| CELEX | 62024CJ0618_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 26 mars 2026 |
Affaire C‑618/24 [Isergartler] ( i )
XK
et
TR
et
VQ
contre
SM
(demande de décision préjudicielle, introduite par l’Oberster Gerichtshof)
Arrêt de la Cour(quatrième chambre) du 26 mars 2026
« Renvoi préjudiciel – Coopération judiciaire en matière civile – Règlement (UE) no 650/2012 – Articles 1er, 3 et 4 – Champ d’application – Notion de “succession” – Legs légal conféré au titre du soutien apporté par l’aidant au défunt lors du vivant de ce dernier – Compétence générale d’une juridiction d’un État membre pour statuer sur l’ensemble d’une succession »
Coopération judiciaire en matière civile – Compétence, loi applicable, reconnaissance et exécution des décisions, acceptation et exécution des actes authentiques en matière de successions et création d’un certificat successoral européen – Règlement n
o650/2012 – Compétence générale – Champ d’application – Notion de succession – Legs légal conféré à certains proches du défunt pour le soutien apporté au cours d’une certaine période précédant le décès – Inclusion – Conditions
[Règlement du Parlement européen et du Conseil no 650/2012, considérants 7, 8, 9, 34 et 59 et art. 1er, 3, § 1, a), et 4]
(voir points 30-50 et disp.)
Résumé
Saisie à titre préjudiciel par l’Oberster Gerichtshof (Cour suprême, Autriche), la Cour se prononce sur la notion de « succession » au sens de l’article 4 du règlement no 650/2012 ( 1 ), dans le contexte d’une action fondée sur le legs légal attribué à l’aidant, prévu en droit autrichien.
SM est l’ancien partenaire d’une défunte qui avait sa résidence en Autriche jusqu’à son décès, en 2021. La juridiction compétente en Autriche a attribué la succession de la défunte à XK, à TR et à VQ, tous trois résidant en Allemagne. Durant les trois années ayant précédé le décès de sa compagne, SM lui a apporté son soutien en tant qu’aidant. Il réclame à ces personnes le paiement d’une somme de 57200 euros en vertu du legs légal conféré à l’aidant, au titre du soutien apporté, qui est prévu en droit autrichien.
Dans ce contexte, la juridiction de renvoi se demande si l’article 4 du règlement no 650/2012, conformément auquel sont compétentes pour statuer sur l’ensemble d’une succession les juridictions de l’État membre dans lequel le défunt avait sa résidence habituelle au moment de son décès, doit être interprété en ce sens que le legs légal qui est conféré au titre du soutien apporté par l’aidant, tel que prévu en droit autrichien, est un droit qui relève d’une « succession ».
Appréciation de la Cour
À titre liminaire, la Cour précise que la question préjudicielle implique d’apprécier si la mesure en cause au principal relève du champ d’application du règlement no 650/2012, tel que défini à son article 1er. Il importe également de tenir compte de l’article 3, paragraphe 1, sous a), de ce règlement, qui définit la notion de « succession ». En conséquence, la question posée, reformulée, implique d’interpréter l’article 4 dudit règlement, lu en combinaison avec l’article 1er et l’article 3, paragraphe 1, sous a), de celui-ci.
Tout d’abord, aux termes d’une interprétation littérale, la Cour constate que, selon l’article 1er, paragraphe 1, du règlement no 650/2012, celui-ci s’applique aux « successions à cause de mort » et que rien ne permet de considérer que le législateur de l’Union ait entendu conférer aux notions de « successions à cause de mort » et de « succession », au sens de ce règlement, des significations distinctes. La notion de « succession » au sens de l’article 3, paragraphe 1, sous a), dudit règlement est définie de manière large dans la mesure où elle recouvre « toute forme de transfert de biens, de droits et d’obligations à cause de mort », y compris les mesures dont la finalité principale concerne la succession de la personne décédée et qui prennent effet au décès du de cujus.
La Cour souligne, ensuite, qu’aucun élément du contexte dans lequel s’inscrivent l’article 4 du règlement no 650/2012 ainsi que l’article 1er et l’article 3, paragraphe 1, sous a), de celui-ci ne vient infirmer cette interprétation.
