Jurisprudence CJUE62023CJ0773

Arrêt de la Cour (première chambre) du 10 septembre 2026.#European Crop Care Association (ECCA) contre Commission européenne.#Pourvoi – Produits phytopharmaceutiques – Substances actives – Règlement (CE) no 1107/2009 – Article 4 – Critères d’approbation des substances actives – Règlement d’exécution (UE) 2020/17 – Non‑renouvellement de l’approbation de la substance active “chlorpyriphos-méthyl” – Recevabilité – Article 56, deuxième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne – Qualité pour agir – Condition selon laquelle le requérant doit être directement affecté par l’arrêt faisant l’objet de son pourvoi – Pourvoi introduit par une partie intervenante en première instance.#Affaire C-773/23 P.

CELEX62023CJ0773
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 10 septembre 2026

Texte intégral

ARRÊT DE LA COUR (première chambre)

10 septembre 2026 (*)

« Pourvoi – Produits phytopharmaceutiques – Substances actives – Règlement (CE) no 1107/2009 – Article 4 – Critères d’approbation des substances actives – Règlement d’exécution (UE) 2020/17 – Non‑renouvellement de l’approbation de la substance active “chlorpyriphos-méthyl” – Recevabilité – Article 56, deuxième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne – Qualité pour agir – Condition selon laquelle le requérant doit être directement affecté par l’arrêt faisant l’objet de son pourvoi – Pourvoi introduit par une partie intervenante en première instance »

Dans l’affaire C‑773/23 P,

ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 14 décembre 2023,

European Crop Care Association (ECCA), établie à Bruxelles (Belgique), représentée par Mes S. Pappas et A. Pappas, avocats,

partie requérante,

les autres parties à la procédure étant :

Ascenza Agro SA, établie à Setúbal (Portugal),

Industrias Afrasa, SA, établie à Paterna (Espagne),

représentées par M. V. McElwee, solicitor, Me M. Ombredane, avocate, Mes P. Sellar et K. Van Maldegem, advocaten,

parties demanderesses en première instance,

Commission européenne, représentée par Mme F. Castilla Contreras et M. A. Dawes, en qualité d’agents,

partie défenderesse en première instance,

Royaume de Danemark,

République française, représentée par Mmes P. Chansou et B. Travard, en qualité d’agents,

Health and Environment Alliance (HEAL), établie à Bruxelles, représentée par Me A. Bailleux, avocat,

parties intervenantes en première instance,

LA COUR (première chambre),

composée de M. F. Biltgen, président de chambre, Mme I. Ziemele, MM. A. Kumin (rapporteur), S. Gervasoni et M. Bošnjak, juges,

avocat général : Mme T. Ćapeta,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

ayant entendu l’avocate générale en ses conclusions à l’audience du 13 novembre 2025,

rend le présent

Arrêt

1 Par son pourvoi, introduit le 14 décembre 2023, l’European Crop Care Association (ECCA) demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 4 octobre 2023, Ascenza Agro et Industrias Afrasa/Commission (T‑77/20, ci-après l’« arrêt attaqué », EU:T:2023:602), par lequel celui-ci a rejeté le recours en annulation, introduit par Ascenza Agro SA et Industrias Afrasa, SA contre le règlement d’exécution (UE) 2020/17 de la Commission, du 10 janvier 2020, portant sur le non-renouvellement de l’approbation de la substance active chlorpyriphos-méthyl, conformément au règlement (CE) no 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, et modifiant l’annexe du règlement d’exécution (UE) no 540/2011 de la Commission (JO 2020, L 7, p. 11, ci-après le « règlement litigieux »).

