Ordonnance de la Cour (dixième chambre) du 3 septembre 2026.#DM contre MK e.a.#Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, et article 94 du règlement de procédure de la Cour – Exigence de présentation du contexte factuel et réglementaire du litige au principal ainsi que des raisons justifiant la nécessité d’une réponse par la Cour aux questions préjudicielles – Absence de précisions suffisantes – Irrecevabilité manifeste.#Affaire C-87/26.
| CELEX | 62026CO0087 |
| Type | Ordonnance CJUE |
| Date | jeudi 3 septembre 2026 |
Texte intégral
ORDONNANCE DE LA COUR (dixième chambre)
3 septembre 2026 (*)
« Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, et article 94 du règlement de procédure de la Cour – Exigence de présentation du contexte factuel et réglementaire du litige au principal ainsi que des raisons justifiant la nécessité d’une réponse par la Cour aux questions préjudicielles – Absence de précisions suffisantes – Irrecevabilité manifeste »
Dans l’affaire C‑87/26 [Halaseva] (i),
ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Sofiyski rayonen sad (tribunal d’arrondissement de Sofia, Bulgarie), par décision du 9 février 2026, parvenue à la Cour le 12 février 2026, dans la procédure
DM
contre
MK,
GP,
LF,
LA COUR (dixième chambre),
composée de M. J. Passer (rapporteur), président de chambre, MM. D. Gratsias et B. Smulders, juges,
avocat général : Mme T. Ćapeta,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la décision prise, l’avocate générale entendue, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour,
rend la présente
Ordonnance
1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation, notamment, de l’article 3, point 5, et de l’article 14, paragraphe 1, de la directive 2008/98/CE du Parlement européen et du Conseil, du 19 novembre 2008, relative aux déchets et abrogeant certaines directives (JO 2008, L 312, p. 3), ainsi que de la directive 2004/35/CE du Parlement européen et du Conseil, du 21 avril 2004, sur la responsabilité environnementale en ce qui concerne la prévention et la réparation des dommages environnementaux (JO 2004, L 143, p. 56).
2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant DM, copropriétaire d’un bien immobilier, à MK, à GP et à LF, les trois autres copropriétaires de ce bien, au sujet du remboursement de la taxe sur les déchets ménagers que DM a acquittée pour l’ensemble dudit bien.
Le cadre juridique
Le droit de l’Union
La directive 2008/98
3 Aux termes de l’article 3 de la directive 2008/98, intitulé « Définitions » :
« Aux fins de la présente directive, on entend par :
[...]
5) “producteur de déchets” : toute personne dont l’activité produit des déchets (producteur de déchets initial) ou toute personne qui effectue des opérations de prétraitement, de mélange ou autres conduisant à un changement de nature ou de composition de ces déchets ;
6) “détenteur de déchets” : le producteur des déchets ou la personne physique ou morale qui a les déchets en sa possession ;
[...]
9) “gestion des déchets” : la collecte, le transport, la valorisation et l’élimination des déchets, y compris la surveillance de ces opérations ainsi que la surveillance des sites de décharge après leur fermeture et notamment les actions menées en tant que négociant ou courtier ;
[...] »
4 L’article 14 de cette directive, intitulé « Coûts », prévoit :
« 1. Conformément au principe du pollueur-payeur, les coûts de la gestion des déchets sont supportés par le producteur de déchets initial ou par le détenteur actuel ou antérieur des déchets.
2. Les États membres peuvent décider que les coûts de la gestion des déchets doivent être supportés en tout ou en partie par le producteur du produit qui est à l’origine des déchets et faire partager ces coûts aux distributeurs de ce produit. »
La directive 2004/35
5 Conformément à son article 1er, la directive 2004/35 a pour objet d’établir un cadre de responsabilité environnementale fondé sur le principe du « pollueur-payeur », en vue de prévenir et de réparer les dommages environnementaux.