Enfin, aux termes d’une interprétation téléologique, la Cour explique que, d’une part, le règlement vise, notamment, à aider les héritiers et légataires, les autres personnes proches du défunt ainsi que les créanciers de la succession, à faire valoir leurs droits dans le contexte d’une succession aux incidences transfrontalières. D’autre part, le règlement tend à éviter que des décisions inconciliables soient rendues dans les différents États membres. Cet objectif se rattache au principe de l’unité de la succession, concrétisé à l’article 23, paragraphe 1, du règlement no 650/2012. Ce principe sous-tend également la règle établie à l’article 4 dudit règlement, cette disposition précisant la compétence des juridictions des États membres pour statuer « sur l’ensemble d’une succession ».
S’agissant de la mesure en cause au principal, indépendamment de la qualification de « legs » retenue par le droit national, celle-ci présente un lien structurel étroit avec la matière successorale, dès lors qu’elle n’a vocation à s’appliquer qu’après le décès de la personne dont la succession est ouverte, et que son régime apparaît ainsi intimement lié à celle-ci. En particulier, selon le droit autrichien, elle s’applique indépendamment de toute disposition testamentaire établie par le défunt et, en tout état de cause, en sus de la réserve héréditaire et ne peut être écartée que pour un motif d’exhérédation. En outre, cette mesure ne bénéficie qu’aux seules personnes proches du défunt définies comme telles. La finalité principale de ladite mesure concerne donc les droits de l’aidant dans le cadre de la succession.
Au regard de ce qui précède, la Cour conclut qu’une mesure telle que celle en cause au principal relève de la notion de « succession » au sens de l’article 4 du règlement no 650/2012.
( i ) Le nom de la présente affaire est un nom fictif. Il ne correspond au nom réel d’aucune partie à la procédure.
( 1 ) Règlement (UE) no 650/2012 du Parlement européen et du Conseil, du 4 juillet 2012, relatif à la compétence, la loi applicable, la reconnaissance et l’exécution des décisions, et l’acceptation et l’exécution des actes authentiques en matière de successions et à la création d’un certificat successoral européen (JO 2012, L 201, p. 107).
Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 18 juin 2026.#Z.R. et Ś. contre U. et Z.#Renvoi préjudiciel – Coopération judiciaire en matière civile – Règlement (CE) no 44/2001 – Compétence judiciaire, reconnaissance et exécution des décisions en matière civile et commerciale – Article 5, point 3 – Compétence spéciale en matière délictuelle ou quasi délictuelle – Lieu où le fait dommageable s’est produit ou risque de se produire – Personnes physiques et morales alléguant une atteinte à leurs droits de la personnalité résultant de la diffusion d’un contenu audiovisuel à la télévision et sur Internet – Compétence internationale des juridictions d’un État membre autre que l’État membre de production de ce contenu – Lieu de la matérialisation du dommage – Centre des intérêts de ces personnes – Contenu comportant des éléments permettant d’identifier indirectement une personne en tant qu’individu – Recours tendant à obtenir des mesures visant à éliminer et à prévenir les effets d’une telle atteinte ainsi qu’à la réparation du préjudice moral.#Affaire C-232/25.
18/06/2026
Arrêt de la Cour (première chambre) du 18 juin 2026.#Datenschutzbehörde et Dr. G S contre Bundesministerin für Justiz et D GmbH.#Renvoi préjudiciel – Protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel – Règlement (UE) 2016/679 – Articles 77 et 79 – Voies de recours – Exercice parallèle – Articulation entre l’introduction d’une réclamation auprès d’une autorité nationale de contrôle et l’exercice d’un recours juridictionnel – Risque de décisions contradictoires – Principe de protection juridictionnelle effective – Autonomie procédurale des États membres – Principe d’effectivité – Principe d’équivalence.#Affaire C-414/24.
18/06/2026
Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 18 juin 2026.#NTH Haustechnik GmbH contre EM.#Renvoi préjudiciel – Protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel – Règlement (UE) 2016/679 – Article 5, paragraphe 1, sous e) – Limitation de la conservation – Article 6, paragraphe 1, premier alinéa, sous e) – Licéité du traitement desdites données relatif à un contrat de travail dans le cadre d’une procédure judiciaire – Article 17, paragraphe 3, sous e) – Absence d’obligation de procéder à l’effacement des mêmes données en cas de traitement nécessaire à la constatation, à l’exercice ou à la défense de droits en justice – Données collectées par l’employeur en vue d’établir un manquement grave de l’employé à ses obligations – Utilisation de preuves obtenues de manière illégale.#Affaire C-484/24.
18/06/2026
Jurisprudence CJUE — 62024CJ0522
18/06/2026