le règlement UTCATF ne comptabiliserait pas toutes les émissions de carbone de la biomasse, puisqu’il appliquerait une approche de référence reposant sur une projection des niveaux des puits de carbone forestiers fondée sur les niveaux de récolte historiques et ne comptabiliserait ensuite que les variations des puits de carbone forestiers par rapport à cette référence ; en conséquence, des quantités importantes d’émissions ne seraient pas comptabilisées ;

–

quatrièmement, le règlement UTCATF ne s’appliquerait pas au bois importé de pays non membres de l’Union ;

–

cinquièmement, les émissions comptabilisées dans le cadre du règlement UTCATF seraient effectuées au niveau de l’État et reflèteraient les variations des puits de carbone forestiers et terrestres survenant pour quelque raison que ce soit, et non uniquement en raison de la récolte pour la biomasse ; ce règlement ne permettrait donc pas de déterminer dans quelle mesure la récolte de la biomasse est responsable de la surexploitation, le cas échéant.

250

La Commission conteste ces arguments.

251

Les arguments mentionnés aux points 248 et 249 ci‑dessus sont dépourvu de fondement, comme il ressort des considérations suivantes.

252

En premier lieu, par leur argumentation mentionnée au point 248 ci‑dessus, les requérantes n’ont pas démontré l’existence d’une erreur de droit entachant le point 3.2.1 de l’annexe III de la décision attaquée, sous l’angle d’une violation de l’article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie.

253

L’appréciation de la Commission selon laquelle les « règles concernant les activités liées à la bioénergie, telles que définies dans le règlement délégué, [devaient] s’appliquer en conjonction avec les autres textes législatifs applicables de l’Union » [point 3.2.1, sous b), de l’annexe III (page 81) de la décision attaquée] vise la critique formulée par les requérantes, dans la demande de réexamen interne, à l’égard des critères d’examen technique prévus au point 2 du tableau intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » et figurant aux points 4.8, 4.13, 4.20 et 4.24 de l’annexe I du règlement délégué, lequel renvoie à l’annexe VI de la directive RED II. Cette appréciation est liée à la phrase introductive du point 3.2.1, sous b), premier alinéa, de l’annexe III (page 80) de la décision attaquée, selon laquelle « [l]es critères de réduction des [gaz à effet de serre] exigent que les centrales électriques à biomasse génèrent au moins 80 % d’économies de [gaz à effet de serre] par rapport à la production équivalente d’énergie fossile » et selon laquelle « [c]e seuil s’appuie sur les méthodologies de calcul fournies à l’annexe VI de la [directive] RED II ».

254

Or, ces réponses – qui se fondent, tout comme les critères d’examen technique concernés, sur un renvoi à l’annexe VI de la directive RED II – sont conformes à l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie.

255

Selon l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie, « [u]ne activité économique est considérée comme apportant une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique lorsqu’elle contribue de manière substantielle à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre [...] en produisant, transportant, stockant, distribuant ou utilisant des énergies renouvelables conformément à la directive [RED II] ».

256

Le renvoi à la directive RED II effectué à l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie inclut notamment l’article 29, paragraphes 6 et 7, de cette directive. L’article 29, paragraphe 6, de la directive RED II prévoit les « critères de durabilité de la directive RED II ». L’article 29, paragraphe 7, de la directive RED II se réfère, quant à lui, aux « critères UTCATF ». Ces critères UTCATF sont essentiellement liés aux paramètres visés dans le règlement UTCATF, qui, conformément à son article 1er, définit les engagements des États membres dans le secteur de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie (UTCATF), qui contribuent à la réalisation des objectifs de l’accord de Paris. Il ressort des termes de l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie que, contrairement à ce qu’allèguent les requérantes, la Commission était fondée à se référer, dans sa réponse, à la directive RED II. Elle était également en droit de se référer, dans ses réponses, au règlement UTCATF. Les critères UTCATF prévus à l’article 29, paragraphe 7, de la directive RED II et le règlement UTCATF sont intrinsèquement liés, puisque la comptabilisation des émissions et des absorptions liées aux activités UTCATF est réalisée sur le fondement de ce règlement. L’objectif du règlement UTCATF est, selon son article 1er, l’établissement de règles pour la comptabilisation des émissions et des absorptions liées aux activités UTCATF et à la vérification du respect de ces engagements par les États membres dans le secteur UTCATF qui contribuent à la réalisation des objectifs de l’accord de Paris et au respect de l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre fixé par l’Union pour la période allant de 2021 à 2030.

257

Enfin, il convient de rappeler que l’article 19, paragraphe 1, sous d), du règlement sur la taxonomie exige que, lors de l’établissement des critères d’examen technique, la Commission tienne compte « de tout instrument législatif de l’Union pertinent en vigueur ». Il ne saurait donc être reproché à la Commission d’avoir mentionné, dans la décision attaquée, le fait qu’elle a pris en compte les dispositions de la directive RED II et du règlement UTCATF.

258

En second lieu, aucun des griefs mentionnés au point 249 ci‑dessus n’est de nature à priver de plausibilité les appréciations figurant dans la décision attaquée selon lesquelles les « émissions biogéniques sont comptabilisées par les États membres dans le cadre global constitué par les obligations relatives à leurs inventaires nationaux au titre du “règlement UTCATF” et leurs engagements pour 2030, tandis que les émissions de la chaîne d’approvisionnement qui se produisent dans l’Union (culture, transport, etc.) sont comptabilisées dans le cadre des critères d’examen technique de l’Union et des secteurs [relevant du règlement sur] la répartition de l’effort » (voir point 247 ci‑dessus) [point 3.2.1, sous b), de l’annexe III (page 81) de la décision attaquée].

259

Cette déclaration décrit fidèlement l’articulation entre les dispositions mentionnées au point 256 ci‑dessus. À cet égard, il convient de rappeler que les critères UTCATF prévus à l’article 29, paragraphe 7, de la directive RED II et le règlement UTCATF sont intrinsèquement liés, puisque la comptabilisation des émissions et des absorptions liées aux activités UTCATF est réalisée sur le fondement de ce règlement.

260

En particulier, en premier lieu, contrairement à ce que suggèrent les requérantes (voir point 249, premier tiret, ci‑dessus), la Commission n’a pas déclaré ou sous-entendu que la « comptabilisation des émissions biogéniques forestières au titre du règlement UTCATF » serait un substitut de la réduction des émissions ni que ce serait par le seul fait de ladite comptabilisation des émissions que l’impact climatique des activités forestières liées aux bioénergies serait, en quelque sorte, atténué. Ce qui ressort du passage de la décision attaquée critiqué par les requérantes, c’est que l’utilisation de la biomasse forestière contribue à la réduction des émissions, lorsque certains critères sont remplis. Cette thèse constitue, par ailleurs, la prémisse sur laquelle se fonde l’article 1er, dernière phrase, de la directive RED II, étant précisé que cette prémisse a été formulée par le législateur lui‑même. Ainsi, l’allégation mentionnée au point 249, premier tiret, ci‑dessus procède d’une lecture erronée de la décision attaquée, de sorte qu’elle ne peut qu’être écartée.

261

En deuxième lieu, doit être écarté l’argument selon lequel la Commission n’aurait pas « expliqué » de quelle manière les émissions provenant de la récolte et de la combustion de la biomasse forestière étaient censées être « compensées » dans le cadre du règlement UTCATF, puisque, « comparée aux cultures qui repoussent sur de courtes périodes, la biomasse forestière s’inscrit dans un cycle du carbone beaucoup plus long » (voir point 249, deuxième tiret, ci‑dessus).

262

En effet, la directive RED II part du principe que, si les conditions prévues à son article 29, paragraphes 6 et 7, sont remplies, la biomasse, devenue combustible, peut être qualifiée d’énergie renouvelable. De plus, selon l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie, la production d’énergie renouvelable conformément à la directive RED II contribue de manière substantielle à l’atténuation du changement climatique. Dès lors, dans la mesure où les requérantes entendent contester l’aptitude de la biomasse (forestière) à être qualifiée de véritable énergie renouvelable, aucun grief ne saurait être retenu à l’encontre de la Commission. Il s’agit d’une prémisse instaurée par le législateur, dont la Commission ne saurait se départir à sa guise.

263

Par ailleurs, la Commission n’était pas tenue d’« expliquer » davantage dans la décision attaquée – ni dans le règlement délégué – de quelle manière les émissions provenant de la récolte et de la combustion de la biomasse forestière sont « compensées » dans le cadre du règlement UTCATF. Cette explication ressort du règlement UTCATF.

264

En effet, le règlement UTCATF impose aux États membres de maintenir leurs puits de carbone naturels. Selon l’article 4 de ce règlement, pour les périodes allant de 2021 à 2025 et de 2026 à 2030, les États membres sont obligés de veiller à ce que les émissions ne dépassent pas les absorptions, calculées comme la somme totale des émissions et des absorptions sur leur territoire, dans toutes les catégories comptables de terres visées à l’article 2 du règlement, cumulées et comptabilisées conformément au même règlement. Ainsi, dans la mesure où le régime de compensation des émissions, visé par l’argument des requérantes, résulte du règlement UTCATF, il ne saurait être reproché à la Commission de ne pas avoir expliqué, dans la décision attaquée, de quelle manière les émissions provenant de la récolte et de la combustion de la biomasse forestière sont supposées être compensées dans le cadre du règlement UTCATF.

265

En troisième lieu, les requérantes soutiennent que le règlement UTCATF ne comptabilise pas toutes les émissions de carbone de la biomasse, mais seulement les variations des puits de carbone forestiers par rapport à une valeur de référence reposant sur une projection des niveaux des puits de carbone forestiers fondée sur les niveaux de récolte historiques (voir point 249, troisième tiret, ci‑dessus).

266

Cette argumentation n’est pas susceptible de démontrer une erreur manifeste d’appréciation entachant la réponse de la Commission mentionnée au point 247 ci‑dessus. Certes, le mécanisme de comptabilisation des émissions prévu dans le règlement UTCATF repose sur une approche fondée sur des valeurs de référence qui reflètent une projection des niveaux des puits de carbone forestiers fondée sur les niveaux de récolte historiques.

267

Toutefois, comme la Commission le fait valoir à juste titre, si les critères d’évaluation technique pertinents avaient dépassé les paramètres énoncés dans la directive RED II et le règlement UTCATF, notamment en comptabilisant les émissions dues à la combustion de biomasse forestière dans le secteur de l’énergie, cela aurait pu entraîner un risque de double comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre. Il ne saurait donc être reproché à la Commission, dans le cadre de sa marge d’appréciation, de s’être fondée sur les critères UTCATF.

268

En quatrième lieu, le fait que le règlement UTCATF ne s’applique pas au bois importé des pays non membres de l’Union (voir point 249, quatrième tiret, ci‑dessus) n’affecte en rien le bien-fondé de la réponse donnée par la Commission au point 3.2.1, sous b), de l’annexe III (page 81) de la décision attaquée. Les critères de durabilité prévus à l’article 29, paragraphes 6 et 7, de la directive RED II s’appliquent de la même manière au bois de l’Union et au bois importé. En effet, il résulte du paragraphe 6 de cet article que les critères de durabilité et de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les combustibles doivent tenir compte, notamment, de la question de savoir si le pays dans lequel la biomasse forestière a été exploitée dispose d’une législation au niveau national ou infranational qui soit applicable dans la zone d’exploitation, ainsi que de systèmes de suivi. En outre, en vertu du paragraphe 7, sous a), i) et ii), dudit article, il doit également être tenu compte de la question de savoir si le pays ou l’organisation régionale d’intégration économique d’origine de la biomasse forestière est partie à l’accord de Paris sur les changements climatiques et dispose d’une législation applicable à la zone d’exploitation, en vue de conserver et de renforcer les stocks et les puits de carbone, attestant que les émissions du secteur UTCATF déclarées ne dépassent pas les absorptions.

269

En cinquième lieu, ne saurait prospérer l’argument des requérantes selon lequel, en substance, les émissions comptabilisées dans le cadre du règlement UTCATF ne pourraient être comptabilisées de manière ciblée, ce qui aurait pour effet que le cadre UTCATF ne permettrait pas de déterminer dans quelle mesure la récolte de biomasse est responsable d’une surexploitation.

270

Ainsi qu’il résulte de l’annexe IV, point A, sous e), du règlement UTCATF, le niveau de référence pour les forêts des États membres repose sur l’hypothèse selon laquelle le rapport entre l’utilisation solide et énergétique de la biomasse forestière tel qu’observé pendant la période allant de 2000 à 2009 reste constant. Cette prémisse, qui garantit que l’augmentation des récoltes à des fins d’utilisation de bioénergie est comptabilisée en tant que débit dans le secteur UTCATF, est suffisamment ciblée.

271

En conséquence, la première branche du septième moyen doit être rejetée.

Sur la seconde branche du septième moyen, tirée d’une erreur manifeste d’appréciation entachant le rejet, par la Commission, des arguments des requérantes selon lesquels les critères de durabilité de la directive RED II et les critères UTCATF seraient inadéquats pour évaluer la contribution des activités forestières liées aux bioénergies à l’atténuation du changement climatique

272

Les requérantes allèguent que, au point 3.2.1, sous a) (page 80), de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission a indiqué que « les paragraphes 6 et 7 de l’article 29 de la directive RED II ne trait[ai]ent pas, en eux‑mêmes, de l’atténuation substantielle du changement climatique », mais qu’« [i]ls [devaient] être lus en conjonction avec les autres dispositions du même article 29, qui garantissent que, lorsque la bioénergie est utilisée, elle doit entraîner des réductions des émissions de gaz à effet de serre ». La Commission aurait également considéré que l’application de l’article 29, paragraphes 6 et 7, de la directive RED II garantissait que « [l]a contribution à l’atténuation du changement climatique ne se [faisait] pas au détriment de l’environnement, et notamment de la biodiversité » et que « les activités liées à la bioénergie [étaient] soumises à une série de critères, notamment en ce qui concerne la déclaration et la comptabilisation des émissions et des absorptions UTCATF par le pays d’origine de la biomasse ».

273

Or, ce raisonnement serait erroné. D’une part, la Commission n’aurait pu s’appuyer sur le règlement UTCATF pour remédier aux déficiences des critères de réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’autre part, le raisonnement de la Commission serait circulaire. En effet, la Commission aurait reconnu que les critères de durabilité UTCATF de la directive RED II « ne trait[ai]ent pas, en eux‑mêmes, de l’atténuation substantielle du changement climatique ». Toutefois, elle aurait laissé entendre que la contribution des activités forestières liées aux bioénergies à l’atténuation du changement climatique serait garantie par les critères de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

274

La Commission conteste ces arguments.

275

Par les arguments mentionnés au point 273 ci‑dessus, les requérantes n’ont pas démontré l’existence d’une erreur manifeste d’appréciation. Elles n’ont pas fourni d’éléments permettant au Tribunal de comprendre en quoi consisteraient les faits que la Commission aurait manifestement mal appréciés lorsqu’elle a formulé la réponse figurant au point 3.2.1 de l’annexe III de la décision attaquée.

276

Dans la mesure où les arguments mentionnés au point 273 ci‑dessus peuvent être interprétés comme étant tirés d’une erreur de droit sous l’angle d’une violation de l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie ou de l’article 10, paragraphe 3, sous a), de ce règlement, il y a également lieu de conclure à leur rejet. En effet, ces arguments sont non fondés, ainsi que cela ressort des considérations suivantes.

277

Les appréciations de la Commission, figurant au point 3.2.1, sous a), de l’annexe III de la décision attaquée, qui répondent aux préoccupations formulées par les requérantes aux points 274 à 297 de leur demande de réexamen interne, reposent, en substance, sur un renvoi à l’aptitude de l’article 29, paragraphes 6 et 7, de la directive RED II, lu conjointement avec les autres dispositions de cette même directive, de garantir l’objectif lié à l’atténuation du changement climatique. Ce renvoi, effectué par la Commission, apparaît pertinent. Ni l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie ni l’article 10, paragraphe 3, sous a), du même règlement n’interdisent à la Commission de faire dépendre la création des critères d’examen technique visés à ces dispositions d’une série de dispositions telles que celles de la directive RED II, et notamment de l’article 29, paragraphes 6 et 7, de cette dernière. Au contraire, ainsi qu’il ressort du point 254 ci‑dessus, l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie invite la Commission à prendre en compte cette directive, et ce expressément et sans aucune réserve.

278

En outre, il y a lieu de rejeter l’argument des requérantes selon lequel la réponse de la Commission qui repose sur les critères de durabilité et les critères UTCATF de la directive RED II, figurant respectivement à l’article 29, paragraphes 6 et 7, de cette directive, est insuffisante.

