Ordonnance CJUE62024CO0844

Ordonnance de la Cour (neuvième chambre) du 15 juillet 2026.#Procureur du Roi près du Tribunal de première instance de Liège, division Liège et État belge, SPF Finances contre ECDC Logistics SA e.a.#Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, ainsi qu’articles 94 et 99 du règlement de procédure de la Cour – Union douanière – Code des douanes de l’Union – Règlement (UE) no 952/2013 – Importations de marchandises – Valeur en douane – Sous-évaluation – Méthodes secondaires de détermination de la valeur en douane – Méthode fondée sur un prix moyen calculé sur la base de valeurs statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union européenne – Article 53 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Recevabilité.#Affaire C-844/24.

CELEX62024CO0844
TypeOrdonnance CJUE
Datemercredi 15 juillet 2026

Texte intégral

ORDONNANCE DE LA COUR (neuvième chambre)

15 juillet 2026 (*)

« Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, ainsi qu’articles 94 et 99 du règlement de procédure de la Cour – Union douanière – Code des douanes de l’Union – Règlement (UE) no 952/2013 – Importations de marchandises – Valeur en douane – Sous-évaluation – Méthodes secondaires de détermination de la valeur en douane – Méthode fondée sur un prix moyen calculé sur la base de valeurs statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union européenne – Article 53 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – Recevabilité »

Dans l’affaire C‑844/24 [Labroix] (i),

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par la cour d’appel de Liège (Belgique), par décision du 7 novembre 2024, parvenue à la Cour le 14 novembre 2024, dans la procédure

Procureur du Roi près du Tribunal de première instance de Liège, division Liège,

État belge, SPF Finances,

contre

ECDC Logistics SA,

Soda Trading IM-&Export SPRL,

KL,

HM,

ZD,

RX,

LA COUR (neuvième chambre),

composée de M. M. Condinanzi, président de chambre, Mme R. Frendo et M. A. Kornezov (rapporteur), juges,

avocat général : Mme T. Ćapeta,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

considérant les observations présentées :

– pour ECDC Logistics SA, par Me P. Diaz Gavier, advocaat, et Me C. Halet, avocat,

– pour KL, HM et ZD, par Me C. Bodson, avocat,

– pour le gouvernement belge, par M. S. Baeyens, Mmes M. Jacobs et C. Pochet, en qualité d’agents,

– pour le gouvernement tchèque, par Mme L. Halajová, MM. M. Smolek et J. Vláčil, en qualité d’agents,

– pour la Commission européenne, par Mmes A. Demeneix et F. Moro, en qualité d’agents,

vu la décision prise, l’avocate générale entendue, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 53, paragraphe 2, et à l’article 99 du règlement de procédure de la Cour,

rend la présente

Ordonnance

1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation des articles 70 et 74 du règlement (UE) no 952/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 9 octobre 2013, établissant le code des douanes de l’Union (JO 2013, L 269, p. 1, ci-après le « code des douanes »), de l’article 144 du règlement d’exécution (UE) 2015/2447 de la Commission, du 24 novembre 2015, établissant les modalités d’application de certaines dispositions du règlement (UE) no 952/2013 du Parlement européen et du Conseil établissant le code des douanes de l’Union (JO 2015, L 343, p. 558), ainsi que de l’article 53 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »).

2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’une procédure pénale engagée contre ECDC Logistics SA, Soda Trading IM-&Export GmbH, KL, HM, ZD et RX (ci-après, ensemble, les « prévenus au principal ») au sujet de l’introduction de déclarations en douane contenant une sous-évaluation de la valeur en douane des marchandises déclarées à l’importation.

Le cadre juridique

Le droit de l’Union

La Charte

3 L’article 53 de la Charte énonce :

« Aucune disposition de la présente Charte ne doit être interprétée comme limitant ou portant atteinte aux droits de l’homme et libertés fondamentales reconnus, dans leur champ d’application respectif, par le droit de l’Union, le droit international et les conventions internationales auxquelles sont parties l’Union [européenne], ou tous les États membres, et notamment la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, [signée à Rome le 4 novembre 1950,] ainsi que par les constitutions des États membres. »

Le code des douanes

4 L’article 70 du code des douanes, intitulé « Détermination de la valeur en douane sur la base de la valeur transactionnelle », prévoit :

« 1. La base première pour la détermination de la valeur en douane des marchandises est la valeur transactionnelle, c’est-à-dire le prix effectivement payé ou à payer pour les marchandises lorsqu’elles sont vendues pour l’exportation à destination du territoire douanier de l’Union, après ajustement, le cas échéant.

2. Le prix effectivement payé ou à payer est le paiement total effectué ou à effectuer par l’acheteur au vendeur ou par l’acheteur à une tierce partie au bénéfice du vendeur, pour les marchandises importées et comprend tous les paiements effectués ou à effectuer comme condition de la vente des marchandises importées.