6 À cette fin, la directive 2004/35 prévoit, notamment, à son article 8, l’obligation d’un exploitant de supporter les coûts des actions de prévention et de réparation entreprises en application de cette directive, selon les modalités et sous réserve des exceptions prévues, l’« exploitant » étant défini, à l’article 2, point 6, de ladite directive, comme étant « toute personne physique ou morale, privée ou publique, qui exerce ou contrôle une activité professionnelle ou, lorsque la législation nationale le prévoit, qui a reçu par délégation un pouvoir économique important sur le fonctionnement technique, y compris le titulaire d’un permis ou d’une autorisation pour une telle activité, ou la personne faisant enregistrer ou notifiant une telle activité ».
Le règlement de procédure de la Cour
7 Aux termes de l’article 94 du règlement de procédure de la Cour :
« Outre le texte des questions posées à la Cour à titre préjudiciel, la demande de décision préjudicielle contient :
a) un exposé sommaire de l’objet du litige ainsi que des faits pertinents, tels qu’ils ont été constatés par la juridiction de renvoi ou, à tout le moins, un exposé des données factuelles sur lesquelles les questions sont fondées ;
b) la teneur des dispositions nationales susceptibles de s’appliquer en l’espèce et, le cas échéant, la jurisprudence nationale pertinente ;
c) l’exposé des raisons qui ont conduit la juridiction de renvoi à s’interroger sur l’interprétation ou la validité de certaines dispositions du droit de l’Union, ainsi que le lien qu’elle établit entre ces dispositions et la législation nationale applicable au litige au principal. »
Le droit bulgare
8 L’article 30 du Zakon za sobstvenostta (loi sur la propriété) (DV no 92, du 16 novembre 1951), dans sa version applicable au litige au principal, prévoit, à son paragraphe 3 :
« Chaque copropriétaire participe, au prorata de sa part, aux bénéfices et aux charges du bien commun. »
9 L’article 6 du Zakon za mestnite danaci i taksi (loi sur les impôts et taxes locaux) (DV no 117, du 10 décembre 1997), dans sa version applicable au litige au principal (ci-après le « ZMDT »), dispose, à son paragraphe 1 :
« Les municipalités perçoivent les taxes locales suivantes :
(a) la taxe sur les déchets ménagers ;
[...] »
10 L’article 8, paragraphes 1 et 6, du ZMDT prévoit :
« (1) Le conseil municipal fixe le montant des taxes dans le respect des principes suivants :
1. couverture de l’intégralité des coûts supportés par la municipalité pour la fourniture du service ;
2. création de conditions propices à l’élargissement de l’offre de services et à l’amélioration de leur qualité ;
3. réalisation d’une plus grande équité dans la fixation et le paiement des taxes locales.
[...]
(6) Le conseil municipal peut exonérer certaines catégories de personnes, en tout ou en partie, du paiement de certains types de taxes, selon les modalités fixées par l’arrêté visé à l’article 9. »
11 L’article 11, paragraphe 1, du ZMDT dispose :
« Les personnes assujetties sont les propriétaires de biens immobiliers soumis à l’impôt foncier. »
12 L’article 67 du ZMDT prévoit que la quantité de déchets ménagers est la base principale pour déterminer le montant de la taxe sur les déchets ménagers. Cependant, selon cet article, le conseil municipal peut retenir une ou plusieurs autres bases que celle mentionnée dans la phrase précédente, à condition qu’il existe des circonstances objectives empêchant l’application de cette dernière.
13 En 2013, ledit article a été modifié afin de préciser que la base pouvant être retenue par le conseil municipal pour déterminer le montant de la taxe sur les déchets ménagers « ne peut être l’évaluation fiscale des biens immobiliers, leur valeur comptable ou leur prix sur le marché ». Cependant, l’entrée en vigueur de cette modification a été reportée à plusieurs reprises et est actuellement prévue pour le 31 décembre 2026.
Le litige au principal et les questions préjudicielles
14 DM, MK, GP et LF sont les copropriétaires d’un bien immobilier, à savoir un appartement faisant partie d’un immeuble, situé dans la municipalité de la capitale (Sofia, Bulgarie).