279

En effet, il n’apparaît pas clairement en quoi consisterait l’erreur que la Commission aurait prétendument commise en se référant aux critères de durabilité et aux critères UTCATF de la directive RED II.

280

Enfin, le grief des requérantes tiré du fait que le raisonnement de la Commission serait circulaire (voir point 273 ci‑dessus) ne peut qu’être rejeté. La Commission pouvait considérer à bon droit que les critères de durabilité et les critères UTCATF « ne trait[ai]ent pas, en eux-mêmes, de l’atténuation substantielle du changement climatique ». En effet, les termes « atténuation substantielle du changement climatique » n’apparaissent pas, en tant que tels, dans la directive RED II.

281

Il ressort du considérant 2 de la directive RED II que « l’augmentation de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables […] constitue un élément important du paquet de mesures requises afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de respecter les engagements pris par l’Union au titre de l’accord de Paris […], ainsi que le cadre d’action de l’Union en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030, notamment l’objectif contraignant de réduction des émissions de l’Union d’au moins 40 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990 ». La directive RED II reconnaît l’aptitude de la biomasse forestière à faire fonction d’énergie renouvelable, lorsqu’elle remplit les critères de durabilité énoncés à l’article 29, paragraphes 6 et 7, de cette même directive. Sous réserve de ces critères, l’utilisation de la biomasse forestière est censée permettre une réduction des émissions de gaz à effet de serre, cette thèse relevant d’un choix opéré par le législateur lui‑même. Compte tenu de ces éléments, la Commission avait raison de laisser entendre, dans la décision attaquée, que la contribution des activités forestières liées aux bioénergies à l’atténuation du changement climatique serait garantie par les critères de réduction des émissions de gaz à effet de serre visés à l’article 29, paragraphes 6 et 7, de la directive RED II. Ce faisant, elle s’est limitée à reprendre un postulat établi par le législateur.

282

Au vu de ce qui précède, la seconde branche du septième moyen ne peut qu’être rejetée, tout comme ce moyen dans son intégralité.

Sur le huitième moyen, tiré d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission aux critiques des requérantes quant aux critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies

283

Par leur huitième moyen, les requérantes soutiennent, en substance, que les réponses de la Commission figurant aux points 3.1.1 et 3.1.2 de l’annexe III (pages 77 et 78) de la décision attaquée violent l’article 10, paragraphe 1 et paragraphe 3, sous a), et l’article 19, paragraphe 1, sous d) et k), du règlement sur la taxonomie, ainsi que le principe de précaution. Ces réponses de la Commission auraient abordé les préoccupations exprimées par les requérantes aux points 230 à 260 de la demande de réexamen interne, selon lesquels les critères d’examen technique relatifs à l’atténuation du changement climatique concernant les activités forestières liées aux bioénergies ne respecteraient pas l’obligation de se fonder sur des éléments scientifiques concluants et le principe de précaution, comme l’exigerait l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

284

Le huitième moyen se subdivise en trois branches.

Sur la première branche du huitième moyen, tirée de l’existence d’erreurs dans l’interprétation du principe de précaution

285

Les requérantes soutiennent que, afin de répondre à leurs arguments s’agissant de l’obligation de se fonder sur des éléments scientifiques concluants (points 231 à 251 de la demande de réexamen interne) et du principe de précaution (points 252 à 260 de la demande de réexamen interne), la Commission a, dans le cadre du point 3.1.2 (page 78) de l’annexe III de la décision attaquée, renvoyé au point 1 (page 22) de l’annexe II de cette décision. Elle y aurait déclaré que le principe de précaution lui conférait un large pouvoir d’appréciation dans l’exercice de ses pouvoirs, de sorte qu’elle était habilitée à ajuster le résultat environnemental substantiel d’une activité économique donnée établi par les critères d’examen technique.

286

Cette interprétation dénaturerait toutefois la portée du principe de précaution, dont l’objectif serait plutôt de fixer des limites au pouvoir d’appréciation des institutions de l’Union. Ces dernières ne disposeraient pas, en vertu du principe de précaution, d’un pouvoir d’appréciation illimité lorsqu’elles adoptent des mesures en présence de risques potentiels pour la santé publique, la sécurité et l’environnement. Une institution ne serait réputée se conformer au principe de précaution que si elle respecte trois étapes spécifiques, à savoir l’identification des effets négatifs, l’évaluation des risques et la gestion de ces derniers, afin d’adopter finalement les mesures appropriées. De plus, le principe de précaution requerrait de la Commission qu’elle évalue les « meilleures connaissances scientifiques en la matière » et qu’elle priorise la protection de l’environnement sur d’autres intérêts. En déformant le sens attribué au principe de précaution et en s’appuyant sur ce principe de droit pour soutenir qu’elle dispose d’un large pouvoir d’appréciation l’autorisant à « ajuster » le niveau de la « contribution substantielle » – alors que cette notion est déjà définie à l’article 10, paragraphe 1, sous a), et à l’article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie –, la Commission aurait commis une erreur de droit.

287

La Commission conteste ces arguments.

288

À titre liminaire, il convient d’observer que, aux termes de l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, les critères d’examen technique sont fondés sur des éléments scientifiques concluants et sur le principe de précaution, inscrit à l’article 191 TFUE.

289

Les arguments mentionnés au point 286 ci-dessus ne sont pas susceptibles de démontrer une violation, par la Commission, du principe de précaution, de sorte qu’il convient de les rejeter. Contrairement à ce que font valoir les requérantes, ni les appréciations figurant au point 3.1.2 de l’annexe III de la décision attaquée ni celles contenues au point 1 (page 22) de l’annexe II de ladite décision ne permettent de constater que la Commission a méconnu la portée dudit principe.

290

En effet, en rappelant, au point 3.1.2 (page 78) de l’annexe III de la décision attaquée, que le principe de précaution « présuppos[ait] une situation d’incertitude », la Commission a renvoyé, en substance, à la jurisprudence du juge de l’Union selon laquelle le principe de précaution, visé notamment à l’article 191, paragraphe 2, TFUE, permet aux institutions, lorsque des incertitudes scientifiques subsistent quant à l’existence ou à la portée de risques pour l’environnement, de prendre des mesures de protection sans avoir à attendre que la réalité et la gravité de ces risques soient pleinement démontrées ou que les effets négatifs pour l’environnement se matérialisent (voir, en ce sens, arrêt du 17 mars 2021, FMC/Commission, T‑719/17, EU:T:2021:143, point 63 et jurisprudence citée).

291

Au point 3.1.2 de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission a également fait référence à la jurisprudence lorsqu’elle mentionne la détermination du niveau de risque jugé acceptable et la tâche qui incombe aux institutions compétentes de déterminer le seuil critique de probabilité d’effets néfastes sur l’environnement ainsi que le degré de ces effets potentiels qui, à leur avis, n’est plus acceptable pour la société. À cet égard, la Commission a indiqué qu’il était de jurisprudence constante que la détermination du niveau de risque jugé inacceptable pour la société revienne, moyennant le respect des normes applicables, aux institutions chargées du choix politique que constitue la fixation d’un niveau de protection approprié pour ladite société. C’est à ces institutions qu’il incombe de déterminer le seuil critique de probabilité des effets néfastes pour la santé publique, la sécurité et l’environnement et le degré de ces effets potentiels qui leur semble inacceptable pour cette société et qui, une fois dépassé, nécessite, dans l’intérêt de la protection, notamment de l’environnement, le recours à des mesures préventives malgré l’incertitude scientifique subsistante (voir, en ce sens, arrêt du 17 mars 2021, FMC/Commission, T‑719/17, EU:T:2021:143, point 75 et jurisprudence citée).

292

Enfin, lorsque, au point 1 (page 22) de l’annexe II de la décision attaquée, la Commission indique que « [l]’application simultanée et cumulative de toutes ces exigences impliqu[ait] qu[’elle] [était] habilitée à ajuster le résultat environnemental substantiel d’une activité économique donnée […] au regard, notamment, des éléments scientifiques concluants disponibles, de la cohérence avec la législation spécifique de l’Union et des possibilités technologiques et commerciales », ces propos se rapportent, en substance, à la jurisprudence selon laquelle la « détermination du niveau de risque jugé inacceptable pour la société dépend de l’appréciation portée par l’autorité publique compétente sur les circonstances particulières de chaque cas d’espèce ». Le Tribunal a précisé, à cet égard, que cette autorité pouvait tenir compte, notamment, de la gravité de l’impact que la survenance de ce risque aurait sur la santé publique, la sécurité et l’environnement, y compris l’étendue des effets négatifs possibles, de la persistance, de la réversibilité ou des effets tardifs possibles de ces dégâts, ainsi que de la perception plus ou moins concrète du risque sur la base de l’état des connaissances scientifiques disponibles (voir arrêt du 17 mars 2021, FMC/Commission, T‑719/17, EU:T:2021:143, point 77 et jurisprudence citée).

293

Loin de dénaturer le contenu du principe de précaution, les considérations énoncées par la Commission au point 3.1.2 (page 78) de l’annexe III de la décision attaquée ainsi qu’au point 1 (page 22) de l’annexe II de la décision attaquée consistent, en substance, en un rappel de l’interprétation donnée par le juge de l’Union audit principe. Aucune erreur de droit ne peut donc être constatée à cet égard.

294

Par conséquent, la première branche du huitième moyen doit être rejetée comme non fondée.

Sur la deuxième branche du huitième moyen, tirée d’erreurs de droit commises par la Commission en ce qu’elle aurait accordé un poids disproportionné à l’exigence de cohérence des politiques établie par l’article 19, paragraphe 1, sous d), du règlement sur la taxonomie

295

Les requérantes allèguent, aux points 244 à 249 de leur demande de réexamen interne, que la Commission a considéré à tort que l’objectif de cohérence l’emportait sur la nécessité de fonder le règlement délégué sur des éléments scientifiques concluants. La Commission aurait répondu, au point 3.1.1 (page 77) de l’annexe III de la décision attaquée – qui renvoie au point 2.1, sous b), i) (page 29), de l’annexe II de cette décision –, que, en vertu du considérant 40 du règlement sur la taxonomie, elle était autorisée à accorder un « certain poids » à l’article 19, paragraphe 1, sous d), de ce règlement pour « assurer la cohérence de l’acte délégué avec les autres instruments législatifs de l’Union en vigueur ». Il ressortirait, en outre, de l’annexe II (pages 34, 35, 37 à 39 et 41) et de l’annexe III (pages 80, 81, 84, 85) de la décision attaquée que la Commission serait partie de la prémisse selon laquelle elle était autorisée à faire prévaloir l’exigence de cohérence des politiques sur les autres exigences et même à se fonder sur les critères de la directive RED II au lieu de fixer des critères d’examen technique d’atténuation pour les activités forestières liées aux bioénergies.

296

Selon les requérantes, la Commission aurait ainsi commis une erreur de droit. En effet, l’article 19, paragraphe 1, sous d), du règlement sur la taxonomie ne l’autoriserait pas à se limiter à reprendre le texte de la législation en vigueur pour définir les critères d’examen technique, lorsque cette approche aboutit à un résultat qui contrevient aux exigences du règlement sur la taxonomie, en particulier à l’article 10, paragraphes 1 et 3, de ce règlement. La formulation de l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie démontre également que la Commission ne peut accorder une importance disproportionnée à la cohérence des politiques par rapport aux considérations scientifiques et environnementales. Alors que l’article 19, paragraphe 1, sous f), dudit règlement précise que les critères d’examen technique « sont fondés » sur des éléments scientifiques concluants et le principe de précaution, l’article 19, paragraphe 1, sous d), du même règlement indique simplement que les critères d’examen technique « tiennent compte » du droit de l’Union pertinent, « le cas échéant ». Vu l’objectif d’une taxonomie efficace, il ne serait pas cohérent d’invoquer le principe de la cohérence des politiques de manière injustifiée et de s’appuyer principalement sur la législation en vigueur alors que l’objectif même du règlement sur la taxonomie est d’aller au-delà de ces obligations. L’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie n’autoriserait pas non plus la Commission à supposer que les activités conformes à la directive RED II apportent une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique. En vertu dudit article 10, paragraphe 3, du règlement sur la taxonomie, l’objectif du règlement délégué est de compléter les critères d’examen technique. Or, cette formulation serait beaucoup plus stricte que l’exigence figurant à l’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie, qui indique que les activités liées aux énergies renouvelables doivent être exercées « conformément » à la directive RED II. La référence à la directive RED II aurait dû faire l’objet d’une interprétation stricte afin de ne pas porter atteinte à l’objectif principal de protection de l’environnement du règlement sur la taxonomie. La liste des possibilités figurant à l’article 10, paragraphe 1, sous a) à i), du règlement sur la taxonomie ne saurait être regardée que comme établissant un strict minimum et ne permettrait en aucun cas d’assurer le niveau de protection requis par ce règlement.

297

La Commission conteste ces arguments.

298

Par les griefs mentionnés au point 296 ci‑dessus, les requérantes allèguent, en substance, que, dans la réponse figurant au point 2.1, sous b), i) (page 29), de l’annexe II de la décision attaquée, à laquelle renvoie le point 3.1.1 (page 77) de l’annexe III de cette décision, la Commission aurait accordé trop d’importance aux exigences de « cohérence des politiques », visées à l’article 19, paragraphe 1, sous d), du règlement sur la taxonomie, par rapport à l’exigence de fonder les critères d’examen technique sur des « éléments scientifiques concluants », tels que visés à l’article 19, paragraphe 1, sous f), dudit règlement. Cette réponse serait entachée d’une erreur de droit, puisqu’elle serait en contradiction avec l’article 10, paragraphes 1 et 3, et l’article 19, paragraphe 1, sous d) et f), du règlement sur la taxonomie.

299

Cette argumentation ne saurait prospérer. En effet, l’interprétation que la Commission a donnée de l’ensemble des dispositions mentionnées au point 298 ci‑dessus apparaît conforme aux exigences posées par le règlement sur la taxonomie. Contrairement à ce que font valoir les requérantes, lorsque la Commission procède à l’analyse des « éléments scientifiques concluants », dont il est question à l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, elle doit s’assurer que l’adoption desdits critères d’examen technique est compatible avec le droit de l’Union et « tout instrument législatif de l’Union pertinent en vigueur », visé à l’article 19, paragraphe 1, sous d), du même règlement. Vu sa mission de surveiller l’application du droit de l’Union, prévue à l’article 17, paragraphe 1, troisième phrase, TUE, la Commission est tenue de prendre en compte le droit de l’Union en analysant les faits et les éléments scientifiques pertinents. C’est en ce sens que doit être comprise l’invocation, par la Commission, au point 2.1, sous b), i) (page 29), de l’annexe II de la décision attaquée, de son droit à donner « un certain poids » aux exigences de « cohérence des politiques », qui seraient visées, selon elle, à l’article 19, paragraphe 1, sous d), dudit règlement.

300

Ainsi, la Commission était en droit de faire référence, dans le cadre dudit point 2.1, sous b), i) (page 29), de l’annexe II de la décision attaquée, à la nécessité d’assurer la cohérence des critères d’examen technique établis dans le règlement délégué avec les dispositions de la directive RED II, telle que mentionnée au considérant 30 du règlement délégué et du règlement UTCATF. L’article 10, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie renvoie, lui‑même, à la directive RED II. C’est donc le législateur qui a choisi d’accorder une importance particulière à la directive RED II. Par ailleurs, le principe de précaution, dont la violation a été invoquée par les requérantes, n’exige pas une approche différente au regard de la directive RED II.

301

Enfin, les requérantes reprochent à la Commission de s’être fiée aux critères de durabilité de la directive RED II, sans toutefois aller plus loin que les critères qui y sont définis. Toutefois, ainsi que l’a fait valoir la Commission au point 3.1.1 (page 35) de l’annexe II de la décision attaquée, les critères d’examen technique des activités liées aux bioénergies sont, pour partie, plus stricts que ceux prévus dans la directive RED II. Par exemple, alors que l’article 29, paragraphe 10, de la directive RED II exige une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 70 % d’ici au 31 décembre 2025, les critères d’examen technique prévus au point 2 du point 4.8, relatif à la production d’électricité par bioénergie, de l’annexe I du règlement délégué prévoient une réduction d’au moins 80 % par rapport à la méthodologie de calcul de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et aux combustibles fossiles de référence énoncés à l’annexe VI de la directive RED II. En outre, le seuil de 20 mégawatts fixé à l’article 29, paragraphe 1, de la directive RED II ne s’applique pas dans le cadre des critères d’examen technique.