3. La valeur transactionnelle s’applique à condition que l’ensemble des conditions suivantes soient remplies :

a) qu’il n’existe pas de restrictions concernant la cession ou l’utilisation des marchandises par l’acheteur, autres que l’une quelconque de celles qui :

i) sont imposées ou exigées par la loi ou par les autorités publiques dans l’Union ;

ii) limitent la zone géographique dans laquelle les marchandises peuvent être revendues ;

iii) n’affectent pas substantiellement la valeur en douane des marchandises ;

b) que la vente ou le prix ne soit pas subordonné à des conditions ou à des prestations dont la valeur n’est pas déterminable pour ce qui se rapporte aux marchandises à évaluer ;

c) qu’aucune partie du produit de toute revente, cession ou utilisation ultérieure des marchandises par l’acheteur ne revienne directement ou indirectement au vendeur, sauf si un ajustement approprié peut être opéré ;

d) que l’acheteur et le vendeur ne soient pas liés ou que les liens n’aient pas influencé le prix. »

5 L’article 74 de ce code, intitulé « Méthodes secondaires de détermination de la valeur en douane », dispose :

« 1. Lorsque la valeur en douane des marchandises ne peut être déterminée par application de l’article 70, il y a lieu de passer successivement du point a) au point d) du paragraphe 2 jusqu’au premier de ces points qui permettra de la déterminer.

L’ordre d’application des points c) et d) du paragraphe 2 est inversé si le déclarant émet une demande en ce sens.

2. La valeur en douane déterminée par application du paragraphe 1 est :

a) la valeur transactionnelle de marchandises identiques, vendues pour l’exportation à destination du territoire douanier de l’Union et exportées au même moment ou à peu près au même moment que les marchandises à évaluer ;

b) la valeur transactionnelle de marchandises similaires, vendues pour l’exportation à destination du territoire douanier de l’Union et exportées au même moment ou à peu près au même moment que les marchandises à évaluer ;

c) la valeur fondée sur le prix unitaire correspondant aux ventes sur le territoire douanier de l’Union des marchandises importées ou de marchandises identiques ou similaires importées totalisant la quantité la plus élevée, ainsi faites à des personnes non liées aux vendeurs ; ou

d) la valeur calculée, égale à la somme :

i) du coût ou de la valeur des matières et des opérations de fabrication ou autres, mises en œuvre pour produire les marchandises importées ;

ii) d’un montant représentant les bénéfices et les frais généraux égal à celui qui entre généralement dans les ventes de marchandises de la même nature ou de la même espèce que les marchandises à évaluer, qui sont faites par des producteurs du pays d’exportation pour l’exportation à destination de l’Union ;

iii) du coût ou de la valeur des éléments visés à l’article 71, paragraphe 1, point e).

3. Si la valeur en douane ne peut pas être déterminée par application du paragraphe 1, elle est déterminée, sur la base des données disponibles dans le territoire douanier de l’Union, par des moyens raisonnables compatibles avec tous les principes et toutes les dispositions générales suivantes :

a) l’accord relatif à la mise en œuvre de l’article VII de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce [de 1994 (JO 1994, L 336, p. 103, ci-après l’“accord général sur les tarifs douaniers et le commerce”)] ;

b) l’article VII de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce ;

c) le présent chapitre. »

Le règlement d’exécution 2015/2447

6 L’article 140 du règlement d’exécution 2015/2447, intitulé « Non‑acceptation de valeurs transactionnelles déclarées (Article 70, paragraphe 1, du code [des douanes]) », prévoit :

« 1. Lorsque les autorités douanières ne sont pas convaincues, sur la base de doutes fondés, que la valeur transactionnelle déclarée représente le montant total payé ou à payer défini à l’article 70, paragraphe 1, du code [des douanes], elles peuvent demander au déclarant de fournir des informations supplémentaires.

2. Si leurs doutes ne sont pas dissipés, les autorités douanières peuvent décider que la valeur des marchandises ne peut pas être déterminée conformément à l’article 70, paragraphe 1, du code [des douanes]. »

7 L’article 144 de ce règlement d’exécution, intitulé « Valeur déterminée sur la base des données disponibles (méthode “fall back”) (Article 74, paragraphe 3, du code [des douanes]) », dispose :

« 1. Lors de la détermination de la valeur en douane en vertu de l’article 74, paragraphe 3, du code [des douanes], il peut être fait preuve d’une souplesse raisonnable dans l’application des méthodes prévues aux articles 70 et 74, paragraphe 2, du code [des douanes]. La valeur ainsi déterminée se fonde, dans la plus grande mesure possible, sur des valeurs en douane déterminées antérieurement.

2. Lorsque la valeur en douane ne peut pas être déterminée par application du paragraphe 1, d’autres méthodes appropriées sont utilisées. Dans ce cas, la valeur en douane n’est déterminée sur la base d’aucun des éléments suivants :

a) le prix de vente, sur le territoire douanier de l’Union, de marchandises produites sur le territoire douanier de l’Union ;

b) un système dans lequel la plus élevée de deux valeurs possibles est utilisée pour la détermination de la valeur en douane ;

c) le prix de marchandises sur le marché intérieur du pays d’exportation ;

d) le coût de production, autre que les valeurs calculées qui ont été déterminées pour des marchandises identiques ou similaires en vertu de l’article 74, paragraphe 2, point d), du code [des douanes] ;

e) des prix pour l’exportation à destination d’un pays tiers ;

f) des valeurs en douane minimales ;

g) des valeurs arbitraires ou fictives. »

Le droit belge

8 L’article 202 de la loi générale sur les douanes et accises, coordonnée par l’arrêté royal du 18 juillet 1977 (Moniteur belge du 21 septembre 1977, p. 11425), confirmé par la loi concernant les douanes et accises du 6 juillet 1978 (Moniteur belge du 12 août 1978, p. 9013), dans sa version applicable au litige au principal (ci-après la « LGDA »), prévoit :

« 1. Lorsque, postérieurement à la clôture du certificat de vérification, les agents établissent, dans le délai de trois ans à compter de la date de la prise en compte du montant primitivement exigé du redevable, ou, s’il n’y a pas eu de prise en compte, à compter de la date de la naissance de la dette d’impôts, que par suite d’un acte passible de poursuites judiciaires répressives, les droits ou les droits d’accise légalement dus sur des marchandises déclarées n’ont pas été ou n’ont pas été intégralement perçus, les droits ou les droits d’accise éludés doivent être payés par le redevable de ces droits, soit à titre principal, soit à titre subsidiaire, ou par ses ayants droit.

