Arrêt de la Cour (neuvième chambre) du 10 septembre 2026.#Commission européenne contre République slovaque.#Manquement d’État – Directive 91/271/CEE – Article 4, paragraphe 1 et paragraphe 3 – Article 5 – Collecte et traitement secondaire ou équivalent des eaux urbaines résiduaires dans certaines agglomérations – Traitement plus rigoureux des eaux rejetées dans des zones sensibles.#Affaire C-377/25.
| CELEX | 62025CJ0377 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 10 septembre 2026 |
Texte intégral
ARRÊT DE LA COUR (neuvième chambre)
10 septembre 2026 (*)
« Manquement d’État – Directive 91/271/CEE – Article 4, paragraphe 1 et paragraphe 3 – Article 5 – Collecte et traitement secondaire ou équivalent des eaux urbaines résiduaires dans certaines agglomérations – Traitement plus rigoureux des eaux rejetées dans des zones sensibles »
Dans l’affaire C‑377/25,
ayant pour objet un recours en manquement au titre de l’article 258 TFUE, introduit le 5 juin 2025,
Commission européenne, représentée par M. R. Lindenthal et Mme E. Sanfrutos Cano, en qualité d’agents,
partie requérante,
contre
République slovaque, représentée par Mme E. V. Larišová, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
LA COUR (neuvième chambre),
composée de M. M. Condinanzi, président de chambre, MM. N. Jääskinen et A. Kornezov (rapporteur), juges,
avocat général : Mme J. Kokott,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la procédure écrite,
vu la décision prise, l’avocate générale entendue, de juger l’affaire sans conclusions,
rend le présent
Arrêt
1 Par sa requête, la Commission européenne demande à la Cour de constater que la République slovaque :
– a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271/CEE du Conseil, du 21 mai 1991, relative au traitement des eaux urbaines résiduaires (JO 1991, L 135, p. 40), telle que modifiée par la directive 2013/64/UE du Conseil, du 17 décembre 2013 (JO 2013, L 353, p. 8) (ci-après la « directive 91/271 »), lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, en n’ayant pas adopté les mesures nécessaires concernant le traitement des eaux urbaines résiduaires des agglomérations suivantes : SKA6010518 Slovenská Ľupča, SKA7030565 Spišská Belá, SKA7040568 Spišské Podhradie, SKA7060573 Hôrka, SKA8010608 Gelnica, SKA8080636 Dobšiná, SKA3070373 Oslany, SKA8100646 Rudňany, SKA3060344 Udiča, SKA6030527 Nemecká, SKA2020267 Šoporňa, SKA2010249 Lehnice, SKA4010068 Kolárovo, SKA8100647 Spišské Vlachy, SKA4020409 Tlmače, SKA6080543 Tornaľa et SKA4030417 Veľké Zálužie ;
– a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de l’article 5 de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, en n’ayant pas adopté les mesures nécessaires concernant le traitement des eaux urbaines résiduaires des agglomérations suivantes : SKA4010068 Kolárovo, SKA8060623 Moldava nad Bodvou, SKA6080165 Revúca, SKA8110228 Trebišov, SKA6100168 Veľký Krtíš, SKA8060219 Čaňa, SKA5020100 Krásno nad Kysucou, SKA7040179 Levoča et SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová.
Le cadre juridique
L’acte d’adhésion de 2003
2 L’article 24 de l’acte relatif aux conditions d’adhésion à l’Union européenne de la République tchèque, de la République d’Estonie, de la République de Chypre, de la République de Lettonie, de la République de Lituanie, de la République de Hongrie, de la République de Malte, de la République de Pologne, de la République de Slovénie et de la République slovaque, et aux adaptations des traités sur lesquels est fondée l’Union européenne (JO 2003, L 236, p. 33, ci-après l’« acte d’adhésion de 2003 ») dispose :
« Les mesures énumérées dans la liste figurant aux annexes V, VI, VII, VIII, IX, X, XI, XII, XIII et XIV du présent acte sont applicables en ce qui concerne les nouveaux États membres dans les conditions définies par lesdites annexes. »
3 L’annexe XIV de l’acte d’adhésion de 2003, intitulée « Liste visée à l’article 24 de l’acte d’adhésion : Slovaquie », prévoit, à son point 9, C, intitulé « Qualité de l’eau » :
« 3. 31991 L 0271 : Directive 91/271/CEE [...], modifiée par :
– 31998 L 0015 : Directive 98/15/CE de la Commission du [27 février 1998 (JO 1998, L 67, p. 29)].
Par dérogation aux articles 3 et 4 et à l’article 5, paragraphe 2, de la directive 91/271/CEE, les prescriptions fixées pour les systèmes de collecte et le traitement des eaux urbaines résiduaires ne sont pas applicables en Slovaquie jusqu’au 31 décembre 2015, étant entendu que les objectifs intermédiaires suivants sont atteints :
– au 31 décembre 2004, la mise en conformité avec la directive est achevée pour 83 % de la charge biodégradable totale ;
– au 31 décembre 2008, la mise en conformité avec la directive est achevée pour 91 % de la charge biodégradable totale ;
– au 31 décembre 2010, la mise en conformité avec la directive est achevée pour les agglomérations ayant un équivalent habitant de plus de 10 000 ;
– au 31 décembre 2012, la mise en conformité avec la directive est achevée pour 97 % de la charge biodégradable totale. »
La directive 91/271
4 L’article 1er de la directive 91/271 prévoit :
« La présente directive concerne la collecte, le traitement et le rejet des eaux urbaines résiduaires ainsi que le traitement et le rejet des eaux usées provenant de certains secteurs industriels.
La présente directive a pour objet de protéger l’environnement contre une détérioration due aux rejets des eaux résiduaires précitées. »
5 L’article 2 de cette directive est libellé comme suit :
« Aux fins de la présente directive, on entend par :
1) “eaux urbaines résiduaires” : les eaux ménagères usées ou le mélange des eaux ménagères usées avec des eaux industrielles usées et/ou des eaux de ruissellement ;
[...]