302

Compte tenu de ce qui précède, la deuxième branche du huitième moyen doit être rejetée.

Sur la troisième branche du huitième moyen, tirée de l’existence d’erreurs dans l’interprétation de l’article 19, paragraphe 1, sous k), du règlement sur la taxonomie

303

Les requérantes indiquent que, dans différentes parties de la décision attaquée, notamment à l’annexe II (pages 22, 23, 28 et 30) de cette décision, la Commission se serait appuyée, notamment, sur la notion de « facilité d’utilisation » pour laisser entendre que l’article 19, paragraphe 1, sous k), du règlement sur la taxonomie devait être interprété de manière à permettre « au plus grand nombre d’acteurs du marché » de satisfaire aux conditions des critères d’examen technique d’atténuation fixés pour les activités forestières liées aux bioénergies.

304

Or, ce faisant, la Commission aurait confondu la « facilité d’utilisation » des critères d’examen technique avec leur « applicabilité », cette dernière étant absente des exigences énumérées à l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie et des objectifs dudit règlement. Certes, en vertu de l’article 19, paragraphe 1, sous k), du règlement sur la taxonomie et du considérant 47 de ce dernier, le critère de la « facilité d’utilisation » exigerait que les critères d’examen technique soient conçus de la manière la plus claire possible afin de garantir que les entreprises les comprennent et les appliquent facilement. La Commission aurait toutefois élargi l’exigence de « facilité d’utilisation » à tel point qu’il serait permis de conclure qu’elle aurait vidé le règlement sur la taxonomie de sa substance. En interprétant l’article 19, paragraphe 1, sous k), du règlement sur la taxonomie comme s’il exigeait que les critères d’examen technique d’atténuation relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies soient rédigés de manière à étendre leur applicabilité afin que le plus grand nombre d’activités économiques puissent y satisfaire, la Commission aurait commis une erreur de droit.

305

La Commission conteste ces arguments.

306

Par les arguments mentionnés au point 303 ci‑dessus, les requérantes allèguent que, dans sa réponse figurant au point 1 (pages 22 et 23), au point 2.1, sous a), ii) (page 28), ainsi qu’au point 2.1, sous b), ii) (page 30) de l’annexe II de la décision attaquée, la Commission aurait laissé entendre que l’article 19, paragraphe 1, sous k), du règlement sur la taxonomie devait être interprété de manière à permettre « au plus grand nombre d’acteurs du marché » de satisfaire aux conditions des critères d’examen technique d’atténuation fixés pour les activités forestières liées aux bioénergies. Ces arguments sont non fondés.

307

En effet, dans aucune partie de la décision attaquée, en ce compris ses annexes, la Commission n’a affirmé que son interprétation de l’article 19 du règlement sur la taxonomie devait permettre « au plus grand nombre d’acteurs du marché » de satisfaire aux conditions des critères d’examen technique d’atténuation fixés pour les activités forestières liées aux bioénergies.

308

Ce que la Commission a relevé au point 1 (pages 22 et 23), au point 2.1, sous a), ii) (page 28), ainsi qu’au point 2.1, sous b), ii) (page 30) de l’annexe II de la décision attaquée, c’est qu’il convenait d’adopter une approche cohérente dans l’interprétation de l’article 19 du règlement sur la taxonomie, laquelle devait tenir compte de tous les points que comporte cette disposition. Elle a identifié un « besoin d’équilibrer les différentes exigences de l’article 19, paragraphe 1, [dudit] règlement » reflétées dans d’autres dispositions de ce règlement, telles que l’article 20, paragraphe 2. Elle a également indiqué qu’elle était « habilitée » à « calibrer », à l’intérieur des critères d’examen technique, le niveau de contribution substantielle au changement climatique d’une certaine activité économique avec d’autres paramètres pour assurer la « cohérence » avec la législation de l’Union.

309

Certes, la Commission a également indiqué, au point 2.1 (page 23) de l’annexe II de la décision attaquée, ce qui suit :

« [T]oute interprétation de l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie qui serait fondée sur une interprétation trop restrictive de l’article 19, paragraphe 1, [sous] f), [de ce] règlement […] réduirait indûment [son] champ d’application […] à un nombre limité d’activités en compromettant [ainsi] l’objectif global du règlement sur la taxonomie en tant que dispositif utile [visant à] canaliser les flux financiers vers la transition de l’ensemble de l’économie de l’[Union] vers la durabilité. Pratiquement aucune activité économique ne relèverait du règlement sur la taxonomie si les [critères d’examen technique] devaient être fondés uniquement sur les hypothèses scientifiques les plus prudentes, sans tenir compte des autres exigences de l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie, en particulier de celles qui concernent la facilité d’utilisation et la cohérence avec les autres politiques de l’Union poursuivant des objectifs de durabilité. »

310

Toutefois, ni ces appréciations ni les autres considérations sur lesquelles se fonde la décision attaquée ne peuvent être interprétées dans le sens avancé par les requérantes, c’est‑à‑dire que la Commission aurait choisi d’interpréter l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie de manière à permettre « au plus grand nombre d’acteurs du marché » de satisfaire aux conditions des critères d’examen technique d’atténuation fixés pour les activités forestières liées aux bioénergies. Tout au plus, lesdites considérations permettent de comprendre que, selon la Commission, il n’y a pas lieu d’interpréter l’article 19, paragraphe 1, dudit règlement de façon trop restrictive sans prendre dûment en compte la totalité de ses paramètres, sans quoi serait mis à mal l’objectif global de ce règlement. Les arguments des requérantes ne permettent donc pas d’établir que la Commission aurait élargi la notion de « facilité » visée à l’article 19, paragraphe 1, sous k), du règlement sur la taxonomie.

311

Pour ces motifs, les arguments mentionnés au point 303 ci‑dessus ne peuvent qu’être écartés.

312

Il s’ensuit que la présente branche ainsi que, par suite, le huitième moyen doivent être rejetés.

Sur le neuvième moyen, tiré d’erreurs manifestes d’appréciation découlant d’une absence de prise en compte d’éléments scientifiques concluants pertinents ainsi que du non‑respect du principe de précaution

313

Par leur neuvième moyen, les requérantes soutiennent que seraient constitutives d’une erreur manifeste d’appréciation les considérations formulées par la Commission au point 3.1.1 (page 77) ainsi qu’au point 3.1.2 (pages 78 et 79) de l’annexe III de la décision attaquée, selon lesquelles les critères d’examen technique d’atténuation du changement climatique relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies seraient fondés sur des éléments scientifiques concluants et sur le principe de précaution.

314

La Commission aurait affirmé, au point 1 (page 21) de l’annexe II de la décision attaquée, lu conjointement avec le point 3.1.1 (page 77) de l’annexe III de la même décision, que l’expression « éléments scientifiques concluants » désignait des « éléments qui ne sont pas douteux ». Elle aurait également soutenu au point 3.1.1 de la section 3 (page 77) de l’annexe III de la décision attaquée qu’elle aurait tenu « le plus grand compte des éléments scientifiques disponibles lors de l’élaboration des critères de durabilité relatifs à l’atténuation des risques environnementaux importants dans la [directive] RED II ».

315

Cette réponse serait entachée d’erreurs manifestes d’appréciation et violerait donc l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

316

En effet, premièrement, la Commission n’aurait présenté aucun argument pour soutenir que le règlement délégué était fondé sur des éléments scientifiques.

317

Deuxièmement, en déclarant au point 1 de l’annexe II (page 23) de la décision attaquée, lu conjointement avec le point 3.1.1 de l’annexe III de la décision attaquée (page 77), que « [p]ratiquement aucune activité économique ne relèverait du règlement sur la taxonomie si les [critères d’examen technique] devaient être fondés uniquement sur les hypothèses scientifiques les plus prudentes, sans tenir compte des autres exigences de l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie », la Commission aurait reconnu que les critères d’examen technique avaient été motivés par des considérations autres que scientifiques.

318

Troisièmement, la Commission aurait concédé, au point 2.1, sous b), ii) (page 30), de l’annexe II de la décision attaquée, que le règlement délégué s’était écarté des recommandations formulées dans le rapport du groupe d’experts techniques sur la finance durable visant à restreindre la gamme des matières premières éligibles « pour appliquer l’option qui aligne le niveau de la contribution substantielle figurant dans les critères d’examen technique sur le niveau le plus élevé de la facilité d’utilisation de ces critères et de la conformité avec la [directive] RED II ». Sur ce point, la Commission n’aurait pas même tenté de soutenir que les choix effectués dans le règlement délégué étaient étayés par des éléments scientifiques. Il serait donc faux d’affirmer, comme l’aurait fait la Commission dans la décision attaquée, qu’elle a tenu « le plus grand compte » des éléments scientifiques.

319

Par ailleurs, les requérantes auraient indiqué dans la demande de réexamen interne que la Commission n’avait pas appliqué le principe de précaution lorsqu’elle avait fixé les critères d’examen technique relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies. Les nombreux avertissements scientifiques portant sur le préjudice que la récolte et la combustion de la biomasse forestière causent au climat et à la biodiversité auraient en effet dû conduire la Commission à exclure du règlement délégué les activités forestières liées aux bioénergies ou à fixer des critères beaucoup plus stricts pour atténuer les risques environnementaux.

320

Dans la décision attaquée, la Commission se serait bornée à invoquer le principe de précaution pour soutenir qu’elle disposait d’un large pouvoir d’appréciation dans l’« ajustement » des critères d’examen technique.

321

La réponse qu’aurait donnée la Commission à ces préoccupations, exprimées dans la demande de réexamen interne, serait entachée d’erreur, puisqu’elle violerait ledit article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie. En effet, la Commission n’aurait pas expliqué de quelle manière elle avait respecté ce principe. En invoquant le « compromis » qu’elle prétendait avoir dû faire entre les différentes exigences figurant dans les différents points de l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie, la Commission aurait délibérément méconnu l’état de la science, donnant la priorité à des considérations économiques et politiques au lieu de garantir un niveau élevé de protection de l’environnement, ainsi que cela ressortirait du point 3.1.1 de l’annexe III (page 77) de la décision attaquée.

322

La Commission conteste ces arguments.

323

Il convient de constater que le neuvième moyen est non fondé, ainsi qu’il ressort des motifs suivants.

324

En premier lieu, ne sauraient prospérer les arguments des requérantes tirés du prétendu défaut de réponse adéquate de la Commission concernant l’absence alléguée d’éléments scientifiques concluants à l’appui du règlement délégué (voir points 316 à 318 ci‑dessus).

325

Premièrement, l’argument des requérantes tiré de ce que la Commission n’aurait « présenté absolument aucun argument pour soutenir que l’acte délégué était fondé sur des éléments scientifiques quelconques » (voir point 316 ci‑dessus) manque en fait. Au point 3.1.1 de l’annexe II de la décision attaquée (page 33), à savoir la partie de la décision attaquée à laquelle renvoie le point 3.1.2 de l’annexe III (page 78), la Commission a expressément déclaré qu’elle avait « tenu le plus grand compte des éléments scientifiques disponibles lors de l’élaboration de critères de durabilité pour atténuer les risques environnementaux significatifs [visés] dans la [directive] RED II ». Cette déclaration est reprise, en substance, à la dernière phrase du point 3.1.1 de ladite annexe III.

326

Deuxièmement, est dépourvu de fondement l’argument des requérantes selon lequel l’affirmation de la Commission mentionnée au point 317 ci‑dessus équivaudrait à déclarer que les critères d’examen technique auraient été motivés par des considérations autres que scientifiques.

327

D’une part, ainsi qu’il ressort de l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie, les considérations d’ordre scientifique – désignées comme étant des « éléments scientifiques » à l’article 19, paragraphe 1, sous f), dudit règlement – ne sont pas les seules devant être prises en compte lors de l’adoption des critères d’examen technique. Le simple fait que la Commission se soit fondée sur des facteurs autres que ces « éléments scientifiques » ne permet pas de conclure qu’il y a eu violation de l’article 19 du règlement sur la taxonomie et, en particulier, de son paragraphe 1, sous f).

328

D’autre part, dans la mesure où les requérantes entendraient faire valoir que la Commission se serait laissée guider uniquement par des considérations d’ordre non scientifique, il y a lieu de relever qu’un tel argument reposerait sur une interprétation erronée de la décision attaquée. En effet, par son affirmation mentionnée au point 317 ci-dessus, la Commission a mis en exergue deux éléments distincts. D’une part, elle a laissé entendre qu’elle avait bien pris en compte des éléments scientifiques qui lui semblaient concluants, ce qui ressort, plus spécifiquement, du point 3.1.1 de l’annexe III de cette décision (voir point 325 ci‑dessus). D’autre part, elle a déclaré s’être estimée en mesure de mettre en balance les résultats issus de l’analyse de ces éléments et les autres paramètres visés à l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie. Aucune de ces appréciations ne saurait être interprétée en ce sens que la Commission se serait laissée guider exclusivement par des considérations autres que scientifiques.

329

Troisièmement, l’argument mentionné au point 318 ci‑dessus se fonde sur la prémisse selon laquelle la Commission n’aurait pas fourni d’indication précise, dans la décision attaquée, concernant la prise en compte des éléments scientifiques concluants lors de l’adoption des critères d’examen technique en cause. Or, ainsi qu’il ressort des points 325 et 326 ci‑dessus, cette prémisse est erronée.

330

Certes, la Commission a indiqué, au point 2.1, sous b), ii) (page 30), de l’annexe II de la décision attaquée qu’elle aurait pu « [s]uivre la recommandation du [groupe d’experts techniques sur la finance durable] et restreindre la gamme des matières premières éligibles aux biocarburants avancés figurant dans l’annexe IX, partie A, de la directive RED II, [c]ela aurait donné la priorité à l’exigence d’ambition environnementale, mais aurait pu compromettre les exigences de cohérence avec la législation de l’Union, d’égalité des conditions de concurrence et de facilité d’utilisation pour les opérateurs économiques ». Toutefois, il en ressort que la Commission a opté pour la solution permettant de combiner le plus harmonieusement possible les divers paramètres découlant de l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie, et non, comme le font valoir les requérantes, qu’elle n’aurait pas même tenté de soutenir que les choix effectués dans le règlement délégué étaient étayés par des éléments scientifiques, ni qu’il serait faux d’affirmer, comme l’aurait fait la Commission dans la décision attaquée, qu’elle aurait tenu « le plus grand compte » des éléments scientifiques (voir point 318 ci‑dessus).

331

En second lieu, les requérantes ne démontrent pas que la réponse de la Commission aux préoccupations exprimées dans la demande de réexamen interne quant à une prétendue violation du principe de précaution est entachée d’erreur au motif qu’elle violerait l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

332

L’affirmation selon laquelle la Commission n’aurait pas expliqué de quelle manière elle aurait respecté ce principe (voir point 321 ci‑dessus) manque en fait. En effet, les appréciations figurant au point 3.1.2 de l’annexe III (pages 78 et 79) de la décision attaquée portent précisément sur l’application du principe de précaution, ainsi que cela peut être déduit notamment de l’intitulé même de cette section ainsi que de la référence expresse au point 81 de l’arrêt du 6 mai 2021, Bayer CropScience et Bayer/Commission (C‑499/18 P, EU:C:2021:367).

333

Par ailleurs, la déclaration selon laquelle la Commission aurait opéré un « compromis » entre les différentes exigences de l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie ne saurait être interprétée, comme le font les requérantes, en ce sens que la Commission aurait « délibérément » méconnu l’état de la science, donnant la priorité à des considérations économiques et politiques, au lieu de garantir un niveau élevé de protection de l’environnement (voir point 321 ci‑dessus). Au contraire, au point 3.1.2 de l’annexe II de la décision attaquée (page 79), la Commission a relevé que, « dans une situation caractérisée par des lacunes dans les données et un débat scientifique houleux quant à son interprétation et par des tendances évolutives du marché (demande, prix, chocs externes), des preuves scientifiques concluantes constituent une référence dynamique, tout comme la directive RED II elle-même ». Contrairement à ce que font valoir les requérantes, cette appréciation de la Commission ne saurait être interprétée comme reposant sur l’application de paramètres économiques « sans égard à l’état de la science ou au mépris de la prise en compte d’un niveau élevé de protection de l’environnement ».

334

Compte tenu de ce qui précède, le neuvième moyen doit être rejeté.