2. Les personnes visées au [paragraphe 1] sont punies d’une amende comprise entre cinq et dix fois les droits éludés. [...] »

Le litige au principal et les questions préjudicielles

9 L’administration générale des douanes et accises (Belgique) a été informée par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) que Soda Trading IM-&Export se serait livrée à des importations de produits textiles et de chaussures en provenance de Chine dont la valeur en douane était sous-évaluée.

10 Cette administration a, dès lors, procédé à un contrôle a posteriori de 276 déclarations en douane déposées, entre le 9 avril et le 6 septembre 2019, par ECDC Logistics, qui est le représentant en douanes de Soda Trading IM-&Export.

11 Dans un procès-verbal établi le 8 décembre 2020, ladite administration a constaté que la valeur en douane déclarée était inférieure à 50 % de la valeur moyenne des marchandises similaires importées répertoriées dans la base de données sur l’accès aux marchés, qui est intégrée dans le portail électronique de « Access2Markets », développé par la direction générale (DG) « Commerce » de la Commission européenne pour assister les entreprises dans le commerce international (ci-après la « base de données “Access2Markets” »). Il ressort de la décision de renvoi que, pour parvenir à cette conclusion, la même administration a utilisé la méthode dite du « prix moyen corrigé » (PMC), qui doit permettre le calcul d’un « prix minimal acceptable » (PMA). Cette méthode constitue un outil d’évaluation des risques reposant sur des données collectées à l’échelle de l’Union destiné spécifiquement à aider les États membres à identifier les importations de produits textiles et de chaussures présentant un risque important de sous-évaluation.

12 L’administration générale des douanes et accises a ensuite considéré que les documents transmis par ECDC Logistics ne lui permettaient pas de déterminer la valeur en douane des marchandises en cause sur la base de la valeur transactionnelle, en application de l’article 70 du code des douanes, et a recouru aux méthodes secondaires de détermination de la valeur en douane des marchandises, visées à l’article 74 de ce code. Il ressort du dossier dont dispose la Cour que cette administration a calculé cette valeur d’une manière analogue à celle permettant de calculer le PMA.

13 Le 4 mars 2021, à l’initiative de l’administration générale des douanes et accises, des poursuites pénales ont été diligentées contre les prévenus au principal en tant qu’auteurs, coauteurs ou complices, pour avoir introduit 276 déclarations en douane contenant des informations fausses et inexactes, accompagnées de factures commerciales inexactes, avec pour conséquence une sous-évaluation des marchandises déclarées à l’importation.

14 Par jugement du 20 avril 2023, le tribunal de première instance de Liège (Belgique) a acquitté les prévenus au principal de l’ensemble des infractions qui leur étaient reprochées.

15 L’administration générale des douanes et accises a interjeté appel de ce jugement devant la cour d’appel de Liège (Belgique), qui est la juridiction de renvoi.

16 Cette juridiction considère que se pose, à titre liminaire, la question de savoir si la valeur en douane des marchandises importées peut être déterminée en recourant aux données contenues dans la base de données « Access2Markets », qui permettraient d’obtenir une valeur moyenne par année des importations réalisées à destination du territoire douanier de l’Union pour les marchandises relevant de chaque sous-position tarifaire de la nomenclature combinée figurant à l’annexe I du règlement (CEE) no 2658/87 du Conseil, du 23 juillet 1987, relatif à la nomenclature tarifaire et statistique et au tarif douanier commun (JO 1987, L 256, p. 1) (ci-après la « NC »), en provenance de chaque pays tiers.

17 À cet égard, ladite juridiction estime, notamment, que la Cour ne s’est pas encore prononcée sur l’utilisation de données statistiques agrégées au niveau de l’Union, telles que celles issues de la base « Access2Markets », aux fins de la détermination la valeur en douane des marchandises importées dans le cadre de l’application de l’article 74 du code des douanes.

18 La juridiction de renvoi s’interroge, en outre, sur la possibilité pour les prévenus au principal de contester, dans le cadre de poursuites pénales, l’application de la méthode consistant à déterminer la valeur moyenne des marchandises importées relevant de la même sous-position de la NC, en utilisant des données statistiques, notamment celles issues de la base de données « Access2Markets », aux fins de la détermination de la valeur en douane des marchandises déclarées à l’importation. Elle fait observer, à cet égard, que l’article 202, paragraphe 2, de la LGDA prévoit l’imposition d’une peine consistant en une amende comprise entre cinq à dix fois les droits éludés. Or, ces droits éludés seraient calculés au regard des valeurs retenues par application de cette méthode. Celle-ci aurait ainsi une incidence immédiate sur le sort qu’il conviendra de réserver aux actions au principal, dès lors qu’elle produirait, prima facie, des conséquences sur les droits de la défense des prévenus au principal, sur la détermination de la peine ainsi que sur la question du paiement éventuel des droits éludés.

