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AccueilDroit européen62025TJ0303
Jurisprudence CJUE62025TJ0303

Arrêt du Tribunal (huitième chambre) du 11 mars 2026.#Super Brand Licencing (SBG) contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne figurative GEOGRAPHICAL NORWAY EXPEDITION – Cause de nullité absolue – Mauvaise foi – Article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009.#Affaire T-303/25.

CELEX62025TJ0303
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 11 mars 2026

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne, dans l'affaire T-303/25, a rejeté le recours de Super Brand Licencing (SBG) contre la décision de l'EUIPO annulant la marque figurative "GEOGRAPHICAL NORWAY EXPEDITION" pour cause de mauvaise foi. La décision confirme que le dépôt d'une marque contenant une indication géographique trompeuse, sans intention réelle d'usage loyal, constitue une cause de nullité absolue au titre de l'article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) n° 207/2009.

Texte intégral

ARRÊT DU TRIBUNAL (huitième chambre)

11 mars 2026 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure de nullité – Marque de l’Union européenne figurative GEOGRAPHICAL NORWAY EXPEDITION – Cause de nullité absolue – Mauvaise foi – Article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 »

Dans l’affaire T‑303/25,

Super Brand Licencing (SBG), établie à Villeurbanne (France), représentée par Mes T. de Haan et A. Sion, avocats,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. V. Ruzek, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

VF International Sagl, établie à Stabio (Suisse), représentée par Me G. Arbant, avocate,

LE TRIBUNAL (huitième chambre),

composé de M. I. Gâlea, président, Mmes M. J. Costeira (rapporteure) et B. Ricziová, juges,

greffier : M. J. Čuboň, administrateur,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 20 janvier 2026,

rend le présent

Arrêt

1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Super Brand Licencing (SBG), demande l’annulation et la réformation de la décision de la deuxième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 12 mars 2025 (affaire R 124/2022-2) (ci-après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige

2 Le 27 mars 2017, l’intervenante, VF International Sagl, venue aux droits de Green Sport Monte Bianco SpA, a présenté à l’EUIPO, en vertu du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1), tel que modifié [remplacé par le règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1)], une demande de nullité de la marque de l’Union européenne enregistrée à la suite d’une demande déposée le 1er avril 2011 par le prédécesseur en droit de la requérante, pour le signe figuratif suivant (ci-après la « marque contestée ») :

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3 Les produits couverts par la marque contestée relevaient des classes 9, 14, 16, 18, 24 et 25 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondaient, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 9 : « Appareils et instruments scientifiques, nautiques, géodésiques, photographiques, cinématographiques, optiques, de pesage, de mesurage, de signalisation, de contrôle (inspection), de secours (sauvetage) et d’enseignement ; appareils et instruments pour la conduite, la distribution, la transformation, l’accumulation, le réglage ou la commande du courant électrique ; appareils pour l’enregistrement, la transmission, la reproduction du son ou des images ; supports d’enregistrement magnétiques, disques acoustiques ; distributeurs automatiques et mécanismes pour appareils à prépaiement ; caisses enregistreuses, machines à calculer, équipement pour le traitement de l’information et les ordinateurs ; extincteurs ; lunettes ; lunettes (chasse [montures] de -) ; lunettes (de vision et de protection) ; lunettes (verres de -) ; lunettes (étuis à -) ; chaines de lunettes ; chasses de lunettes ; cordons pour lunettes ; lunettes [optique] ; lunettes de baignade et de natation ; lunettes de ski ; lunettes de soleil ; lunettes de sport ; montures pour lunettes et lunettes de soleil ; étuis pour lunettes » ;

– classe 14 : « Métaux précieux et leurs alliages et produits en ces matières ou en plaque non compris dans d’autres classes ; joaillerie, bijouterie, pierres précieuses ; horlogerie et instruments ; chronométriques ; horlogerie (écrins pour 1’-) ; horlogerie (étuis pour 1’-) ; coffrets à bijoux » ;