Sur le dixième moyen, tiré d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission à la critique des requérantes quant aux critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » pour les activités forestières liées aux bioénergies, au regard de la prévention et de la réduction de la pollution et de la protection et de la restauration de la biodiversité et des écosystèmes

335

Par leur dixième moyen, les requérantes soutiennent que certaines des réponses fournies par la Commission au point 3.3.2 de l’annexe III de la décision attaquée concernant les préoccupations exprimées dans leur demande de réexamen interne quant aux critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » pour les activités forestières liées aux bioénergies au regard de la « prévention et [de] la réduction de la pollution » et de la « protection et [de] la restauration de la biodiversité et des écosystèmes », au sens de l’article 9, sous e) et f), du règlement sur la taxonomie, respectivement, sont contraires à l’article 10, paragraphe 3, sous b), et à l’article 17, paragraphe 1, sous e) et f), du règlement sur la taxonomie.

336

Le dixième moyen se subdivise en trois branches.

Sur la première branche du dixième moyen, tirée de l’insuffisance de la réponse de la Commission aux reproches portant sur l’absence de critères adéquats visant la prévention de dommages importants à la biodiversité et aux écosystèmes

337

Selon les requérantes, la réponse de la Commission figurant au point 3.3.2, sous i) (page 89), de l’annexe III de la décision attaquée, qui renvoie au point 3.1.3 (pages 47 à 49) de l’annexe II de cette même décision et qui vise les préoccupations exprimées dans la demande de réexamen interne quant aux critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à la « protection et à la restauration de la biodiversité et des écosystèmes », au sens de l’article 9, sous f), du règlement sur la taxonomie, est entachée d’erreurs manifestes d’appréciation et viole ainsi l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie.

338

Dans le cadre dudit point 3.3.2, sous i) (page 89), de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission aurait notamment fait référence au point 3.1.3 (pages 47 à 49) de l’annexe II de la même décision. En outre, elle aurait soutenu que la formulation des critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à la biodiversité aurait été choisie pour garantir leur facilité d’utilisation, notamment en dehors de l’Union. La Commission aurait, de plus, renvoyé à la directive 92/43/CEE du Conseil, du 21 mai 1992, concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages (JO 1992, L 206, p. 7, ci-après la « directive “habitats” »), et aux critères de durabilité de la directive RED II. Elle aurait également invoqué sa proposition de révision de la directive RED II, qui comprendrait « des règles plus strictes sur l’approvisionnement en biomasse forestière à l’égard des zones à forte biodiversité ». La Commission aurait, enfin, rappelé le considérant 31 du règlement délégué, selon lequel les critères relatifs aux activités liées aux bioénergies devraient être révisés pour prendre en considération l’évolution des politiques publiques, telle que la révision de la directive RED II. Par ailleurs, elle aurait déclaré qu’elle examinerait tout élément scientifique supplémentaire pertinent pour tenir compte des résultats de toute révision actuelle ou future des politiques, telle que la révision de la directive RED II.

339

Ces réponses sont, selon les requérantes, entachées d’erreurs manifestes d’appréciation, pour les motifs suivants.

340

Premièrement, pour autant que la Commission aurait invoqué la directive 2011/92/UE du Parlement européen et du Conseil, du 13 décembre 2011, concernant l’évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l’environnement (JO 2012, L 26, p. 1, ci‑après la « directive EIE », elle ne prendrait pas en compte que, souvent, l’exploitation forestière ne répond pas aux critères justifiant une évaluation en vertu de cette directive. En effet, l’article 4, paragraphe 2, de la directive EIE ne s’appliquerait qu’à un champ limité de projets, à savoir ceux énumérés à l’annexe II de cette directive. Les seuls projets visés à l’annexe II potentiellement pertinents seraient le « [p]remier boisement et déboisement en vue de la reconversion des sols » [point 1, sous d), de l’annexe II de la directive EIE], mais, dans la majorité des cas, l’exploitation forestière en vue de la production de biomasse aux fins de la production d’électricité n’aboutirait pas à une reconversion des sols, ce qui signifierait que les mesures de protection prévues par la directive EIE ne s’appliquent généralement pas à l’exploitation forestière en vue de la production de biomasse. La Commission n’aurait pas même indiqué la raison pour laquelle ces critères pourraient être suffisants pour garantir que les activités forestières liées aux bioénergies ne causent pas de préjudice important à la biodiversité ni aux écosystèmes. Le fait que le libellé de ces critères renvoie « à la législation nationale applicable ou aux normes internationales équivalentes » ne saurait suffire à remédier au problème tenant à ce que certains pays tiers disposent de lois peu protectrices et appliquent de manière lacunaire les règles relatives à la protection de l’environnement. Enfin, s’agissant des appréciations de la Commission au sujet de la directive « habitats », les requérantes soutiennent que l’exploitation forestière ne remplit pas les critères justifiant une évaluation en vertu de cette directive. À cet égard, elles renvoient à leurs allégations dans le cadre de la demande de réexamen, par rapport aux critères d’examen technique figurant dans le règlement délégué.

341

Deuxièmement, la référence aux critères de durabilité de la directive RED II serait « inopérante », puisque, en matière de biodiversité, ces critères exigent seulement l’existence de législations ou de « systèmes de gestion » au niveau des zones d’approvisionnement forestières garantissant que l’exploitation soit effectuée dans le souci « de la préservation de la qualité des sols et de la biodiversité, dans le but de réduire au minimum les incidences négatives ». Toutefois, ces critères ne fixeraient aucun seuil et n’excluraient pas les pratiques d’exploitation qui, telles que la coupe à blanc, causent un préjudice considérable à la biodiversité.

342

Troisièmement, il serait dépourvu de pertinence d’invoquer la future révision de la directive RED II afin de justifier les lacunes affectant les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important ». Le fait que les critères de la directive RED II puissent faire l’objet de modifications ultérieures ne saurait dispenser les institutions de veiller à ce que ces critères satisfassent aux exigences du règlement sur la taxonomie au moment de la publication du règlement délégué.

343

La Commission conteste ces arguments.

344

La première branche du dixième moyen est dépourvue de fondement, ainsi qu’il ressort des motifs suivants.

345

À titre liminaire, il convient de rappeler que, selon l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, compte tenu du cycle de vie des produits et des services fournis par une activité économique, y compris des éléments de fait tirés d’analyses du cycle de vie existantes, cette activité économique est considérée comme causant un préjudice important à la protection et à la restauration de la biodiversité et des écosystèmes, lorsqu’elle est « i) fortement préjudiciable au bon état et à la résilience d’écosystèmes » ou « ii) préjudiciable à l’état de conservation des habitats et des espèces, y compris ceux qui présentent un intérêt pour l’Union ».

346

Ainsi qu’il ressort du point 193 de la requête, les requérantes allèguent que, contrairement à ce qu’a considéré la Commission dans la décision attaquée, les critères d’examen technique relatifs au principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » en question ne sont pas aptes à assurer que l’activité économique en cause ne doive pas être considérée comme « activité fortement préjudiciable au bon état et à la résilience d’écosystèmes » [article 17, paragraphe 1, sous f), i), du règlement sur la taxonomie] ni comme « activité préjudiciable à l’état de conservation des habitats et des espèces, y compris ceux qui présentent un intérêt pour l’Union » [article 17, paragraphe 1, sous f), ii), du règlement sur la taxonomie].

347

Or, ces arguments ne contiennent aucune explication permettant de comprendre en quoi l’un ou l’autre des points dudit article 17, paragraphe 1, aurait été violé et ne sauraient donc établir que la réponse de la Commission qui figure au point 3.3.2, sous i) (page 89), de l’annexe III de la décision attaquée est contraire à l’article 17, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie. Ces arguments ne privent pas de plausibilité l’appréciation effectuée par la Commission dans la décision attaquée, ainsi qu’il peut être déduit des éléments suivants.

348

Premièrement, il n’y a pas lieu d’examiner l’« efficacité », en termes d’alignement sur les objectifs de l’accord de Paris en matière de température, des divers mécanismes et procédures d’évaluations contenus dans les différentes dispositions des directives « habitats » et EIE, mentionnées par la Commission dans la décision attaquée.

349

La question de l’« efficacité » des directives « habitats » et EIE en termes d’alignement sur les objectifs de l’accord de Paris en matière de température, sur laquelle se fonde l’argumentation des requérantes, relève des prérogatives législatives du Conseil de l’Union européenne et du Parlement européen. Les dispositions de ces directives constituent le cadre juridique pertinent à ce stade de l’évolution du droit de l’Union, cadre auquel la Commission ne peut se soustraire. Le fait que la Commission se soit référée, dans sa réponse, auxdites directives ne peut donc constituer une erreur de droit.

350

En tout état de cause, ne sont pas avérées les prétendues insuffisances, invoquées par les requérantes, qui entacheraient les appréciations figurant aux troisième et quatrième alinéas du point 3.1.3 (page 48) de l’annexe II de la décision attaquée, lesquels portent sur le mécanisme de protection de l’environnement prévu à l’article 4, paragraphe 2, de la directive EIE, ainsi qu’au point 1, sous d), de l’annexe II de ladite directive, ou encore l’évaluation prévue à l’article 6, paragraphe 3, de la directive « habitats ».

351

S’agissant de la problématique soulevée par la directive EIE, il ne saurait être considéré comme « peu probable », contrairement à ce que font valoir les requérantes, que la récolte de la biomasse forestière effectuée aux fins de la production de biomasse forestière relève de l’annexe II de la directive EIE ou que les seuls « projets » potentiellement pertinents dans le cadre de la directive EIE sont le « [p]remier boisement et déboisement en vue de la reconversion des sols », évoqué au point 1, sous d), de l’annexe II de la directive EIE, étant précisé que, ainsi que le rappellent les requérantes, la reconversion des sols implique un changement d’utilisation des terres.

352

En effet, d’une part, la récolte de la biomasse forestière qui constitue un projet de remembrement rural peut également relever du point 1, sous a), de l’annexe II de la directive EIE.

353

D’autre part, l’interprétation que les requérantes donnent du point 1, sous d), de l’annexe II de la directive EIE n’est pas compatible avec l’interprétation large donnée par la Cour du champ d’application de cette disposition. Il résulte des points 32 à 38 de l’arrêt du 7 août 2018, Prenninger e.a (C‑329/17, EU:C:2018:640), que même les opérations d’ouverture de tranchée forestière en vue de l’installation et de l’exploitation d’une ligne aérienne de transport électrique relèvent du point 1, sous d), de l’annexe II de la directive EIE. Une transposition, mutatis mutandis, des enseignements à tirer de cet arrêt au cas de l’espèce permet de conclure que toute activité de récolte de biomasse forestière réalisée en vue de conférer aux sols concernés un « nouvel usage » des terres relève de l’annexe II, point 1, sous d), de la directive EIE et entraîne, partant, l’obligation d’en évaluer les incidences sur l’environnement, conformément à l’article 4, paragraphe 1, de la directive EIE.

354

S’agissant de l’argument des requérantes selon lequel la réponse de la Commission serait erronée, la directive « habitats » étant inadéquate car l’exploitation forestière ne relèverait pas des exigences justifiant une évaluation en vertu de cette directive, il y a lieu de relever ce qui suit.

355

L’argument portant sur la prétendue insuffisance de l’exigence contenue dans l’appendice D des annexes I et II du règlement délégué pour les sites et opérations situés au sein ou à proximité de zones sensibles sur le plan de la biodiversité n’est pas étayé. Ainsi que l’a relevé la Commission dans la décision attaquée, les exigences de l’article 6, paragraphes 3 et 4, de la directive « habitats », auxquelles fait référence la note en bas de page no 3 de l’appendice D des annexes I et II du règlement délégué, garantissent que l’exploitation forestière autorisée ne porte pas atteinte de manière significative à l’intégrité d’un site, ne serait‑ce que par le biais de l’adoption de mesures d’atténuation et de compensation. Bien que le critère du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important », énoncé à l’appendice D des annexes I et II du règlement délégué, n’interdise pas l’exploitation forestière dans les zones Natura 2000 – tout aussi peu que la directive « habitats » –, il exige néanmoins qu’« une évaluation appropriée a[it] été réalisée, le cas échéant, et que, sur la base de ses conclusions, les mesures d’atténuation nécessaires so[ient] mises en œuvre ». Les États membres doivent donc adopter des mesures de protection pour les habitats forestiers, y compris ceux situés en dehors des sites Natura 2000. Certes, les éléments factuels invoqués par les requérantes afin de démontrer la prétendue inefficacité des dispositions de la directive « habitats » et, partant, des critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » en question, à savoir les abattages intervenus en Pologne et en Estonie « sans qu’aucune évaluation des incidences sur l’environnement ait été réalisée », illustrent des situations extrêmes et préoccupantes. Toutefois, ces circonstances particulières ne sauraient remettre en cause ni la finalité ni l’efficacité des dispositions de la directive « habitats » ni, partant, le bien‑fondé des déclarations de la Commission figurant à la page 48 de l’annexe II de la décision attaquée.

356

En ce que les requérantes contestent également l’appréciation de la Commission faite au point 3.1.3, quatrième alinéa (page 48), de l’annexe II de la décision attaquée, selon laquelle « [l]a formulation des critères génériques [du critère d’examen technique du principe consistant à “ne pas causer de préjudice important”] en matière de protection et de restauration de la biodiversité et des écosystèmes, tels qu’énoncés à l’appendice D de l’annexe I du règlement délégué, a également été élargie délibérément pour couvrir des activités qui ne relèveraient pas de l’évaluation appropriée requise par la directive “habitats”, ou [de] l’évaluation des incidences sur l’environnement exigée par la directive [EIE], mais relèverait de dispositions législatives équivalentes[ ; c]’est ce qui explique l’expression “avec la législation nationale applicable ou aux normes internationales équivalentes” [figurant] dans la note en bas de page no 3 de l’appendice D de l’annexe I du règlement délégué ».

357

Si, selon les requérantes, la référence faite par la Commission « à la législation nationale applicable ou aux normes internationales équivalentes » (voir également la note en bas de page no 3 de l’appendice D des annexes I et II du règlement délégué) ne saurait résoudre le problème posé par les « lois très peu protectrices » de certains pays qui « appliquent peu les règles de protection de l’environnement », un tel argument ne saurait mettre en cause la légalité de la réponse de la Commission. Il ne saurait, dès lors, qu’être rejeté comme étant non étayé.

358

Il en découle que la référence faite par la Commission dans la décision attaquée (point 3.1.3 de l’annexe II) à la note en bas de page no 3 de l’appendice D des annexes I et II du règlement délégué ne se limite pas à prendre en compte les activités économiques situées dans les pays tiers dotés d’une certaine législation environnementale. Une lecture de ladite note en bas de page no 3 révèle que la Commission a entendu viser exclusivement les pays tiers disposant d’une législation « équivalente » à celle de l’Union en matière d’évaluations visées par la directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil, du 30 novembre 2009, concernant la conservation des oiseaux sauvages (JO 2010, L 20, p. 7) et la directive « habitats ».

359

Le terme « équivalent », qui apparaît dans l’argument des requérantes, lui‑même relatif à la note en bas de page no 3 de l’appendice D des annexes I et II du règlement délégué et qui se rapporte tant à la législation des pays tiers qu’aux normes internationales mentionnées, vise précisément à exclure qu’une activité économique puisse être considérée comme étant conforme aux critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » lorsque l’évaluation de l’activité économique pertinente a été effectuée en application de « lois très peu protectrices » ou lorsqu’une telle activité a été évaluée en « appliqu[ant] peu les règles de protection de l’environnement ». Il ressort de la note en bas de page no 3 de l’appendice D des annexes I et II du règlement délégué, telle que mentionnée dans la décision attaquée, qu’une activité économique qui n’a pu être évaluée selon la législation d’un pays tiers à un niveau similaire (« équivalent ») à la législation de l’Union est contraire audit appendice D. Ceci permet d’exclure que cette activité puisse être désignée de « durable sur le plan environnemental » au sens des articles 1er et 3 du règlement sur la taxonomie.

360

Compte tenu de ces éléments, le problème lié aux pays tiers ayant un niveau de protection insuffisant en matière d’environnement ne relève donc pas d’une situation à laquelle la décision attaquée n’aurait pas trouvé de réponse adéquate.

361

Deuxièmement, sont non fondés les arguments selon lesquels la référence aux critères de durabilité contenus dans la directive RED II serait « inopérante », puisque les critères visés à l’appendice D des annexes I et II du règlement délégué ne fixeraient « aucun seuil » et n’excluraient pas les « pratiques d’exploitation qui, telles que la coupe à blanc, causent un préjudice considérable à la biodiversité ».