19 Dans ces conditions, la cour d’appel de Liège a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1) L’autorité douanière compétente qui recourt à une méthode essentiellement statistique, qui se fonde sur la base de données européennes [“Access2Markets”], pour déterminer la valeur en douane d’importations de marchandises qu’elle estime sous-évaluée respecte-t-elle les méthodes séquentielles prescrites aux articles 70 et 74 du [code des douanes], et tout particulièrement la méthode dite “de dernier recours” ou “des moyens raisonnables” prévue à l’article 74, paragraphe 3, de ce [c]ode consistant à déterminer la valeur en douane des marchandises concernées sur la base des “données disponibles” – qui ne devraient être ni agrégées ni confidentielles – dans le respect des conditions imposées à l’article 144 du règlement d’exécution [2015/2447] ?

2) Dans l’affirmative, le recours à une base de données statistiques européennes telle [“Access2Markets”], qui regroupe des données recueillies au sein de l’Union, pour évaluer la valeur en douane de marchandises en application de la méthode dite “de dernier recours” ou “des moyens raisonnables” prévue à l’article 74, paragraphe 3, du [code de douanes] se conforme-t-il aux garanties reconnues aux justiciables en application de l’article 53 de la [Charte] dès lors que, dans le cadre des poursuites pénales qui sont diligentées à l’initiative exclusive [de l’administration générale] des douanes et accises, lesdits justiciables sont contraints de se défendre au regard de données statistiques, d’une part, et que, d’autre part, la loi d’incrimination nationale applicable prévoit une sanction consistant en une amende comprise entre cinq à dix fois les droits éludés qui eux-mêmes sont déterminés au regard de données statistiques ?

3) Dans l’hypothèse où des marchandises sont mises en libre pratique dans un État membre mais mises à la consommation dans un autre État membre, l’autorité douanière compétente, si elle est en droit d’évaluer les marchandises sur une base statistique, doit-elle prendre comme référence la valeur statistique en ayant recours à des données nationales fixant la valeur en douane de marchandises relevant du même code Taric ou en application [d’une] base de données de l’Union européenne qui regroupe et agrège les statistiques recueillies par chaque État membre ? »

20 Sur proposition du président, le vice-président et le premier avocat général entendus, la Cour a décidé d’inscrire à son registre la présente demande de décision préjudicielle. En effet, bien que cette demande relève de la matière spécifique visée à l’article 50 ter, premier alinéa, sous c), du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, à savoir le code des douanes, elle soulève une question indépendante d’interprétation de l’article 53 de la Charte.

La procédure devant la Cour

21 Par une décision du président de la Cour du 30 septembre 2025, la procédure dans la présente affaire a été suspendue jusqu’au prononcé de l’arrêt à intervenir dans les affaires Keladis I et Keladis II (C‑72/24 et C‑73/24).

22 La Cour ayant rendu, le 29 janvier 2026, son arrêt dans les affaires Keladis I et Keladis II (C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51), le président de la Cour a ordonné, le même jour, la reprise de la procédure.

23 La juridiction de renvoi, à laquelle le greffe avait communiqué cet arrêt, a informé la Cour qu’elle entendait maintenir sa demande de décision préjudicielle au motif, notamment, que celle-ci porte également sur les incidences sur une procédure pénale des méthodes d’évaluation de la valeur en douane des marchandises, prévues par le code des douanes, au regard de l’article 53 de la Charte.

Sur la recevabilité de la demande de décision préjudicielle

24 ECDC Logistics soutient que la demande de décision préjudicielle est irrecevable, au motif qu’elle vise l’application de la méthode prévue à l’article 74, paragraphe 3, du code des douanes, alors que la juridiction de renvoi n’aurait pas encore statué sur le point de savoir si cette méthode est applicable à la procédure pénale au principal, lequel dépendrait du bien-fondé du rejet, par l’administration générale des douanes et accises, de la valeur transactionnelle des marchandises en cause ainsi que de l’application des méthodes visées à l’article 74, paragraphe 2, de ce code. Les questions préjudicielles seraient donc hypothétiques ou, à tout le moins, prématurées.

25 À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, dans le cadre de la coopération entre la Cour et les juridictions nationales instituée à l’article 267 TFUE, il appartient au seul juge national qui est saisi du litige et qui doit assumer la responsabilité de la décision juridictionnelle à intervenir d’apprécier, au regard des particularités de l’affaire, tant la nécessité d’une décision préjudicielle pour être en mesure de rendre son jugement que la pertinence des questions qu’il pose à la Cour. En conséquence, dès lors que les questions posées portent sur l’interprétation du droit de l’Union, la Cour est, en principe, tenue de statuer [arrêt du 21 mars 2023, Mercedes-Benz Group (Responsabilité des constructeurs de véhicules munis de dispositifs d’invalidation), C‑100/21, EU:C:2023:229, point 52 et jurisprudence citée].

26 Il s’ensuit que les questions portant sur le droit de l’Union bénéficient d’une présomption de pertinence. Le refus de la Cour de statuer sur une question préjudicielle posée par une juridiction nationale n’est possible que s’il apparaît de manière manifeste que l’interprétation sollicitée du droit de l’Union n’a aucun rapport avec la réalité ou l’objet du litige au principal, lorsque le problème est de nature hypothétique ou encore lorsque la Cour ne dispose pas des éléments de fait et de droit nécessaires pour répondre de façon utile aux questions qui lui sont posées [arrêt du 21 mars 2023, Mercedes-Benz Group (Responsabilité des constructeurs de véhicules munis de dispositifs d’invalidation), C‑100/21, EU:C:2023:229, point 53 et jurisprudence citée].