4) “agglomération” : une zone dans laquelle la population et/ou les activités économiques sont suffisamment concentrées pour qu’il soit possible de collecter les eaux urbaines résiduaires pour les acheminer vers une station d’épuration ou un point de rejet final ;
5) “système de collecte” : un système de canalisations qui recueille et achemine les eaux urbaines résiduaires ;
6) “un équivalent habitant (EH)” : la charge organique biodégradable ayant une demande biochimique d’oxygène en cinq jours (DB05) de 60 grammes d’oxygène par jour ;
7) “traitement primaire” : le traitement des eaux urbaines résiduaires par un procédé physique et/ou chimique comprenant la décantation des matières solides en suspension ou par d’autres procédés par lesquels la DB05 des eaux résiduaires entrantes est réduite d’au moins 20 % avant le rejet et le total des matières solides en suspension des eaux résiduaires entrantes, d’au moins 50 % ;
8) “traitement secondaire” : le traitement des eaux urbaines résiduaires par un procédé comprenant généralement un traitement biologique avec décantation secondaire ou par un autre procédé permettant de respecter les conditions du tableau 1 de l’annexe I ;
[...]
11) “eutrophisation” : l’enrichissement de l’eau en éléments nutritifs, notamment des composés de l’azote et/ou du phosphore, provoquant un développement accéléré des algues et des végétaux d’espèces supérieures qui entraîne une perturbation indésirable de l’équilibre des organismes présents dans l’eau et une dégradation de la qualité de l’eau en question ;
[...] »
6 L’article 3 de ladite directive prévoit :
« 1. Les États membres veillent à ce que toutes les agglomérations soient équipées de systèmes de collecte des eaux urbaines résiduaires :
[...] »
7 L’article 4 de la même directive dispose :
« 1. Les États membres veillent à ce que les eaux urbaines résiduaires qui pénètrent dans les systèmes de collecte soient, avant d’être rejetées, soumises à un traitement secondaire ou à un traitement équivalent selon les modalités suivantes :
– au plus tard le 31 décembre 2000 pour tous les rejets provenant d’agglomérations ayant un EH de plus de 15 000,
– au plus tard le 31 décembre 2005 pour tous les rejets provenant d’agglomérations ayant un EH compris entre 10 000 et 15 000,
– au plus tard le 31 décembre 2005 pour les rejets, dans des eaux douces et des estuaires, provenant d’agglomérations ayant un EH compris entre 2 000 et 10 000.
[...]
3. Les rejets des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires visées aux paragraphes 1 et 2 doivent répondre aux prescriptions pertinentes de l’annexe I, point B. La Commission peut modifier ces prescriptions. [...]
4. La charge exprimée en EH est calculée sur la base de la charge moyenne maximale hebdomadaire qui pénètre dans la station d’épuration au cours de l’année, à l’exclusion des situations inhabituelles comme celles qui sont dues à de fortes précipitations. »
8 L’article 5 de la directive 91/271 prévoit :
« 1. Aux fins du paragraphe 2, les États membres identifient, pour le 31 décembre 1993, les zones sensibles sur la base des critères définis à l’annexe II.
2. Les États membres veillent à ce que les eaux urbaines résiduaires qui entrent dans les systèmes de collecte fassent l’objet, avant d’être rejetées dans des zones sensibles, d’un traitement plus rigoureux que celui qui est décrit à l’article 4, et ce au plus tard le 31 décembre 1998 pour tous les rejets provenant d’agglomérations ayant un EH de plus de 10 000.
[...]
3. Les rejets des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires visées au paragraphe 2 doivent répondre aux prescriptions pertinentes de l’annexe I, point B. [...]
4. Toutefois, les conditions requises d’une station d’épuration au titre des paragraphes 2 et 3 ne s’appliquent pas nécessairement aux zones sensibles, s’il peut être prouvé que le pourcentage minimal de réduction de la charge globale entrant dans toutes les stations d’épuration des eaux résiduaires urbaines de cette zone atteint au moins 75 % pour la quantité totale de phosphore et au moins 75 % pour la quantité totale d’azote.
5. Pour les rejets des stations d’épuration d’eaux urbaines qui sont situées dans les bassins versants pertinents des zones sensibles et qui contribuent à la pollution de ces zones, les paragraphes 2, 3 et 4 sont applicables.
[...] »
9 L’annexe I de cette directive, intitulée « Prescriptions relatives aux eaux urbaines résiduaires », dispose, à son point B, intitulé « Rejets provenant des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires dans les eaux réceptrices » :
« 1. Les stations d’épuration des eaux usées sont conçues ou modifiées de manière que des échantillons représentatifs des eaux usées entrantes et des effluents traités puissent être obtenus avant rejet dans les eaux réceptrices.
2. Les rejets provenant des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires, traités conformément aux articles 4 et 5 de la présente directive, répondent aux prescriptions figurant au tableau 1.
3. Les rejets des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires dans des zones sensibles sujettes à eutrophisation, telles qu’identifiées à l’annexe II, point A, lettre a), répondent, en outre, aux prescriptions figurant au tableau 2 de la présente annexe.
[...] »
10 Le tableau 1 de cette annexe I contient les prescriptions relatives aux rejets provenant des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires et soumises aux dispositions des articles 4 et 5 de ladite directive. Il se présente ainsi :
| Paramètres | Concentration | Pourcentage minimal de réduction (1) | Méthode de mesure de référence |
| Demande biochimique en oxygène (DBO5 à 20 °C) sans nitrification (2) | 25 mg/l O2 | 70-90 40 aux termes de l’article 4 paragraphe 2 | Échantillon homogénéisé, non filtré, non décanté. Détermination de l’oxygène dissous avant et après une incubation de 5 jours à 20 °C ± 1 °C, dans l’obscurité complète. Addition d’un inhibiteur de nitrification. |
| Demande chimique en oxygène (DCO) | 125 mg/l O2 | 75 | Échantillon homogénéisé, non filtré, non décanté. Bichromate de potassium. |
| Total des matières solides en suspension | 35 mg/l (3) 35 aux termes de l’article 4 paragraphe 2 (plus de 10 000 EH) | 90 (3) 90 aux termes de l’article 4 paragraphe 2 (plus de 10 000 EH) | Filtration d’un échantillon représentatif sur une membrane de 0,45 μm, séchage à 105 °C et pesée. Centrifugation d’un échantillon représentatif (pendant 5 minutes au moins, avec accélération moyenne de 2 800 à 3 200 g), séchage à 105 °C, pesée. |
| | 60 aux termes de l’article 4 paragraphe 2 (de 2 000 à 10 000 EH) | 70 aux termes de l’article 4 paragraphe 2 (de 2 000 à 10 000 EH) | |
(1) Réduction par rapport aux valeurs à l’entrée.
