Ordonnance de la Cour (sixième chambre) du 2 septembre 2026.#J.L.Q. contre Instituto Nacional de la Seguridad Social (INSS) et Tesorería General de la Seguridad Social (TGSS).#Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, et article 94 du règlement de procédure de la Cour – Exigence d’indication des raisons justifiant la nécessité d’une réponse par la Cour – Exigence d’indication du lien entre les dispositions du droit de l’Union dont l’interprétation est demandée et la législation nationale applicable – Absence de précisions suffisantes – Irrecevabilité manifeste.#Affaire C-852/25.
| CELEX | 62025CO0852 |
| Type | Ordonnance CJUE |
| Date | mercredi 2 septembre 2026 |
Texte intégral
ORDONNANCE DE LA COUR (sixième chambre)
2 septembre 2026 (*)
« Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, et article 94 du règlement de procédure de la Cour – Exigence d’indication des raisons justifiant la nécessité d’une réponse par la Cour – Exigence d’indication du lien entre les dispositions du droit de l’Union dont l’interprétation est demandée et la législation nationale applicable – Absence de précisions suffisantes – Irrecevabilité manifeste »
Dans l’affaire C‑852/25 Vedrón II (i),
ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Juzgado de lo Social no 2 de Elche (tribunal du travail no 2 d’Elche, Espagne), par décision du 18 décembre 2025, parvenue à la Cour le 18 décembre 2025, dans la procédure
J.L.Q.
contre
Instituto Nacional de la Seguridad Social (INSS),
Tesorería General de la Seguridad Social (TGSS),
LA COUR (sixième chambre),
composée de Mme I. Ziemele, présidente de chambre, MM. M Bošnjak (rapporteur) et A. Kumin, juges,
avocat général : M. R. Norkus,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la décision prise, l’avocat général entendu, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour,
rend la présente
Ordonnance
1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 48 TFUE, du règlement (CE) no 883/2004 du Parlement européen et du Conseil, du 29 avril 2004, portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale (JO 2004, L 166, p. 1, et rectificatif JO 2004, L 200, p. 1), et des articles 20, 34 et 52, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »).
2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant J.L.Q., travailleur retraité, à l’Instituto Nacional de la Seguridad Social (INSS) (Institut national de la sécurité sociale, Espagne) et à la Tesorería General de la Seguridad Social (TGSS) (trésorerie générale de la sécurité sociale, Espagne) au sujet d’une décision de ces derniers refusant d’accorder à J.L.Q. un complément de pension.
Le cadre juridique
Le droit de l’Union
Le règlement de procédure de la Cour
3 L’article 94 du règlement de procédure dispose :
« Outre le texte des questions posées à la Cour à titre préjudiciel, la demande de décision préjudicielle contient :
a) un exposé sommaire de l’objet du litige ainsi que des faits pertinents, tels qu’ils ont été constatés par la juridiction de renvoi ou, à tout le moins, un exposé des données factuelles sur lesquelles les questions sont fondées ;
b) la teneur des dispositions nationales susceptibles de s’appliquer en l’espèce et, le cas échéant, la jurisprudence nationale pertinente ;
c) l’exposé des raisons qui ont conduit la juridiction de renvoi à s’interroger sur l’interprétation ou la validité de certaines dispositions du droit de l’Union, ainsi que le lien qu’elle établit entre ces dispositions et la législation nationale applicable au litige au principal. »
Le règlement no 883/2004
4 L’article 2 du règlement no 883/2004, intitulé « Champ d’application personnel », prévoit, à son paragraphe 1 :
« Le présent règlement s’applique aux ressortissants de l’un des États membres, aux apatrides et aux réfugiés résidant dans un État membre qui sont ou ont été soumis à la législation d’un ou de plusieurs États membres, ainsi qu’aux membres de leur famille et à leurs survivants. »
5 L’article 3 de ce règlement, intitulé « Champ d’application matériel », dispose, à son paragraphe 1 :
« Le présent règlement s’applique à toutes les législations relatives aux branches de sécurité sociale qui concernent :
[...]