362

D’une part, l’exemple de la coupe à blanc, invoqué par les requérantes, est une réalité de l’économie forestière qui fait l’objet de définitions divergentes au sein des législations des différents États, et ce en fonction de seuils distincts, ainsi qu’il peut être déduit de l’article 29, paragraphe 6, sous a), iv), et paragraphe 6, sous b), iv), de la directive RED II. Une telle diversité de définitions des seuils pour la coupe à blanc vaut également pour les États membres de l’Union. Ainsi, loin d’être considérée systématiquement comme étant problématique, comme le laissent entendre les requérantes, la coupe à blanc est, selon les cas, tantôt prohibée, tantôt admise comme une pratique acceptable, voire autorisée sous certaines conditions, dans les législations des États membres. La coupe à blanc présente donc un caractère ambivalent, dans la mesure où son incidence sur l’environnement n’est pas toujours négative. Il ne saurait donc être considéré, comme le font les requérantes, que toute coupe à blanc relève forcément de la notion d’« activité fortement préjudiciable au bon état et à la résilience d’écosystèmes » [article 17, paragraphe 1, sous f), i), du règlement sur la taxonomie] ou de la notion d’« activité préjudiciable à l’état de conservation des habitats et des espèces, y compris ceux qui présentent un intérêt pour l’Union » [article 17, paragraphe 1, sous f), ii), du règlement sur la taxonomie].

363

D’autre part, si les requérantes entendaient ne viser que la coupe à blanc potentiellement nocive – à l’exclusion de la coupe à blanc bénéfique pour la forêt – il n’apparaît pas clairement quel « seuil paneuropéen », c’est-à-dire uniformisé, la Commission aurait pu établir, dans les critères d’examen technique, pour répondre de manière adéquate à cette problématique. Une telle harmonisation aurait, par voie de conséquence, uniformisé les seuils nationaux applicables en la matière. Il convient toutefois de relever qu’une telle démarche n’aurait pu être entreprise sans risquer de porter atteinte tant à la base juridique du règlement sur la taxonomie, à savoir l’article 114 TFUE, qu’au principe de subsidiarité, prévu à l’article 5, paragraphe 3, TUE. En effet, la coupe à blanc est une pratique pour laquelle les États membres de l’Union ont fixé leurs propres seuils quantitatifs – exprimés notamment en termes d’hectares – au‑delà desquels cette pratique est interdite. Ces seuils quantitatifs sont différents en raison des variations géographiques nationales ou locales ainsi que des espèces impliquées. Les requérantes n’ont à aucun moment indiqué à la Commission ou au Tribunal de quelle manière lesdits seuils nationaux auraient pu être uniformisés, sans que la Commission porte atteinte, ce faisant, au principe de subsidiarité.

364

Troisièmement, sont non fondés les arguments selon lesquels il serait sans pertinence d’invoquer la prochaine révision de la directive RED II pour justifier les « lacunes » des critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important ».

365

D’une part, les requérantes ne démontrent pas l’existence d’une « lacune » dans lesdits critères d’examen technique, ni ne précisent quel élément concret ferait défaut. D’autre part, la référence faite par la Commission à la prochaine révision de la directive RED II apparaît pertinente. Ce faisant, la Commission a annoncé sa disponibilité – voire reconnu son obligation – concernant l’adaptation des critères d’examen technique en question afin de tenir compte des modifications futures de la directive RED II en fonction de l’évolution de l’état de la science ou du droit de l’Union qui régit et encadre l’adoption des critères d’examen technique. Il ne saurait être considéré que la Commission n’était pas en droit d’annoncer, dans la décision attaquée, sa disponibilité pour modifier les critères d’examen technique en cause, en vue de répondre au développement de la science ou aux modifications de la législation de l’Union. L’obligation, pour la Commission, de réexaminer régulièrement les critères d’examen technique visés à l’article 19, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie est expressément prévue à l’article 19, paragraphe 5, premier alinéa, dudit règlement.

366

Compte tenu de ces éléments, la première branche du dixième moyen ne peut qu’être rejetée.

Sur la deuxième branche du dixième moyen, tirée d’erreurs entachant la réponse de la Commission aux reproches portant sur les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » en vue de la prévention et du contrôle de la pollution

367

Selon les requérantes, la réponse de la Commission qui figure au point 3.3.2, sous ii) (pages 89 et 90), de l’annexe III de la décision attaquée viole l’article 17, paragraphe 1, sous e), du règlement sur la taxonomie.

368

La Commission n’aurait présenté, au point 3.3.1, sous ii), de l’annexe III (pages 89 et 90) de la décision attaquée, aucun argument structuré réfutant leur reproche selon lequel les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à la prévention et au contrôle de la pollution sont inadéquats pour déterminer si les activités associées à la bioénergie forestière « entraîn[ent] une augmentation notable des émissions de polluants dans l’air, l’eau ou le sol, par rapport à la situation antérieure au lancement de l’activité », conformément à l’article 17, paragraphe 1, sous e), du règlement sur la taxonomie. Dans cette partie de la décision attaquée, la Commission se serait contentée d’affirmer qu’elles avaient mal interprété la notion de « meilleures techniques disponibles », visée à l’article 3, paragraphe 10, de la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil, du 24 novembre 2010, relative aux émissions industrielles (prévention et réduction intégrées de la pollution) (JO 2010, L 334, p. 17, ci-après la « directive émissions industrielles »), et que la mise en œuvre des « meilleures techniques disponibles »« donn[ait] les meilleurs résultats en termes d’efficacité et d’efficience environnementales ».

369

La Commission n’aurait fourni aucune réponse concernant l’absence d’exigences quantitatives quant à l’ampleur de la réduction des émissions dans les zones dépassant les limites de pollution.

370

Enfin, en ce qui concerne la pollution associée à la fabrication des granulés de bois, la Commission se serait bornée à affirmer que « [m]algré un examen approfondi, l’intégration généralisée des considérations relatives au cycle de vie dans les critères s’[était] avérée difficile en raison du manque de données utilisables et comparables (voir document intitulé “Taxonomy [Regulation’s] Impact Assessment”) ».

371

La Commission conteste ces arguments.

372

La deuxième branche du dixième moyen est non fondée, pour les motifs suivants.

373

Il convient de rappeler que, selon l’article 17, paragraphe 1, sous e), du règlement sur la taxonomie, compte tenu du cycle de vie des produits et des services fournis par une activité économique, y compris des éléments de fait tirés d’analyses du cycle de vie existantes, cette activité économique est considérée comme causant un préjudice important à la prévention et à la réduction de la pollution lorsqu’elle entraîne une « augmentation notable des émissions de polluants dans l’air, l’eau ou le sol, par rapport à la situation antérieure au lancement de l’activité ».

374

Aucun des arguments mentionnés au point 368 ci‑dessus ne démontre l’existence d’une erreur de droit sous l’angle d’une violation des conditions figurant à l’article 17, paragraphe 1, sous e), du règlement sur la taxonomie. Ces arguments ne privent pas non plus de plausibilité les appréciations faites par la Commission au point 3.3.2, sous ii) (pages 89 et 90), de l’annexe III de la décision attaquée.

375

En effet, en premier lieu, l’argumentation des requérantes selon laquelle la Commission n’aurait pas fourni une réponse structurée pour réfuter les griefs soulevés dans la demande de réexamen interne, mais se serait bornée à leur reprocher d’avoir mal interprété la notion de « meilleures techniques disponibles », visée à l’article 3, paragraphe 10, de la directive émissions industrielles, ne saurait prospérer.

376

Les requérantes n’exposent pas précisément en quoi le fait pour la Commission de fonder sa réponse sur la notion de « meilleures techniques disponibles », telle que visée à l’article 3, paragraphe 10, de la directive émissions industrielles, serait contraire à l’article 17, paragraphe 1, sous e), du règlement sur la taxonomie. En particulier, il n’est pas possible de discerner, dans ces arguments, des faits ou des éléments de droit susceptibles d’être rattachés concrètement à la notion d’« augmentation notable des émissions de polluants » ou encore aux catégories « air », « eau » et « sol », visées à l’article 17, paragraphe 1, sous e), du règlement sur la taxonomie.

377

Par ailleurs, la réponse donnée par la Commission au point 3.3.2, sous ii) (pages 89 et 90), de l’annexe III de la décision attaquée est relativement étoffée. Elle permet de comprendre la raison pour laquelle la Commission a fait de la notion de « meilleures techniques disponibles », figurant à l’article 3, paragraphe 10, de la directive émissions industrielles, l’un des paramètres fondamentaux dans le cadre des critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à la prévention et au contrôle de la pollution dont il est question au point 5 du tableau des critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » figurant aux points 4.7, 4.8, 4.19, 4.20, 4.23 et 4.24 des annexes I et II du règlement délégué.

378

Selon la Commission, le fait de placer la notion de « meilleures techniques disponibles » au cœur desdits critères se justifiait par la circonstance qu’il s’agit d’un critère représentant l’optimum en la matière. Certes, la Commission n’utilise pas ce terme dans la décision attaquée. Toutefois, il ressort de la dernière phrase du premier paragraphe de la page 90 de la décision attaquée, selon laquelle « la mise en œuvre des meilleures techniques disponibles donn[erait] les meilleurs résultats en termes d’efficacité et d’efficience environnementales », qu’elle fonde implicitement sa démarche sur la recherche de cet optimum. Il apparaît ainsi que la Commission était bien consciente du fait que cet optimum traduit une approche exigée par le législateur.

379

Par leurs arguments, les requérantes n’expliquent pas la raison pour laquelle la Commission aurait dû se départir dudit critère visant les « meilleures techniques disponibles », tel qu’il figure à l’article 3, paragraphe 10, de la directive émissions industrielles. L’argumentation des requérantes à cet égard est floue et incomplète. Elle n’explique pas pourquoi le recours aux « meilleures techniques disponibles », c’est-à-dire à l’optimum en la matière, serait inadapté pour répondre aux conditions de l’article 17, paragraphe 1, sous e), du règlement sur la taxonomie ou pour aboutir aux « meilleurs résultats en termes d’efficacité et d’efficience environnementales » dont il est question dans la réponse de la Commission.

380

En deuxième lieu, ne saurait davantage prospérer l’argument des requérantes selon lequel la Commission n’aurait pas répondu au grief concernant l’absence d’exigences quant à l’ampleur de la réduction des émissions dans les « zones dépassant les limites de pollution » (voir point 369 ci‑dessus).

381

Cet argument n’est compréhensible qu’au regard des griefs invoqués par les requérantes, dans la demande de réexamen interne, concernant les installations situées dans des zones qui ne respectent pas les « valeurs limites » en matière de qualité de l’air au sens de la directive 2008/50/CE du Parlement européen et du Conseil, du 21 mai 2008, concernant la qualité de l’air ambiant et un air pur pour l’Europe (JO 2008, L 152, p. 1). L’argument selon lequel la Commission n’aurait fourni aucune réponse concernant l’absence d’exigences dans les « zones dépassant les limites de pollution » n’est recevable dans le cadre du présent recours que dans la mesure où il a été formulé dans la demande de réexamen interne. Or, cet argument s’avère recevable compte tenu de ce qui résulte du point 366 de cette demande. Les requérantes y avaient critiqué l’absence d’exigences pour les « zones dépassant les limites de pollution », et ce non de manière générale, mais afin de relever l’absence d’un « seuil quantitatif » quant à l’ampleur de la réduction des émissions.

382

Il est vrai que, au point 3.3.2, sous ii) (pages 89 et 90), de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission n’a pas expressément fait référence à l’énoncé de l’article 19, paragraphe 1, sous c), du règlement sur la taxonomie ni indiqué si elle avait été en mesure de trouver des seuils quantitatifs visant l’ampleur de la réduction des émissions dans les zones dépassant les limites de pollution et si elle avait été contrainte de se borner à prévoir des critères qualitatifs. À cet égard, il convient de rappeler que, en vertu de l’article 19, paragraphe 1, sous c), du règlement sur la taxonomie, les critères d’examen technique établis en vertu de l’article 10, paragraphe 3, et de l’article 11, paragraphe 3, de ce règlement, en ce compris les critères visés à l’article 17 de ce même règlement, « sont quantitatifs et comprennent des seuils dans la mesure du possible et, à défaut, sont qualitatifs ».

383

Toutefois, les requérantes ne sauraient prétendre que la Commission n’a fourni aucune réponse concernant l’absence d’exigences pour les « zones dépassant les limites de pollution » au point 3.3.2, sous ii) (pages 89 et 90), de l’annexe III de la décision attaquée. En effet, au point 1.3 (page 65) de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission avait réfuté tout argument concernant le manque de critères quantitatifs, en renvoyant explicitement à l’article 19, paragraphe 1, sous c), du règlement sur la taxonomie. Si le point 1.3 (page 65) de l’annexe III de la décision attaquée est consacré plus largement aux reproches faits par les requérantes, dans la section IV.B de la demande de réexamen interne (point 108 de ladite demande), quant à l’existence d’un « détournement du pouvoir » au motif que les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » ne contiendraient pas de seuils quantitatifs, il résulte de cette partie de la décision attaquée que, selon la Commission, « [l]a nature qualitative des critères résulte de l’absence de références mesurées ou de mesures acceptées pour définir des critères de sélection quantitatifs pour l’adaptation à ce stade et du manque relatif d’objectifs d’adaptation quantitatifs définis au niveau national, sectoriel ou infranational ». Ainsi, cette réponse de la Commission aux reproches concernant l’éventuelle existence d’un « détournement de pouvoir » couvre également la problématique liée au manque de critères quantitatifs, soulevée par les requérantes dans le cadre de la deuxième branche du dixième moyen.

384

En troisième lieu, est non fondé l’argument selon lequel, en ce qui concerne la pollution associée à la fabrication des granulés de bois, la Commission se serait « bornée » à affirmer que, « [m]algré un examen approfondi, l’intégration généralisée des considérations relatives au cycle de vie dans les critères s’[était] avérée difficile en raison du manque de données utilisables et comparables » (voir point 370 ci‑dessus).

385

D’une part, à défaut de se référer aux conditions matérielles spécifiques de l’article 17, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie, mentionnées au point 345 ci‑dessus, cet argument est non étayé. Le lien entre cet argument et l’hypothèse selon laquelle un opérateur désireux de démontrer la durabilité environnementale de son activité doit éviter que celle-ci soit considérée comme étant « i) fortement préjudiciable au bon état et à la résilience d’écosystèmes » ou « ii) préjudiciable à l’état de conservation des habitats et des espèces, y compris ceux qui présentent un intérêt pour l’Union » ne ressort nullement de manière évidente.

386

D’autre part, force est de constater que, dans la réponse donnée au point 3.3.2, sous ii) (pages 89 et 90), de l’annexe III de la décision attaquée, la Commission ne s’est pas « bornée » à l’affirmation citée aux points 368 et 384 ci‑dessus. Au contraire, en ce qui concerne la problématique de la pollution associée à la poussière issue de la fabrication des granulés de bois, la Commission a assorti le passage cité d’une parenthèse renvoyant explicitement au document intitulé « Taxonomy [Regulation’s] Impact Assessment », qu’elle a cité, en outre, à la note en bas de page XXV de la décision attaquée et dont le titre complet se lit comme suit : « Commission Staff Working Document “Impact Assessment”, accompanying the document “Proposal for a Regulation of the European Parliament and of the Council on the establishment of a framework to facilitate sustainable investment”, SWD(2018) 264 final, [du] 24.5.2018 ».

387

Ainsi qu’il résulte du point 1.2 de l’annexe I de la décision attaquée, qui concerne toutes les entités ayant introduit des demandes de réexamen interne à l’encontre du règlement délégué, y compris les requérantes, la Commission s’estime fondée à affirmer que les « objectifs généraux et spécifiques du règlement délégué sont cohérents avec ceux du règlement sur la taxonomie, qui ont été expliqués en détail dans l[e document intitulé “Taxonomy [Regulation’s] Impact Assessment”] ». Loin de se limiter à cette déclaration, la Commission a poursuivi son raisonnement concernant le caractère adéquat des critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » sous l’angle du règlement sur la taxonomie, en exposant des éléments d’ordre juridique et scientifique aux pages 10 à 12 de l’annexe I de la décision attaquée.

388

Les requérantes ne remettent pas en cause l’incidence, sur le bien‑fondé des appréciations de la Commission, de la parenthèse qui accompagne le passage cité au point 370 ci‑dessus renvoyant explicitement audit document intitulé « Taxonomy [Regulation’s] Impact Assessment » (voir point 386 ci‑dessus). De même, elles n’établissent aucun lien entre l’argument mentionné au point 370 ci‑dessus et l’appréciation générale effectuée par la Commission au point 1.2 de l’annexe I de la décision attaquée. En d’autres termes, les requérantes ne tiennent pas compte du contexte plus large – et étoffé – dans lequel s’inscrit la déclaration en cause, qui a permis à la Commission d’effectuer une telle déclaration.