(2) Ce paramètre peut être remplacé par un autre : carbone organique total (COT) ou demande totale en oxygène (DTO), si une relation peut être établie entre la DB[O]5 et le paramètre de substitution.
(3) Cette exigence est facultative.
[...] »
11 Le tableau 2 de ladite annexe I prévoit les prescriptions relatives aux rejets provenant des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires et effectués dans des zones sensibles sujettes à eutrophisation. Il se présente ainsi :
| Paramètres | Concentration | Pourcentage minimal de réduction (1) | Méthode de mesure de référence |
| Phosphore total | 2 mg/l (EH compris entre 10 000 et 100 000) | 80 | Spectrophoto-métrie par absorption moléculaire |
| | 1 mg/l (EH de plus de 100 000) | | |
| Azote total (2) | 15 mg/l (EH compris entre 10 000 et 100 000) (3) | 70-80 | Spectrophoto-métrie par absorption moléculaire |
| | 10 mg/l (EH de plus de 100 000) (3) | | |
(1) Réduction par rapport aux valeurs à l’entrée.
(2) Azote total signifie le total de l’azote dosé selon la méthode de Kjeldahl (azote organique et ammoniacal), de l’azote contenu dans les nitrates et de l’azote contenu dans les nitrites.
(3) Ces valeurs de la concentration sont des moyennes annuelles, selon l’annexe I, point D 4 c). Toutefois, les exigences pour l’azote peuvent être vérifiées en utilisant des moyennes journalières quand il est prouvé, conformément à l’annexe I, point D 1, que le même niveau de la protection est obtenu. Dans ce cas, la moyenne journalière ne peut pas dépasser 20 mg/l d’azote total pour tous les échantillons, quand la température de l’effluent dans le réacteur biologique est supérieure ou égale à 12 °C. La condition concernant la température pourrait être remplacée par une limitation du temps de fonctionnement tenant compte des conditions climatiques régionales. »
12 Aux termes du point D de la même annexe I, intitulé « Méthodes de référence pour le suivi et l’évaluation des résultats » :
« 1. Les États membres veillent à ce que soit appliquée une méthode de surveillance qui corresponde au moins aux exigences décrites ci-dessous.
[...]
Les États membres fournissent à la Commission toutes les informations pertinentes concernant les méthodes appliquées. Si la Commission estime que les conditions énoncées aux points 2, 3 et 4 ne sont pas remplies, elle soumet au Conseil [de l’Union européenne] une proposition appropriée.
2. Des échantillons sont prélevés sur une période de 24 heures, proportionnellement au débit ou à intervalles réguliers, en un point bien déterminé à la sortie et, en cas de nécessité, à l’entrée de la station d’épuration, afin de vérifier si les prescriptions de la présente directive en matière de rejets d’eaux usées sont respectées.
De saines pratiques internationales de laboratoire seront appliquées pour que la dégradation des échantillons soit la plus faible possible entre le moment de la collecte et celui de l’analyse.
[...] »
La procédure précontentieuse
13 Le 9 juillet 2014 et le 12 octobre 2015, dans le cadre de la procédure EU Pilot 6522/14/ENVI, la Commission a adressé à la République slovaque des demandes d’information au sujet de l’état de conformité à la directive 91/271. Après avoir procédé à l’analyse des informations fournies, la Commission a décidé d’envoyer, le 16 février 2017, une lettre de mise en demeure à cet État membre, faisant état d’une violation des articles 3 à 5, 10 et 15 ainsi que de l’annexe I, points A, B et D, de cette directive dans le cas de 297 agglomérations.
14 Après prorogation du délai de réponse, la République slovaque a répondu à la lettre de mise en demeure le 6 juin 2017.
15 Au vu des éléments fournis dans cette réponse, la Commission a, le 28 novembre 2019, adressé un avis motivé à cet État membre dans lequel elle a conclu que celui-ci ne respectait pas les obligations qui lui incombent en vertu des articles 3 à 5, 10 et 15 ainsi que de l’annexe I, points A, B et D, de ladite directive dans le cas de 266 agglomérations.
16 La République slovaque a répondu à l’avis motivé de la Commission par lettres du 24 janvier 2020 et du 9 avril 2020 ainsi que par un courrier électronique du 14 juillet 2020. Le 27 septembre 2021, une réunion a eu lieu avec les autorités slovaques. Par la suite, la Commission a envoyé de nouvelles questions à ces autorités par lettre du 4 octobre 2021. Ces dernières ont apporté des informations supplémentaires le 4 novembre 2021 et le 30 mai 2023.
17 Une nouvelle réunion entre la Commission et les autorités slovaques a eu lieu le 19 mars 2024 à Bratislava (Slovaquie), lors de laquelle les autorités slovaques ont fourni à la Commission un nouvel aperçu détaillé des données sur le traitement des eaux urbaines résiduaires dans les agglomérations concernées, décrivant la situation au 31 décembre 2021.
18 Les autorités slovaques ont, par la suite, fourni des informations plus détaillées sur les investissements envisagés ou en cours ainsi que sur la situation des différentes agglomérations et de nouvelles données sur le traitement des eaux urbaines résiduaires, dans leurs lettres successives des 29 mai, 27 juin, 24 septembre, 18 et 28 octobre 2024.
19 Considérant que la situation de 25 agglomérations n’était pas conforme aux dispositions de la directive 91/271 à la date d’échéance du délai imparti dans l’avis motivé, à savoir le 28 janvier 2020, la Commission a introduit le présent recours.
Sur le recours
20 À l’appui de son recours, la Commission soulève deux griefs tirés, le premier, d’une violation de l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, concernant 17 agglomérations et, le second, d’une violation de l’article 5 de cette directive, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, concernant 9 agglomérations, dont une relève également des 17 agglomérations visées par le premier grief.
Sur le premier grief, tiré d’une violation de l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci
Argumentation des parties
21 La Commission allègue que, à la date d’expiration du délai imparti dans l’avis motivé, sur les 18 agglomérations identifiées dans celui-ci, 17 d’entre elles, à savoir celles de SKA6010518 Slovenská Ľupča, de SKA7030565 Spišská Belá, de SKA7040568 Spišské Podhradie, de SKA7060573 Hôrka, de SKA8010608 Gelnica, de SKA8080636 Dobšiná, de SKA3070373 Oslany, de SKA8100646 Rudňany, de SKA3060344 Udiča, de SKA6030527 Nemecká, de SKA2020267 Šoporňa, de SKA2010249 Lehnice, de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8100647 Spišské Vlachy, de SKA4020409 Tlmače, de SKA6080543 Tornaľa et de SKA4030417 Veľké Zálužie, n’étaient pas équipées de systèmes de traitement des eaux urbaines résiduaires satisfaisant aux prescriptions de l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci.