15 Pour la période allant de l’année 2020 à l’année 2024, DM a payé la taxe sur les déchets ménagers due pour l’ensemble de ce bien immobilier.
16 DM a saisi le Sofiyski rayonen sad (tribunal d’arrondissement de Sofia, Bulgarie), qui est la juridiction de renvoi, d’une action en paiement contre les autres copropriétaires dudit bien immobilier, afin qu’ils soient condamnés à lui rembourser la partie de la taxe sur les déchets ménagers correspondant à leur part théorique du même bien immobilier.
17 Cela étant, la juridiction de renvoi indique que, lors de l’audience publique dans le cadre du litige au principal, tant DM que ces autres copropriétaires ont déclaré que la taxe sur les déchets ménagers ne devrait pas être due pour un bien immobilier qui, comme en l’occurrence, n’est pas utilisé et ne génère donc pas de déchets.
18 Or, selon la juridiction de renvoi, la question de savoir si cette taxe est due revient indirectement à se demander si le droit de l’Union s’oppose à une disposition nationale qui oblige chaque propriétaire d’un bien immobilier à payer ladite taxe, indépendamment du fait de savoir si ce bien immobilier est utilisé ou génère des déchets.
19 Cette juridiction précise que la taxe sur les déchets ménagers pour le bien immobilier en cause au principal a été calculée à hauteur de 1,6 millième de sa valeur patrimoniale fiscale. En outre, conformément à la législation applicable, ce bien immobilier n’est pas éligible à une exonération totale de cette taxe ni même à une réduction de ladite taxe, indépendamment du fait qu’il soit utilisé ou non, étant donné que, d’une part, ledit bien immobilier est situé dans une zone où le ramassage et l’enlèvement des déchets sont organisés et, d’autre part, il a été déclaré comme résidence principale de l’un de ses copropriétaires.
20 Dans ces conditions, le Sofiyski rayonen sad (tribunal d’arrondissement de Sofia) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
« 1) La directive [2008/98] et la directive [2004/35] doivent-elles être interprétées en ce sens qu’elles s’appliquent aux propriétaires de biens immobiliers qui n’exercent pas d’activité commerciale et ne sont pas des producteurs, mais qui pourraient générer des déchets uniquement du fait de leur activité humaine domestique ?
2) Les notions de “producteur de déchets”, au sens de l’article 3, point 5, de la directive [2008/98,] et de “pollueur” doivent-elles être interprétées en ce sens qu’elles comprennent une personne qui est propriétaire d’un bien immobilier à usage domestique, pour elle-même et sa famille, mais qui n’est utilisé par personne et ne génère pas de déchets ?
3) Le principe du “pollueur-payeur” doit-il être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une disposition nationale en vertu de laquelle une personne qui n’utilise pas un bien immobilier et ne génère pas de déchets se voit imposer le paiement d’un service municipal sous la forme de la taxe sur les déchets ménagers ? Ce principe doit-il être interprété en ce sens qu’il ne permet pas qu’un propriétaire qui n’a pas utilisé ce bien immobilier et n’a pas généré de déchets soit obligé de payer une taxe sur les déchets ménagers, sur la base de la présomption qu’il a utilisé ledit bien immobilier et généré des déchets ?