27 En l’occurrence, il convient de relever, d’une part, qu’il ressort de la décision de renvoi que la juridiction de renvoi n’éprouve pas de doutes quant au bien-fondé du rejet, par l’administration générale des douanes et accises, de la valeur transactionnelle, au sens de l’article 70 du code des douanes, des marchandises en cause et qu’elle interroge donc la Cour non sur les modalités d’application de cette méthode, mais sur l’application éventuelle de l’article 74, paragraphe 3, de ce code au litige au principal.

28 À cet égard, pour le cas où cette juridiction aurait laissé l’appréciation de cette question pour un stade ultérieur, il convient de rappeler qu’il revient à la seule juridiction nationale de décider à quel stade de la procédure il y a lieu de déférer une question préjudicielle à la Cour (arrêt du 6 octobre 2021, Consorzio Italian Management et Catania Multiservizi, C‑561/19, EU:C:2021:799, point 56 ainsi que jurisprudence citée).

29 Dès lors, il n’apparaît pas de manière manifeste que l’interprétation sollicitée du droit de l’Union n’a aucun rapport avec la réalité ou l’objet du litige au principal ni que le problème est de nature hypothétique.

30 S’agissant, d’autre part, du bien-fondé du rejet, par l’administration générale des douanes et accises, de l’application des méthodes prévues à l’article 74, paragraphe 2, du code des douanes, force est d’observer que cette problématique relève du fond de la première question et non pas de la recevabilité de la demande de décision préjudicielle, de sorte qu’il y a lieu de l’examiner dans le cadre de l’examen au fond de cette question (voir, par analogie, arrêt du 18 janvier 2024, Lietuvos notarų rūmai e.a., C‑128/21, EU:C:2024:49, point 43 ainsi que jurisprudence citée).

31 Dans ces conditions, sans préjudice de l’examen de la recevabilité des deuxième et troisième questions, il convient de considérer que la demande de décision préjudicielle n’est pas irrecevable dans son ensemble, au motif qu’elle serait hypothétique ou, tout au moins, prématurée.

Sur les questions préjudicielles

32 En vertu de l’article 99 du règlement de procédure de la Cour, lorsque la réponse à une question posée à titre préjudiciel peut être clairement déduite de la jurisprudence ou lorsque la réponse à une telle question ne laisse place à aucun doute raisonnable, la Cour peut à tout moment, sur proposition du juge rapporteur, l’avocat général entendu, décider de statuer par voie d’ordonnance motivée.

33 En outre, en vertu de l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure, lorsque la Cour est manifestement incompétente pour connaître d’une affaire ou lorsqu’une demande ou une requête est manifestement irrecevable, la Cour, l’avocat général entendu, peut à tout moment décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.

34 Il y a lieu de faire application de ces deux dispositions dans la présente affaire.

Sur la première question

35 Par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si les articles 70 et 74 du code des douanes et l’article 144 du règlement d’exécution 2015/2447 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que, lorsque la valeur en douane des marchandises importées ne peut pas être déterminée sur la base de la valeur transactionnelle de ces marchandises conformément à l’article 70 de ce code, cette valeur soit déterminée sur le fondement d’un prix moyen calculé sur la base de valeurs statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union.

36 La Cour estime que l’interprétation du droit de l’Union sollicitée par la juridiction de renvoi peut être clairement déduite de l’arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II (C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51), de sorte qu’il y a lieu de faire application de l’article 99 du règlement de procédure.

37 À cet égard, il convient de rappeler que le droit de l’Union relatif à l’évaluation en douane vise à établir un système équitable, uniforme et neutre qui exclut l’utilisation de valeurs en douane arbitraires ou fictives. La valeur en douane d’une marchandise importée doit donc refléter la valeur économique réelle de celle-ci et, dès lors, tenir compte de l’ensemble des éléments de cette marchandise qui présentent une valeur économique (arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 72 ainsi que jurisprudence citée).

38 En outre, la détermination correcte de la valeur en douane des marchandises constitue une tâche impérative afin d’assurer la perception effective et intégrale des ressources propres traditionnelles que constituent les droits de douane et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Ainsi, dès lors qu’un lien direct existe entre la perception des recettes provenant, notamment, de la TVA et la mise à disposition de la Commission des ressources correspondantes, il incombe aux États membres, conformément aux obligations qui leur sont imposées en vertu de l’article 325, paragraphe 1, TFUE, de protéger les intérêts financiers de l’Union contre la fraude ou toute autre activité illégale portant atteinte à ces intérêts ainsi que de prendre les mesures nécessaires en vue de garantir le prélèvement effectif et intégral de cette taxe et, partant, de ces ressources (arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 73 ainsi que jurisprudence citée).

39 Les articles 70 à 74 du code des douanes établissent expressément une hiérarchie entre les diverses méthodes de détermination de la valeur en douane qu’ils prévoient, de sorte qu’un importateur n’est pas libre de choisir la méthode à laquelle il va recourir (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 74 ainsi que jurisprudence citée).