d) les prestations de vieillesse ;
[...] »
6 Aux termes de l’article 5 dudit règlement :
« À moins que le présent règlement n’en dispose autrement et compte tenu des dispositions particulières de mise en œuvre prévues, les dispositions suivantes s’appliquent :
a) si, en vertu de la législation de l’État membre compétent, le bénéfice de prestations de sécurité sociale ou d’autres revenus produit certains effets juridiques, les dispositions en cause de cette législation sont également applicables en cas de bénéfice de prestations équivalentes acquises en vertu de la législation d’un autre État membre ou de revenus acquis dans un autre État membre ;
b) si, en vertu de la législation de l’État membre compétent, des effets juridiques sont attribués à la survenance de certains faits ou événements, cet État membre tient compte des faits ou événements semblables survenus dans tout autre État membre comme si ceux-ci étaient survenus sur son propre territoire. »
Le droit espagnol
7 La Ley General de la Seguridad Social (loi générale sur la sécurité sociale), dans sa version consolidée telle qu’approuvée par le Real Decreto Legislativo 8/2015 (décret royal législatif 8/2015), du 30 octobre 2015 (BOE no 261, du 31 octobre 2015, p. 103291) (ci-après la « LGSS »), comporte un article 60, intitulé « Complément pour maternité dans les pensions contributives du système de sécurité sociale », qui disposait, dans sa version applicable à l’époque des faits au principal :
« 1. Eu égard à leur contribution démographique à la sécurité sociale, un complément de pension est accordé aux femmes qui ont eu des enfants biologiques ou adoptés et qui bénéficient de pensions contributives de retraite, de veuvage ou d’invalidité permanente au titre d’un régime quelconque du système de sécurité sociale.
Le montant de ce complément, qui présente à tous égards la nature juridique d’une pension publique contributive, résulte de l’application au montant initial desdites pensions d’un pourcentage déterminé, qui est fonction du nombre d’enfants, conformément à l’échelle suivante :
a) dans le cas de deux enfants : 5 %
b) dans le cas de trois enfants : 10 %
c) dans le cas de quatre enfants ou plus : 15 %.
En vue d’établir le droit au complément ainsi que son montant, seuls sont pris en compte les enfants nés ou adoptés avant le fait générateur de la pension en question.
[...]
4. Le complément de pension ne s’applique pas en cas de retraite anticipée volontaire de l’intéressée ou en cas de retraite partielle [...]
[...] »
8 Aux termes de l’article 205, paragraphe 1, sous a) et b), de la LGSS :
« Ont droit à la pension de retraite régie au présent chapitre les personnes relevant du régime général qui, outre la condition générale requise à l’article 165, paragraphe 1, remplissent les conditions suivantes :
a) avoir soixante-sept ans accomplis, ou soixante-cinq lorsqu’elles ont cotisé trente-huit ans et six mois, sans tenir compte de la partie proportionnelle relatives aux compléments.
[...]
b) avoir cotisé au moins pendant quinze ans dont deux précédant le moment du fait générateur du droit.
[...] »
9 À la suite de l’adoption du Real Decreto-Ley 3/2021, por el que se adoptan medidas para la reducción de la brecha de género y otras materias en los ámbitos de la Seguridad Social y économico (décret-loi royal 3/2021, portant adoption de mesures visant à réduire l’écart entre les sexes et ayant trait à d’autres matières relevant des domaines de la sécurité sociale et de l’économie), du 2 février 2021 (BOE no 29, du 3 février 2021, p. 12268), l’ancienne LGSS a été modifiée (ci-après la « LGSS modifiée »). L’article 60 de la LGSS modifiée n’exclut plus le droit au complément pour maternité en cas de retraite anticipée volontaire.
Le litige au principal et les questions préjudicielles
10 J.L.Q. est père de trois enfants, nés en 1979, en 1983 et en 1988. Après avoir cotisé pendant 46 ans et 150 jours, il a pris sa retraite de manière anticipée et volontaire à l’âge de 63 ans et 3 mois. À ce titre, l’INSS lui a accordé, avec effet au 2 février 2018, une pension de retraite, dont le montant a été réduit de 11,375 % conformément aux dispositions applicables.
11 Le 26 mai 2022, J.L.Q. a demandé à bénéficier du complément de pension au titre de la contribution démographique, prévu à l’article 60, paragraphe 1, de la LGSS (ci-après le « complément de pension »), accordé aux femmes et aux hommes qui bénéficient de pensions contributives de retraite et qui ont eu des enfants avant le fait générateur de la pension. Cette demande a été rejetée par l’INSS au motif, notamment, que J.L.Q. ne remplissait pas les conditions prévues à l’article 60, paragraphe 4, de la LGSS, cette disposition excluant du bénéfice de ce complément les personnes ayant pris leur retraite de manière anticipée et volontaire.