– classe 16 : « Papier, carton et produits en ces matières, non compris dans d’autres classes ; produits de l’imprimerie ; articles pour reliures ; photographies ; papeterie ; adhésifs (matières collantes) pour la papeterie ou le ménage ; matériel pour les artistes ; pinceaux ; machines à écrire et articles de bureau (à l’exception des meubles) ; matériel d’instruction ou d’enseignement (à l’exception des appareils) ; matières plastiques pour l’emballage (non comprises dans d’autres classes) ; caractères d’imprimerie ; clichés ; sachets [enveloppes, pochettes] en papier ou en matières plastiques pour l’emballage ; sacs [enveloppes, pochettes] en papier ou en matières plastiques pour l’emballage ; prospectus » ;

– classe 18 : « Cuir et imitations du cuir, produits en ces matières non compris dans d’autres classes ; peaux d’animaux ; malles et valises ; parapluies, parasols et cannes ; fouets et sellerie ; portefeuilles ; sacs au dos ; sacs [enveloppes, pochettes] en cuir pour l’emballage ; sacs d’écoliers ; sacs de voyage ; sacs de sport ; sacs à main » ;

– classe 24 : « Tissus et produits textiles non compris dans d’autres classes ; couvertures de lit et de table » ;

– classe 25 : « Vêtements, chaussures, chapellerie ».

4 Dans la demande d’enregistrement de la marque contestée, le prédécesseur en droit de la requérante avait revendiqué les couleurs noire, taupe, rouge et blanche et fourni la description suivante :

« Logo sur fond noir GEOGRAPHICAL : écriture pleine blanche. Typographie plus petite que celle du mot NORWAY. Mot superposé sur le mot NORWAY à partir de la lettre “o”. NORWAY : écriture pleine noire dans un encadré taupe. La lettre “n” est coupée en deux dans le sens vertical. ORWAY est coupé en deux dans le sens horizontal. Le haut de ORWAY est caché par le mot GEOGRAPHICAL. EXPEDITION : écriture pleine rouge sur fond noir. Mot de la même largeur que NORWAY. »

5 La demande en nullité était fondée sur les signes antérieurs suivants :

– le signe verbal non enregistré GEOGRAPHIC, utilisé dans la vie des affaires en Italie depuis les années 1990 pour les « sacs, vêtements, chaussures, chapellerie » ;

– la marque de l’Union européenne figurative déposée le 11 avril 2006 et enregistrée le 1er mars 2011 sous le numéro 5052816, représentée ci-après (ci-après la « marque antérieure ») :

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6 La marque antérieure désignait les produits et services relevant des classes 18, 25 et 43 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 18 : « Cuir et imitations du cuir, produits en ces matières non compris dans d’autres classes ; peaux d’animaux ; malles et valises ; parapluies, parasols et cannes ; fouets et sellerie » ;

– classe 25 : « Vêtements, chaussures, chapellerie » ;

– classe 43 : « Services de restauration (alimentation) ; hébergement temporaire ».

7 Les motifs invoqués à l’appui de la demande en nullité étaient les causes de nullité relative, prévues, la première, à l’article 53, paragraphe 1, sous a), du règlement no 207/2009 [devenu article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001], lu en combinaison avec l’article 8, paragraphe 1, sous b), du même règlement [devenu article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001], la deuxième, à l’article 53, paragraphe 1, sous a), du règlement no 207/2009, lu en combinaison avec l’article 8, paragraphe 5, du même règlement (devenu article 8, paragraphe 5, du règlement 2017/1001) et, la troisième, à l’article 53, paragraphe 1, sous c), du règlement no 207/2009 [devenu article 60, paragraphe 1, sous c), du règlement no 2017/1001], lu en combinaison avec l’article 8, paragraphe 4, du même règlement (devenu article 8, paragraphe 4, du règlement no 2017/1001), ainsi que la cause de nullité absolue visée à l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 [devenu article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement no 2017/1001].

8 Le 7 mars 2019, la division d’annulation a rejeté la demande en nullité dans son intégralité.

9 Le 25 mars 2019, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’annulation du 7 mars 2019.

10 Le 6 avril 2020, la première chambre de recours de l’EUIPO a fait droit au recours de l’intervenante sur le fondement de l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, en constatant que la requérante était de mauvaise foi lors du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée.

11 Le 17 juillet 2020, la requérante a introduit un recours en annulation devant le Tribunal contre la décision de la première chambre de recours du 6 avril 2020.