389

Or, en ne replaçant pas le passage cité au point 370 ci‑dessus dans le contexte des éléments relevés par la Commission dans le cadre de l’appréciation générale figurant au point 1.2 de l’annexe I de la décision attaquée ni du contenu du document intitulé « Taxonomy [Regulation’s] Impact Assessment », les requérantes n’ont pas fourni d’éléments susceptibles de priver de plausibilité l’appréciation de la Commission selon laquelle « [m]algré un examen approfondi, l’intégration généralisée des considérations relatives au cycle de vie dans les critères s’[était] avérée difficile en raison du manque de données utilisables et comparables ».

390

En conséquence, ce grief des requérantes ne peut qu’être rejeté, tout comme la deuxième branche du dixième moyen dans son ensemble.

Sur la troisième branche du dixième moyen, tirée d’erreurs relatives aux critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » dans le cadre de l’économie circulaire

391

Selon les requérantes, est contraire à l’article 10, paragraphe 3, sous b), du règlement sur la taxonomie la réponse de la Commission exposée au point 3.3.2 (page 88) de l’annexe III de la décision attaquée, laquelle renvoie au point 3.1.2, sous b) (pages 44 à 46), de l’annexe II de cette même décision, s’agissant des préoccupations exprimées dans la demande de réexamen interne concernant l’absence totale de critères d’examen technique concernant le principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à l’économie circulaire en matière d’activités forestières liées aux bioénergies.

392

Au point 3.3.2 (page 88) de l’annexe III de la décision attaquée – qui renvoie au point 3.1.2, sous b) (page 44), de l’annexe II de la décision attaquée – la Commission aurait répondu à ces préoccupations en déclarant que la relation entre le principe de l’utilisation en cascade et la biomasse était « très complexe » et qu’il « n’existait pas d’éléments scientifiques suffisants à partir desquels il serait possible de concevoir des critères adéquats ». La Commission se serait également appuyée sur des références à l’économie circulaire figurant dans la directive RED II et sur sa proposition de révision de cette directive, qui viserait à dissuader les États de fournir des incitations à la production d’énergie par la combustion de grumes de sciage et de placage, de souches et de racines.

393

Or, en premier lieu, cette réponse confirme, selon les requérantes, que les activités forestières liées aux bioénergies causent un préjudice à l’économie circulaire et que l’absence de critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à l’économie circulaire viole l’article 10, paragraphe 3, sous b), du règlement sur la taxonomie, lu conjointement avec l’article 17, paragraphe 1, sous d), i), du règlement sur la taxonomie.

394

En second lieu, en réponse aux considérations développées par la Commission dans son mémoire en défense, selon lesquelles sa compétence d’élaborer des critères d’examen technique devrait être interprétée à la lumière de son habilitation à adopter une approche « par étapes » et à procéder en fonction de l’expérience acquise, comme l’exigerait l’article 19, paragraphe 5, du règlement sur la taxonomie, les requérantes avancent que, lors de l’adoption d’un acte administratif tel qu’un règlement délégué, la Commission doit respecter l’acte législatif qui l’habilite à adopter cet acte administratif au motif qu’il est en son pouvoir de le réviser par la suite. Or, en l’espèce, il aurait existé des éléments de preuve démontrant que les activités liées aux bioénergies étaient susceptibles de causer un préjudice à l’économie circulaire et que l’établissement de critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à l’économie circulaire était nécessaire et possible.

395

La Commission conteste ces arguments.

396

Le Tribunal constate que les arguments exposés aux points 393 et 394 ci‑dessus sont non fondés. Les requérantes ne sont pas parvenues à démontrer que la réponse donnée par la Commission au point 3.3.2 de l’annexe III (page 88) de la décision attaquée, lu conjointement avec le point 3.1.2, sous b) (page 44), de l’annexe II de cette décision, serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ni que cette réponse serait contraire à l’article 10, paragraphe 3, sous b), du règlement sur la taxonomie, lu conjointement avec l’article 17, paragraphe 1, sous d),i), de ce règlement.

397

À cet égard, il convient de rappeler que, selon l’article 10, paragraphe 3, sous b), du règlement sur la taxonomie, la Commission adopte un règlement délégué afin de « compléter l’article 17 en établissant, pour chaque objectif environnemental pertinent, des critères d’examen technique afin de déterminer si une activité économique pour laquelle des critères d’examen technique ont été établis […] cause un préjudice important à un ou à plusieurs de ces objectifs ». En vertu de l’article 17, paragraphe 1, sous d), du règlement sur la taxonomie, une activité économique est considérée comme causant un préjudice important à l’économie circulaire, lorsqu’elle « est caractérisée par une inefficacité significative dans l’utilisation des matières ou dans l’utilisation directe ou indirecte de ressources naturelles telles que les sources d’énergie non renouvelables, les matières premières, l’eau et la terre, lors d’une ou de plusieurs étapes du cycle de vie des produits, notamment en termes de durabilité, de réparabilité, d’évolutivité, de réutilisabilité ou de recyclabilité des produits ».

398

En premier lieu, les requérantes allèguent que la Commission a « confirmé » que les activités forestières liées aux bioénergies causaient un préjudice à l’économie circulaire et que l’absence de critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à l’économie circulaire viole les articles 10 et 17 du règlement sur la taxonomie (voir point 393 ci‑dessus). Cette allégation repose essentiellement sur la contestation, par les requérantes, de l’affirmation contenue dans la décision attaquée selon laquelle, à la date de l’adoption de ladite décision, la Commission n’aurait pas disposé d’éléments scientifiques suffisants pour établir les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs à l’économie circulaire (voir également point 392 ci‑dessus).

399

En l’espèce, la charge de la preuve en ce qui concerne l’existence d’éléments scientifiques pouvant fonder l’adoption des critères d’examen technique dont elles déplorent l’absence incombe aux requérantes. À cet effet, elles doivent remettre en cause, dans le cadre du présent recours, la conclusion qu’en a tiré la Commission, en fournissant les éléments susceptibles de priver de plausibilité l’appréciation effectuée par cette institution.

400

Il résulte du point 3.1.2, sous b), de l’annexe II (page 44) de la décision attaquée que l’organisation non gouvernementale ayant soulevé des inquiétudes similaires, voire identiques, à celles des requérantes au stade de la demande de réexamen interne quant à la problématique du principe de l’utilisation en cascade de la biomasse avait invoqué certaines « TEG recommendations » (recommandations du groupe d’experts techniques sur la finance durable) à l’appui de son grief. Certes, les annexes de la requête contiennent un rapport intitulé « Technical Expert Group on sustainable finance », qui semble correspondre aux « TEG recommendations » susmentionnées, citées à plusieurs reprises par la Commission dans les annexes de la décision attaquée et déposées au dossier du Tribunal en tant qu’annexe A.42 à la requête pour étayer des allégations formulées dans le cadre du deuxième moyen. Ce document aurait, dans une certaine mesure, pu servir de base pour étayer la présente branche du dixième moyen.

401

Toutefois, et bien qu’il n’appartienne pas au Tribunal de rechercher et d’identifier, dans les annexes, les moyens et les arguments susceptibles de constituer le fondement du recours, les annexes ayant une fonction purement probatoire et instrumentale (arrêt du 15 décembre 2016, TestBioTech e.a./Commission, T‑177/13, non publié, EU:T:2016:736, point 141), il y a lieu de constater que le rapport « Technical Expert Group on sustainable finance » ne contient aucun élément susceptible de remettre en cause le bien‑fondé de la réponse de la Commission selon laquelle il « n’existe pas d’éléments scientifiques suffisants à partir desquels il serait possible de concevoir des critères adéquats » en ce qui concerne l’économie circulaire. Ainsi que l’ont fait valoir les requérantes dans le cadre du neuvième moyen, la valeur probante de ce rapport est faible par rapport à la problématique de l’économie circulaire. En particulier, il est indiqué ce qui suit au point 166 de la requête :

« Lorsqu’elle a élaboré les CET d’atténuation relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies, la Commission a également officiellement affirmé s’être appuyée sur le rapport du [groupe d’experts techniques sur la finance durable ; celui-ci] n’a cependant pas véritablement procédé à une collecte des éléments scientifiques, et on ne peut donc considérer que ses rapports répondent à l’exigence requérant des “éléments scientifiques concluants” [; l]a seule “analyse” formulée dans le rapport final du [groupe d’experts techniques sur la finance durable] indique que l’utilisation de la bioénergie “si elle n’est pas effectuée correctement, peut n’avoir aucune incidence positive nette, ou même avoir une incidence négative” sur l’atténuation du changement climatique [ ; l]e rapport du [groupe d’experts techniques sur la finance durable] demeure cependant muet sur les modalités d’une utilisation “correcte” de la bioénergie. »

402

Dans ces conditions, les éléments avancés par les requérantes ne permettent pas de constater que la Commission aurait commis une erreur manifeste d’appréciation, en ce qui concerne les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important à l’économie circulaire ».

403

En second lieu, contrairement à ce que suggèrent les requérantes, l’élément principal sous-jacent à la réponse de la Commission à leurs arguments mentionnés au point 394 ci‑dessus, figurant au point 3.1.2, sous b) (pages 44 à 46), de l’annexe II de la décision attaquée, à laquelle renvoie le point 3.3.2 (page 88) de l’annexe III de cette décision – ne constitue pas une référence par la Commission au fait qu’il est en son pouvoir de réviser le règlement délégué par la suite.

404

Ainsi qu’il résulte de la dernière phrase du dernier alinéa de la page 44 de l’annexe II de la décision attaquée, l’argument principal avancé par la Commission concernant son pouvoir de réviser le règlement délégué se réfère au fait que, à la date de l’adoption du règlement délégué ou de la décision attaquée, elle ne disposait pas d’assez d’éléments scientifiques concluants pour assurer une mise en œuvre adéquate du principe d’utilisation en cascade. Ce faisant, elle annonce sa disponibilité pour réviser le règlement délégué lorsque d’autres dispositions du droit de l’Union, telles que celles de la directive RED II, pourront être modifiées à la lumière d’éléments scientifiques « supplémentaires », ainsi qu’il ressort de la dernière phrase du deuxième alinéa figurant à la page 46 de l’annexe II de la décision attaquée. Il résulte du dernier alinéa figurant à la page 45 de l’annexe II de la décision attaquée que la future révision de la directive RED II visera explicitement le principe d’utilisation en cascade ainsi que son impact sur la manière appropriée d’aborder la problématique de la biomasse de façon à minimiser les effets de distorsion indus sur le marché des matières premières de la biomasse et les effets néfastes sur la biodiversité.

405

Prises ensemble, contrairement à ce que suggèrent les requérantes, les considérations figurant aux pages 44 à 46 de l’annexe II de la décision attaquée ne permettent pas de constater que la Commission aurait entendu justifier la légalité du règlement délégué en s’appuyant sur la possibilité d’une future révision de la directive RED II. En revanche, il en résulte que la Commission entendait faire usage de sa compétence pour élaborer des critères d’examen technique en fonction d’une approche fondée sur le développement de la science et de l’expérience acquise en la matière. Les déclarations de la Commission en cause permettent de comprendre qu’elle a, à tout le moins lors de l’adoption du règlement délégué ou de la décision attaquée, préféré s’abstenir d’adopter un quelconque critère spécifique et se limiter à suivre une approche « par étapes ».

406

Cette approche par étapes exposée par la Commission dans la décision attaquée résulte également du considérant 31 du règlement délégué, selon lequel il conviendrait de réexaminer, de compléter et, s’il y a lieu, de réviser les critères d’examen technique concernant les activités liées aux bioénergies afin de prendre en considération les données les plus récentes et de tenir compte de la législation pertinente de l’Union, notamment la directive RED II et ses révisions futures.

407

Une telle approche est conforme à la jurisprudence du juge de l’Union. Ainsi, il ressort du point 91 de l’arrêt du 17 octobre 2013, Schaible (C‑101/12, EU:C:2013:661), que, lorsque le législateur de l’Union est appelé à restructurer ou à créer un « système complexe », il lui est loisible de recourir à une approche « par étapes » et de procéder en fonction de l’expérience acquise, pour autant que son choix soit fondé sur des critères objectifs et appropriés par rapport aux buts poursuivis par la législation en cause. Cette approche s’applique, en principe, non seulement au législateur, mais aussi à la Commission lorsqu’elle adopte des actes délégués en la matière, le contexte des critères d’examen technique figurant dans de tels actes relevant d’un domaine économique caractérisé par un haut degré de technicité, et qui mérite donc d’être désigné de « complexe » au sens de la jurisprudence précitée.

408

En l’occurrence, ainsi que l’a exposé la Commission au point 3.1.2, sous b), de l’annexe II (page 44) de la décision attaquée, sans être contestée par les requérantes sur ce point, le lien entre le principe d’utilisation en cascade et la biomasse est hautement complexe. Dès lors que la Commission, selon ses propres déclarations, ne disposait pas d’éléments scientifiques suffisants à partir desquels elle aurait pu adopter des critères d’examen technique adéquats liés à l’économie circulaire et étant donné que les éléments du dossier devant le Tribunal ne permettent pas de conclure à l’illégalité de ces déclarations, il convient de conclure que la Commission était en droit de renoncer à l’adoption d’un critère d’examen technique spécifique lié à l’économie circulaire et de se limiter à suivre une approche « étape par étape ».

409

Compte tenu de ce qui précède, la troisième branche du dixième moyen doit être rejetée comme non fondée et, partant, le dixième moyen dans son intégralité.

Sur le onzième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission à la critique des requérantes quant aux critères d’examen technique d’adaptation au changement climatique

410

Par la première branche du onzième moyen, les requérantes font valoir que la Commission a mal interprété l’article 11, paragraphe 1, ainsi que l’article 11, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie, ce qui serait constitutif d’une erreur de droit.

411

Par la seconde branche du onzième moyen, les requérantes allèguent pour l’essentiel que la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation en ce que la Commission aurait déclaré que les critères d’examen technique d’adaptation remplissaient les conditions visées dans le règlement sur la taxonomie à l’égard des activités forestières liées aux bioénergies, sans toutefois expliquer de quelle manière ces critères pouvaient garantir que les activités forestières liées aux bioénergies apportent une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique.

412

Au point 1.2 de l’annexe III (pages 64 et 65) de la décision attaquée, la Commission aurait indiqué, en réponse aux arguments en question dans la demande de réexamen interne, quelle approche elle avait adoptée pour établir les critères d’examen technique d’adaptation. Elle serait partie du principe que « tous les secteurs et toutes les activités de l’économie sont supposés pouvoir apporter une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique » et qu’« il n’a[urait] pas été possible d’inclure l’ensemble de l’économie dans le cadre de l’adaptation au changement climatique dans cet acte délégué compte tenu des délais impartis pour l’adoption de cet acte ». De plus, tout en déclarant que les critères d’examen technique d’adaptation étaient « uniformes » et « fondés sur des procédures », la Commission aurait soutenu que « la nature essentiellement qualitative des critères résult[ait] de l’absence de valeurs de référence mesurées ou de paramètres acceptés permettant de définir des critères d’examen quantitatifs pour l’adaptation à ce stade et de l’absence relative d’objectifs d’adaptation quantitatifs définis au niveau national, sectoriel ou infranational ».

413

Or, selon les requérantes, le raisonnement de la Commission, résumé au point 412 ci‑dessus, reposerait sur une mauvaise interprétation, par celle-ci, des exigences de l’article 11, paragraphe 1 et paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie.

414

En premier lieu, l’hypothèse retenue par la Commission dans la décision attaquée selon laquelle « toutes les activités peuvent contribuer à l’adaptation au changement climatique » (voir point 412 ci-dessus) équivaudrait à déclarer que toute activité considérée comme apportant une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique au titre de l’annexe I du règlement délégué serait considérée comme apportant aussi une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique au titre de l’annexe II du règlement délégué. Or, une telle approche rendrait inutile l’établissement de critères d’examen technique d’adaptation requis par l’article 11, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie et serait donc contraire à l’objectif de ce règlement.

415

En deuxième lieu, les critères d’examen technique figurant à l’annexe II du règlement délégué n’exigeraient que la réduction des risques climatiques les « plus significatifs » associés à l’activité. Cette limitation serait contraire à l’article 11, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie, qui ne contiendrait aucune précision de ce type. En outre, la Commission aurait permis aux opérateurs économiques de déterminer librement si un risque climatique fait partie des risques les « plus significatifs », ce qui serait également erroné.