22 La Commission fait valoir, en particulier, que la capacité des stations d’épuration desservant chacune de ces 17 agglomérations était insuffisante pour garantir la conformité à l’article 4, paragraphe 1, de la directive 91/271, que toutes les eaux usées pénétrant dans les systèmes de collecte n’étaient pas soumises à un traitement secondaire, que le niveau de traitement n’était pas effectivement un traitement secondaire et que ce traitement n’atteignait pas les performances requises en matière de demande biochimique d’oxygène (DBO5) et de demande chimique d’oxygène (DCO), conformément à l’article 4, paragraphe 3, et à l’annexe I, point B, de la directive 91/271.
23 La République slovaque reconnaît la non-conformité, alléguée par la Commission, aux exigences prévues à ces dispositions en ce qui concerne 10 desdites 17 agglomérations, à savoir celles de SKA7060573 Hôrka, de SKA8080636 Dobšiná, de SKA8100646 Rudňany, de SKA3060344 Udiča, de SKA6030527 Nemecká, de SKA2010249 Lehnice, de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8100647 Spišské Vlachy, de SKA4020409 Tlmače et de SKA4030417 Veľké Zálužie.
24 En revanche, cet État membre conteste le manquement reproché en ce qui concerne les 7 autres des mêmes 17 agglomérations, à savoir celles de SKA6010518 Slovenská Ľupča, de SKA7030565 Spišská Belá, de SKA7040568 Spišské Podhradie, de SKA8010608 Gelnica, de SKA3070373 Oslany, de SKA2020267 Šoporňa ainsi que de SKA6080543 Tornaľa, et fournit des informations relatives à l’état d’avancement de la mise en conformité de ces 7 autres agglomérations avec les exigences de l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, ainsi qu’aux mesures envisagées ou en cours d’exécution pour se conformer à cette directive.
Appréciation de la Cour
25 En vertu de l’article 4, paragraphe 1, de la directive 91/271, les États membres veillent à ce que les eaux urbaines résiduaires qui pénètrent dans les systèmes de collecte soient soumises, avant d’être rejetées, à un traitement secondaire ou à un traitement équivalent, au plus tard le 31 décembre 2000, lorsqu’elles proviennent d’agglomérations ayant un EH de plus de 15 000, et au plus tard le 31 décembre 2005, lorsqu’elles proviennent d’agglomérations ayant un EH compris entre 10 000 et 15 000 ou lorsqu’elles proviennent d’agglomérations ayant un EH compris entre 2 000 et 10 000 et sont rejetées dans des eaux douces et des estuaires.
26 En outre, en vertu de l’article 4, paragraphe 3, de la directive 91/271, ce traitement secondaire ou un traitement équivalent doit être assuré par des stations d’épuration dont les rejets répondent aux prescriptions énoncées à l’annexe I, point B, de cette directive. En particulier, il en découle que les rejets provenant des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires doivent répondre aux prescriptions figurant au tableau 1 de cette annexe.
27 Il ressort de l’acte d’adhésion de 2003 que, par dérogation aux articles 3 à 5 de la directive 91/271, les exigences relatives au traitement des eaux urbaines résiduaires s’appliquent intégralement à la République slovaque à compter du 31 décembre 2012.
28 La Cour a jugé que les articles 4 et 5 de la directive 91/271 doivent être considérés comme n’étant pas respectés quand n’est pas respectée l’obligation consistant à s’assurer, au préalable, que toute agglomération qui relève de l’article 3 de cette directive est équipée d’un système de collecte permettant de recueillir la totalité des eaux urbaines résiduaires que cette agglomération génère [arrêts du 7 décembre 2023, Commission/Hongrie (Collecte des eaux urbaines résiduaires), C‑587/22, EU:C:2023:963, point 33 ainsi que jurisprudence citée, et du 18 décembre 2025, Commission/Espagne (Calcul de l’EH), C‑433/23, EU:C:2025:981, point 87].
29 Il convient également de rappeler, d’une part, que, selon une jurisprudence constante, il incombe à la Commission d’établir l’existence du manquement allégué. C’est elle qui doit apporter à la Cour les éléments nécessaires à la vérification, par celle-ci, de l’existence de ce manquement, sans pouvoir se fonder sur une présomption quelconque [arrêt du 5 mars 2020, Commission/Chypre (Collecte et épuration des eaux urbaines résiduaires), C‑248/19, EU:C:2020:171, point 20 ainsi que jurisprudence citée]. C’est seulement lorsque la Commission a fourni suffisamment d’éléments faisant apparaître certains faits situés sur le territoire de l’État membre défendeur qu’il incombe à celui-ci de contester de manière substantielle et détaillée les données ainsi présentées et les conséquences qui en découlent [arrêt du 18 décembre 2025, Commission/Espagne (Calcul de l’EH), C‑433/23, EU:C:2025:981, point 54 et jurisprudence citée].
30 Toutefois, les États membres sont tenus, en vertu de l’article 4, paragraphe 3, TUE, de faciliter à la Commission l’accomplissement de sa mission, qui consiste, notamment, en vertu de l’article 17, paragraphe 1, TUE, à veiller à l’application des dispositions du traité FUE ainsi que des dispositions prises par les institutions en vertu de celui-ci. En particulier, il convient de tenir compte du fait que, s’agissant de vérifier l’application correcte en pratique des dispositions nationales destinées à assurer la mise en œuvre effective d’une directive, la Commission, qui ne dispose pas de pouvoirs propres d’investigation en la matière, est largement tributaire des éléments fournis par d’éventuels plaignants ainsi que par l’État membre concerné [arrêt du 18 décembre 2025, Commission/Espagne (Calcul de l’EH), C‑433/23, EU:C:2025:981, point 55 et jurisprudence citée].