40 Partant, la valeur en douane des marchandises importées doit être déterminée, en priorité, selon la méthode de la valeur transactionnelle prévue à l’article 70 du code des douanes, cette méthode étant supposée être la plus adaptée, tandis que les méthodes mentionnées à l’article 74 de ce code doivent être considérées comme étant des méthodes subsidiaires ne devant être utilisées que lorsque la valeur en douane des marchandises ne peut être déterminée par application de cet article 70. Il en est spécialement ainsi de la méthode résiduelle mentionnée à l’article 74, paragraphe 3, dudit code, qui n’est applicable que si la valeur en douane ne peut être déterminée ni au moyen de la méthode de la valeur transactionnelle ni au moyen de l’une des méthodes subsidiaires mentionnées à l’article 74, paragraphe 2, du même code (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 75 ainsi que jurisprudence citée).

41 Par ailleurs, en vertu de l’article 140 du règlement d’exécution 2015/2447, lorsque les autorités douanières sont fondées à douter que la valeur déclarée des marchandises importées représente le montant total payé ou à payer pour celles-ci, elles ne doivent pas nécessairement déterminer la valeur en douane de ces marchandises sur la base de la méthode de la valeur transactionnelle. Elles peuvent, dès lors, rejeter le prix déclaré si ces doutes persistent après avoir éventuellement demandé la fourniture de toute information ou de tout document complémentaires et après avoir donné à la personne concernée une occasion raisonnable de faire valoir son point de vue à l’égard des motifs sur lesquels lesdits doutes sont fondés (arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 76 ainsi que jurisprudence citée).

42 Ainsi, lorsque la valeur en douane des marchandises importées ne peut pas être déterminée selon la méthode de la valeur transactionnelle prévue à l’article 70 du code des douanes, l’évaluation en douane est effectuée conformément aux dispositions de l’article 74, paragraphes 1 et 2, de ce code, par application, successivement, des méthodes prévues à ces dispositions (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, points 77 et 78 ainsi que jurisprudence citée).

43 À cet égard, il convient de rappeler que, lorsque les autorités douanières entreprennent de déterminer la valeur en douane en application de l’article 74, paragraphe 2, sous a) et b), dudit code, elles doivent fonder leur appréciation sur des éléments concernant des marchandises identiques ou similaires. Ainsi, cette détermination requiert l’examen d’éléments tels que les caractéristiques physiques, la qualité, la réputation, l’interchangeabilité des biens ainsi que le niveau commercial des ventes prises en compte (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 79 ainsi que jurisprudence citée).

44 Quant à la méthode d’évaluation en douane prévue à l’article 74, paragraphe 2, sous c), du code des douanes, elle repose sur la valeur fondée sur le prix unitaire correspondant aux ventes sur le territoire douanier de l’Union des marchandises importées ou de marchandises identiques ou similaires importées (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 81).

45 Toutefois, lorsque les autorités douanières sont dans l’impossibilité de déterminer si les marchandises importées sont identiques ou semblables à celles qu’elles devaient utiliser pour établir la valeur en douane, notamment parce que ces marchandises ne peuvent plus être contrôlées physiquement, il convient de considérer que ces autorités ne disposent pas des informations nécessaires pour appliquer la méthode prévue à cette disposition (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 82).

46 En outre, afin d’appliquer la méthode d’évaluation en douane prévue à l’article 74, paragraphe 2, sous d), du code des douanes, la valeur en douane peut être fondée sur une valeur calculée, égale à la somme de différents éléments, dont un montant représentant les bénéfices et les frais généraux devant être égal à celui qui entre généralement dans les ventes de marchandises de la même nature ou de la même espèce que les marchandises à évaluer, qui sont faites par des producteurs du pays d’exportation pour l’exportation à destination de l’Union (arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 83).

47 En l’occurrence, il ressort du dossier dont dispose la Cour que l’administration générale des douanes et accises a considéré qu’elle ne pouvait pas retenir la valeur transactionnelle, au sens de l’article 70 du code des douanes, des marchandises importées aux fins de la détermination de la valeur en douane de celles-ci, au motif que cette première valeur était anormalement basse. Cette administration a estimé également qu’il n’était pas non plus possible de déterminer la valeur en douane desdites marchandises selon les méthodes prévues à l’article 74, paragraphes 1 et 2, de ce code, en raison de l’absence d’informations suffisantes concernant les mêmes marchandises, lesquelles étaient déjà mises en libre pratique au moment du contrôle a posteriori effectué par ladite administration, de l’absence de données relatives à des marchandises identiques ou similaires aux marchandises importées et de l’absence d’informations sur le prix unitaire de celles-ci.

48 Dans cette hypothèse, l’évaluation en douane s’effectue conformément aux dispositions de l’article 74, paragraphe 3, du code des douanes (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 85 ainsi que jurisprudence citée).

49 À cet égard, la juridiction de renvoi s’interroge, en substance, sur la possibilité d’avoir recours, pour le calcul de la valeur en douane des marchandises importées, à un prix moyen calculé sur la base de valeurs statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union concernant les importations de marchandises relevant de la même sous-position de la NC, en provenance du même pays tiers, qui ont eu lieu au cours de la même année.

50 La Cour a jugé que des données statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union s’agissant de marchandises importées relevant d’une sous-position de la NC et figurant dans une base de données établie à l’échelle de l’Union peuvent être utilisées, en dernier ressort, aux fins de la détermination de la valeur en douane des marchandises concernées, conformément à l’article 74, paragraphe 3, du code des douanes (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, points 90, 91, 94 à 97, 104 et 105 ainsi que jurisprudence citée), pour autant que la valeur en douane qui serait déterminée ne se fonde pas, notamment, sur des valeurs en douane minimales ni sur des valeurs arbitraires ou fictives, au sens de l’article 144, paragraphe 2, sous f) et g), du règlement d’exécution 2015/2447 (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, points 98, 99 et 107).