Le cadre juridique

Le traité FUE

2 Aux termes de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE :

« Toute personne physique ou morale peut former, dans les conditions prévues aux premier et deuxième alinéas, un recours contre les actes dont elle est le destinataire ou qui la concernent directement et individuellement, ainsi que contre les actes réglementaires qui la concernent directement et qui ne comportent pas de mesures d’exécution. »

Le statut de la Cour de justice de lUnion européenne

3 L’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne dispose, à ses premier et deuxième alinéas :

« Un pourvoi peut être formé devant la Cour de justice, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision attaquée, contre les décisions du Tribunal mettant fin à l’instance, ainsi que contre ses décisions qui tranchent partiellement le litige au fond ou qui mettent fin à un incident de procédure portant sur une exception d’incompétence ou d’irrecevabilité.

Ce pourvoi peut être formé par toute partie ayant partiellement ou totalement succombé en ses conclusions. Les parties intervenantes autres que les États membres et les institutions de l’Union [européenne] ne peuvent toutefois former ce pourvoi que lorsque la décision du Tribunal les affecte directement. »

Les antécédents du litige

4 Les antécédents du litige ont été exposés par le Tribunal aux points 2 à 56 de l’arrêt attaqué et, pour les besoins de la présente affaire, ils peuvent être résumés de la manière suivante.

5 Le chlorpyriphos-méthyl (ci-après le « CHP-méthyl ») est une substance active utilisée dans les produits phytopharmaceutiques pour lutter contre les organismes nuisibles et pour traiter les céréales stockées ainsi que les entrepôts vides. Le CHP-méthyl fait partie d’un groupe de substances chimiques dénommées organophosphorées, auquel appartient également la substance active dénommée chlorpyriphos.

6 La directive 91/414/CEE du Conseil, du 15 juillet 1991, concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques (JO 1991, L 230, p. 1), a établi le régime juridique applicable à l’autorisation de la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques dans l’Union.

7 Cette directive prévoyait l’inscription des substances actives à son annexe I pour une période initiale ne pouvant excéder dix ans, s’il était permis d’escompter que, d’une part, leurs résidus consécutifs à une application conforme aux bonnes pratiques phytosanitaires n’auraient pas d’effets nocifs sur la santé humaine ou animale ou sur les eaux souterraines ou d’influence inacceptable sur l’environnement et, d’autre part, leur utilisation consécutive à une application conforme à ces bonnes pratiques n’aurait pas d’effet nocif sur la santé humaine ou animale ou d’influence inacceptable sur l’environnement.

8 Le CHP-méthyl et le chlorpyriphos ont été inscrits à l’annexe I de ladite directive par la directive 2005/72/CE de la Commission, du 21 octobre 2005, modifiant la directive 91/414/CEE du Conseil, en vue d’y inscrire les substances actives chlorpyriphos, chlorpyriphos-méthyl, mancozèbe, manèbe et métirame (JO 2005, L 279, p. 63). L’approbation du CHP‑méthyl par la Commission européenne a été prorogée à trois reprises, avant d’expirer le 31 janvier 2020.

9 Au mois de juin 2013, deux entreprises produisant du CHP-méthyl, Ascenza Agro, alors dénommée Sapec Agro SA, et Dow AgroSciences Ltd, ont chacune présenté une demande de renouvellement de l’approbation du CHP-méthyl.

10 Le 9 février 2017, le Royaume d’Espagne, en tant qu’État membre rapporteur (ci-après l’« EMR »), a transmis à Ascenza Agro un projet de rapport d’évaluation relatif au renouvellement de l’approbation du CHP-méthyl, qui ne reconnaissait pas l’existence d’effet nocif du CHP‑méthyl sur la santé des êtres humains et dans lequel il était proposé de renouveler l’approbation du CHP-méthyl.

11 À la suite de la transmission de ce projet de rapport d’évaluation à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), à la Commission, aux États membres à Sapec Agro et à Dow AgroSciences, une consultation publique a débuté le 18 octobre 2017.