31 D’autre part, l’existence d’un manquement doit être appréciée en fonction de la situation de l’État membre concerné telle qu’elle se présentait au terme du délai fixé dans l’avis motivé et que les changements intervenus par la suite ne sauraient être pris en compte par la Cour [arrêt du 18 décembre 2025, Commission/Espagne (Calcul de l’EH), C‑433/23, EU:C:2025:981, point 23 et jurisprudence citée].
32 En l’espèce, le délai de deux mois fixé dans l’avis motivé a expiré le 28 janvier 2020. L’existence d’un manquement, par la République slovaque, aux obligations lui incombant en vertu de la directive 91/271 doit donc être appréciée en fonction de la situation de cet État membre telle qu’elle se présentait à cette date.
33 À cet égard, il convient de relever que le premier grief vise les 17 agglomérations mentionnées au point 21 du présent arrêt et que la République slovaque reconnaît le manquement reproché à l’égard de 10 d’entre elles, à savoir celles de SKA7060573 Hôrka, de SKA8080636 Dobšiná, de SKA8100646 Rudňany, de SKA3060344 Udiča, de SKA6030527 Nemecká, de SKA2010249 Lehnice, de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8100647 Spišské Vlachy, de SKA4020409 Tlmače et de SKA4030417 Veľké Zálužie.
34 En premier lieu, s’agissant des dix agglomérations à l’égard desquelles la République slovaque reconnaît le manquement, il y a lieu de rappeler que, selon la jurisprudence de la Cour, il appartient à celle-ci de constater si le manquement reproché existe ou non, même dans la mesure où l’État concerné ne conteste pas ce manquement [arrêt du 18 décembre 2025, Commission/Espagne (Calcul de l’EH), C‑433/23, EU:C:2025:981, point 50 et jurisprudence citée].
35 À cet égard, la Commission fait valoir, en s’appuyant sur des données relatives à l’année 2021 qui lui avaient été soumises par les autorités slovaques au cours de la procédure précontentieuse, que seulement une partie de la charge collectée était traitée conformément à l’obligation de soumettre les eaux urbaines résiduaires pénétrant dans des systèmes de collecte à un traitement secondaire ou à un traitement équivalent, prévue à l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, à savoir 72,09 % dans l’agglomération de SKA7060573 Hôrka, 54,70 % dans l’agglomération de SKA8080636 Dobšiná, 18,82 % dans l’agglomération de SKA8100646 Rudňany, 78,80 % dans l’agglomération de SKA3060344 Udiča et 66,33 % dans l’agglomération de SKA6030527 Nemecká. En outre, dans les agglomérations de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8100647 Spišské Vlachy, de SKA4020409 Tlmače et de SKA4030417 Veľké Zálužie, en l’absence de stations d’épuration des eaux usées répondant aux exigences de l’article 4, paragraphes 1 et 3, de cette directive ainsi que de l’annexe I, point B, de celle-ci, la totalité de la charge collectée ne serait pas traitée selon les exigences précitées. Enfin, concernant l’agglomération de SKA2010249 Lehnice, malgré les données transmises en 2021 attestant que 100 % des eaux urbaines résiduaires étaient traitées, la République slovaque a reconnu, au cours de la procédure précontentieuse, que cette agglomération n’était pas conforme à ces exigences en raison du développement du bassin versant ainsi que de la surcharge organique et hydraulique de la station d’épuration existante.
36 Or, il convient de constater qu’aucun élément du dossier soumis à la Cour ne permet de conclure que, à l’expiration du délai fixé dans l’avis motivé, la République slovaque s’était conformée aux obligations qui lui incombent en vertu de l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, en ce qui concerne les agglomérations énumérées au point précédent du présent arrêt.
37 En second lieu, s’agissant des agglomérations de SKA6010518 Slovenská Ľupča, de SKA7030565 Spišská Belá, de SKA7040568 Spišské Podhradie, de SKA8010608 Gelnica, de SKA3070373 Oslany, de SKA2020267 Šoporňa et de SKA6080543 Tornaľa, pour lesquelles l’existence d’un manquement à l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271 ainsi qu’à l’annexe I, point B, de celle-ci est contestée, la Commission fait valoir, en s’appuyant sur les données relatives à l’année 2021 que lui avaient soumises les autorités slovaques au cours de la procédure administrative, que seulement une partie de la charge collectée était traitée conformément à l’obligation de soumettre les eaux urbaines résiduaires pénétrant dans des systèmes de collecte à un traitement secondaire ou à un traitement équivalent, prévue à l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, à savoir 62,31 % dans l’agglomération de SKA6010518 Slovenská Ľupča, 88,34 % dans l’agglomération de SKA7030565 Spišská Belá, 41,14 % dans l’agglomération de SKA7040568 Spišské Podhradie, 27,53 % dans l’agglomération de SKA8010608 Gelnica, 54,70 % dans l’agglomération de SKA3070373 Oslany et 21,93 % dans l’agglomération de SKA2020267 Šoporňa, tandis que l’agglomération de SKA6080543 Tornaľa ne disposait pas de station d’épuration des eaux usées conforme à ces exigences.
38 La République slovaque fait valoir, en substance, que :
– s’agissant de l’agglomération de SKA6010518 Slovenská Ľupča, selon les données disponibles relatives à l’année 2024, 65,07 % de la charge collectée aurait été traitée, mais une nouvelle station d’épuration des eaux usées aurait été mise en service en 2016 et, une fois le processus de changement de raccordement achevé, 100 % de la charge collectée seraient traités ;
– s’agissant de l’agglomération de SKA7030565 Spišská Belá, selon les données disponibles relatives à l’année 2024, 99,07 % de la charge collectée aurait été traitée et un projet de rénovation d’une partie du réseau d’égouts serait mis en œuvre au cours des années 2025-2026 et contribuerait à améliorer la situation en matière de traitement ;
– s’agissant de l’agglomération de SKA7040568 Spišské Podhradie, selon les données disponibles relatives à l’année 2024, celle-ci respecterait les exigences prévues à l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci ;
– s’agissant de l’agglomération de SKA8010608 Gelnica, selon les données disponibles relatives à l’année 2024, 84,50 % de la charge collectée aurait été traitée et un projet de rénovation serait prévu au cours des années 2025 et 2026, qui permettrait d’améliorer la situation en matière de traitement de la charge collectée ;
– s’agissant de l’agglomération de SKA3070373 Oslany, selon les données disponibles relatives à l’année 2024, 66,23 % de la charge collectée aurait été traitée et, une fois le raccordement progressif des eaux résiduaires au système de collecte de la nouvelle station d’épuration d’eaux urbaines achevé, 100 % de la charge collectée seraient traités ;
– s’agissant de l’agglomération de SKA2020267 Šoporňa, selon les données disponibles relatives à l’année 2024, 37,71 % de la charge collectée aurait été traitée et la mise en service imminent en 2025 d’une extension de la station d’épuration permettrait un traitement jusqu’à 100 % ;
– s’agissant de l’agglomération de SKA6080543 Tornaľa, la station d’épuration locale nouvellement construite serait en phase d’essai et, selon les données relatives à l’année 2024, 100 % de la charge collectée aurait été traitée conformément aux exigences prévues à l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci.