416

En troisième lieu, les critères d’examen technique d’adaptation au changement climatique découleraient tous de l’obligation visant à réaliser une « évaluation des risques et de la vulnérabilité liés au climat », en vertu de laquelle des solutions d’adaptation doivent être adoptées. Cependant, l’« évaluation des risques et de la vulnérabilité liés au climat » ne répondrait qu’à la « première partie de la phrase de l’article 11, paragraphe 1, sous a), [du règlement sur la taxonomie] » puisque, selon le règlement délégué, elle devrait seulement identifier les risques « qui sont importants pour l’activité ». L’approche adoptée dans le règlement délégué négligerait toutefois la seconde moitié dudit article 11, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie, relative aux risques découlant des solutions d’adaptation et susceptibles d’affecter la population, la nature ou les biens. Partant, lesdits critères d’adaptation concerneraient principalement la protection de l’activité contre les risques naturels accrus par le changement climatique, mais ne prendraient pas en compte de manière appropriée les risques pour la population et la nature.

417

Enfin, dans le cadre de la seconde branche du onzième moyen, les requérantes font valoir que la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation. À cet égard, elles soutiennent que la décision ne présente aucun argument expliquant de quelle manière les critères d’examen technique d’adaptation peuvent garantir que les activités forestières liées aux bioénergies apportent une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique.

418

La Commission conteste ces arguments.

419

La première branche du onzième moyen est non fondée, pour les motifs suivants.

420

S’agissant de la portée de la première branche du onzième moyen, les requérantes ont, au point 218 de la requête, mentionné les griefs qu’elles ont formulés aux points 333 à 337 de la demande de réexamen interne. Cependant, la requête ne contient aucun argument relatif à la réponse de la Commission figurant au point 3.3.1 de l’annexe III (page 88) de la décision attaquée, lu conjointement avec le point 2.3 de l’annexe III (pages 71 à 73) de ladite décision. Il s’ensuit que la réponse de la Commission aux griefs formulés aux points 333 à 337 de la demande de réexamen interne n’est pas contestée. Ce n’est donc que la réponse de la Commission figurant au point 1.2 de l’annexe III (pages 63 à 65) de la décision attaquée qui fait l’objet du onzième moyen. Cette interprétation du présent moyen est confirmée par la note en bas de page no 51 (page 27) de la réplique, dont il résulte que le onzième moyen porte uniquement sur la réponse figurant au point 1.2 de l’annexe III (pages 63 à 65) de la décision attaquée.

421

En outre, aucun des arguments mentionnés aux points 413 à 417 ci‑dessus n’est de nature à démontrer l’existence d’une erreur de droit ou d’une erreur manifeste d’appréciation qui entacherait la décision attaquée.

422

En premier lieu, doit être rejeté comme non fondé le grief tiré du fait que l’approche de la Commission selon laquelle « toutes les activités peuvent contribuer à l’adaptation au changement climatique » (voir point 414 ci-dessus) serait « quasiment redondante » et rendrait inutile l’établissement des critères d’examen technique d’adaptation requis par l’article 11, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie.

423

Il est vrai que la Commission a déclaré, dans la décision attaquée, que « tous les secteurs et toutes les activités de l’économie » étaient susceptibles d’apporter une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique. Toutefois, ce faisant, elle n’a pas porté atteinte à l’objectif de l’article 11, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie. Cette déclaration de la Commission, qui équivaut à considérer qu’aucun opérateur économique n’est exclu du cercle des acteurs susceptibles de contribuer à l’adaptation au changement climatique, s’inscrit en cohérence avec l’objectif visant l’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient face aux changements climatiques, repris au considérant 3 du règlement sur la taxonomie. Ce développement vaut pour l’ensemble des secteurs économiques.

424

Les requérantes reprochent en outre à la Commission d’avoir, en substance, estimé que « toute activité considérée comme apportant une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique au titre de l’annexe I du règlement délégué [devrait] être considérée [automatiquement] comme apportant une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique au titre de l’annexe II de cet acte » (voir point 414 ci‑dessus), rendant ainsi « inutile » l’établissement des critères d’examen technique d’adaptation requis par l’article 11, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie.

425

Dans ce contexte, aucune erreur de droit de la part de la Commission ne peut être identifiée.

426

La thèse avancée par les requérantes, mentionnée au point 414 ci‑dessus, repose sur une interprétation théorique de la réponse de la Commission. Selon les requérantes, la déclaration de la Commission reviendrait à rendre « inutile » une application des critères liés à l’adaptation au changement climatique au titre de l’annexe II du règlement délégué à l’égard d’une activité économique, puisque cette activité répond déjà aux exigences relatives à l’atténuation du changement climatique au titre de l’annexe I de ce règlement délégué. Toutefois, la réponse de la Commission ne saurait être interprétée en ce sens que la reconnaissance d’une activité économique comme « durable sur le plan environnemental », conformément aux critères d’examen technique figurant à l’annexe I du règlement délégué, aurait pour conséquence que cette activité réponde automatiquement à la catégorie de critères visés à l’annexe II de ce règlement. Un tel automatisme ne saurait être admis, ne serait-ce que du fait que les critères d’examen technique figurant dans les annexes I et II du règlement délégué sont différents, ainsi qu’il ressort d’une comparaison des dispositions en cause, à savoir les points 4.7, 4.8, 4.13, 4.19, 4.20, 4.23 et 4.24 des annexes I et II du règlement délégué, relatives aux activités forestières liées aux bioénergies.

427

Enfin, les requérantes ne contestent pas le fait que les critères retenus dans les annexes I et II du règlement délégué se rapportent aux mêmes activités économiques, puisqu’« il n’a[urait] pas été possible d’inclure l’ensemble de l’économie dans le cadre de l’adaptation au changement climatique dans ce règlement délégué, vu les délais impartis pour l’adoption de cet acte » (voir point 412 ci‑dessus).

428

À cet égard, d’une part, les requérantes ne contestent pas le fait que certaines activités économiques visées à l’annexe I du règlement délégué sont susceptibles de relever du champ d’application de l’annexe II de ce règlement.

429

D’autre part, comme relevé au point 407 ci‑dessus, lorsque la Commission est appelée à créer des règles qui s’inscrivent dans un système économique complexe, il lui est loisible de recourir à une approche par étapes et de procéder en fonction de l’expérience acquise, pour autant que son choix soit fondé sur des critères objectifs et appropriés par rapport aux buts poursuivis par la législation en cause. En l’espèce, comme cela a été relevé au point 408 ci‑dessus, la Commission était autorisée à procéder étape par étape en ce qui concerne les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » en vue de l’économie circulaire. Tel est le cas des critères d’examen technique d’adaptation au changement climatique.

430

En deuxième lieu, l’argument des requérantes relatif à la réduction des risques climatiques les « plus significatifs » (voir point 415 ci‑dessus) est irrecevable, dès lors que, d’une part, il n’a pas été soulevé aux points 106 et 107 ni aux points 333 à 337 de la demande de réexamen interne et, d’autre part, les requérantes visent certains critères d’examen technique retenus dans le règlement délégué lui-même, mais non dans la décision attaquée.

431

En tout état de cause, cet argument est dépourvu de fondement. Selon les requérantes, la « focalisation » sur les solutions « réduisant de manière substantielle les risques climatiques physiques les plus significatifs » ne suffit pas pour rendre les critères d’examen technique figurant aux points 4.7, 4.8, 4.13, 4.19, 4.20, 4.23 et 4.24 de l’annexe II du règlement délégué conformes à l’article 11, paragraphes 1 et 3, du règlement sur la taxonomie.

432

Toutefois, outre le fait que les requérantes ne contestent pas cette prétendue insuffisance au regard des conditions matérielles figurant à l’article 11, paragraphes 1 et 3, du règlement sur la taxonomie, elles n’expliquent pas les raisons pour lesquelles les solutions « réduisant de manière substantielle les risques climatiques physiques les plus significatifs » (point 1 du tableau de critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique » et figurant aux points 4.7, 4.8, 4.13, 4.19, 4.20, 4.23 et 4.24 de l’annexe II du règlement délégué) ne contribueraient pas de manière substantielle à l’adaptation au changement climatique, comme l’exige l’article 11, paragraphe 1, du règlement sur la taxonomie.

433

En troisième lieu, les arguments des requérantes mentionnés au point 416 ci‑dessus sont non fondés. Contrairement à ce que font valoir les requérantes, il n’est pas établi que les critères d’examen technique d’adaptation au changement climatique méconnaîtraient l’obligation d’examiner et d’identifier les risques découlant des solutions d’adaptation susceptibles d’affecter la population, la nature ou les biens, prévue à l’article 11, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie. Les requérantes n’ont pas indiqué d’éléments précis susceptibles d’invalider la thèse exposée par la Commission dans son mémoire en défense, selon laquelle lesdits critères d’examen technique doivent être lus non pas isolément, mais au regard des autres critères, de sorte que, combinés, ces critères garantissent une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique, comme l’exige l’article 11, paragraphe 1, sous a), du règlement sur la taxonomie. Les arguments des requérantes sont sélectifs et ne tiennent pas compte de la totalité des paramètres contenus dans lesdits critères d’examen technique.

434

La seconde branche du onzième moyen est également non fondée. L’allégation des requérantes selon laquelle la Commission ne présenterait, dans la décision attaquée, « aucun argument expliquant de quelle manière les critères d’examen technique d’adaptation peuvent garantir que les activités forestières liées aux bioénergies apportent une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique » ne permet pas de priver de plausibilité les appréciations de la Commission figurant au point 1.2 (pages 63 à 65) de l’annexe III de la décision attaquée.

435

Les requérantes remettent en cause l’aptitude des critères d’examen technique en cause à garantir que les activités forestières liées aux bioénergies apportent une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique. Toutefois, il y a lieu de relever que, en particulier, les paramètres énoncés aux points a) à e) des tableaux de critères d’examen technique intitulés « Contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique » et figurant au point 4.7 de l’annexe II du règlement délégué permettent de déterminer dans quelles circonstances, pour quels motifs et selon quelles modalités les solutions d’adaptation proposées pour les activités forestières liées aux bioénergies – et, partant, ces activités économiques elles‑mêmes – peuvent apporter une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique. Au regard de ce contexte connu des requérantes, la Commission n’avait pas à fournir une telle explication dans la décision attaquée. À supposer même que les requérantes estiment que les éléments énoncés aux points 4.7, 4.8, 4.13, 4.19, 4.20, 4.23 et 4.24 de l’annexe II du règlement délégué ne permettent pas davantage d’expliquer en quoi les solutions d’adaptation proposées pour les activités forestières liées aux bioénergies – et, partant, ces activités économiques elles‑mêmes – peuvent apporter une contribution substantielle à l’adaptation au changement climatique, une telle critique ne saurait, en tout état de cause, être valablement soulevée dans le cadre de la présente instance, dès lors qu’elle aurait dû être présentée à la Commission dans la demande de réexamen interne.

436

Il résulte de ce qui précède que les arguments mentionnés aux points 413 à 417 ci‑dessus doivent être rejetés et, partant, le onzième moyen dans sa totalité.

Sur le douzième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs d’appréciation dans l’application de l’accord de Paris et de la CCNUCC

437

Par leur douzième moyen, les requérantes contestent la décision attaquée en tant que la Commission aurait rejeté leurs arguments avancés dans la demande de réexamen interne selon lesquels le règlement délégué méconnaîtrait l’article 2 de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et l’article 2, paragraphe 1, de l’accord de Paris.

438

Ce serait à tort que, au point 4.3 de l’annexe III (pages 94 à 96) de la décision attaquée, la Commission aurait, d’une part, contesté l’argument des requérantes affirmant que les critères d’examen technique d’atténuation étaient inadéquats au regard de l’accord de Paris et, d’autre part, soutenu que, en tout état de cause, « la nature et la logique générale de l’accord de Paris et de la CCNUCC [étaient] telles qu’elles ne permett[ai]ent pas d’examiner la validité du règlement délégué à la lumière de ces instruments de droit international ».

439

La Commission conteste ces arguments.

440

Le douzième moyen est non fondé.

441

Étant donné que l’ensemble des arguments avancés par les requérantes au soutien du présent moyen repose sur la prémisse selon laquelle la CCNUCC, notamment son article 2, et l’accord de Paris, notamment son article 2, paragraphe 1, sont invocables par celles-ci, tant dans le cadre de leur demande de réexamen interne visant à faire constater l’illégalité du règlement délégué que dans celui de la contestation de la légalité de la décision attaquée dans le cadre du présent recours, le Tribunal examinera d’abord si, comme le font valoir les requérantes, lesdites dispositions ont un tel effet direct.

442

Il y a lieu de rappeler que, en vertu de l’article 216, paragraphe 2, TFUE, les accords internationaux conclus par l’Union lient les institutions de celle‑ci et prévalent, par conséquent, sur les actes qu’elles édictent (voir arrêt du 13 janvier 2015, Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2015:4, point 52 et jurisprudence citée).

443

Toutefois, les effets, dans l’ordre juridique de l’Union, des dispositions d’un accord conclu par celle-ci avec les États tiers ne sauraient être déterminés en faisant abstraction de l’origine internationale de ces dispositions. Conformément aux principes du droit international, les institutions de l’Union qui sont compétentes pour négocier et conclure un tel accord sont libres de convenir avec les États tiers concernés des effets que les dispositions de cet accord doivent produire dans l’ordre interne des parties contractantes. À défaut pour cette question d’avoir été expressément réglée dans cet accord, c’est aux juridictions compétentes de l’Union qu’il appartient de la trancher au même titre que toute autre question d’interprétation relative à l’application de l’accord en question dans l’Union, en se fondant notamment sur l’esprit, l’économie ou les termes de cet accord (voir, en ce sens, arrêt du 13 janvier 2015, Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2015:4, point 53 et jurisprudence citée).

444

Il résulte d’une jurisprudence constante que les dispositions d’un accord international auquel l’Union est partie ne peuvent être invoquées à l’appui d’un recours en annulation d’un acte de droit dérivé de l’Union ou d’une exception tirée de l’illégalité d’un tel acte qu’à la condition, d’une part, que la nature et l’économie de cet accord ne s’y opposent pas et, d’autre part, que ces dispositions apparaissent, du point de vue de leur contenu, inconditionnelles et suffisamment précises (voir arrêt du 13 janvier 2015, Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2015:4, point 54 et jurisprudence citée). Ce n’est ainsi que lorsque ces deux conditions sont cumulativement remplies que de telles dispositions pourront être invoquées devant le juge de l’Union afin de servir de critère pour apprécier la légalité d’un acte de l’Union (arrêt du 16 juillet 2015, Commission/Rusal Armenal, C‑21/14 P, EU:C:2015:494, point 37).

445

Contrairement à ce que font valoir, en substance, les requérantes, ces conditions d’invocabilité de dispositions d’un accord international conclu par l’Union ne valent pas seulement si lesdites dispositions sont invoquées à l’appui d’un recours en annulation d’un acte de droit dérivé de l’Union, mais également dans le cadre d’une demande de réexamen interne au titre de l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus. En effet, il découle des considérants 19 et 21 du règlement Aarhus que la procédure de réexamen interne au titre de ce règlement vise à « garantir des voies de recours adéquates et efficaces, y compris celles ouvertes devant la Cour de justice [de l’Union européenne] en vertu des dispositions pertinentes du traité » et que la possibilité de saisir la Cour de justice de l’Union européenne conformément aux dispositions pertinentes du traité est ouverte lorsqu’une demande de réexamen interne n’a pas abouti. Ainsi, une demande de réexamen interne introduite au titre de l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus constitue une étape procédurale préalable, laquelle est susceptible de fonder, le cas échéant, un recours ultérieur devant le juge de l’Union, conformément à l’article 12 dudit règlement. En outre, comme rappelé au point 30 ci-dessus, l’étendue du contrôle juridictionnel d’une décision rejetant une demande de réexamen interne ne diffère pas de l’étendue du contrôle juridictionnel de l’acte administratif ayant fait l’objet de ladite demande si cet acte devait faire l’objet d’un recours juridictionnel. Dans ces circonstances, rien ne justifie de ne pas appliquer, dans le cadre d’une demande de réexamen interne fondée sur l’article 10, paragraphe 1, du règlement Aarhus, les mêmes conditions d’invocabilité des dispositions d’un accord international conclu par l’Union que celles qui prévalent dans le cadre d’un recours introduit devant le juge de l’Union.