12 Par l’arrêt du 8 septembre 2021, SBG/EUIPO – VF International (GEOGRAPHICAL NORWAY EXPEDITION) (T‑459/20, non publié, EU:T:2021:544), le Tribunal a annulé la décision de la première chambre de recours du 6 avril 2020, en constatant un défaut de motivation ne lui permettant pas de contrôler le bien-fondé de cette décision.

13 Par décision du 23 août 2022, prise à la suite de l’arrêt du 8 septembre 2021, GEOGRAPHICAL NORWAY EXPEDITION (T‑459/20, non publié, EU:T:2021:544), la quatrième chambre de recours de l’EUIPO a rejeté le recours de l’intervenante contre la décision de la division d’annulation du 7 mars 2019. S’agissant de la cause de nullité visée à l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, la chambre de recours a conclu à l’absence de mauvaise foi de la requérante. Quant à la cause de nullité visée à l’article 53, paragraphe 1, sous a), du règlement no 207/2009, lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 5, du même règlement, la chambre de recours a conclu qu’il était improbable que le public pertinent établisse un lien entre les signes en conflit.

14 L’intervenante a introduit un recours en annulation devant le Tribunal contre la décision de la quatrième chambre de recours du 23 août 2022.

15 Par l’arrêt du 6 mars 2024, VF International/EUIPO – Super Brand Licencing (GEOGRAPHICAL NORWAY EXPEDITION) (T‑639/22, non publié, EU:T:2024:149), le Tribunal a annulé la décision de la quatrième chambre de recours du 23 août 2022. Dans cet arrêt, le Tribunal a estimé, en substance, que c’était à tort que la chambre de recours, premièrement, avait fait abstraction de l’utilisation du drapeau norvégien ainsi que des éléments graphiques des signes en cause dans son analyse des similitudes entre la marque antérieure et la marque contestée ; deuxièmement, n’avait pas examiné les éléments de preuve apportés par l’intervenante visant à établir la renommée, voire le succès, la notoriété, la réputation ou la reconnaissance de la marque antérieure, y compris avant son enregistrement en tant que marque ; troisièmement, avait pris indûment en compte la marque française verbale GEØGRAPHICAL NØRWAY, ayant conclu erronément qu’il était légitime pour la requérante de vouloir protéger ladite marque au niveau de l’Union européenne par le biais de l’enregistrement de la marque contestée ; quatrièmement, avait omis de prendre en compte le comportement passé de la requérante à l’égard de l’intervenante ; cinquièmement, avait omis de prendre en considération la manière dont la requérante utilisait la marque contestée sur le marché et d’examiner les éléments de preuve fournis à ce propos par l’intervenante ; sixièmement, avait erronément conclu que les arguments avancés par l’intervenante étaient peu nombreux et peu convaincants pour prouver l’intention malhonnête de la requérante ; septièmement, avait commis une erreur d’appréciation en constatant que les marques en conflit étaient similaires à un faible degré sur le plan visuel et, partant, que lesdites marques étaient similaires à un très faible degré, et, huitièmement, avait commis une erreur d’appréciation en excluant l’existence d’un lien entre la marque contestée et la marque antérieure, sans dûment prendre en considération tous les facteurs pertinents.

16 Par la décision attaquée, prise à la suite de l’arrêt du 6 mars 2024, GEOGRAPHICAL NORWAY EXPEDITION (T‑639/22, non publié, EU:T:2024:149), la deuxième chambre de recours de l’EUIPO a annulé la décision de la division d’annulation du 7 mars 2019 et a déclaré la nullité de la marque contestée, au motif que le prédécesseur en droit de la requérante était de mauvaise foi lors du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée. Tout d’abord, la chambre de recours a estimé qu’un ensemble de circonstances objectives démontrait cette mauvaise foi, à savoir le succès commercial du signe figuratif NAPAPIJRI geographic, tel qu’apposé et utilisé, y compris avant l’enregistrement de la marque antérieure, sur les produits de l’intervenante, notamment en association avec le drapeau norvégien ; le fait que le prédécesseur en droit de la requérante ne pouvait pas ignorer l’existence dudit signe, tel qu’il était exploité par l’intervenante sur le marché pour des vêtements, des chaussures et des sacs ; les ressemblances marquées entre la marque contestée et ledit signe ; le fait que les signes en cause visaient soit les mêmes produits, soit des produits appartenant à des segments de marché voisins, et les relations passées entre les parties, démontrant un comportement parasitaire du prédécesseur en droit de la requérante à l’égard de l’intervenante. Ensuite, elle a relevé que ces circonstances conduisaient à conclure que le prédécesseur en droit de la requérante avait l’intention de se placer dans le sillage du signe utilisé par l’intervenante. Enfin, elle a ajouté que la mauvaise foi du prédécesseur en droit de la requérante envers l’intervenante était confirmée par l’usage parasitaire de la marque contestée après son dépôt, ainsi que par des actes de parasitisme envers des tiers.

