Acte AELEE2024J0002

ARRÊT DE LA COUR du 20 novembre 2024 dans l’affaire E-2/24 — Bygg & Industri Norge AS e.a. contre l’État norvégien, représenté par le ministère de l’emploi et de l’inclusion (Libertés fondamentales – Article 28 de l’accord EEE – Article 31 de l’accord EEE – Article 36 de l’accord EEE – Directive 2008/104/CE – Entreprises de travail intérimaire – Situation intérieure – Restriction – Justification)

CELEXE2024J0002
TypeActe AELE
Datemercredi 20 novembre 2024

Résumé IA

Cet arrêt de la Cour AELE clarifie l'application des libertés fondamentales de l'accord EEE aux entreprises de travail intérimaire. Il examine si les restrictions nationales norvégiennes à ces activités sont justifiées au regard des articles 28, 31 et 36 de l'accord EEE et de la directive 2008/104/CE. La décision délimite ainsi la portée du principe de libre circulation face aux réglementations nationales du marché du travail.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/1816

20.3.2025

ARRÊT DE LA COUR

du 20 novembre 2024

dans l’affaire E-2/24

Bygg & Industri Norge AS e.a. contre l’État norvégien, représenté par le ministère de l’emploi et de l’inclusion

(Libertés fondamentales – Article 28 de l’accord EEE – Article 31 de l’accord EEE – Article 36 de l’accord EEE – Directive 2008/104/CE – Entreprises de travail intérimaire – Situation intérieure – Restriction – Justification)

(C/2025/1816)

Dans l’affaire E-2/24, Bygg & Industri Norge AS e.a. contre l’État norvégien, représenté par le ministère de l’emploi et de l’inclusion (Staten v/Arbeids- og inkluderingsdepartementet) – DEMANDE adressée à la Cour, conformément à l’article 34 de l’accord entre les États membres de l’AELE relatif à l’institution d’une Autorité de surveillance et d’une Cour de justice, par le tribunal de district d’Oslo (Oslo tingrett), au sujet de l’interprétation de l’article 36 de l’accord sur l’Espace économique européen, la Cour, composée de MM. Páll Hreinsson, président (juge rapporteur), Bernd Hammermann et Michael Reiertsen, juges, a rendu le 20 novembre 2024 un arrêt dont le dispositif est le suivant:

1.

L’article 4, paragraphe 1, de la directive 2008/104/CE du Parlement européen et du Conseil du 19 novembre 2008 relative au travail intérimaire doit être interprété en ce sens que, d’une part, il s’adresse aux seules autorités compétentes des États de l’EEE, en leur imposant une obligation de réexamen afin de s’assurer du caractère justifié des éventuelles interdictions et restrictions concernant le recours au travail intérimaire, et que, d’autre part, il n’impose pas aux juridictions nationales l’obligation de laisser inappliquée toute disposition de droit national comportant des interdictions ou des restrictions concernant le recours aux travailleurs intérimaires qui ne sont pas justifiées par des raisons d’intérêt général au sens dudit article 4, paragraphe 1.

2.

Il appartient à la juridiction de renvoi d’apprécier si les mesures en cause au principal constituent une restriction à la libre prestation des services, visée à l’article 36 de l’accord EEE, à l’égard d’une agence de recrutement établie dans un État de l’EEE et fournissant ses services à des entreprises de travail intérimaire établies dans un autre État de l’EEE, ainsi qu’à l’égard desdites entreprises de travail intérimaire qui bénéficient de ses services, ou si d’éventuels effets restrictifs sont trop aléatoires et trop indirects.

3.

Il appartient à la juridiction de renvoi de déterminer si les mesures en cause au principal sont indirectement discriminatoires en ce qu’elles sont susceptibles, par leur nature même, d’affecter davantage les travailleurs ressortissants d’autres États de l’EEE que les travailleurs de nationalité norvégienne. Si tel est le cas, les mesures en cause constituent une restriction à l’article 28 de l’accord EEE et doivent être justifiées pour être compatible avec ledit article.

4.

Dans des circonstances telles que celles en cause au principal, où les activités d’une entreprise de travail intérimaire, filiale d’une entreprise mère établie dans un autre État de l’EEE, sont soumises à des restrictions en vertu de la législation nationale, il existe une restriction à la liberté d’établissement garantie par l’article 31 de l’accord EEE.

5.

Une restriction à l’article 31 de l’accord EEE dans des circonstances telles que celles en cause au principal peut, en principe, être justifiée par des raisons impérieuses d’intérêt général tenant, notamment, à la protection des travailleurs intérimaires, aux exigences de santé et de sécurité au travail ou à la nécessité d’assurer le bon fonctionnement du marché du travail, y compris la prévention d’éventuels abus. Il appartient à la juridiction de renvoi de recenser les objectifs effectivement poursuivis par les mesures en cause au principal.

6.

Il appartient à la juridiction de renvoi d’apprécier si les mesures en cause au principal respectent le principe de proportionnalité découlant du droit de l’EEE. Dans un premier temps, la juridiction de renvoi doit déterminer si lesdites mesures sont propres à garantir, de façon cohérente et systématique, la réalisation des objectifs poursuivis. Ensuite, elle doit apprécier si ces mesures vont au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs légitimes poursuivis et si elles sont susceptibles d’être remplacées par d’autres mesures tout aussi utiles mais restreignant moins les libertés fondamentales garanties par l’accord EEE.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1816/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)