39 Or, il convient de constater que l’ensemble des données sur lesquelles s’appuie la République slovaque pour contester le manquement qui lui est reproché est postérieur à la date d’expiration du délai imparti dans l’avis motivé. Partant, les arguments de cet État membre ne peuvent qu’être écartés comme étant dépourvus de pertinence, conformément à la jurisprudence rappelée aux points 28 et 31 du présent arrêt.
40 Il s’ensuit que, en n’ayant pas pris les mesures nécessaires pour que, dans les agglomérations de SKA6010518 Slovenská Ľupča, de SKA7030565 Spišská Belá, de SKA7040568 Spišské Podhradie, de SKA7060573 Hôrka, de SKA8010608 Gelnica, de SKA8080636 Dobšiná, de SKA3070373 Oslany, de SKA8100646 Rudňany, de SKA3060344 Udiča, de SKA6030527 Nemecká, de SKA2020267 Šoporňa, de SKA2010249 Lehnice, de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8100647 Spišské Vlachy, de SKA4020409 Tlmače, de SKA6080543 Tornaľa et de SKA4030417 Veľké Zálužie, les eaux urbaines résiduaires qui pénètrent dans les systèmes de collecte soient, avant d’être rejetées, soumises à un traitement secondaire ou à un traitement équivalent, la République slovaque a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci.
Sur le second grief, tiré d’une violation de l’article 5 de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci
Argumentation des parties
41 La Commission fait valoir que les obligations découlant de l’article 5 de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, ne sont pas satisfaites dans le cas de neuf agglomérations, à savoir celles de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8060623 Moldava nad Bodvou, de SKA6080165 Revúca, de SKA8110228 Trebišov, de SKA6100168 Veľký Krtíš, de SKA8060219 Čaňa, de SKA5020100 Krásno nad Kysucou, de SKA7040179 Levoča et de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová.
42 La République slovaque reconnaît que six de ces neuf agglomérations, à savoir celles de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8060623 Moldava nad Bodvou, de SKA6080165 Revúca, de SKA6100168 Veľký Krtíš, de SKA8060219 Čaňa et de SKA7040179 Levoča, ne respectent pas les exigences posées à l’article 5 de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci.
43 S’agissant des trois autres desdites neuf agglomérations, à savoir celles de SKA8110228 Trebišov, de SKA5020100 Krásno nad Kysucou et de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová, la République slovaque fait valoir que, à la différence des modes de traitement primaire et secondaire des eaux résiduaires, le traitement plus rigoureux visé à l’article 5 de la directive 91/271, dit « tertiaire », ne fait pas l’objet d’une définition précise dans cette directive. Cet article renvoie à l’annexe I, point B, de ladite directive, dont les points 2 et 3 prévoient que les eaux urbaines résiduaires doivent, avant rejet dans les eaux dites « réceptrices » dans des zones sensibles, respecter les valeurs limites des paramètres figurant aux tableaux 1 et 2 de cette annexe I. Ces eaux urbaines résiduaires traitées ne devraient donc pas dépasser les valeurs fixées pour le traitement secondaire visées à l’article 4, paragraphe 3, de la même directive, ni les valeurs visées à l’article 5, paragraphe 3, de celle-ci. Partant, le traitement tertiaire ne serait qu’un « complément » au traitement secondaire, portant uniquement sur la concentration de l’azote et du phosphore, afin de protéger les zones sensibles contre l’eutrophisation.
Appréciation de la Cour
44 En vertu de l’article 5, paragraphe 2, de la directive 91/271, les États membres veillent à ce que les eaux urbaines résiduaires qui entrent dans les systèmes de collecte fassent l’objet, avant d’être rejetées dans des zones sensibles, d’un traitement plus rigoureux que celui qui est décrit à l’article 4 de cette directive, au plus tard le 31 décembre 1998 pour tous les rejets provenant d’agglomérations ayant un EH supérieur à 10 000. Conformément au paragraphe 3 de cet article 5, les rejets des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires dans des zones sensibles doivent répondre aux prescriptions pertinentes de l’annexe I, point B, de ladite directive.
45 Il découle de cette annexe I, point B, paragraphes 2 et 3, que les rejets des stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires dans des zones sensibles sujettes à eutrophisation doivent répondre aux prescriptions tant du tableau 1 qu’à celles figurant dans le tableau 2 de ladite annexe I.
46 En l’espèce, il convient de relever, à titre liminaire, que, conformément à l’article 5, paragraphe 1, de la directive 91/271, la République slovaque a identifié comme zone sensible l’ensemble de son territoire sur la base des critères définis à l’annexe II de cette directive, en raison du risque d’eutrophisation. Par conséquent, toutes les agglomérations de la République slovaque ayant un EH de plus de 10 000, dont l’ensemble des agglomérations visées par le second grief, devaient être conformes aux exigences prévues à l’article 5, paragraphes 2 et 3, de ladite directive, lu en combinaison avec celles de l’annexe I, point B, paragraphes 2 et 3, de celle-ci et de l’acte d’adhésion de 2003, au plus tard le 31 décembre 2010.