Conclusions des parties

17 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– à titre principal, annuler la décision attaquée et la réformer en ce sens que la demande d’enregistrement de la marque contestée n’a pas été déposée de mauvaise foi le 1er avril 2011 ;

– à titre subsidiaire, annuler la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO et la partie intervenante aux dépens, y compris les frais exposés par la requérante lors de la procédure de recours devant la deuxième chambre de l’EUIPO.

18 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens en cas de convocation à une audience de plaidoiries.

19 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

20 Compte tenu de la date d’introduction de la demande d’enregistrement en cause, à savoir le 1er avril 2011 (voir point 2 ci-dessus), qui est déterminante aux fins de l’identification du droit matériel applicable, les faits de l’espèce sont régis par les dispositions matérielles du règlement no 207/2009 (voir, en ce sens, ordonnance du 5 octobre 2004, Alcon/OHMI, C‑192/03 P, EU:C:2004:587, points 39 et 40, et arrêt du 23 avril 2020, Gugler France/Gugler et EUIPO, C‑736/18 P, non publié, EU:C:2020:308, point 3 et jurisprudence citée).

21 Par suite, en l’espèce, en ce qui concerne les règles de fond, il convient d’entendre les références faites par la chambre de recours dans la décision attaquée et celles faites par les parties dans leurs argumentations respectives à l’article 59, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001 et à l’article 60, paragraphe 1, sous a), du règlement 2017/1001, lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 5, du même règlement, comme visant, respectivement, l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 et l’article 53, paragraphe 1, sous a), du règlement no 207/2009, lu conjointement avec l’article 8, paragraphe 5, du même règlement, d’une teneur identique.

22 Par ailleurs, dans la mesure où, selon une jurisprudence constante, les règles de procédure sont généralement censées s’appliquer à la date à laquelle elles entrent en vigueur (voir arrêt du 11 décembre 2012, Commission/Espagne, C‑610/10, EU:C:2012:781, point 45 et jurisprudence citée), le litige est régi par les dispositions procédurales du règlement 2017/1001.

23 À l’appui de son recours, la requérante soulève un moyen unique, tiré de la violation de l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009. Ce moyen se divise en deux branches, tirées, la première, d’erreurs d’appréciation de la mauvaise foi et, la seconde, de la non-prise en compte d’éléments démontrant la bonne foi.

24 L’EUIPO et l’intervenante contestent le bien-fondé de ce moyen.

Considérations liminaires

25 Aux termes de l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, la nullité de la marque de l’Union européenne est déclarée, sur demande présentée auprès de l’EUIPO ou sur demande reconventionnelle dans une action en contrefaçon, lorsque le demandeur était de mauvaise foi lors du dépôt de la demande de marque.

26 Il découle de cette même disposition que le moment pertinent aux fins de l’appréciation de l’existence de la mauvaise foi du demandeur est celui du dépôt, par l’intéressé, de la demande d’enregistrement (arrêt du 11 juin 2009, Chocoladefabriken Lindt & Sprüngli, C‑529/07, EU:C:2009:361, point 35). Cependant, l’usage de la marque contestée peut constituer un élément à prendre en compte pour caractériser l’intention qui présidait à la demande d’enregistrement, y compris un usage postérieur à la date de cette demande [voir arrêt du 29 juin 2022, Hijos de Moisés Rodríguez González/EUIPO – Irlande et Ornua (La Irlandesa 1943), T‑306/20, EU:T:2022:404, point 81 et jurisprudence citée].

27 La notion de mauvaise foi visée à l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 n’est ni définie, ni délimitée, ni même décrite d’une quelconque manière dans la législation [voir arrêt du 29 juin 2017, Cipriani/EUIPO – Hotel Cipriani (CIPRIANI), T‑343/14, EU:T:2017:458, point 25 et jurisprudence citée].

