Acte AELEE2023J0011

Arrêt de la Cour du 9 août 2024 dans l’affaire E-11/23 — Låssenteret AS contre Assa Abloy Opening Solutions Norway AS [Directive (UE) 2016/943 – Règles relatives aux éléments de preuve et à la divulgation d’informations confidentielles – Cercles de confidentialité – Secrets d’affaires – Mise en œuvre du droit de la concurrence à l’initiative de la sphère privée – Mise en balance des intérêts – Article 5 de la directive 2014/104/UE]

CELEXE2023J0011
TypeActe AELE
Datevendredi 9 août 2024

Résumé IA

Cet arrêt de la Cour AELE clarifie les conditions de divulgation des secrets d'affaires dans le cadre d'une action privée en dommages-intérêts pour infraction au droit de la concurrence. Il précise notamment la mise en balance des intérêts entre la protection des informations confidentielles et les droits de la défense, en lien avec l'article 5 de la directive sur les actions en dommages-intérêts. La décision interprète ainsi les garanties procédurales de la directive 2016/943 sur les secrets d'affaires dans le contexte spécifique du droit de la concurrence.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2024/7127

28.11.2024

ARRÊT DE LA COUR

du 9 août 2024

dans l’affaire E-11/23

Låssenteret AS contre Assa Abloy Opening Solutions Norway AS

[Directive (UE) 2016/943 – Règles relatives aux éléments de preuve et à la divulgation d’informations confidentielles – Cercles de confidentialité – Secrets d’affaires – Mise en œuvre du droit de la concurrence à l’initiative de la sphère privée – Mise en balance des intérêts – Article 5 de la directive 2014/104/UE]

(C/2024/7127)

Dans l’affaire E-11/23, Låssenteret AS contre Assa Abloy Opening Solutions Norway AS – DEMANDE adressée à la Cour, conformément à l’article 34 de l’accord entre les États de l’AELE relatif à l’institution d’une Autorité de surveillance et d’une Cour de justice, par la cour d’appel d’Eidsivating (Eidsivating lagmannsrett) au sujet de l’interprétation de l’accord sur l’Espace économique européen, et notamment son article 54, et de l’article 9 de la directive (UE) 2016/943 du Parlement européen et du Conseil du 8 juin 2016 sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués (secrets d’affaires) contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites, la Cour, composée MM. Páll Hreinsson, président, Bernd Hammermann (juge rapporteur) et Michael Reiertsen, juges, a rendu, le 9 août 2024, un arrêt dont le dispositif est le suivant:

1.

La directive (UE) 2016/943 du Parlement européen et du Conseil du 8 juin 2016 sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués (secrets d’affaires) contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites ne s’applique qu’à l’obtention, à l’utilisation et à la divulgation illicites de secrets d’affaires et ne prévoit pas de mesures destinées à protéger la confidentialité des secrets d’affaires dans d’autres types de procédures juridictionnelles.

2.

La directive (UE) 2016/943 n’empêche pas un juge national, dans une affaire telle que celle au principal, d’établir un cercle de confidentialité qui ne compte pas au moins une personne physique de chaque partie à l’affaire qui sera autorisée à avoir accès aux éléments constituant des secrets d’affaires qui sont produits en tant qu’éléments de preuve dans l’affaire.

3.

L’article 9, paragraphe 2, de la directive (UE) 2016/943 n’exprime pas un principe général du droit de l’EEE qui empêcherait un juge national d’établir un cercle de confidentialité qui ne compte pas au moins une personne physique de chaque partie à l’affaire qui sera autorisée à avoir accès aux éléments constituant des secrets d’affaires qui sont produits en tant qu’éléments de preuve dans l’affaire Conformément au principe de l’autonomie procédurale nationale, il appartient à l’ordre juridique interne de prévoir les méthodes et les limites concernant la divulgation des informations et des éléments de preuve nécessaires à la mise en œuvre du droit de la concurrence de l’EEE à l’initiative de la sphère privée. Toutefois, le principe d’effectivité requiert que la méthode et la portée de la divulgation dépendent d’une mise en balance , par le juge national, des intérêts protégés, au cas par cas.

4.

Il n’importe pas, pour répondre aux questions 1 à 3, que les informations confidentielles contenant des secrets d’affaires dont la divulgation est demandée soient sensibles du point de vue de la concurrence par rapport à la partie qui demande à y avoir accès.

5.

De même, dans une affaire concernant un abus de position dominante relevant de l’article 54 de l’accord EEE, le droit de l’EEE fait obligation au juge national de mettre en balance les intérêts des parties avant d’ordonner à la partie qui aurait abusé de sa position dominante de divulguer des éléments de preuve constituant des secrets d’affaires, tout en veillant à l’effectivité du droit de l’EEE.

6.

Compte tenu du fait que la directive 2014/104/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 novembre 2014 relative à certaines règles régissant les actions en dommages et intérêts en droit national pour les infractions aux dispositions du droit de la concurrence des États membres et de l’Union européenne n’est pas intégrée dans l’accord EEE, il n’existe aucune obligation, en vertu du droit de l’EEE, d’interpréter le droit national à la lumière de l’article 5 de cette directive.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/7127/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)