4) Le principe du “pollueur-payeur” doit-il être interprété en ce sens qu’il permet d’imposer le paiement de montants pour les déchets (taxe sur les déchets ménagers) – pour leur collecte, leur transport, leur traitement et le nettoyage de l’environnement – uniquement sur la base des données suivantes : le type de construction du bâtiment ; l’utilisation du bien immobilier (coefficient de base BS) ; l’emplacement du bien immobilier – la taille de la ville et ses différentes zones fiscales (coefficient d’emplacement Км) ; la présence de services publics (électricité, eau, gaz, chauffage central, voirie, égouts et télécommunications, coefficient d’infrastructure Ki) ; les caractéristiques du bâtiment telles que la présence d’un ascenseur, la hauteur, la rénovation du bien immobilier, l’étage auquel se trouve le bien immobilier, etc. (coefficient de caractéristiques individuelles Kx) ; hauteur du bâtiment (coefficient de hauteur Kv) ; l’amortissement du bien immobilier (coefficient d’obsolescence Ko) ; sachant que ces données ne tiennent pas compte du fait que des déchets aient été générés ou non, du type de déchets, de quand ils ont été générés et de ceux qui les ont générés. Le principe du “pollueur-payeur”, énoncé à l’article 14, paragraphe 1, de la directive [2008/98], doit-il être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une réglementation nationale qui prévoit que la taxe sur les déchets ménagers est calculée uniquement sur la base des caractéristiques techniques liées à la propriété du bien (telles que l’évaluation fiscale, l’emplacement, la construction, l’amortissement et les infrastructures), qui ne reflètent en aucune manière la quantité, le type ou le moment de la production de déchets ?
5) Le principe du “pollueur-payeur” doit-il être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à une réglementation nationale en vertu de laquelle la taxe sur les déchets ménagers est imposée aux personnes physiques pour l’utilisation d’un bien immobilier à des fins résidentielles, en tenant compte uniquement de l’emplacement de ce bien immobilier, de l’état de son infrastructure technique, de la zone de construction dans laquelle se trouve celui-ci, de la superficie du logement et des rénovations et améliorations effectuées, en vertu d’une décision unilatérale du conseil municipal, calculée en millièmes de l’évaluation fiscale, sans tenir compte de la quantité de déchets ménagers qui pourraient être ou sont générés par ledit bien, des utilisateurs de ce dernier, ni des coûts de traitement des déchets générés ou supposés provenant du même bien immobilier. Le principe du “pollueur-payeur” permet-il que la taxe en cause au principal soit fondée sur des caractéristiques techniques liées à la propriété du bien concerné qui n’ont pas de lien direct avec la production et le volume globaux de déchets ? Le principe du “pollueur-payeur” doit-il être interprété en ce sens qu’il s’oppose à ce que la taxe sur les déchets ménagers soit calculée uniquement sur la base d’une présomption liée à la propriété du bien concerné, sans tenir compte de la production de déchets ?
6) Le principe du “pollueur-payeur” doit-il être interprété en ce sens qu’il ne s’oppose pas à une disposition nationale qui oblige une personne – qui n’utilise pas un bien immobilier et n’y génère pas de déchets – à payer une taxe sur les déchets ménagers, sans possibilité d’en être exonérée ? Ce principe s’oppose-t-il à une disposition nationale qui oblige le propriétaire d’un bien immobilier à payer une taxe sur les déchets ménagers, sans tenir compte du fait que celui-ci n’utilise pas ce bien et que, donc, en l’absence d’utilisation dudit bien, il ne constitue pas un pollueur ?
7) Le principe du “pollueur-payeur” et le principe de l’“exercice effectif des droits” doivent-ils être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que le propriétaire d’un bien immobilier ne soit pas exonéré de la taxe sur les déchets [ménagers] en cause au principal, si ce bien n’est pas utilisé et ne génère pas de déchets pendant un certain temps, et qu’il ne soit pas prévu de possibilité légale d’exonérer ce propriétaire de cette taxe, s’il prouve à la municipalité concernée qu’il n’utilise pas ledit bien et ne génère pas de déchets ? Le principe du “pollueur-payeur” et le principe de l’exercice effectif des droits doivent-ils être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la taxe en cause au principal soit calculée uniquement sur la base d’une présomption de production de déchets, uniquement sur la base de la qualité de propriétaire, sans que celui-ci ait la possibilité d’être exonéré de cette obligation s’il n’est pas pollueur, c’est‑à‑dire s’il ne produit pas de déchets ?