12 Le 31 juillet 2019, l’EFSA a transmis à la Commission et aux États membres une « déclaration » sur les résultats disponibles de l’évaluation des risques pour la santé humaine que présentait le CHP-méthyl (ci‑après la « déclaration du 31 juillet 2019 »), publiée par elle sur son site Internet le 28 août 2019. Il ressort de cette déclaration que les experts désignés pour évaluer les risques du CHP-méthyl s’étaient accordés sur le fait qu’aucune valeur de référence ne pouvait être établie tant pour la génotoxicité que pour la neurotoxicité de cette substance active pour le développement, ce qui rendait impossible l’évaluation du risque que celle-ci présentait pour les consommateurs, les opérateurs, les travailleurs, les personnes présentes et les résidents. Il ressort également de la déclaration du 31 juillet 2019 que les experts avaient suivi une approche prudente en considérant que le CHP-méthyl remplirait aussi les critères pour être classé comme substance toxique pour la reproduction de la catégorie 1B, conformément aux dispositions du règlement (CE) no 1272/2008 du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2008, relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges, modifiant et abrogeant les directives 67/548/CEE et 1999/45/CE et modifiant le règlement (CE) no 1907/2006 (JO 2008, L 353, p. 1). L’approche adoptée par les experts était largement fondée sur les similarités structurelles entre le CHP-méthyl et le chlorpyriphos.

13 En effet, ces experts avaient relevé qu’il n’existait pas de littérature publique disponible concernant le potentiel génotoxique du CHP-méthyl alors que plusieurs publications étaient disponibles pour le chlorpyriphos, pour lequel des préoccupations avaient été soulevées. Ils s’étaient alors accordés pour considérer que les incertitudes relatives aux effets potentiels du CHP-méthyl devaient être prises en compte dans l’évaluation du risque présenté par cette substance active et qu’il ne pouvait donc être exclu qu’il existait un risque potentiel d’atteintes à l’acide désoxyribonucléique.

14 Le 8 novembre 2019, à la suite d’une seconde consultation des experts, l’EFSA a adopté une mise à jour de la déclaration du 31 juillet 2019, dans laquelle elle a conclu que les critères relatifs à la santé humaine prévus à l’article 4 du règlement (CE) no 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil, du 21 octobre 2009, concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et abrogeant les directives 79/117/CEE et 91/414 du Conseil (JO 2009, L 309, p. 1), n’étaient pas remplis pour le renouvellement de l’approbation du CHP-méthyl.

15 Sur ce fondement, le 10 janvier 2020, la Commission a adopté le règlement litigieux par lequel elle a décidé de ne pas renouveler l’approbation du CHP-méthyl. Elle a fondé le refus de renouveler cette approbation sur trois motifs, à savoir, premièrement, sur le fait que « le potentiel génotoxique du [CHP]-méthyl ne saurait être exclu », deuxièmement, sur l’existence de « préoccupations concernant [s]a neurotoxicité pour le développement » et, troisièmement, sur le fait qu’il « pouvait être approprié de classer le [CHP]-méthyl comme substance toxique pour la reproduction de la catégorie 1B ».

La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué

16 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 10 février 2020, Ascenza Agro et Industrias Afrasa (ci-après les « demanderesses en première instance ») ont introduit un recours tenant à l’annulation du règlement litigieux. Ces dernières ont été soutenues par l’ECCA qui a été autorisée à intervenir dans la procédure devant le Tribunal, par ordonnance du président de la septième chambre du Tribunal, du 26 novembre 2020. Par la même ordonnance, Health and Environment Alliance (HEAL) a été autorisée à intervenir au soutien de la Commission. Le président de la septième chambre du Tribunal a, en outre, par ordonnance du même jour, autorisé l’intervention des gouvernements danois et français au soutien de la Commission.

17 À l’appui de leur recours, les demanderesses en première instance ont soulevé huit moyens tirés, le premier, d’une violation des formes substantielles, le deuxième, d’une violation de l’obligation de transparence, le troisième, d’une violation du droit d’être entendu, le quatrième, d’une violation du principe de précaution, le cinquième, d’une violation de l’obligation de prendre en compte les éléments et les circonstances pertinents de la situation que le règlement litigieux entendait régir, le sixième, d’une violation du principe de bonne administration, le septième, d’une erreur manifeste d’appréciation quant à l’évaluation des risques retenue par l’EFSA, puis par la Commission, et, le huitième, d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une méconnaissance du principe de proportionnalité.