12 Sa réclamation contre cette décision de refus ayant été rejetée pour le même motif, J.L.Q. a saisi le Juzgado de lo Social no 2 de Elche (tribunal du travail no 2 d’Elche, Espagne) aux fins de l’octroi du complément de pension.
13 Estimant que l’exclusion des personnes ayant opté pour une retraite anticipée volontaire du bénéfice du complément de pension n’était pas justifiée et soulevait des questions de compatibilité avec l’article 2 TUE et les articles 20, 21, 34, et 52, paragraphe 1, de la Charte, la juridiction de renvoi a, par décision du 8 mai 2025, saisi la Cour d’une première demande de décision préjudicielle.
14 Par l’ordonnance du 8 décembre 2025, Vedrón (C‑403/25, EU:C:2025:970), la Cour a déclaré ladite demande de décision préjudicielle manifestement irrecevable en application de l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure.
15 Par la décision de renvoi du 18 décembre 2025, à l’origine de la présente affaire, la juridiction de renvoi saisit la Cour de nouvelles questions. Elle s’interroge, en substance, sur la compatibilité de l’exclusion des personnes ayant pris leur retraite de manière anticipée et volontaire du bénéfice du complément de pension avec les principes d’égalité en droit, de protection sociale et de proportionnalité, consacrés respectivement aux articles 20 et 34 de la Charte ainsi qu’à l’article 52, paragraphe 1, de celle-ci. Selon cette juridiction, les pensions contributives espagnoles font partie des régimes légaux de sécurité sociale relevant du champ d’application tant de l’article 48 TFUE que de l’article 3, paragraphe 1, sous d), et de l’article 5 du règlement no 883/2004. Partant, ladite juridiction considère que la réglementation nationale qui régit les éléments structurels de la pension constitue une application du droit de l’Union, de sorte que ces dispositions de la Charte seraient applicables au litige pendant devant elle.
16 La juridiction de renvoi considère que l’exclusion prévue à l’article 60 de la LGSS ne présente pas de lien avec l’objectif poursuivi par cette disposition, qui est de tenir compte de la contribution démographique du bénéficiaire de la pension, étant donné que cette exclusion s’applique indépendamment du nombre d’enfants et de la durée de cotisation. Dès lors, ladite exclusion ne serait ni appropriée au regard de l’objectif poursuivi ni nécessaire à la réalisation de celui-ci. En outre, elle serait disproportionnée en ce qu’elle priverait de ce complément des personnes justifiant de longues périodes de cotisation et ayant plusieurs enfants.
17 Dans ces conditions, le Juzgado de lo Social no 2 de Elche (tribunal du travail no 2 d’Elche) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
« 1) L’article 20 de la [Charte], lu en combinaison avec l’article 48 TFUE et le [règlement no 883/2004], doit-il être interprété en ce sens qu’il s’oppose à une réglementation nationale privant les personnes qui accèdent volontairement à une retraite anticipée du [complément de pension], sans aucun lien entre cette exclusion et l’objectif démographique [de ce] complément ?
2) Une mesure qui exclut automatiquement les personnes qui prennent une retraite anticipée volontaire, sans évaluer leur contribution démographique effective ni la période durant laquelle elles ont cotisé, est-elle compatible avec l’article 52, paragraphe 1, de la Charte ?
3) L’article 34 de la Charte doit-il être interprété en ce sens qu’il garantit que les prestations liées aux pensions contributives ne sauraient être limitées sans justification objective et en recourant à des critères sans rapport avec la finalité desdites prestations ? »
Sur la recevabilité de la demande de décision préjudicielle
18 En vertu de l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure, lorsqu’elle est manifestement incompétente pour connaître d’une affaire ou lorsqu’une demande ou une requête est manifestement irrecevable, la Cour, l’avocat général entendu, peut à tout moment décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.
19 Il y a lieu de faire application de cette disposition dans la présente affaire.
20 Selon une jurisprudence constante, la procédure instituée à l’article 267 TFUE est un instrument de coopération entre la Cour et les juridictions nationales, grâce auquel la première fournit aux secondes les éléments d’interprétation du droit de l’Union qui leur sont nécessaires pour la solution du litige qu’elles sont appelées à trancher (arrêt du 26 mars 2020, Miasto Łowicz et Prokurator Generalny, C‑558/18 et C‑563/18, EU:C:2020:234, point 44 ainsi que jurisprudence citée, et ordonnance du 8 décembre 2025, Vedrón, C‑403/25, EU:C:2025:970, point 17).