8) Le droit de l’Union et la directive [2008/98] doivent-ils être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation nationale qui reporte, sans raison valable, à onze reprises l’entrée en vigueur d’une autre disposition nationale qui transpose le droit de l’Union en introduisant le principe du “pollueur-payeur”, alors que le délai de transposition de cette directive a expiré ? Le droit de l’Union autorise-t-il un État membre à reporter systématiquement l’introduction de critères objectifs pour la détermination des coûts de gestion des déchets, en maintenant un système de gestion des déchets ménagers fondé sur des critères liés à la propriété, longtemps après l’expiration du délai de transposition de ladite directive ? Le droit de l’Union et le principe de coopération loyale (article 4, paragraphe 3, TUE) admettent‑ils une pratique d’un État membre qui reporte de manière systématique et réitérée (en l’occurrence, onze fois) l’entrée en vigueur de dispositions nationales visant à transposer correctement le principe du “pollueur-payeur”, et qui maintient, de cette manière, un régime fondé sur des critères liés à la propriété pour les déchets ménagers, et ce longtemps après l’expiration du délai de transposition de la même directive ?
9) Le droit de l’Union et la directive [2008/98], la directive [1999/31/CE du Conseil, du 26 avril 1999,] concernant la mise en décharge des déchets [(JO 1999, L 182 p. 1),] et la directive [2004/35] doivent-ils être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une législation nationale comme celle en cause au principal qui transpose le principe du “pollueur-payeur” visé par ces directives, mais dont l’entrée en vigueur et l’application sont subordonnées à l’adoption d’un acte interne ultérieur (décision du conseil municipal), si cette entrée en vigueur et cette application interviennent après l’expiration du délai de transposition fixée par la directive concernée ?
10) L’article 14, paragraphe 1, de la directive [2008/98], lu en combinaison avec les principes de proportionnalité et du “pollueur-payeur”, doit-il être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une réglementation et à une pratique nationales selon lesquelles la taxe sur les déchets ménagers est déterminée sur la base de l’évaluation fiscale du bien immobilier concerné, fondée sur des critères liés à la propriété de ce bien, et non sur la base de la quantité de déchets produits par celui-ci, dans une situation où le délai de transposition de cette directive a expiré et où l’État membre n’a, pendant longtemps, pas mis en place de méthodes de calcul alternatives ? »
Sur la recevabilité de la demande de décision préjudicielle
21 En vertu de l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure, lorsqu’une demande de décision préjudicielle est manifestement irrecevable, la Cour, l’avocat général entendu, peut à tout moment décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.
22 Il y a lieu de faire application de cette disposition dans la présente affaire.
23 Selon une jurisprudence constante de la Cour, la procédure instituée à l’article 267 TFUE est un instrument de coopération entre la Cour et les juridictions nationales, grâce auquel la première fournit aux secondes les éléments d’interprétation du droit de l’Union qui leur sont nécessaires pour la solution du litige qu’elles sont appelées à trancher (voir arrêts du 26 mars 2020, Miasto Łowicz et Prokurator Generalny, C‑558/18 et C‑563/18, EU:C:2020:234, point 44, et du 23 octobre 2025, Venshova, C‑466/24, EU:C:2025:830, point 39 ainsi que jurisprudence citée).
24 Dès lors que la décision de renvoi sert de fondement à cette procédure, la juridiction nationale est tenue d’expliciter, dans la décision de renvoi elle-même, le cadre factuel et réglementaire du litige au principal et de fournir les explications nécessaires sur les raisons du choix des dispositions du droit de l’Union dont elle demande l’interprétation ainsi que sur le lien qu’elle établit entre ces dispositions et la législation nationale applicable au litige qui lui est soumis [voir en ce sens, notamment, arrêts du 4 juin 2020, C.F. (Contrôle fiscal), C‑430/19, EU:C:2020:429, point 23, et du 10 juillet 2025, Zadzhova, C‑294/24, EU:C:2025:565, point 18 ainsi que jurisprudence citée].