18 L’ECCA a invoqué trois moyens supplémentaires, à savoir les neuvième et dixième moyens, tirés d’une violation de l’obligation de motivation, et le onzième moyen, tiré d’une violation de l’article 14 du règlement d’exécution (UE) no 844/2012 de la Commission, du 18 septembre 2012, établissant les dispositions nécessaires à la mise en œuvre de la procédure de renouvellement des substances actives, conformément au règlement (CE) no 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques (JO 2012, L 252, p. 26).

19 En premier lieu, dans la mesure où les demanderesses en première instance n’avaient pas été destinataires du règlement litigieux, le Tribunal a examiné la recevabilité du recours au regard de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE et il a, au point 78 de l’arrêt attaqué, déclaré le recours comme étant recevable.

20 Le Tribunal a, en second lieu, examiné les moyens invoqués par les demanderesses en première instance ainsi que par l’ECCA.

21 Après avoir examiné ces moyens aux points 101 à 174, 175 à 181, 182 à 226, 227 à 258, 259 à 288, 289 à 316, 317 à 339, 340 à 393, 394 à 597, 598 à 631 et 632 à 655 de l’arrêt attaqué, le Tribunal n’en a accueilli aucun et, par conséquent, a rejeté le recours dans son intégralité.

Les conclusions des parties

22 L’ECCA demande à la Cour :

– d’annuler l’arrêt attaqué ;

– d’annuler le règlement litigieux, et

– de condamner la Commission aux dépens dans la présente procédure et dans la procédure devant le Tribunal.

23 Les demanderesses en première instance demandent à la Cour d’accueillir le pourvoi.

24 La Commission et HEAL demandent à la Cour :

– de rejeter le pourvoi et

– de condamner l’ECCA aux dépens.

25 La République française demande à la Cour de rejeter le pourvoi.

Sur le pourvoi

26 À l’appui de son pourvoi, l’ECCA, soutenue par Ascenza Agro, avance quatre moyens.

27 Le premier moyen est tiré de la violation du règlement no 1107/2009 et de l’absence de base juridique permettant l’application de la méthode des références croisées et de l’approche fondée sur la force probante. Le deuxième moyen est tiré de la violation de l’article 296 TFUE et le troisième de la violation des formes substantielles.

28 Soulevé à titre subsidiaire, le quatrième moyen est tiré de la violation de la méthode des références croisées et d’une motivation contradictoire.

29 La Commission et HEAL considèrent que le pourvoi est irrecevable et, à titre subsidiaire, qu’il doit être rejeté comme étant non fondé.

30 La République française estime qu’aucun des moyens invoqués par l’ECCA n’est fondé et que, par conséquent, le pourvoi doit être rejeté.

Sur la recevabilité du pourvoi

Argumentation des parties

31 La Commission et HEAL contestent la recevabilité du pourvoi au motif que l’ECCA, en tant que partie intervenante, n’est pas directement affectée par l’arrêt attaqué et n’a pas la qualité pour former un pourvoi. En effet, pour être directement affecté, conformément à l’article 56, deuxième alinéa, deuxième phrase, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, il ne suffirait pas d’avoir été admis à intervenir en première instance. S’appuyant sur la jurisprudence de la Cour, elles précisent qu’une partie intervenante est directement affectée lorsque l’arrêt attaqué entraîne une modification défavorable de sa situation juridique ou de ses intérêts économiques ou immatériels. En l’espèce, l’ECCA ne serait affectée qu’indirectement par l’arrêt attaqué.