28 La Cour a toutefois eu l’occasion de préciser, alors que, conformément à son sens habituel dans le langage courant, la notion de mauvaise foi supposait la présence d’un état d’esprit ou d’une intention malhonnête, que cette notion devait en outre être comprise dans le contexte du droit des marques, qui est celui de la vie des affaires. Elle a ajouté que, à cet égard, le règlement (CE) no 40/94 du Conseil, du 20 décembre 1993, sur la marque communautaire (JO 1994, L 11, p. 1), et les règlements no 207/2009 et 2017/1001, adoptés successivement, s’inscrivaient dans un même objectif, à savoir l’établissement et le fonctionnement du marché intérieur. Elle a enfin constaté que les règles sur la marque de l’Union européenne visaient, en particulier, à contribuer au système de concurrence non faussée dans l’Union, dans lequel chaque entreprise devait, afin de s’attacher la clientèle par la qualité de ses produits ou de ses services, être en mesure de faire enregistrer en tant que marques des signes permettant au consommateur de distinguer sans confusion possible ces produits ou ces services de ceux qui avaient une autre provenance (voir arrêt du 12 septembre 2019, Koton Mağazacilik Tekstil Sanayi ve Ticaret/EUIPO, C‑104/18 P, EU:C:2019:724, point 45 et jurisprudence citée).

29 Par conséquent, la cause de nullité absolue visée à l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 s’applique lorsqu’il ressort d’indices pertinents et concordants que le titulaire d’une marque de l’Union européenne a introduit la demande d’enregistrement de cette marque non pas dans le but de participer de manière loyale au jeu de la concurrence, mais avec l’intention de porter atteinte, d’une manière non conforme aux usages honnêtes, aux intérêts de tiers, ou avec l’intention d’obtenir, sans même viser un tiers en particulier, un droit exclusif à des fins autres que celles relevant des fonctions d’une marque, notamment de la fonction essentielle d’indication d’origine des produits ou des services concernés (arrêt du 12 septembre 2019, Koton Mağazacilik Tekstil Sanayi ve Ticaret/EUIPO, C‑104/18 P, EU:C:2019:724, point 46).

30 En outre, l’intention du demandeur d’une marque est un élément subjectif qui doit cependant être déterminé de manière objective par les autorités administratives et juridictionnelles compétentes. Par conséquent, toute allégation de mauvaise foi doit être appréciée globalement, en tenant compte de l’ensemble des circonstances factuelles pertinentes du cas d’espèce. Ce n’est que de cette manière que l’allégation de mauvaise foi peut être appréciée objectivement (voir arrêt du 12 septembre 2019, Koton Mağazacilik Tekstil Sanayi ve Ticaret/EUIPO, C‑104/18 P, EU:C:2019:724, point 47 et jurisprudence citée).

31 À cette fin, constituent, notamment, des facteurs pertinents, premièrement, le fait que le demandeur sache ou doive savoir qu’un tiers utilise, dans au moins un État membre, un signe identique ou similaire pour un produit ou service identique ou similaire, prêtant à confusion avec le signe dont l’enregistrement est demandé, deuxièmement, l’intention du demandeur d’empêcher ce tiers de continuer à utiliser un tel signe ainsi que, troisièmement, le degré de protection juridique dont jouissent le signe du tiers et le signe dont l’enregistrement est demandé (arrêt du 11 juin 2009, Chocoladefabriken Lindt & Sprüngli, C‑529/07, EU:C:2009:361, point 53), ces facteurs n’étant toutefois que des illustrations parmi un ensemble d’éléments susceptibles d’être pris en compte (voir arrêt du 29 juin 2017, CIPRIANI, T‑343/14, EU:T:2017:458, point 28 et jurisprudence citée).

32 Dans le cas d’une demande en nullité fondée sur l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, il n’est nullement requis que le demandeur soit titulaire d’une marque antérieure identique ou similaire pour des produits et des services identiques ou similaires. En effet, la demande d’enregistrement d’une marque est susceptible d’être regardée comme ayant été introduite de mauvaise foi nonobstant l’absence, au moment de cette demande, d’utilisation par un tiers d’un signe identique ou similaire à la marque contestée ou l’absence de risque de confusion entre le signe utilisé par un tiers et la marque contestée, d’autres circonstances factuelles pouvant, le cas échéant, constituer des indices pertinents et concordants établissant la mauvaise foi du titulaire de la marque contestée (voir, en ce sens, arrêt du 12 septembre 2019, Koton Mağazacilik Tekstil Sanayi ve Ticaret/EUIPO, C‑104/18 P, EU:C:2019:724, points 51 à 56).

