Ordonnance de la Cour (dixième chambre) du 9 septembre 2026.#Aviation Company « Utair » OAO contre Conseil de l'Union européenne.#Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises en raison de la situation en Ukraine – Décision (PESC) 2024/3182 – Règlement d’exécution (UE) 2024/3183 – Gel de fonds et de ressources économiques – Inscription du nom de la requérante sur la liste des personnes, des entités et des organismes concernés par les mesures restrictives – Recours en annulation – Demande visant à obtenir la récusation de certains juges dans le cadre d’une affaire pendante devant le Tribunal de l’Union européenne – Décision du président du Tribunal rejetant cette demande – Pourvoi manifestement irrecevable.#Affaire C-231/26 P.
| CELEX | 62026CO0231 |
| Type | Ordonnance CJUE |
| Date | mercredi 9 septembre 2026 |
Texte intégral
ORDONNANCE DE LA COUR (dixième chambre)
9 septembre 2026 (*)
« Pourvoi – Article 181 du règlement de procédure de la Cour – Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises en raison de la situation en Ukraine – Décision (PESC) 2024/3182 – Règlement d’exécution (UE) 2024/3183 – Gel de fonds et de ressources économiques – Inscription du nom de la requérante sur la liste des personnes, des entités et des organismes concernés par les mesures restrictives – Recours en annulation – Demande visant à obtenir la récusation de certains juges dans le cadre d’une affaire pendante devant le Tribunal de l’Union européenne – Décision du président du Tribunal rejetant cette demande – Pourvoi manifestement irrecevable »
Dans l’affaire C‑231/26 P,
ayant pour objet un pourvoi au titre de l’article 56 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, introduit le 18 mars 2026,
Aviation Company « Utair » OAO, établie à Khanty-Mansiysk (Russie), représentée par Me C. Ghrénassia, avocat,
partie requérante,
l’autre partie à la procédure étant :
Conseil de l’Union européenne,
partie défenderesse en première instance,
LA COUR (dixième chambre),
composée de M. J. Passer, président de chambre, MM. E. Regan et D. Gratsias (rapporteur), juges,
avocat général : M. M. Campos Sánchez-Bordona,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la décision prise, l’avocat général entendu, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 181 du règlement de procédure de la Cour,
rend la présente
Ordonnance
1 Par son pourvoi, Aviation Company « Utair » OAO demande à la Cour, en premier lieu, d’annuler la décision du président du Tribunal de l’Union européenne du 9 janvier 2026 par laquelle celui-ci a refusé de faire droit à sa demande de récusation de deux membres de la formation de jugement saisie de l’affaire T-137/25, Utair/Conseil (ci-après la « décision attaquée »), en deuxième lieu, de faire droit à cette demande de récusation et, en troisième lieu, d’ordonner au Tribunal de surseoir à statuer dans l’attente de la décision de la Cour mettant fin à l’instance dans la présente affaire.
La procédure devant le Tribunal et la décision attaquée
2 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 25 février 2025, enregistrée sous le numéro d’affaire T-137/25, Utair/Conseil, la requérante a introduit un recours tendant à obtenir l’annulation de la décision (PESC) 2024/3182 du Conseil, du 16 décembre 2024, modifiant la décision 2014/145/PESC concernant les mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2024/3182) et du règlement d’exécution (UE) 2024/3183 du Conseil, du 16 décembre 2024, mettant en œuvre le règlement (UE) n° 269/2014 concernant les mesures restrictives eu égard aux actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine (JO L, 2024/3183), en ce que ces actes la concernent.
3 Par décision du 9 avril 2025, notifiée à la requérante le 10 avril 2025, cette affaire a été attribuée à la deuxième chambre du Tribunal.
4 Le 26 juin 2025, la requérante a été informée de la décision du président du Tribunal de désigner, en application de l’article 27, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, un nouveau juge rapporteur dans ladite affaire.
5 Par décision du 14 octobre 2025, notifiée à la requérante le même jour, la même affaire a été réattribuée à la quatrième chambre du Tribunal.
6 Par lettre du 2 décembre 2025, la requérante a demandé la récusation de deux des trois membres de cette formation de jugement au motif que ceux-ci ne présenteraient pas toutes les garanties d’impartialité requises.
7 Par la décision attaquée, le président du Tribunal a considéré qu’il n’y avait pas d’éléments susceptibles de remettre en cause l’impartialité des membres de la formation de jugement visés par la demande de la requérante, et a, en conséquence, rejeté celle-ci.
Les conclusions de la requérante devant la Cour
8 La requérante demande à la Cour :
– d’annuler la décision attaquée ;
– de faire droit à sa demande de récusation des deux membres de la formation de jugement visés par sa demande présentée en première instance, et
– d’ordonner au Tribunal de surseoir à statuer dans l’attente de la décision à intervenir dans la présente affaire.
Sur le pourvoi
9 En vertu de l’article 181 du règlement de procédure de la Cour, lorsque le pourvoi est, en tout ou en partie, manifestement irrecevable ou manifestement non fondé, la Cour peut, à tout moment, sur proposition du juge rapporteur, l’avocat général entendu, décider de rejeter ce pourvoi totalement ou partiellement, par voie d’ordonnance motivée.