32 Par ailleurs, il ne serait pas possible d’appliquer par analogie la jurisprudence relative à la qualité pour agir des associations au titre de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE à la qualité pour former un pourvoi en vertu de l’article 56, deuxième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, alors que, notamment, l’ECCA n’a pas démontré être directement affectée par l’arrêt attaqué. Toute autre approche aurait pour conséquence de vider de son sens l’exigence d’affectation directe figurant dans cette dernière disposition. En effet, toute partie intervenante devant le Tribunal autre que les États membres et les institutions de l’Union ayant nécessairement démontré un intérêt à l’issue de l’affaire pour être admise à intervenir, une telle approche conduirait à constater qu’une telle partie satisferait ainsi toujours à cette exigence d’affectation directe.

33 L’ECCA, pour sa part, fait valoir, en premier lieu, qu’elle satisfait à l’exigence d’être directement affectée par l’arrêt attaqué, au sens de l’article 56, deuxième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne. En effet, cet arrêt affecterait de manière significative et immédiate ses intérêts, de sorte qu’elle aurait qualité pour former le présent pourvoi.

34 À cet égard, l’ECCA affirme que l’arrêt attaqué met en péril la réalisation de ses objectifs statutaires, en tant qu’association, et les intérêts de ses membres. Elle précise, tout d’abord, que ses objectifs statutaires comprennent ceux de représenter les positions de l’industrie phytopharmaceutique post-brevet (générique) en Europe en général et celles des petites et moyennes entreprises (PME) en particulier lors des consultations concernant les nouvelles législations envisagées au niveau de l’Union et des États membres, ainsi que d’informer ses membres sur l’évolution de la législation relative à l’enregistrement et au renouvellement de l’enregistrement des substances actives en Europe. Elle s’occuperait, en outre, des problèmes juridiques, financiers, scientifiques et techniques de ses membres et engagerait également des procédures judiciaires, dans le cadre de l’approbation des substances actives et des produits phytopharmaceutiques. Sa mission statutaire inclurait, par ailleurs, la défense des intérêts de ses membres devant les juridictions de l’Union, de sorte qu’elle ne devrait pas produire un mandat ou une procuration spécifique émanant d’un de ses membres afin de se voir reconnaître la qualité pour agir.

35 Ensuite, s’agissant de ses membres, l’ECCA se réfère à la liste publiée sur son site Internet, d’après laquelle elle compte 19 membres, dont Ascenza Agro, ainsi qu’Albaugh Europe SARL, Barclay Chemicals R&D Ltd et Lainco SA, qui auraient également demandé le renouvellement de l’approbation de différentes substances actives.

36 Enfin, l’arrêt attaqué aurait des conséquences importantes et immédiates sur les procédures d’approbation et de renouvellement des substances actives, conformément au règlement no 1107/2009. D’une part, il créerait un précédent concernant l’utilisation de la méthode des références croisées et de l’approche fondée sur la force probante des données dans le cadre de telles procédures. D’autre part, cet arrêt établirait le principe selon lequel l’EFSA et la Commission pourraient arbitrairement modifier la procédure d’évaluation de ces substances, telle qu’elle est prévue par ce règlement, notamment, en modifiant le nombre de critères devant être analysés dans le processus d’approbation des substances actives et en remplaçant les conclusions de l’EFSA par une déclaration.

37 En second lieu, l’ECCA fait valoir que, en tant qu’association, elle représente les intérêts de Ascenza Agro, qui en est membre et qui a elle‑même qualité pour former un pourvoi. À cet égard, l’ECCA soutient que les conditions de recevabilité applicables aux associations, pour l’introduction d’un recours en annulation au nom de leurs membres en vertu de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE devraient être appliquées par analogie à un pourvoi introduit par des associations en vertu de l’article 56, deuxième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne. Il ressortirait de cette jurisprudence qu’une association aurait qualité pour agir, dès lors que ses membres ou certains d’entre eux auraient eux-mêmes qualité pour agir (voir, par analogie, arrêts du 6 juillet 1995, AITEC e.a./Commission, T‑447/93 à T‑449/93, EU:T:1995:130, point 60 ; du 12 décembre 1996, AIUFFASS et AKT/Commission, T‑380/94, EU:T:1996:195, point 50 ; du 11 juin 2009, Confservizi/Commission, T‑292/02, EU:T:2009:188, point 52, ainsi que du 18 mars 2010, Forum 187/Commission, T‑189/08, EU:T:2010:99, point 58).

