Arrêt de la Cour (première chambre) du 10 septembre 2026.#European Crop Care Association (ECCA) contre Commission européenne.#Pourvoi – Produits phytopharmaceutiques – Substances actives – Règlement (CE) no 1107/2009 – Article 4 – Critères d’approbation des substances actives – Règlement d’exécution (UE) 2020/17 – Non‑renouvellement de l’approbation de la substance active “chlorpyriphos-méthyl” – Recevabilité – Article 56, deuxième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne – Qualité pour agir – Condition selon laquelle le requérant doit être directement affecté par l’arrêt faisant l’objet de son pourvoi – Pourvoi introduit par une partie intervenante en première instance.#Affaire C-773/23 P.
| CELEX | 62023CJ0773_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 10 septembre 2026 |
Texte intégral
Affaire C‑773/23 P
European Crop Care Association (ECCA)
contre
Commission européenne
Arrêt de la Cour (première chambre) du 10 septembre 2026
« Pourvoi – Produits phytopharmaceutiques – Substances actives – Règlement (CE) no 1107/2009 – Article 4 – Critères d’approbation des substances actives – Règlement d’exécution (UE) 2020/17 – Non‑renouvellement de l’approbation de la substance active “chlorpyriphos-méthyl” – Recevabilité – Article 56, deuxième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne – Qualité pour agir – Condition selon laquelle le requérant doit être directement affecté par l’arrêt faisant l’objet de son pourvoi – Pourvoi introduit par une partie intervenante en première instance »
Pourvoi – Recevabilité – Pourvoi introduit par une partie intervenante à la procédure devant le Tribunal – Partie intervenante autre que les États membres et les institutions – Nécessité d’être directement affectée par la décision du Tribunal – Notion – Décision produisant des effets obligatoires sur la situation juridique de cette partie intervenante – Absence – Irrecevabilité du pourvoi
(Statut de la Cour de justice, art. 56, 2e al.)
(voir points 38-46, 50)
Résumé
En rejetant le pourvoi formé par l’European Crop Care Association (« ECCA ») contre l’arrêt du Tribunal dans l’affaire Ascenza Agro et Industrias Afrasa/Commission (1), la Cour précise les conditions de recevabilité des pourvois formés par des parties intervenantes non privilégiées, et plus particulièrement celle de l’affectation directe, lorsqu’une telle partie est une association représentative.
L’ECCA, une association représentant l’industrie phytosanitaire européenne, est intervenue devant le Tribunal au soutien d’un recours en annulation, introduit notamment par un de ses membres, du règlement d’exécution 2020/17 (2) portant sur le non-renouvellement de l’approbation de la substance active chlorpyriphos-méthyl. Ce recours ayant été rejeté, l’ECCA a formé un pourvoi, soutenu par son membre Ascenza Agro SA, l’une des parties à la procédure de recours en annulation.
La Commission européenne a toutefois contesté la recevabilité de ce pourvoi au motif que l’ECCA, en tant que partie intervenante, ne serait pas directement affectée par l’arrêt attaqué et, partant, n’aurait pas la qualité pour former un pourvoi.
Appréciation de la Cour
En premier lieu, la Cour rappelle que, aux termes de l’article 56, deuxième alinéa, deuxième phrase, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, les parties intervenantes autres que les États membres et les institutions de l’Union ne peuvent former un pourvoi que lorsque la décision du Tribunal les affecte directement, circonstance qu’il appartient à la partie intervenante d’établir de manière détaillée.
Néanmoins, il ne suffit pas de justifier d’un intérêt à la solution du litige et d’avoir été admis à intervenir au litige en première instance pour pouvoir former un pourvoi. Il ressort de la jurisprudence de la Cour qu’une partie intervenante est directement affectée lorsque la décision du Tribunal dont l’annulation est demandée entraîne une modification défavorable de sa situation juridique ou de ses intérêts, en raison des mesures nécessaires qu’elle est tenue de prendre pour exécuter cette décision.
Ainsi, une partie intervenante en première instance ne saurait être considérée comme directement affectée par l’arrêt dont elle demande l’annulation que lorsque celui-ci produit, en lui-même, des effets obligatoires sur sa situation juridique propre. Les effets obligatoires éventuels produits par cet arrêt à l’égard de la situation juridique de la partie principale soutenue en première instance par la partie intervenante sont dépourvus de pertinence à cet égard.
Or, en l’espèce, l’ECCA n’a pas réussi à démontrer que l’arrêt attaqué affecte de manière significative et immédiate ses intérêts. En effet, les arguments présentés par l’ECCA se bornent à dresser la liste des différentes opérations et prestations qu’elle effectue pour ses membres dans le cadre de sa mission statutaire, sans préciser quelles mesures elle serait contrainte d’adopter pour se conformer à l’arrêt attaqué, ni comment ces mesures pourraient modifier défavorablement sa situation juridique ou ses intérêts propres.
En second lieu, la Cour estime qu’il n’est pas nécessaire d’examiner si les critères établis dans le cadre d’un recours en annulation au titre de l’article 263, paragraphe 4, du TFUE, introduit par une association représentative contre un acte dont elle n’est pas le destinataire, peuvent, par analogie, être applicables en l’espèce.
À cet égard, la Cour rappelle qu’un recours en annulation n’est recevable que si la personne morale qui l’introduit possède la qualité pour agir. Cette qualité peut être reconnue dans deux situations, d’une part, lorsque l’acte en cause la concerne directement et individuellement et, d’autre part, lorsque l’acte réglementaire la concerne directement et ne comporte pas de mesures d’exécution.
En l’occurrence, dans la mesure où elle n’a pas établi être elle-même affectée directement par l’arrêt attaqué, l’ECCA ne remplit pas ces critères et ne relève donc d’aucun de ces deux cas de figure. En outre, contrairement aux exigences résultant de la jurisprudence en la matière, l’ECCA s’est limitée à présenter un document attestant que Ascenza Agro, qui était l’une des parties à la procédure de recours en annulation, était l’un de ses membres, sans préciser si, en introduisant le pourvoi, elle agissait au nom d’Ascenza Agro.
Au vu de ce qui précède, la Cour rejette le pourvoi comme étant irrecevable.
1 Arrêt du Tribunal du 4 octobre 2023, Ascenza Agro et Industrias Afrasa/Commission (T‑77/20, EU:T:2023:602).
2 Règlement d’exécution (UE) 2020/17 de la Commission, du 10 janvier 2020, portant sur le non-renouvellement de l’approbation de la substance active « chlorpyriphos-méthyl », conformément au règlement (CE) no 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, et modifiant l’annexe du règlement d’exécution (UE) no 540/2011 de la Commission (JO 2020, L 7, p.11).