51 Cette interprétation est confortée par le fait que, en vertu de l’article 144, paragraphe 2, de ce règlement d’exécution, lorsque la valeur en douane ne peut pas être déterminée par application du paragraphe 1 de cet article, « d’autres méthodes appropriées » sont utilisées (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 106).

52 À cet égard, il convient de rappeler, d’une part, que l’utilisation de telles données pourrait enfreindre l’interdiction de déterminer la valeur en douane sur la base de valeurs minimales si cette pratique administrative devait revêtir un caractère systématique et s’il n’était pas permis à l’opérateur économique concerné de justifier les prix plus bas indiqués dans sa déclaration en douane. En effet, dans cette dernière situation, le refus de tenir compte de valeurs transactionnelles inférieures à un tel seuil impliquerait un ajustement à la hausse des valeurs déclarées jusqu’à atteindre ce seuil et constituerait un système de valeurs minimales (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, points 101, 102 et 107).

53 D’autre part, des prix moyens calculés sur la base de prix mensuels à l’importation extraits d’une base de données établie à l’échelle de l’Union doivent, en principe, être considérés comme étant non pas arbitraires, mais fondés sur des critères objectifs et neutres (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, points 100 et 107 ainsi que jurisprudence citée).

54 En l’occurrence, il ressort notamment des observations écrites soumises par le gouvernement belge que l’administration générale des douanes et accises a offert la possibilité aux prévenus au principal de justifier les prix plus bas indiqués dans leurs déclarations en douane et de fournir des informations supplémentaires, ce qu’il appartient à la juridiction de renvoi de vérifier. En outre, il est constant que les données utilisées par cette administration ont été extraites de la base de données « Access2Markets », laquelle constitue une base de données établie à l’échelle de l’Union.

55 Il s’ensuit que des données telles que les prix moyens calculés sur la base de valeurs statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union constituent des données disponibles dans le territoire douanier de l’Union, au sens de l’article 74, paragraphe 3, du code des douanes, susceptibles, a priori, d’être retenues aux fins de la détermination de la valeur en douane des marchandises concernées, pour autant que seule une méthode statistique puisse être utilisée pour estimer la valeur de ces marchandises, en raison notamment du fait que, lorsque les importations ont été mises en libre pratique, lesdites marchandises ne pouvaient plus être rappelées aux fins de vérifications en vue d’établir leur valeur réelle (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, points 108 et 121).

56 Par ailleurs, la Cour a déjà dit pour droit que l’utilisation de telles données au titre de l’article 74, paragraphe 3, de ce code n’apparaît pas incompatible avec les principes, les dispositions générales des accords internationaux et les autres dispositions auxquels ces dispositions font référence. Elle constitue, dès lors, une « méthode appropriée », au titre de l’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution 2015/2447 (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 122).

57 Eu égard aux considérations qui précèdent, il convient de répondre à la première question que l’article 74, paragraphe 3, du code des douanes, lu en combinaison avec l’article 144, paragraphe 1, et paragraphe 2, sous f) et g), du règlement d’exécution 2015/2447, doit être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à ce que, lorsque la valeur en douane des marchandises importées ne peut pas être déterminée sur la base de la valeur transactionnelle de ces marchandises conformément à l’article 70 et à l’article 74, paragraphe 2, de ce code, cette valeur soit déterminée, en dernier ressort, sur le fondement d’un prix moyen calculé sur la base de valeurs statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union, à condition que l’opérateur économique concerné ait bénéficié de la possibilité de justifier les prix plus bas indiqués dans la déclaration en douane.

Sur la deuxième question

58 Par sa deuxième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 53 de la Charte doit être interprété en ce sens qu’il s’oppose à l’utilisation de valeurs statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union aux fins de la détermination de la valeur en douane des marchandises importées et, partant, des droits éludés, dans le cadre d’une procédure pénale qui peut donner lieu à une sanction consistant en une amende comprise entre cinq à dix fois ces droits.

59 À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, dans le cadre de la coopération entre la Cour et les juridictions nationales, la nécessité de parvenir à une interprétation du droit de l’Union qui soit utile pour le juge national exige que celui-ci respecte scrupuleusement les exigences concernant le contenu d’une demande de décision préjudicielle et figurant de manière explicite à l’article 94 du règlement de procédure, dont la juridiction de renvoi est censée avoir connaissance (arrêt du 4 septembre 2025, Gnattai, C‑543/23, EU:C:2025:653, point 28 et jurisprudence citée).

60 Ainsi, il est indispensable, comme l’énonce l’article 94, sous c), du règlement de procédure, que la décision de renvoi contienne l’exposé des raisons qui ont conduit la juridiction de renvoi à s’interroger sur l’interprétation ou la validité de certaines dispositions du droit de l’Union ainsi que le lien qu’elle établit entre ces dispositions et la législation nationale applicable au litige au principal (arrêt du 4 septembre 2025, Gnattai, C‑543/23, EU:C:2025:653, point 29 et jurisprudence citée).

61 En l’occurrence, la décision de renvoi ne répond manifestement pas aux exigences posées à l’article 94, sous c), du règlement de procédure s’agissant de la deuxième question.