Appréciation de la Cour

38 En premier lieu, il convient de rappeler que l’article 56, deuxième alinéa, deuxième phrase, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne dispose que les parties intervenantes autres que les États membres et les institutions de l’Union ne peuvent former un pourvoi que lorsque la décision du Tribunal les affecte directement.

39 Ainsi qu’il ressort de la jurisprudence de la Cour, cette disposition doit être interprétée en ce sens qu’il ne suffit pas de justifier d’un intérêt à la solution du litige et d’avoir été admis à intervenir au litige en première instance afin de pouvoir former un pourvoi (voir, en ce sens, arrêt du 24 septembre 2002, Falck et Acciaierie di Bolzano/Commission, C‑74/00 P et C‑75/00 P, EU:C:2002:524, point 55).

40 Le critère de l’affectation directe, au sens de l’article 56, deuxième alinéa, deuxième phrase, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, limite le cercle des personnes autorisées à demander l’annulation d’un arrêt du Tribunal à celles que cet arrêt affecte au-delà de l’intérêt qu’elles ont à la solution du litige, lequel suffit pour être autorisé à intervenir. Cette délimitation de la catégorie des personnes susceptibles de former un pourvoi devant la Cour dans une affaire donnée a pour objectif de garantir une bonne administration de la justice, notamment en assurant une certaine prévisibilité dans les pourvois susceptibles d’être formés contre les décisions du Tribunal et en évitant le contournement des délais et des conditions de recevabilité qui s’appliquent à d’autres voies de recours prévues par le droit de l’Union (voir, en ce sens, ordonnance du 5 juin 2025, Tertianum Services/EUIPO, C‑800/24 P, EU:C:2025:425, point 23 et jurisprudence citée).

41 Partant, la seule circonstance qu’une partie intervenante en première instance ait soutenu les conclusions de l’une des parties au recours en annulation introduit devant le Tribunal ne suffit pas à établir que cette partie intervenante est directement affectée par l’arrêt par lequel il a été statué sur ce recours. Il appartient à cette dernière d’établir de manière circonstanciée que cet arrêt est de nature à l’affecter directement.

42 À cet égard, il convient de noter qu’il ressort de la jurisprudence qu’une partie intervenante est directement affectée, au sens de l’article 56, deuxième alinéa, deuxième phrase, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, lorsque la décision du Tribunal dont l’annulation est demandée entraîne une modification défavorable de sa situation juridique ou de ses intérêts, en raison des mesures nécessaires que cette partie est tenue de prendre pour exécuter cette décision (voir, en ce sens, arrêts du 24 septembre 2002, Falck et Acciaierie di Bolzano/Commission, C‑74/00 P et C‑75/00 P, EU:C:2002:524, point 58, ainsi que du 2 octobre 2003, International Power e.a./NALOO, C‑172/01 P, C‑175/01 P, C‑176/01 P et C‑180/01 P, EU:C:2003:534, points 52 et 53).

43 Il s’ensuit qu’une partie intervenante en première instance ne saurait être considérée comme directement affectée par l’arrêt dont elle demande l’annulation que lorsque celui-ci produit, en lui-même, des effets obligatoires sur la situation juridique propre de cette partie intervenante, les effets obligatoires éventuels produits par cet arrêt à l’égard de la situation juridique de la partie principale soutenue en première instance par la partie intervenante étant dépourvus de pertinence à cet égard.

44 En l’espèce, il convient donc de vérifier si l’ECCA a établi être directement affectée par l’arrêt attaqué, au regard des critères rappelés au point 42 du présent arrêt.