21 Dès lors que la décision de renvoi sert de fondement à cette procédure, la juridiction nationale est tenue de fournir les explications nécessaires sur les raisons du choix des dispositions du droit de l’Union dont elle demande l’interprétation ainsi que sur le lien qu’elle établit entre ces dispositions et la législation nationale applicable au litige qui lui est soumis. Cette exigence concernant le contenu d’une décision de renvoi figure de manière explicite à l’article 94, sous c), du règlement de procédure, dont la juridiction de renvoi est censée, dans le cadre de la coopération instaurée à l’article 267 TFUE, avoir connaissance et qu’elle est tenue de respecter scrupuleusement (voir ordonnance du 8 décembre 2025, Vedrón, C‑403/25, EU:C:2025:970, points 18 et 20 ainsi que jurisprudence citée). Elle est, en outre, rappelée au point 15 des recommandations de la Cour de justice de l’Union européenne à l’attention des juridictions nationales, relatives à l’introduction de procédures préjudicielles (JO C, C/2024/6008).
22 En l’occurrence, conformément à la jurisprudence citée aux points 20 et 21 de la présente ordonnance, il convient d’examiner si la décision de renvoi comporte les éléments permettant à la Cour de déterminer que les dispositions du droit de l’Union dont l’interprétation est sollicitée sont applicables au litige au principal et qu’une réponse aux questions posées est nécessaire à la solution de celui-ci.
23 Par ses questions, qu’il convient d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi demande, en substance, si les articles 20, 34 et 52, paragraphe 1, de la Charte, lus en combinaison avec l’article 48 TFUE et le règlement no 883/2004, doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation nationale qui exclut du bénéfice du complément de pension les personnes ayant pris leur retraite de manière anticipée et volontaire, sans prendre en compte leur contribution démographique ni la durée de la période durant laquelle elles ont cotisé.
24 La juridiction de renvoi estime que la Charte est applicable au motif que les pensions contributives espagnoles relèvent de l’article 48 TFUE et du champ d’application du règlement no 883/2004, notamment de ses articles 3 et 5. Elle en déduit que la réglementation nationale en cause au principal, qui régit les éléments constitutifs de ces pensions, y compris leurs compléments, met en œuvre le droit de l’Union au sens de l’article 51, paragraphe 1, de la Charte.
25 À cet égard, il importe de rappeler que l’article 51, paragraphe 1, de la Charte prévoit que les dispositions de celle-ci s’adressent aux États membres uniquement lorsqu’ils mettent en œuvre le droit de l’Union.
26 Ainsi que la Cour l’a rappelé au point 26 de l’ordonnance du 8 décembre 2025, Vedrón (C‑403/25, EU:C:2025:970), la notion de « mise en œuvre du droit de l’Union », au sens de cette disposition, présuppose l’existence d’un lien de rattachement entre un acte du droit de l’Union et la mesure nationale en cause qui dépasse le voisinage des matières visées ou les incidences indirectes de l’une des matières sur l’autre.
27 Or, les considérations exposées par la juridiction de renvoi, telles que mentionnées au point 24 de la présente ordonnance, ne permettent pas d’établir que la situation en cause au principal relève du champ d’application du droit de l’Union.
28 Premièrement, le seul fait qu’une mesure nationale relève d’un domaine dans lequel l’Union dispose de compétences – comme c’est le cas de la politique sociale – ne saurait la faire entrer dans le champ d’application du droit de l’Union et, donc, entraîner l’applicabilité de la Charte (voir, en ce sens, ordonnance du 8 décembre 2025, Vedrón, C‑403/25, EU:C:2025:970, point 26 ainsi que jurisprudence citée).
29 Deuxièmement, l’article 48 TFUE n’a pas pour objet de poser une règle juridique opérante en tant que telle, mais constitue une base juridique permettant au législateur de l’Union d’adopter, dans le domaine de la sécurité sociale, des mesures nécessaires pour l’établissement de la libre circulation des travailleurs (voir, en ce sens, arrêt du 10 mars 2011, Casteels, C‑379/09, EU:C:2011:131, point 14). Cet article ne saurait donc, à lui seul, faire entrer dans le champ d’application du droit de l’Union toute réglementation nationale relative aux pensions.