33 Ainsi, dans le cadre de l’analyse globale opérée au titre de l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, il peut également être tenu compte de l’origine du signe contesté et de son usage depuis sa création, de la logique commerciale dans laquelle s’est inscrit le dépôt de la demande d’enregistrement dudit signe en tant que marque de l’Union européenne ainsi que de la chronologie des événements ayant caractérisé la survenance dudit dépôt [voir arrêt du 7 juillet 2016, Copernicus-Trademarks/EUIPO – Maquet (LUCEO), T‑82/14, EU:T:2016:396, point 32 et jurisprudence citée].

34 De même, il est possible de prendre en compte le degré de notoriété dont jouissait le signe antérieur ainsi que la connaissance qu’avait, à la date de la demande d’enregistrement, le titulaire de la marque dont la nullité a été demandée de l’existence du signe antérieur et de son degré de notoriété, notamment lorsque le signe antérieur a été enregistré ou utilisé en tant que marque [voir, en ce sens, arrêt du 8 mai 2014, Simca Europe/OHMI – PSA Peugeot Citroën (Simca), T‑327/12, EU:T:2014:240, points 40 et 46].

35 En outre, la circonstance que l’usage d’un signe dont l’enregistrement est demandé permettrait au demandeur de tirer indûment profit de la renommée d’une marque ou d’un signe antérieur ou encore du nom d’une personne célèbre relève d’une logique commerciale qui est de nature à établir la mauvaise foi du demandeur [voir, en ce sens, arrêts du 8 mai 2014, Simca, T‑327/12, EU:T:2014:240, point 56, et du 14 mai 2019, Moreira/EUIPO – Da Silva Santos Júnior (NEYMAR), T‑795/17, non publié, EU:T:2019:329, points 51 et 55].

36 Enfin, il convient de rappeler qu’il incombe au demandeur en nullité d’établir les circonstances qui permettent de conclure que le titulaire d’une marque de l’Union européenne était de mauvaise foi lors du dépôt de la demande d’enregistrement de cette dernière (voir arrêt du 8 mai 2014, Simca, T‑327/12, EU:T:2014:240, point 35 et jurisprudence citée), la bonne foi étant présumée jusqu’à preuve du contraire [arrêt du 13 décembre 2012, pelicantravel.com/OHMI – Pelikan (Pelikan), T‑136/11, non publié, EU:T:2012:689, point 57].

37 À cet égard, lorsque l’EUIPO constate que les circonstances objectives du cas d’espèce invoquées par le demandeur en nullité sont susceptibles de conduire au renversement de la présomption de bonne foi dont bénéficie le titulaire de la marque en cause lors du dépôt de la demande d’enregistrement de celle-ci, il appartient à ce dernier de fournir des explications plausibles concernant les objectifs et la logique commerciale poursuivis par la demande d’enregistrement de ladite marque [arrêts du 21 avril 2021, Hasbro/EUIPO – Kreativni Dogadaji (MONOPOLY), T‑663/19, EU:T:2021:211, point 43, et du 25 janvier 2023, Zielonogórski Klub Żużlowy Sportowa/EUIPO – Falubaz Polska (FALUBAZ), T‑703/21, non publié, EU:T:2023:19, point 67].

38 C’est à la lumière de ces considérations qu’il y a lieu d’examiner les arguments de la requérante.

Sur la première branche du moyen unique, tirée d’erreurs d’appréciation de la mauvaise foi

39 La requérante soutient, en substance, que la chambre de recours a commis plusieurs erreurs d’appréciation des circonstances sur lesquelles elle a fondé sa conclusion selon laquelle son prédécesseur en droit était de mauvaise foi lors du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée. Ces erreurs seraient relatives, premièrement, au signe figuratif NAPAPIJRI geographic et à la connaissance par le prédécesseur en droit de la requérante de certains éléments de preuve, deuxièmement, à la comparaison des signes en cause et à l’absence de risque de confusion, troisièmement, au succès commercial du signe figuratif NAPAPIJRI geographic associé au drapeau norvégien, quatrièmement, au comportement du prédécesseur en droit de la requérante à l’égard de l’intervenante et de son prédécesseur en droit, cinquièmement, au comportement du prédécesseur en droit de la requérante à l’égard de tiers et, sixièmement, aux autres marques de la requérante.