45 À cet égard, force est de constater que s’il est vrai que l’ECCA soutient que l’arrêt attaqué affecte de manière significative et immédiate ses intérêts, il n’en demeure pas moins que les arguments avancés à l’appui de cette affirmation, figurant aux points 34 à 36 du présent arrêt, ne sont pas de nature à étayer une telle allégation. En effet, les explications fournies par l’ECCA se limitent à énumérer les différentes opérations et services que celle-ci effectue pour ses membres dans l’exercice de sa mission statutaire, sans identifier les mesures qu’elle serait obligée d’adopter pour exécuter l’arrêt attaqué et qui entraîneraient une éventuelle modification défavorable de sa situation juridique ou de ses intérêts propres.

46 Au vu de ce qui précède, il y a lieu donc de constater que l’ECCA n’a pas établi, à suffisance de droit, qu’elle est affectée directement par l’arrêt attaqué, au sens de l’article 56, deuxième alinéa, deuxième phrase, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne.

47 En second lieu, s’agissant de l’application par l’analogie, des principes établis dans le contexte d’un recours en annulation au titre de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE introduit par une association représentative contre un acte dont elle n’est pas le destinataire, il convient de noter qu’il ressort d’une jurisprudence constante qu’un tel recours est subordonné à la condition que la qualité pour agir soit reconnue à cette personne morale. Cette qualité se présente dans deux cas de figure. D’une part, un tel recours peut être formé si l’acte la concerne directement et individuellement. D’autre part, une telle personne peut introduire un recours contre un acte réglementaire ne comportant pas de mesures d’exécution, si celui-ci la concerne directement (arrêt du 21 septembre 2023, China Chamber of Commerce for Import and Export of Machinery and Electronic Products e.a./Commission, C‑478/21 P, EU:C:2023:685, point 48 ainsi que jurisprudence citée).

48 En l’espèce, et sans qu’il soit besoin de statuer sur le point de savoir s’il y a lieu ou non d’appliquer par analogie dans le cadre d’un pourvoi les critères établis dans le contexte d’un recours en annulation au titre de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE introduit par une association représentative contre un acte dont elle n’est pas le destinataire, il suffit de constater que, en tout état de cause, ces critères ne sont pas remplis.

49 En effet, d’une part, l’ECCA n’a pas établi être elle-même affectée directement par l’arrêt attaqué, de sorte qu’elle ne relève d’aucun des deux cas de figure décrit au point 47 du présent arrêt. D’autre part, contrairement aux exigences résultant de la jurisprudence en la matière, l’ECCA est restée en défaut d’établir que, en introduisant le présent pourvoi, elle a agi au nom d’Ascenza Agro. Au contraire, l’ECCA produit uniquement un document dont il ressort que Ascenza Agro fait partie de ses membres.

50 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter le pourvoi de l’ECCA comment étant irrecevable.

Sur les dépens

51 En vertu de l’article 184, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi n’est pas fondé, la Cour statue sur les dépens.

52 Aux termes de l’article 138, paragraphe 1, de ce règlement, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de celui‑ci, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens s’il est conclu en ce sens.

53 En l’espèce, la Commission et HEAL ayant conclu à la condamnation de l’ECCA et cette dernière ayant succombé en ses moyens, il y a lieu de la condamner à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission et par HEAL.

54 L’article 140, paragraphe 1, du règlement de procédure, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de ce règlement, dispose que les États membres et les institutions qui sont intervenus au litige supportent leurs propres dépens.

55 En l’espèce, il y a lieu de décider que la République française supportera ses propres dépens.

Par ces motifs, la Cour (première chambre) déclare et arrête :

1) Le pourvoi est rejeté.

2) EuropeanCropCareAssociation (ECCA) est condamnée à supporter, outre ses propres dépens, ceux exposés par la Commission européenne et par HealthandEnvironmentAlliance (HEAL).

3) La République française supporte ses propres dépens.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.