10 Il y a lieu de faire application de cette disposition dans la présente affaire.
11 À l’appui de son pourvoi, la requérante invoque, en substance, deux moyens, tirés, le premier, du fait que la décision attaquée n’a pas statué sur son chef de demande visant à être informée des motifs du changement de la composition de la chambre initialement en charge de l’affaire T-137/25 ainsi que de la désignation d’un nouveau juge rapporteur dans cette affaire, alors que ces motifs constitueraient des garanties destinées à écarter tout doute légitime dans l’esprit du justiciable à l’égard de l’impartialité de la juridiction concernée, et, le deuxième, du fait que la décision attaquée a procédé à une interprétation restrictive et inexacte de la notion d’impartialité.
12 Il y a lieu de rappeler que l’article 18 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, qui constitue l’expression du droit d’accès à un tribunal indépendant et impartial consacré à l’article 47, deuxième alinéa, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, prévoit, à son premier alinéa, que les juges et les avocats généraux de la Cour de justice de l’Union européenne ne peuvent participer au règlement d’aucune affaire dans laquelle ils sont antérieurement intervenus comme agent, conseil ou avocat de l’une des parties, ou sur laquelle ils ont été appelés à se prononcer comme membre d’un tribunal, d’une commission d’enquête ou à tout autre titre et, à son deuxième alinéa, première phrase, que, si, pour une raison spéciale, un juge ou un avocat général estime ne pas pouvoir participer au jugement ou à l’examen d’une affaire déterminée, il en fait part au président (arrêt du 2 octobre 2025, WV/SEAE, C‑243/24 P, EU:C:2025:742, point 55 et jurisprudence citée).
13 À cet égard, selon l’article 16, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, lorsqu’un juge estime, conformément à l’article 18, premier et deuxième alinéas, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, ne pas pouvoir participer au règlement d’une affaire, il en fait part au président du Tribunal qui le dispense de siéger.
14 C’est également au président du Tribunal qu’il incombe, en vertu de cet article 16, paragraphe 2, lorsqu’il estime qu’un juge ne peut pas, conformément à l’article 18, premier et deuxième alinéas, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, participer au règlement d’une affaire, d’en avertir le juge concerné et de l’entendre en ses observations avant de statuer. Enfin, aux termes dudit article 16, paragraphe 3, en cas de difficulté sur l’application de celui-ci, le président du Tribunal défère les questions ainsi visées aux paragraphes 1 et 2 à la conférence plénière qui vote au scrutin secret, hors la présence du greffier, le juge concerné ayant été entendu en ses observations et ne participant pas à la délibération.
15 Cela étant, il y a lieu d’observer que, selon l’article 256, paragraphe 1, second alinéa, TFUE, les décisions rendues par le Tribunal en première instance peuvent faire l’objet d’un pourvoi devant la Cour de justice, limité aux questions de droit, dans les conditions et limites prévues par le statut de la Cour de justice de l’Union européenne.
16 Ainsi, conformément à l’article 56 de ce statut, sont susceptibles d’un pourvoi devant la Cour les décisions du Tribunal mettant fin à l’instance ainsi que les décisions qui tranchent partiellement les litiges au fond ou qui mettent fin à un incident de procédure portant sur une exception d’incompétence ou d’irrecevabilité. Sont également susceptibles de pourvoi, conformément à l’article 57 dudit statut, les décisions du Tribunal rejetant une demande d’intervention, ainsi que celles prises au titre de l’article 278 ou 279 ou de l’article 299, quatrième alinéa, TFUE, ou au titre de l’article 157 ou de l’article 164, troisième alinéa, du traité CEEA.
17 Force est de constater que les décisions prises par le président du Tribunal et, le cas échéant, par la conférence plénière de cette juridiction sur le fondement de l’article 16 du règlement de procédure du Tribunal ne relèvent d’aucune des catégories de décisions visées aux articles 56 et 57 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, telles que mentionnées au point précédent de la présente ordonnance.
18 Il s’ensuit que le pourvoi doit être rejeté comme étant manifestement irrecevable, sans qu’il y ait lieu de statuer sur les deuxième et troisième chefs de conclusions présentés par la requérante.
19 Il importe, cependant, de souligner qu’une partie ayant partiellement ou totalement succombé en ses conclusions en première instance peut, dans le cadre d’un pourvoi introduit devant la Cour contre la décision du Tribunal mettant fin à l’instance, invoquer l’absence de récusation d’un membre ou de plusieurs membres de la formation de jugement ayant rendu cette décision, si cette partie considère que le membre ou les membres concernés n’ont pas offert toutes les garanties d’impartialité requises.
Sur les dépens
20 En application de l’article 137 du règlement de procédure de la Cour, applicable à la procédure de pourvoi en vertu de l’article 184, paragraphe 1, de celui-ci, il est statué sur les dépens dans l’ordonnance qui met fin à l’instance.
21 En l’espèce, la présente ordonnance étant adoptée avant que le pourvoi n’ait été signifié à l’autre partie à la procédure et, par conséquent, avant que celle-ci n’ait pu exposer des dépens, il convient de décider que la requérante supportera ses propres dépens.
Par ces motifs, la Cour (dixième chambre) ordonne :
1) Le pourvoi est rejeté comme étant manifestement irrecevable.
2) Aviation Company « Utair » OAO supporte ses propres dépens.
Fait à Luxembourg, le 9 septembre 2026.
| Le greffier | Le président de chambre |
| A. Calot Escobar | J. Passer |
* Langue de procédure : le français.
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