30 Troisièmement, le règlement no 883/2004, qui n’harmonise pas les législations nationales de sécurité sociale, s’applique, selon son article 2, paragraphe 1, aux ressortissants de l’un des États membres qui sont ou ont été soumis à la législation d’un ou de plusieurs États membres. Il vise à garantir l’exercice effectif de la libre circulation des travailleurs et à contribuer ainsi à l’amélioration du niveau de vie et des conditions d’emploi des personnes qui se déplacent au sein de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 3 juin 2021, TEAM POWER EUROPE, C‑784/19, EU:C:2021:427, point 58).
31 En l’occurrence, il ne ressort pas de la décision de renvoi que le requérant au principal aurait fait usage de son droit à la libre circulation des travailleurs, qu’il aurait été soumis à la législation de sécurité sociale d’un État membre autre que le Royaume d’Espagne ou que le litige au principal présenterait, à un autre titre, un élément transfrontalier.
32 Or, selon une jurisprudence constante, les actes pris en exécution des règles du traité en matière de libre circulation des personnes ne peuvent être appliqués à des situations qui ne présentent aucun élément de rattachement au droit de l’Union et dont l’ensemble des éléments pertinents se cantonnent à l’intérieur d’un seul État membre. Il en va de même des dispositions de droit de l’Union relatives à la coordination des régimes de sécurité sociale, notamment de celles du règlement no 883/2004 (voir, en ce sens, arrêt du 1er avril 2008, Gouvernement de la Communauté française et gouvernement wallon, C‑212/06, EU:C:2008:178, point 33 ainsi que jurisprudence citée).
33 Dans ces conditions, les éléments figurant dans la décision de renvoi ne permettent ni d’établir que le règlement no 883/2004 est applicable à la situation du requérant au principal ni, par ailleurs, d’identifier une disposition de ce règlement régissant l’octroi du complément de pension.
34 Il n’est, par conséquent, pas davantage établi que la réglementation nationale en cause met en œuvre le droit de l’Union, au sens de l’article 51, paragraphe 1, de la Charte, et que les articles 20 et 34 ainsi que l’article 52, paragraphe 1, de celle-ci sont applicables au litige au principal.
35 À supposer même que ce litige puisse relever de l’une des hypothèses identifiées aux points 50 à 53 de l’arrêt du 15 novembre 2016, Ullens de Schooten (C‑268/15, EU:C:2016:874), dans lesquelles il peut être nécessaire, pour la solution du litige au principal, de procéder à l’interprétation de dispositions du droit de l’Union bien que tous les éléments de ce litige soient cantonnés à l’intérieur d’un seul État membre, il n’en reste pas moins qu’il appartiendrait à la juridiction de renvoi d’indiquer à la Cour les raisons pour lesquelles le litige pendant devant cette juridiction présente un élément de rattachement avec les dispositions du droit de l’Union dont elle demande l’interprétation, qui rendrait cette interprétation nécessaire à la solution de ce litige (voir, en ce sens, ordonnance du 28 avril 2025, Prefettura di Bari et ANAC, C‑656/24, EU:C:2025:314, point 28).
36 Or, si la juridiction de renvoi affirme que la réglementation nationale en cause relève du droit de l’Union, elle n’a cependant pas exposé en quoi la situation en cause au principal relève du champ d’application du droit de l’Union ou présente ledit élément de rattachement. Dès lors, la décision de renvoi ne répond manifestement pas à l’exigence posée à l’article 94, sous c), du règlement de procédure, en ce qu’elle ne permet pas à la Cour de déterminer si une réglementation nationale telle que celle en cause au principal doit être examinée au regard des dispositions du droit de l’Union dont l’interprétation est demandée.
37 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, la présente demande de décision préjudicielle est, en application de l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure, manifestement irrecevable.
Sur les dépens
38 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens.
Par ces motifs, la Cour (sixième chambre) déclare :
La demande de décision préjudicielle introduite par le Juzgado de lo Social no 2 de Elche (tribunal du travail no 2 d’Elche, Espagne), par décision du 18 décembre 2025, est manifestement irrecevable.
Signatures
* Langue de procédure : l’espagnol.
i Le nom de la présente affaire est un nom fictif. Il ne correspond au nom réel d’aucune partie à la procédure.
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