40 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

Sur les erreurs d’appréciation relatives au signe figuratif NAPAPIJRI geographic et à la connaissance par le prédécesseur en droit de la requérante de certains éléments de preuve

41 La requérante soutient que la chambre de recours a commis une erreur en ce qu’elle a pris en compte, non pas la marque antérieure, mais un ensemble composé du signe figuratif NAPAPIJRI geographic en association avec le drapeau norvégien, alors qu’un tel ensemble n’avait jamais été enregistré. De plus, au point 72 de la décision attaquée, la chambre de recours aurait illustré la marque antérieure sur le fondement d’une sélection biaisée de quelques pièces du dossier de l’EUIPO, alors que ce dernier contiendrait plusieurs exemples où la marque antérieure ne serait pas associée audit drapeau. En outre, concernant les photos mentionnées au point 72 de la décision attaquée, la chambre de recours n’aurait pas établi qu’elles étaient antérieures au dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, ni qu’elles étaient connues du prédécesseur en droit de la requérante.

42 Aux points 66 à 76 de la décision attaquée, la chambre de recours a, aux fins de l’appréciation de la mauvaise foi du prédécesseur en droit de la requérante, pris en compte la connaissance qu’il avait du signe figuratif NAPAPIJRI geographic associé au drapeau norvégien. À cet égard, elle a estimé, d’une part, que l’intervenante avait invoqué, à l’appui de sa demande en nullité, le fait qu’elle utilisait ce signe sur le marché et, d’autre part, que les pièces du dossier de l’EUIPO démontraient que ledit signe avait effectivement été utilisé sur le marché, et ce à des dates antérieures à la date du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée.

43 Tout d’abord, il convient de relever que, ainsi qu’il ressort de l’article 52, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, c’est à juste titre que la chambre de recours a retenu, au point 62 de la décision attaquée, la date du dépôt de la demande d’enregistrement de la marque contestée, à savoir le 1er avril 2011, comme étant la date pertinente à laquelle la mauvaise foi alléguée devait être démontrée, ce que, d’ailleurs, la requérante ne conteste pas.

44 Ensuite, il convient de rappeler qu’il résulte de la jurisprudence que, lorsque la similitude avec un signe antérieur est invoquée pour établir que l’enregistrement de la marque contestée a été demandé de mauvaise foi, la forme sous laquelle ce signe antérieur a été utilisé sur le marché depuis son origine ne saurait être négligée aux fins de l’appréciation de la mauvaise foi, et ce indépendamment du fait de l’enregistrement ou non de ce signe en tant que marque (arrêt du 6 mars 2024, GEOGRAPHICAL NORWAY EXPEDITION, T‑639/22, non publié, EU:T:2024:149, point 48).

45 En l’espèce, d’une part, ainsi que mentionné aux points 10, 66 et 67 de la décision attaquée, il résulte du dossier de l’EUIPO que l’intervenante avait invoqué à l’appui de sa demande en nullité le fait qu’elle utilisait le signe figuratif NAPAPIJRI geographic en association avec le drapeau norvégien et que ledit signe associé audit drapeau avait été effectivement utilisé sur le marché.

46 Ainsi, conformément à la jurisprudence rappelée au point 44 ci-dessus, c’est à bon droit que, aux fins de l’appréciation de la mauvaise foi du prédécesseur en droit de la requérante, la chambre de recours a pris en compte la connaissance qu’il avait du signe figuratif NAPAPIJRI geographic tel qu’utilisé, par l’intervenante, en association avec le drapeau norvégien, même s’il n’était pas enregistré.

47 D’autre part, il résulte du dossier de l’EUIPO que l’intervenante, afin de démontrer l’usage du signe figuratif NAPAPIJRI geographic associé au drapeau norvégien, a produit, en tant qu’éléments de preuve, notamment, les pièces 1, 5 et 7, représentées au point 72 de la décision attaquée comme suit :

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04/08/2026

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