25 À cet égard, il importe de souligner également que les informations contenues dans les décisions de renvoi doivent permettre, d’une part, à la Cour d’apporter des réponses utiles aux questions posées par la juridiction nationale et, d’autre part, aux gouvernements des États membres ainsi qu’aux autres intéressés d’exercer le droit qui leur est conféré par l’article 23 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne de présenter des observations. Il incombe à la Cour de veiller à ce que ce droit soit sauvegardé, compte tenu du fait que, en vertu de cette disposition, seules les décisions de renvoi sont notifiées aux intéressés (voir, en ce sens, arrêt du 2 septembre 2021, Irish Ferries, C‑570/19, EU:C:2021:664, point 134 et jurisprudence citée).
26 Ces exigences cumulatives concernant le contenu d’une décision de renvoi figurent de manière explicite à l’article 94 du règlement de procédure, dont la juridiction de renvoi est censée, dans le cadre de la coopération instaurée à l’article 267 TFUE, avoir connaissance et qu’elle est tenue de respecter scrupuleusement (ordonnance du 3 juillet 2014, Talasca, C‑19/14, EU:C:2014:2049, point 21, ainsi que arrêt du 9 septembre 2021, Toplofikatsia Sofia e.a., C‑208/20 et C‑256/20, EU:C:2021:719, point 20 ainsi que jurisprudence citée). Elles sont, en outre, rappelées aux points 13, 15 et 16 des recommandations de la Cour de justice de l’Union européenne à l’attention des juridictions nationales, relatives à l’introduction de procédures préjudicielles (JO C, C/2024/6008) (arrêt du 16 octobre 2025, Braila Winds, C‑391/23, EU:C:2025:799, point 32 et jurisprudence citée).
27 Par ailleurs, comme il ressort des termes mêmes de l’article 267 TFUE, la décision préjudicielle sollicitée doit être « nécessaire » pour permettre à la juridiction de renvoi de « rendre son jugement » dans l’affaire dont elle se trouve saisie (arrêt du 26 mars 2020, Miasto Łowicz et Prokurator Generalny, C‑558/18 et C‑563/18, EU:C:2020:234, point 45 ainsi que jurisprudence citée).
28 Dans le cadre d’une telle procédure préjudicielle, il doit ainsi exister entre le litige au principal et les dispositions du droit de l’Union dont l’interprétation est sollicitée un lien de rattachement tel que cette interprétation réponde à un besoin objectif pour la décision que la juridiction de renvoi doit prendre (arrêt du 26 mars 2020, Miasto Łowicz et Prokurator Generalny, C‑558/18 et C‑563/18, EU:C:2020:234, point 48 ainsi que jurisprudence citée).
29 En l’occurrence, la décision de renvoi ne répond manifestement pas à ces exigences.
30 Par ses questions, la juridiction de renvoi s’interroge, en substance, d’une part, sur la conformité à, notamment, la directive 2008/98 de la méthode de calcul d’une taxe sur les déchets ménagers qui se fonde sur les caractéristiques techniques liées à la propriété du bien immobilier concerné, telles que son évaluation fiscale ou son emplacement, sans prendre en compte la quantité, le type ou le moment de la production de déchets par celui-ci (première à septième questions). D’autre part, dans la mesure où la réglementation nationale régissant cette méthode de calcul a été modifiée, la juridiction de renvoi s’interroge sur la conformité au droit de l’Union du report de l’entrée en vigueur de cette modification à onze reprises alors que le délai de transposition de la directive 2008/98 a expiré (huitième à dixième questions).
31 Cependant, la juridiction de renvoi ne présente pas suffisamment d’informations permettant d’établir le lien entre l’interprétation ainsi demandée et la législation nationale en cause au principal.
32 Il ressort de la demande de décision préjudicielle que la juridiction de renvoi est appelée à se prononcer sur une demande de remboursement introduite par le copropriétaire d’un bien immobilier contre les autres copropriétaires de celui-ci dans la mesure où il a payé l’intégralité de la taxe sur les déchets ménagers. Selon les indications de cette juridiction, cette demande est fondée sur l’article 30, paragraphe 3, de la loi sur la propriété, dans sa version applicable au litige au principal, lequel dispose que chaque copropriétaire participe aux charges de la propriété proportionnellement à la part qu’il détient et a été introduit afin d’éviter tout enrichissement sans cause.