62 En effet, une référence à la Charte ne figure que dans le libellé de cette deuxième question. La juridiction de renvoi n’a ainsi pas exposé à suffisance les raisons qui l’ont conduite à s’interroger sur l’interprétation de l’article 53 de la Charte ni le lien qu’elle établit entre cette disposition et la législation nationale applicable à la procédure pénale au principal. En particulier, elle a omis d’indiquer quel serait le niveau de protection prévu dans le droit national et si ce niveau serait supérieur ou inférieur à celui garanti par la Charte. La Cour ne dispose donc d’aucun élément lui permettant de se prononcer sur l’interprétation de l’article 53 de la Charte.

63 Dans la mesure où la juridiction de renvoi mentionne également que la méthode de détermination de la valeur en douane des marchandises importées en cause pourrait avoir, prima facie, une incidence sur les droits de la défense des prévenus au principal, dès lors qu’ils seraient « contraints de se défendre au regard de données statistiques », ainsi que sur la détermination de la peine, qui consisterait en une amende comprise entre cinq à dix fois les droits éludés, lesquels sont eux‑mêmes déterminés au regard de données statistiques, il suffit de relever que, quand bien même la deuxième question devait être comprise comme visant, en réalité, l’interprétation de l’article 48, paragraphe 2, et l’article 49 de la Charte, les éléments dont dispose la Cour ne lui permettraient pas, non plus, d’apporter une réponse utile à une telle question.

64 En effet, d’une part, la juridiction de renvoi n’a pas exposé de quelle manière les droits de la défense des prévenus au principal seraient restreints. À cet égard, il ressort de la réponse à la première question préjudicielle que l’opérateur économique concerné doit bénéficier de la possibilité de justifier les prix plus bas indiqués dans la déclaration en douane. Or, cette juridiction n’explique pas si le droit national priverait ou limiterait le droit des prévenus au principal de bénéficier de cette possibilité.

65 D’autre part, ladite juridiction n’a pas non plus expliqué les raisons pour lesquelles la législation nationale en cause au principal serait susceptible d’enfreindre les principes de légalité et de proportionnalité des délits et des peines, consacrés à l’article 49 de la Charte.

66 Au regard des considérations qui précèdent, il y a lieu de considérer que la deuxième question est manifestement irrecevable.

Sur la troisième question

67 Par sa troisième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 74, paragraphe 3, du code des douanes, lu en combinaison avec l’article 144, paragraphe 1, et paragraphe 2, sous f) et g), du règlement d’exécution 2015/2447, doit être interprété en ce sens que, lorsque des marchandises sont mises en libre pratique dans un État membre mais sont mises à la consommation dans un autre État membre, l’autorité douanière compétente doit, aux fins de la détermination de la valeur en douane de ces marchandises sur la base de la méthode visée à cette première disposition, utiliser des données nationales relatives aux importations ou bien peut utiliser des données agrégées portant sur les importations vers l’ensemble des États membres, regroupées dans une base de données de l’Union.

68 À cet égard, force est de relever que cette question vise l’hypothèse de l’utilisation de données nationales établissant la valeur en douane, alors que cette hypothèse n’est pas en cause dans l’affaire au principal, l’administration générale des douanes et accises ayant utilisé, en l’occurrence, des valeurs statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union extraites de la base de données « Access2Markets ».

69 En outre, cette question fait référence à une situation où des marchandises sont mises en libre pratique dans un État membre mais sont mises à la consommation dans un autre État membre. Toutefois, d’une part, la juridiction de renvoi ne mentionne pas une telle circonstance dans son exposé des faits pertinents du litige au principal. D’autre part, elle n’a pas non plus indiqué l’incidence qu’une telle circonstance pourrait avoir sur l’interprétation du droit de l’Union demandée et n’a donc pas précisé les considérations qui l’ont conduite à poser cette question.

70 Dès lors, ladite question ne respecte pas les exigences de l’article 94, sous a), du règlement de procédure, lequel prévoit notamment que la demande de décision préjudicielle contient, à tout le moins, un exposé des données factuelles sur lesquelles les questions sont fondées, ni les exigences de l’article 94, sous c), de ce règlement, rappelées au point 60 de la présente ordonnance.

71 Au regard des considérations qui précèdent, il y a lieu de considérer que la troisième question est manifestement irrecevable.

Sur les dépens

72 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens.

Par ces motifs, la Cour (neuvième chambre) dit pour droit :

L’article 74, paragraphe 3, du règlement (UE) no 952/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 9 octobre 2013, établissant le code des douanes de l’Union, lu en combinaison avec l’article 144, paragraphe 1, et paragraphe 2, sous f) et g), du règlement d’exécution (UE) 2015/2447 de la Commission, du 24 novembre 2015, établissant les modalités d’application de certaines dispositions du règlement (UE) no 952/2013du Parlement européen et du Conseil établissant le code des douanes de l’Union,

doit être interprété en ce sens que :

il ne s’oppose pas à ce que, lorsque la valeur en douane des marchandises importées ne peut pas être déterminée sur la base de la valeur transactionnelle de ces marchandises conformément à l’article 70 et à l’article 74, paragraphe 2, du règlement no 952/2013, cette valeur soit déterminée, en dernier ressort, sur le fondement d’un prix moyen calculé sur la base de valeurs statistiques agrégées établies à l’échelle de l’Union européenne, à condition que l’opérateur économique concerné ait bénéficié de la possibilité de justifier les prix plus bas indiqués dans la déclaration en douane.

Signatures


* Langue de procédure : le français.


i Le nom de la présente affaire est un nom fictif. Il ne correspond au nom réel d’aucune partie à la procédure.

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