446

En l’espèce, s’agissant de l’article 2, paragraphe 1, de l’accord de Paris, il convient de rappeler que la Cour a déjà jugé que cette disposition n’apparaissait pas, du point de vue de son contenu, comme étant inconditionnelle et suffisamment précise pour qu’elle puisse être invoquée directement afin de contester la légalité d’un acte de droit dérivé de l’Union [arrêt du 4 octobre 2024, Lituanie e.a./Parlement et Conseil (Paquet mobilité), C‑541/20 à C‑555/20, EU:C:2024:818, points 1037 à 1040]. Le même constat s’applique à l’article 2 de la CCNUCC. Il convient, en effet, de relever que cette disposition se borne à établir des objectifs et des règles générales, sans pour autant définir de moyen précis ni, à tout le moins, de paramètre spécifique permettant de garantir que lesdits objectifs soient atteints.

447

L’une des conditions rappelées au point 444 n’étant pas remplie, il s’ensuit que, contrairement à ce que font valoir les requérantes, ces dispositions de la CCNUCC et de l’accord de Paris n’ont pas d’effet direct et ne peuvent donc, en principe, être invoquées par les requérantes afin de remettre en cause, dans le cadre du présent recours, la légalité de la décision attaquée, voire, au stade de la demande de réexamen interne, le règlement délégué.

448

Toutefois, comme l’avancent à juste titre les requérantes, la Cour a admis que, dans le cas où l’Union a entendu donner exécution à une obligation particulière assumée dans le cadre des accords conclus dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) (ci-après les « accords OMC ») ou lorsque l’acte du droit de l’Union en cause renvoie expressément à des dispositions précises de ces accords, il appartenait également au juge de l’Union de contrôler la légalité de l’acte en cause et des actes pris pour son application au regard des règles de ces accords (voir arrêt du 13 janvier 2015, Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2015:4, point 56 et jurisprudence citée). La Cour a cependant clarifié le fait que ces deux exceptions n’étaient justifiées que par les particularités des accords ayant donné lieu à leur application (arrêts du 13 janvier 2015, Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2015:4, point 57, et du 13 janvier 2015, Conseil et Commission/Stichting Natuur en Milieu et Pesticide Action Network Europe, C‑404/12 P et C‑405/12 P, EU:C:2015:5, point 49).

449

Pour ce qui est de cette première exception, la Cour a déjà jugé, en substance, que, pour que la volonté du législateur de l’Union de mettre en œuvre en droit de l’Union une obligation particulière souscrite dans le cadre des accords OMC soit établie, il ne suffisait pas que les considérants de l’acte de l’Union en cause fassent ressortir de manière générale que l’adoption de celui-ci était intervenue en tenant compte d’obligations internationales de l’Union. Il était, en revanche, nécessaire qu’il puisse être déduit de la disposition spécifique du droit de l’Union contestée que celle-ci visait à mettre en œuvre, dans l’ordre juridique de l’Union, une obligation particulière résultant des accords OMC (voir arrêt du 28 septembre 2023, Changmao Biochemical Engineering/Commission, C‑123/21 P, EU:C:2023:708, point 79 et jurisprudence citée).

450

Or, en l’espèce, force est de constater que les requérantes n’identifient pas une disposition spécifique du règlement délégué – acte dont elles ont contesté la légalité dans le cadre de la demande de réexamen interne – qui viserait spécifiquement à mettre en œuvre, dans l’ordre juridique de l’Union, une obligation particulière résultant de l’article 2 de la CCNUCC ou de l’article 2, paragraphe 1, de l’accord de Paris.

451

Comme il ressort du point 446 ci-dessus, ces dispositions de la CCNUCC et de l’accord de Paris se bornent à établir des objectifs et des règles générales, sans pour autant définir de moyen précis. Dans la mesure où la CCNUCC spécifie, à son article 3, paragraphe 3, qu’il « incombe aux [p]arties de prendre des mesures de précaution pour prévoir, prévenir ou atténuer les causes des changements climatiques et en limiter les effets néfastes » et eu égard au fait que l’article 2, paragraphe 1, sous c), de l’accord de Paris prévoit que celui-ci vise à « renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté, notamment en [r]endant les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient [face] aux changements climatiques », force est de constater que la CCNUCC et l’accord de Paris laissent une large marge d’appréciation aux parties, dont l’Union, quant à la définition des modalités précises de leur mise en œuvre.

452

En effet, si la CCNUCC formule des objectifs liés à la prévention et à l’atténuation des causes des changements climatiques et si l’accord de Paris spécifie des objectifs liés à l’incitation des flux financiers vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques, aucun de ces accords n’évoque une obligation portant sur la « taxonomie » de certaines activités économiques, telles que celles dont il est question dans le règlement sur la taxonomie ou celles mentionnées dans le règlement délégué.

453

Au regard de cette large marge d’appréciation laissée par la CCNUCC et l’accord de Paris quant à la définition des modalités précises de leur mise en œuvre, il ne peut être considéré que, en adoptant le règlement délégué, la Commission aurait entendu mettre en œuvre des obligations particulières résultant de l’article 2 de la CCNUCC ou de l’article 2, paragraphe 1, de l’accord de Paris (voir, par analogie, arrêts du 13 janvier 2015, Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2015:4, points 59 et 60, et du 13 janvier 2015, Conseil et Commission/Stichting Natuur en Milieu et Pesticide Action Network Europe, C‑404/12 P et C‑405/12 P, EU:C:2015:5, points 51 et 52).

454

En ce qui concerne la seconde exception, il ressort de la jurisprudence que celle-ci présuppose, en substance, que la disposition du droit de l’Union dont l’incompatibilité avec un accord international liant l’Union est alléguée renvoie directement et explicitement à des dispositions précises de l’accord international en cause (voir, en ce sens, arrêts du 13 janvier 2015, Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2015:4, point 58, et du 13 janvier 2015, Conseil et Commission/Stichting Natuur en Milieu et Pesticide Action Network Europe, C‑404/12 P et C‑405/12 P, EU:C:2015:5, point 50).

455

Or, à l’instar de ce qui a été relevé au point 450 ci-dessus, force est de constater que les requérantes n’identifient ni dans la demande de réexamen interne ni dans le cadre du présent recours une disposition spécifique du droit de l’Union qu’elles contestent, à savoir une disposition spécifique du règlement délégué, qui renverrait directement et explicitement à l’article 2 de la CCNUCC ou à l’article 2, paragraphe 1, de l’accord de Paris.

456

En outre, il y a lieu de relever que le règlement sur la taxonomie ne fait pas non plus référence à la CCNUCC. De même, si ce règlement mentionne, certes, à plusieurs reprises l’accord de Paris (voir considérants 3, 11 et 24, article 2, point 5, et article 10, paragraphe 1, dudit règlement), seul son considérant 3 contient un renvoi explicite à une disposition précise de cet accord, à savoir à l’article 2, paragraphe 1, sous c), dudit accord. Or, ledit considérant ne fait pas partie du dispositif du règlement sur la taxonomie et ne revêt, par conséquent, aucun caractère contraignant en lui-même. En tout état de cause, ce n’est pas ce considérant que les requérantes estiment être contraire à une disposition précise de l’accord international en question.

457

Il s’ensuit qu’aucune des deux exceptions rappelées au point 448 ci-dessus n’est applicable en l’espèce.

458

Dans la mesure où les requérantes se réfèrent à une jurisprudence selon laquelle ne constituerait pas un obstacle au contrôle, par le juge, du respect des obligations qui s’imposent à l’Union en tant que partie à un accord international la circonstance que cet accord contienne des dispositions dépourvues d’effet direct, en ce sens que ces dernières ne créeraient pas de droits directement invocables en justice par les particuliers, c’est à juste titre que la Commission fait valoir, en substance, que la décision juridictionnelle invoquée par les requérantes à cet égard (arrêt du 9 octobre 2001, Pays‑Bas/Parlement et Conseil, C‑377/98, EU:C:2001:523, point 54) est restée isolée (voir, en ce sens, conclusions de l’avocat général Jääskinen dans les affaires jointes Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2014:310, point 67) et n’a pas été suivie par la jurisprudence ultérieure du juge de l’Union. Malgré une invitation expresse à la suivre (conclusions de l’avocat général Jääskinen dans les affaires jointes Conseil e.a./Vereniging Milieudefensie et Stichting Stop Luchtverontreiniging Utrecht, C‑401/12 P à C‑403/12 P, EU:C:2014:310, point 10), le juge de l’Union a plutôt confirmé, notamment par les arrêts cités aux points 442 à 444 ci-dessus, la jurisprudence constante qui est citée auxdits points ci-dessus et dont, en l’espèce, il découle que les requérantes ne peuvent invoquer l’article 2 de la CCNUCC ni l’article 2, paragraphe 1, de l’accord de Paris, que ce soit dans le cadre du présent recours ou au stade de leur demande de réexamen interne du règlement délégué.

459

Ainsi, c’est à juste titre que la Commission a considéré, dans la décision attaquée, que la légalité du règlement délégué ne pouvait être examinée à la lumière de ces dispositions de droit international.

460

En tout état de cause, il y a lieu de constater que le douzième moyen repose sur la prémisse selon laquelle est erronée la réponse de la Commission aux critiques des requérantes formulées dans la demande de réexamen interne par rapport aux critères d’examen technique d’atténuation relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies visés dans la première branche du septième moyen. Or, ainsi que cela a déjà été relevé ci‑dessus, par leur argumentation formulée dans le cadre de la première branche du septième moyen, les requérantes n’ont pas démontré l’existence d’erreurs de droit ou d’erreurs manifestes d’appréciation entachant la réponse de la Commission à leurs critiques formulées dans la demande de réexamen interne par rapport aux critères d’examen technique d’atténuation relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies.

461

Compte tenu de tous ces éléments, le douzième moyen doit être rejeté, tout comme le recours dans son intégralité.

Sur les dépens

462

Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. Les requérantes ayant succombé, il y a lieu de les condamner à supporter leurs propres dépens ainsi que ceux exposés par la Commission, conformément aux conclusions de cette dernière.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (sixième chambre, siégeant avec cinq juges)

déclare et arrête :

1)

Le recours est rejeté.

2)

Robin Wood – Gewaltfreie Aktionsgemeinschaft für Natur und Umwelt eV et les autres parties requérantes dont les noms figurent en annexe sont condamnées aux dépens.

Costeira

Kancheva

Öberg

Zilgalvis

Tichy-Fisslberger

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 18 mars 2026.

Signatures

Table des matières

Antécédents du litige

Conclusions des parties

En droit

Considérations liminaires sur le règlement sur la taxonomie et le règlement délégué

Considérations liminaires sur la demande de réexamen interne et l’étendue du contrôle du Tribunal

Sur le premier moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission à la critique formulée par les requérantes quant aux critères d’examen technique permettant de déterminer si une activité de gestion des forêts contribue substantiellement à l’atténuation du changement climatique

Sur la première branche du premier moyen, tirée d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne les appréciations figurant dans la décision attaquée relatives à l’utilisation d’une valeur de référence « dans le contexte du statu quo » dans le cadre des critères d’examen technique permettant de déterminer si une activité de gestion des forêts contribue substantiellement à l’atténuation du changement climatique

Sur la seconde branche du premier moyen, tirée de l’existence d’erreurs en ce qui concerne la réponse de la Commission aux critiques des requérantes selon lesquelles les critères d’examen technique auraient dû être quantitatifs et n’auraient pas été fondés sur des éléments scientifiques concluants et sur le principe de précaution

Sur le deuxième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation concernant la réponse de la Commission à la critique des requérantes quant à l’exemption de l’analyse des bénéfices pour le climat, prévue pour les exploitations forestières de moins de 13 hectares dans les critères de la contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique

Sur la première branche du deuxième moyen, tirée d’erreurs de droit ou d’erreurs manifestes d’appréciation en rapport avec l’article 10, paragraphe 1, sous f), et l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie en ce qui concerne la réponse de la Commission selon laquelle l’exemption des exploitations de moins de 13 hectares prévue au point 2.4 de l’annexe I du règlement délégué viserait à « limiter la charge administrative pesant sur les petites exploitations forestières et les petits propriétaires forestiers »

Sur la deuxième branche du deuxième moyen, tirée d’erreurs de droit ou d’erreurs manifestes d’appréciation en rapport avec l’article 10, paragraphe 1, sous f), et l’article 19, paragraphe 1, sous f), du règlement sur la taxonomie en ce qui concerne la réponse de la Commission selon laquelle, en substance, l’exemption des exploitations de moins de 13 hectares prévue au point 2.4 du tableau des critères d’examen technique intitulé « Contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique » figurant à l’annexe I du règlement délégué serait justifiée au vu de l’ensemble des exigences devant être respectées par les petits exploitants forestiers

Sur la troisième branche du deuxième moyen, tirée d’une erreur de droit tenant à une interprétation erronée, par la Commission, de sa compétence attribuée par l’article 10, paragraphe 3, sous a), du règlement sur la taxonomie

Sur le troisième moyen, tiré de l’existence d’erreurs entachant la réponse donnée par la Commission à la critique des requérantes quant aux critères d’examen technique permettant de déterminer si une activité ne cause pas de préjudice important à l’adaptation au changement climatique

Sur le quatrième moyen, tiré d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission à la critique des requérantes quant aux critères qui permettent de déterminer quand une activité ne cause pas de préjudice important à la transition vers une économie circulaire

Sur le cinquième moyen, tiré de l’existence d’erreurs de droit concernant la réponse de la Commission à la critique des requérantes relative aux critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » dans le cadre de l’atténuation du changement climatique

Sur le sixième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation entachant la réponse de la Commission à la critique des requérantes à l’égard des critères permettant de déterminer si une activité ne cause pas un préjudice important à la protection et à la restauration de la biodiversité et des écosystèmes

Sur le septième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation commises par la Commission en concluant, dans la décision attaquée, que les critères d’examen technique d’atténuation relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies sont adéquats pour déterminer si une activité apporte une contribution substantielle à l’atténuation du changement climatique

Sur la première branche du septième moyen, tirée d’erreurs de droit et d’erreurs manifestes d’appréciation en ce que la Commission a considéré que les critères de « réduction des émissions de gaz à effet de serre » étaient adéquats pour garantir que les activités forestières liées aux bioénergies contribuent à l’atténuation du changement climatique

Sur la seconde branche du septième moyen, tirée d’une erreur manifeste d’appréciation entachant le rejet, par la Commission, des arguments des requérantes selon lesquels les critères de durabilité de la directive RED II et les critères UTCATF seraient inadéquats pour évaluer la contribution des activités forestières liées aux bioénergies à l’atténuation du changement climatique

Sur le huitième moyen, tiré d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission aux critiques des requérantes quant aux critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » relatifs aux activités forestières liées aux bioénergies

Sur la première branche du huitième moyen, tirée de l’existence d’erreurs dans l’interprétation du principe de précaution

Sur la deuxième branche du huitième moyen, tirée d’erreurs de droit commises par la Commission en ce qu’elle aurait accordé un poids disproportionné à l’exigence de cohérence des politiques établie par l’article 19, paragraphe 1, sous d), du règlement sur la taxonomie

Sur la troisième branche du huitième moyen, tirée de l’existence d’erreurs dans l’interprétation de l’article 19, paragraphe 1, sous k), du règlement sur la taxonomie

Sur le neuvième moyen, tiré d’erreurs manifestes d’appréciation découlant d’une absence de prise en compte d’éléments scientifiques concluants pertinents ainsi que du non‑respect du principe de précaution

Sur le dixième moyen, tiré d’erreurs manifestes d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission à la critique des requérantes quant aux critères du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » pour les activités forestières liées aux bioénergies, au regard de la prévention et de la réduction de la pollution et de la protection et de la restauration de la biodiversité et des écosystèmes

Sur la première branche du dixième moyen, tirée de l’insuffisance de la réponse de la Commission aux reproches portant sur l’absence de critères adéquats visant la prévention de dommages importants à la biodiversité et aux écosystèmes

Sur la deuxième branche du dixième moyen, tirée d’erreurs entachant la réponse de la Commission aux reproches portant sur les critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » en vue de la prévention et du contrôle de la pollution

Sur la troisième branche du dixième moyen, tirée d’erreurs relatives aux critères d’examen technique du principe consistant à « ne pas causer de préjudice important » dans le cadre de l’économie circulaire

Sur le onzième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs d’appréciation en ce qui concerne la réponse de la Commission à la critique des requérantes quant aux critères d’examen technique d’adaptation au changement climatique

Sur le douzième moyen, tiré d’erreurs de droit et d’erreurs d’appréciation dans l’application de l’accord de Paris et de la CCNUCC

Sur les dépens

Annexe – parties requérantes


( *1 ) Langue de procédure : l’anglais.

( 1 ) La liste des autres parties requérantes n’est annexée qu’à la version notifiée aux parties.

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