33 Or, si la juridiction de renvoi relève que « [l]a question de savoir si la taxe sur les déchets [ménagers] est due pour un bien immobilier qui n’est pas utilisé, c’est-à-dire qui ne génère pas de déchets, est [...] préjudicielle pour les relations entre les copropriétaires », ce qui l’amène à s’interroger sur la compatibilité de la méthode de calcul de cette taxe avec le droit de l’Union, elle n’explique pas en quoi la réponse à cette question pourrait lui être utile dans le cadre du litige au principal, tel que décrit au point précédent.
34 En particulier, cette juridiction n’indique aucune disposition nationale, tant du droit matériel que du droit procédural, sur la base de laquelle elle serait en mesure de se prononcer sur les modalités de calcul de la taxe en cause au principal et d’appliquer la législation relative à ces modalités dans le cadre du litige au principal, lequel ne porte pas sur le calcul, par la municipalité de la capitale (Sofia, Bulgarie), de cette taxe et auquel, au demeurant, cette municipalité ne semble pas être partie.
35 Par ailleurs et en tout état de cause, au point 31 de la demande de décision préjudicielle, la juridiction de renvoi cite l’article 27 du Naredba za opredelyane i administratirane na mestni taksi i tseni za uslugi, predostavyani ot stolichna obshtina (arrêté relatif à la fixation et à la gestion des taxes locales et des prix des services fournis par la municipalité de la capitale), portant, notamment, selon son article 2, paragraphe 1, sur la taxe sur les déchets ménagers.
36 Selon cette disposition, « [a]ucune taxe n’est perçue pour le service de ramassage et d’enlèvement des déchets pour les biens immobiliers des citoyens et des entreprises qui ne seront pas utilisés pendant toute l’année, et pour lesquels les personnes visées à l’article 18, paragraphes 4, 6 et 7, ont déposé une déclaration type [...] à cet effet auprès des services “Taxes et impôts locaux” de la direction “Recettes et administration des taxes et impôts locaux” du lieu où se trouve le bien immobilier ».
37 Ainsi, contrairement à ce que semble affirmer la juridiction de renvoi au point 74 de la demande de décision préjudicielle, la réglementation nationale apparaît de prime abord susceptible de tenir compte de « la question de savoir qui génère les déchets provenant d’un bien immobilier, si des déchets sont générés, en quelle quantité et quand ils sont générés ».
38 Or, force est de constater que cette juridiction ne fournit aucune explication quant aux raisons pour lesquelles, au vu des dispositions citées aux points 35 et 36 de la présente ordonnance, la réponse aux questions préjudicielles qu’elle pose est nécessaire pour la résolution du litige au principal.
39 Par conséquent, il y a lieu de constater, en application de l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure, que la demande de décision préjudicielle est manifestement irrecevable.
40 Il convient cependant de rappeler que la juridiction de renvoi conserve la faculté de soumettre une nouvelle demande de décision préjudicielle lorsqu’elle sera en mesure de fournir à la Cour l’ensemble des éléments permettant à celle-ci de statuer (voir, en ce sens, arrêt du 11 septembre 2019, Călin, C‑676/17, EU:C:2019:700, point 41 et jurisprudence citée).
Sur les dépens
41 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens.
Par ces motifs, la Cour (dixième chambre) ordonne :
La demande de décision préjudicielle introduite par le Sofiyski rayonen sad (tribunal d’arrondissement de Sofia, Bulgarie), par décision du 9 février 2026, est manifestement irrecevable.
Signatures
* Langue de procédure : le bulgare.
i Le nom de la présente affaire est un nom fictif. Il ne correspond au nom réel d’aucune partie à la procédure.
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