Arrêt de la Cour du 21 mars 2024 dans l’affaire E-5/23 procédure pénale contre LDL (Directive 2004/38/CE – Actes de portée générale en matière de protection de la santé publique – Conditions et garanties applicables aux mesures adoptées pour des raisons de santé publique – Libre circulation – Droits fondamentaux et liberté de circulation – Objectif légitime – Mise en œuvre de manière cohérente et systématique – Proportionnalité au sens strict)
| CELEX | E2023J0005 |
| Type | Acte AELE |
| Date | jeudi 21 mars 2024 |
Résumé IA
Texte intégral
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2024/4617 | 18.7.2024 |
ARRÊT DE LA COUR
du 21 mars 2024
dans l’affaire E-5/23
procédure pénale contre LDL
(Directive 2004/38/CE – Actes de portée générale en matière de protection de la santé publique – Conditions et garanties applicables aux mesures adoptées pour des raisons de santé publique – Libre circulation – Droits fondamentaux et liberté de circulation – Objectif légitime – Mise en œuvre de manière cohérente et systématique – Proportionnalité au sens strict)
(C/2024/4617)
Dans l’affaire E-5/23, procédure pénale contre LDL – DEMANDE adressée à la Cour, conformément à l’article 34 de l’accord entre les États de l’AELE relatif à l’institution d’une Autorité de surveillance et d’une Cour de justice, par la Cour suprême norvégienne (Norges Høyesterett) au sujet de l’interprétation de l’accord sur l’Espace économique européen, notamment de ses articles 28 et 36, et de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, modifiant le règlement (CEE) no 1612/68 et abrogeant les directives 64/221/CEE, 68/360/CEE, 72/194/CEE, 73/148/CEE, 75/34/CEE, 75/35/CEE, 90/364/CEE, 90/365/CEE et 93/96/CEE, la Cour, composée de MM. Bernd Hammermann, président faisant fonction (juge rapporteur), Michael Reiertsen, et Gunnar Þór Pétursson (juge ad hoc), juges, a rendu le 21 mars 2024 un arrêt donc le dispositif est le suivant:
| 1. | Dans des circonstances telles que celles au principal, il convient d’examiner une mesure restrictive au regard du droit de séjour prévu à l’article 7, paragraphe 1, point a), de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres. Toute interprétation de ladite directive doit être faite à la lumière et dans le respect des droits et libertés fondamentaux qui font partie des principes généraux du droit de l’EEE. |
| 2. | Dans des circonstances telles que celles au principal, ni l’article 28, ni l’article 36 de l’accord EEE ne prévoient un droit plus large que la directive 2004/38/CE permettant à une personne telle que LDL d’entrer et de séjourner dans un État de l’EEE tel que la Norvège. En raison de l’applicabilité de l’article 7, paragraphe 1, point a), de ladite directive et des circonstances particulières exposées dans la demande, il n’est pas nécessaire d’examiner séparément l’article 28 de l’accord EEE. |
| 3. | En principe, une mesure litigieuse n’est examinée au regard d’une seule des deux libertés que s’il s’avère, dans les circonstances de l’espèce, que l’une de celles-ci est tout à fait secondaire par rapport à l’autre et peut lui être rattachée. Dans les circonstances exposées dans la demande, le droit de recevoir des services en tant que voyageur dans un autre État de l’EEE en vertu de l’article 36 de l’accord EEE est tout à fait secondaire par rapport au droit à la libre circulation des travailleurs. |
| 4. | Les restrictions fondées sur des raisons de santé publique peuvent, en fonction des circonstances et notamment de la situation sanitaire, être adoptées sous la forme d’un acte de portée générale concernant indistinctement toute personne qui relève d’une situation visée par cet acte, tandis que les conditions et garanties prévues aux articles 30 et 31 de la directive 2004/38/CE doivent trouver application dans le cas de mesures restrictives adoptées sous cette forme. |
| 5. | Pour déterminer si les restrictions en cause sont justifiées, il convient de vérifier si les garanties procédurales prévues aux articles 30 et 31 de la directive 2004/38/CE ont été respectées. |
| 6. | Lorsque des incertitudes subsistent quant à l’existence ou à l’importance de risques pour la santé des personnes, un État de l’EEE doit pouvoir prendre des mesures de protection, en vertu du principe de précaution, sans avoir à attendre que la réalité de ces risques soit pleinement démontrée et, en particulier, les États de l’EEE doivent pouvoir prendre toute mesure susceptible de réduire autant que possible un risque pour la santé afin d’atteindre l’objectif de protection de la santé publique. Des mesures restrictives telles que celles en cause au principal ne sauraient être considérées comme étant de nature à garantir l’objectif de santé publique poursuivi que si elles répondent véritablement au souci de l’atteindre et si elles sont mises en œuvre de manière cohérente et systématique. La juridiction de renvoi devra vérifier si ces mesures ont été limitées au strict nécessaire et s’il n’existait pas des moyens moins attentatoires à la libre circulation des personnes, mais tout aussi efficaces pour réaliser l’objectif de santé publique. |
| 7. | Il ne saurait être dénié aux États de l’EEE la possibilité d’atteindre l’objectif de protection de la santé publique par l’introduction de règles générales et simples qui seront facilement comprises et appliquées par les individus ainsi qu’aisément gérées et contrôlées par les autorités compétentes. Ces règles doivent respecter les principes généraux du droit de l’EEE, y compris les principes de proportionnalité et de sécurité juridique. En général, une charge financière et des difficultés administratives accrues ne constituent pas des motifs susceptibles de justifier une restriction à une liberté fondamentale garantie par le droit de l’EEE. |
| 8. | Eu égard à la liberté de circulation, dissuader les personnes de voyager à l’étranger ne saurait constituer un objectif légitime en soi, mais peut être un moyen justifiable d’atteindre l’objectif de santé publique consistant à réduire la pression infectieuse totale dans une situation telle que celle en cause au principal. |
| 9. | S’agissant de la question de la proportionnalité au sens strict, la juridiction de renvoi doit vérifier si les mesures n’étaient pas disproportionnées par rapport à l’objectif de santé publique poursuivi, eu égard aux répercussions que ces mesures ont pu avoir sur la libre circulation et les droits fondamentaux faisant partie des principes généraux du droit de l’EEE. Ainsi, l’objectif de protection de la santé publique visé à l’article 27, paragraphe 1, et à l’article 29, paragraphe 1, de la directive 2004/38/CE ne saurait être poursuivi par une mesure nationale sans tenir compte du fait qu’il doit être concilié avec les droits et principes fondamentaux concernés par cette mesure. En outre, il convient de trouver un équilibre adéquat entre l’objectif d’intérêt général et les droits et les principes en cause afin d’assurer que les inconvénients causés par ladite mesure ne soient pas démesurés par rapport aux buts visés. Par ailleurs, la justification ou non d’une limitation à la libre circulation et aux droits fondamentaux doit être appréciée en mesurant la gravité de l’ingérence que comporte une telle limitation et en vérifiant que l’importance de l’objectif d’intérêt général poursuivi par cette limitation est en relation avec cette gravité. |
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/4617/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
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