47 En premier lieu, en ce qui concerne six des neuf agglomérations visées par le second grief, à savoir celles de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8060623 Moldava nad Bodvou, de SKA6080165 Revúca, de SKA6100168 Veľký Krtíš, de SKA8060219 Čaňa et de SKA7040179 Levoča, dont le manquement n’est pas contesté par la République slovaque, la Commission fait valoir, en s’appuyant sur les données relatives à l’année 2021 qui lui avaient été soumises par les autorités slovaques au cours de la procédure précontentieuse, que seulement une partie des eaux urbaines résiduaires pénétrant dans des systèmes de collecte avant d’être rejetées dans des zones sensibles faisait l’objet d’un traitement secondaire ou d’un traitement équivalent, à savoir 76,46 % dans l’agglomération de SKA8060623 Moldava nad Bodvou, 51,36 % dans l’agglomération de SKA6080165 Revúca et 25 % dans l’agglomération de SKA6100168 Veľký Krtíš. Dès lors, selon la Commission, ces agglomérations n’étaient pas non plus conformes aux exigences prévues à l’article 5 de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci. En outre, s’agissant de l’agglomération de SKA4010068 Kolárovo, celle-ci ne serait pas équipée d’une station d’épuration des eaux urbaines résiduaires tandis que, dans l’agglomération de SKA8060219 Čaňa, dans laquelle deux stations d’épuration seraient en fonctionnement, une serait dotée d’une technologie dépassée et l’autre ne serait pas raccordée à toutes les eaux usées de cette dernière agglomération. Enfin, la station d’épuration dans l’agglomération de SKA7040179 Levoča ne serait pas conforme à ces exigences en ce qu’elle ne permettrait pas l’élimination du phosphore.
48 Or, il convient de constater qu’aucun élément du dossier soumis à la Cour ne permet de conclure que, à l’expiration du délai fixé dans l’avis motivé, la République slovaque s’était conformée aux obligations qui lui incombent en vertu de l’article 5 de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, en ce qui concerne les agglomérations visées au point précédent du présent arrêt.
49 En deuxième lieu, la Commission soutient, en s’appuyant sur des données relatives à l’année 2021, qui lui avaient été soumises par les autorités slovaques au cours de la procédure précontentieuse, que, s’agissant de l’agglomération de SKA8110228 Trebišov, seulement 85,93 % de la charge collectée serait traitée, tandis que l’agglomération de SKA5020100 Krásno nad Kysucou ne serait dotée d’aucun traitement plus rigoureux pour l’élimination de l’azote, la station d’épuration étant toujours en phase d’essai après la rénovation, selon les informations disponibles de l’année 2024.
50 La République slovaque fait valoir, en substance, que, s’agissant de l’agglomération de SKA8110228 Trebišov, selon les données relatives à l’année 2024, 99,15 % de la charge collectée ont fait l’objet d’un traitement plus rigoureux, au sens de l’article 5 de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci, et que le respect intégral des exigences prévues à ces dispositions est assuré après l’achèvement de la rénovation du système de collecte, tandis que, s’agissant de l’agglomération de SKA5020100 Krásno nad Kysucou, la station d’épuration est restée en phase d’essai et sa mise en service permanent est prévue au cours de l’année 2025, ce qui permettrait de satisfaire aux exigences de l’article 5 de cette directive, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci.
51 À cet égard, il convient de constater que l’ensemble des données sur lequel s’appuie la République slovaque pour contester le manquement qui lui est reproché en ce qui concerne ces deux agglomérations est postérieur à la date d’expiration du délai imparti dans l’avis motivé. Partant, les arguments de cet État membre ne peuvent qu’être écartés comme étant dépourvus de pertinence, conformément à la jurisprudence rappelée aux points 28 à 31 du présent arrêt.
52 En troisième lieu, s’agissant de l’agglomération de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová, la Commission fait valoir, d’une part, que la station d’épuration de celle-ci ne permet pas de traitement plus rigoureux qu’un traitement secondaire ou qu’un traitement équivalent, ce qui constituerait une violation de l’article 5, paragraphes 2 et 3, de la directive 91/271, et, d’autre part, que la République slovaque n’a fourni ni au cours de la phase précontentieuse ni dans son mémoire en défense de données analytiques se rapportant à cette agglomération à la date d’expiration du délai fixé dans l’avis motivé.
53 La République slovaque rétorque, d’une part, que la station commune d’épuration de l’agglomération de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová traite tant des eaux industrielles usées issues de la production de cellulose et de papier, pauvres en nutriments azote (N) et phosphore (P), que des eaux urbaines résiduaires, saturées en ces macronutriments, dont la proportion serait, respectivement, de 95 % et de 5 %. Or, ce traitement conjoint des eaux industrielles usées et des eaux urbaines résiduaires ne suffirait pas à garantir pleinement l’apport nécessaire en nutriments pour que soient respectés les ratios optimaux du processus de biodégradation, de sorte qu’il aurait été nécessaire d’ajouter de tels nutriments sous les formes et dans la quantité appropriées. Partant, la République slovaque considère que, dans ces circonstances particulières, un traitement plus rigoureux n’est ni pertinent ni nécessaire et que ce traitement conjoint respecte les exigences de l’article 5, paragraphes 2 et 3, de la directive 91/271.
54 D’autre part, cet État membre a fourni, au stade de la duplique, des données relatives aux années 2017 à 2024 démontrant, selon lui, que les exigences posées au tableau 2 de l’annexe I de la directive 91/271 étaient satisfaites au cours de ces années et donc notamment à l’expiration du délai fixé dans l’avis motivé. Il soutient également qu’il avait fourni à la Commission, au cours de la phase précontentieuse, de telles données pour les années 2012 à 2016, démontrant également que ces exigences étaient satisfaites.
55 En l’espèce, il est constant que la station d’épuration de l’agglomération de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová ne permet pas de traitement plus rigoureux qu’un traitement secondaire ou qu’un traitement équivalent, au sens de l’article 5 de la directive 91/271.
56 La République slovaque fait toutefois valoir, en substance, que les eaux rejetées par de cette station satisfont, malgré l’absence d’un tel traitement plus rigoureux, aux exigences posées au tableau 2 de l’annexe I de la directive 91/271.
57 Aux termes de l’article 128, paragraphe 1, du règlement de procédure de la Cour, les parties peuvent encore produire des preuves ou faire des offres de preuve dans la duplique à l’appui de leur argumentation, en motivant le retard apporté à la présentation de ces éléments.
58 En l’espèce, la République slovaque a fourni, pour la première fois au stade de la duplique, des données relatives aux années 2017 à 2024 concernant l’agglomération de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová, sans pour autant motiver le retard apporté à la présentation de ces données.
