ARRÊT DE LA COUR du 23 mai 2024 dans les affaires jointes E-13/22 et E-1/23 — Birgir Þór Gylfason et Jórunn S. Gröndal contre Landsbankinn hf. et Elva Dögg Sverrisdóttir et Ólafur Viggó Sigurðsson contre Íslandsbanki hf. (Protection des consommateurs – Directive 2014/17/UE – Taux d’intérêt variables – Prêts hypothécaires – Exigences de transparence – Directive 93/13/CEE – Directive 2008/48/CE – Clauses contractuelles abusives)
| CELEX | E2022J0013 |
| Type | Acte AELE |
| Date | jeudi 23 mai 2024 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/5988 | 3.10.2024 |
ARRÊT DE LA COUR
du 23 mai 2024
dans les affaires jointes E-13/22 et E-1/23
Birgir Þór Gylfason et Jórunn S. Gröndal contre Landsbankinn hf. et Elva Dögg Sverrisdóttir et Ólafur Viggó Sigurðsson contre Íslandsbanki hf.
(Protection des consommateurs – Directive 2014/17/UE – Taux d’intérêt variables – Prêts hypothécaires – Exigences de transparence – Directive 93/13/CEE – Directive 2008/48/CE – Clauses contractuelles abusives)
(C/2024/5988)
Dans les affaires jointes E-13/22 et E-1/23, Birgir Þór Gylfason et Jórunn S. Gröndal contre Landsbankinn hf., et Elva Dögg Sverrisdóttir et Ólafur Viggó Sigurðsson contre Íslandsbanki hf. – DEMANDES adressées à la Cour, conformément à l’article 34 de l’accord entre les États membres de l’AELE relatif à l’institution d’une Autorité de surveillance et d’une Cour de justice, par le Héraðsdómur Reykjavíkur (tribunal de district de Reykjavík) et le Héraðsdómur Reykjaness (tribunal de district de Reykjanes) concernant, entre autres, l’interprétation et l’application de l’article 24 de la directive 2014/17/UE du Parlement européen et du Conseil du 4 février 2014 sur les contrats de crédit aux consommateurs relatifs aux biens immobiliers à usage résidentiel et de l’article 10, paragraphe 2, point f), de la directive 2008/48/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2008 concernant les contrats de crédit aux consommateurs, la Cour, composée de MM. Páll Hreinsson, président, Bernd Hammermann et Ola Mestad (juge ad hoc) (juge rapporteur), juges, a rendu le 23 mai 2024 un arrêt dont le dispositif est le suivant:
| 1. | L’article 24, point a), de la directive 2014/17/UE du Parlement européen et du Conseil du 4 février 2014 sur les contrats de crédit aux consommateurs relatifs aux biens immobiliers à usage résidentiel serait privé de son effet utile si les autres éléments utilisés en plus des indices ou taux de référence pour calculer le taux débiteur étaient exclus d’emblée d’une appréciation de la transparence. En conséquence, les exigences de l’article 24 concernant la clarté, l’accessibilité, l’objectivité et le caractère vérifiable s’appliquent chaque fois qu’un indice ou un taux de référence est appliqué pour calculer le taux débiteur. |
| 2. | Le fait que les clauses d’un contrat et les informations fournies à un consommateur dans le cadre d’un contrat de crédit hypothécaire ne soient pas intelligibles sur les plans formel et grammatical, ou ne permettent pas à un consommateur moyen, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé de comprendre le fonctionnement concret du mode de calcul du taux débiteur et, s’il y a lieu, la relation entre ce mécanisme et celui prévu par d’autres clauses dudit contrat, de telle sorte qu’il soit mis en mesure d’évaluer les conséquences économiques qui découlent pour lui du contrat, n’est pas compatible avec l’article 24 de la directive 2014/17/UE. |
| 3. | Il convient d’interpréter l’article 5 de la directive 93/13/CEE du Conseil du 5 avril 1993 concernant les clauses abusives dans les contrats conclus avec les consommateurs en ce sens qu’aux fins de respecter l’exigence de transparence d’une clause contractuelle fixant un taux d’intérêt variable, dans le cadre d’un contrat de prêt hypothécaire, cette clause doit non seulement être intelligible sur les plans formel et grammatical, mais également permettre qu’un consommateur moyen, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé, soit mis en mesure de comprendre le fonctionnement concret du mode de calcul de ce taux et d’évaluer ainsi, sur le fondement de critères précis et intelligibles, les conséquences économiques, potentiellement significatives, d’une telle clause sur ses obligations financières. Il appartient au juge national de vérifier si l’établissement financier a communiqué au consommateur des informations suffisantes pour que ce dernier prenne connaissance du fonctionnement concret du mode de calcul du taux et, s’il y a lieu, de la relation entre ce mécanisme et celui prévu par d’autres clauses du contrat. |
| 4. | Il incombe au juge national de déterminer, en tenant compte des critères énoncés à l’article 3, paragraphe 1, et à l’article 5 de la directive 93/13, si, eu égard aux circonstances propres au cas d’espèce, une clause dans un contrat de prêt hypothécaire satisfait aux exigences de bonne foi, d’équilibre et de transparence posées par cette directive. L’appréciation du caractère abusif doit être effectuée en tenant compte de la nature des biens ou services qui font l’objet du contrat, ce qui inclut le niveau élevé de protection des consommateurs garanti dans le domaine du crédit à la consommation propre aux contrats hypothécaires, ainsi qu’il ressort tant de la jurisprudence relative à la directive 93/13 que des exigences de transparence découlant de la directive 2014/17. |
| 5. | Des clauses telles que celles contestées dans les affaires au principal doivent être déclarées abusives conformément à l’article 3, paragraphe 1, de la directive 93/13 lorsqu’elles créent, au détriment du consommateur, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties, ce qu’il appartient aux juridictions de renvoi de vérifier. |
| 6. | C’est aux juridictions de renvoi qu’il appartient de déterminer si, dans les affaires au principal, l’invalidité d’une clause jugée abusive dans les contrats hypothécaires en question serait susceptible d’empêcher les contrats de subsister. Si la suppression de ces clauses empêche les contrats de subsister, il appartient aux juridictions de renvoi, que l’article 7, paragraphe 1, de la directive 93/13 n’empêche pas d’agir à cet effet, de remplacer les clauses abusives par des dispositions de droit national à caractère supplétif. En revanche, si les contrats en question peuvent subsister en l’absence des clauses en question, l’article 6, paragraphe 1, de la directive ne permet pas aux juridictions de renvoi de remplacer une clause abusive dans un contrat de prêt par une disposition de droit national à caractère supplétif. |
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/5988/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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