59 À cet égard, il ressort de la jurisprudence que les dispositions qui précisent le stade de la procédure auquel les offres de preuve doivent être produites prennent en compte les principes du contradictoire et d’égalité des armes ainsi que le droit à un procès équitable, dans le souci d’une bonne administration de la justice. En effet, en ce qu’elles imposent aux parties de communiquer leurs preuves et offres de preuve dès le dépôt de la requête ou du mémoire en défense, elles visent à informer les autres parties des éléments de preuve déposés à l’appui des thèses défendues et à leur permettre de préparer une défense ou une réplique utile, conformément à ces principes et droit. La Cour a aussi indiqué qu’un dépôt des preuves et des offres de preuve au premier stade de la procédure est également justifié par un objectif de bonne administration de la justice, en ce qu’il permet, par une mise en état rapide des dossiers, le traitement de l’affaire dans un délai raisonnable (voir, par analogie, arrêt du 23 novembre 2023, Ryanair et Airport Marketing Services, C‑758/21 P, EU:C:2023:917, point 41 ainsi que jurisprudence citée).
60 Par ailleurs, à l’égard de ces dispositions, la Cour a également jugé que, si les parties doivent motiver le retard apporté à la présentation de leurs preuves ou offres de preuve nouvelles, le juge de l’Union a le pouvoir de contrôler le bien-fondé du motif du retard apporté à la production de ces preuves ou de ces offres de preuve et, selon le cas, le contenu de ces dernières ainsi que, si cette production tardive n’est pas justifiée à suffisance de droit ou fondée, le pouvoir de les écarter. La présentation tardive, par une partie, de preuves ou d’offres de preuve peut, notamment, être justifiée par le fait que cette partie ne pouvait pas disposer antérieurement des preuves en question ou si les productions tardives de la partie adverse justifient que le dossier soit complété, de façon à ce que soit assuré le respect du principe du contradictoire (voir, par analogie, arrêt du 23 novembre 2023, Ryanair et Airport Marketing Services, C‑758/21 P, EU:C:2023:917, point 43 ainsi que jurisprudence citée).
61 Par conséquent, la République slovaque était tenue, en l’espèce, de motiver la présentation tardive des données relatives aux années 2017 à 2024 concernant l’agglomération de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová au stade de la duplique, ce qu’elle n’a pas fait. De plus, aucun élément du dossier soumis à la Cour n’indique que ces données n’auraient pas pu être produites au stade du mémoire en défense, voire au cours de la phase précontentieuse. De même, rien n’indique que cette production tardive ne serait devenue nécessaire que du fait d’une production tardive de preuves par la Commission. Au contraire, cette institution a fait valoir, dès l’introduction du recours, que des données se rapportant à cette agglomération à la date d’expiration du délai fixé dans l’avis motivé faisaient défaut.
62 Il s’ensuit que les données fournies par la République slovaque pour la première fois au stade de la duplique doivent être écartées comme étant tardives.
63 Dans ces conditions, et étant donné que la République slovaque admet elle-même que les données fournies à la Commission au cours de la phase précontentieuse ne concernaient que les années 2012 à 2016, force est de constater que la République slovaque n’a fourni, en temps utile, aucune donnée susceptible de démontrer que la station d’épuration de l’agglomération de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová satisfaisait, à la date d’expiration du délai fixé dans l’avis motivé, aux exigences de l’article 5, paragraphes 2 et 3, de la directive 91/271.
64 Par conséquent, le second grief doit également être accueilli s’agissant de l’agglomération de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová.
65 Il en découle que, en n’ayant pas pris les mesures nécessaires pour que, dans les agglomérations de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8060623 Moldava nad Bodvou, de SKA6080165 Revúca, de SKA8110228 Trebišov, de SKA6100168 Veľký Krtíš, de SKA8060219 Čaňa, de SKA5020100 Krásno nad Kysucou, de SKA7040179 Levoča et de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová, les eaux urbaines résiduaires qui entrent dans les systèmes de collecte fassent l’objet, avant d’être rejetées dans des zones sensibles, d’un traitement plus rigoureux qu’un traitement secondaire ou un traitement équivalent, la République slovaque a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de l’article 5 de la directive 91/271, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de celle-ci.
Sur les dépens
66 Aux termes de l’article 69, paragraphe 2, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La Commission ayant conclu à la condamnation de la République slovaque et celle-ci ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens.
Par ces motifs, la Cour (neuvième chambre) déclare et arrête :
1) En n’ayant pas pris les mesures nécessaires pour que, dans les agglomérations de SKA6010518 Slovenská Ľupča, de SKA7030565 Spišská Belá, de SKA7040568 Spišské Podhradie, de SKA7060573 Hôrka, de SKA8010608 Gelnica, de SKA8080636 Dobšiná, de SKA3070373 Oslany, de SKA8100646 Rudňany, de SKA3060344 Udiča, de SKA6030527 Nemecká, de SKA2020267 Šoporňa, de SKA2010249 Lehnice, de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8100647 Spišské Vlachy, de SKA4020409 Tlmače, de SKA6080543 Tornaľa et de SKA4030417 Veľké Zálužie, les eaux urbaines résiduaires qui pénètrent dans les systèmes de collecte soient, avant d’être rejetées, soumises à un traitement secondaire ou à un traitement équivalent, la République slovaque a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de l’article 4, paragraphes 1 et 3, de la directive 91/271/CEE du Conseil, du 21 mai 1991, relative au traitement des eaux urbaines résiduaires, telle que modifiée par la directive 2013/64/UE du Conseil, du 17 décembre 2013, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de la directive 91/271, telle que modifiée.
2) En n’ayant pas pris les mesures nécessaires pour que, dans les agglomérations de SKA4010068 Kolárovo, de SKA8060623 Moldava nad Bodvou, de SKA6080165 Revúca, de SKA8110228 Trebišov, de SKA6100168 Veľký Krtíš, de SKA8060219 Čaňa, de SKA5020100 Krásno nad Kysucou, de SKA7040179 Levoča et de SKA5080132 Ružomberok-Hrboltová, les eaux urbaines résiduaires qui entrent dans les systèmes de collecte fassent l’objet, avant d’être rejetées dans des zones sensibles, d’un traitement plus rigoureux qu’un traitement secondaire ou un traitement équivalent, la République slovaque a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu de l’article 5 de la directive 91/271, telle que modifiée par la directive 2013/64, lu en combinaison avec l’annexe I, point B, de la directive 91/271, telle que modifiée.
3) La République slovaque est condamnée aux dépens.
Signatures
* Langue de procédure : le slovaque.