Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-25MA00621
lundi 2 novembre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-25MA00621 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | CARMIER |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D... Y... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination, et d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » dans un délai de quinze jours ou, à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le même délai.
Par un jugement n° 2407280 du 12 novembre 2024, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2025 et un mémoire enregistré le 9 juin 2025, Mme Y..., représentée par Me Arnould, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du 12 novembre 2024 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d’annuler l’arrêté du 14 juin 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône ;
3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour l’autorisant à travailler dans un délai d’un mois ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 2 400 euros.
Elle soutient que :
- la minute du jugement n’est signée ni par la présidente de la formation de jugement ni par le rapporteur, en méconnaissance de l’article R. 741-7 du code de justice administrative ;
- sa situation personnelle et familiale n’a pas fait l’objet d’un examen particulier ;
- la décision portant refus de séjour porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- cette décision porte atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant.
Par un mémoire enregistré le 5 octobre 2026, Mme Y..., représentée par Me Carmier, fait valoir qu’il n’y a plus lieu de statuer sur la demande à fin d’injonction d’un titre de séjour, dès lors que le préfet, en exécution du jugement n° 2301777 du 1er avril 2025 du tribunal administratif de Marseille, devenu définitif, lui a délivré un titre de séjour.
Par une décision en date du 24 janvier 2025, Mme Y... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 %.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l’enfant ;
- la convention internationale ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été seulement entendu, au cours de l’audience publique, le rapport de M. Renaud Thielé, rapporteur, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Y..., ressortissante comorienne née le 14 juillet 1985, déclare être entrée en France en 2017. Le 26 décembre 2023, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 14 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par le jugement attaqué, dont Mme Y... relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur le bien-fondé du jugement :
2. Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui n’entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine. / L’insertion de l’étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme Y..., entrée en France en 2017 selon ses déclarations, a conclu le 25 mars 2021 un pacte civil de solidarité avec un compatriote, titulaire d’une carte de résident valable dix ans, trois enfants étant nés en France de cette union, le 23 août 2020, le 27 janvier 2022 et le 24 juillet 2024. Dans ces circonstances, l’arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris. Mme Y... est dès lors fondée à soutenir qu’en refusant de l’admettre au séjour, le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et violé les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens invoqués, que Mme Y... est fondée à soutenir que c’est à tort que le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande et à solliciter, outre l’annulation du jugement attaqué, celle de l’arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 juin 2024.
Sur l’injonction :
5. Comme le soutient Mme Y..., la demande d’injonction est devenue sans objet dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône, en exécution du jugement du tribunal administratif de Marseille n° 2301777 du 1er avril 2025, devenu définitif, lui a délivré un titre de séjour.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Carmier au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 2407280 du 12 novembre 2024 du tribunal administratif de Marseille est annulé.
Article 2 : L’arrêté du 14 juin 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.
Article 3 : Il n’y a plus lieu de statuer sur la demande d’injonction présentée par Mme Y....
Article 4 : L’Etat versera à Me Carmier une somme de 1 200 euros sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D... Y..., au ministre de l’intérieur et à Me Carmier.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence.
Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2026.
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D... Y... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination, et d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » dans un délai de quinze jours ou, à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le même délai.
Par un jugement n° 2407280 du 12 novembre 2024, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2025 et un mémoire enregistré le 9 juin 2025, Mme Y..., représentée par Me Arnould, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du 12 novembre 2024 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d’annuler l’arrêté du 14 juin 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône ;
3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour l’autorisant à travailler dans un délai d’un mois ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 2 400 euros.
Elle soutient que :
- la minute du jugement n’est signée ni par la présidente de la formation de jugement ni par le rapporteur, en méconnaissance de l’article R. 741-7 du code de justice administrative ;
- sa situation personnelle et familiale n’a pas fait l’objet d’un examen particulier ;
- la décision portant refus de séjour porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- cette décision porte atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant.
Par un mémoire enregistré le 5 octobre 2026, Mme Y..., représentée par Me Carmier, fait valoir qu’il n’y a plus lieu de statuer sur la demande à fin d’injonction d’un titre de séjour, dès lors que le préfet, en exécution du jugement n° 2301777 du 1er avril 2025 du tribunal administratif de Marseille, devenu définitif, lui a délivré un titre de séjour.
Par une décision en date du 24 janvier 2025, Mme Y... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 %.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l’enfant ;
- la convention internationale ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été seulement entendu, au cours de l’audience publique, le rapport de M. Renaud Thielé, rapporteur, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Y..., ressortissante comorienne née le 14 juillet 1985, déclare être entrée en France en 2017. Le 26 décembre 2023, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 14 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par le jugement attaqué, dont Mme Y... relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur le bien-fondé du jugement :
2. Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui n’entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine. / L’insertion de l’étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme Y..., entrée en France en 2017 selon ses déclarations, a conclu le 25 mars 2021 un pacte civil de solidarité avec un compatriote, titulaire d’une carte de résident valable dix ans, trois enfants étant nés en France de cette union, le 23 août 2020, le 27 janvier 2022 et le 24 juillet 2024. Dans ces circonstances, l’arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris. Mme Y... est dès lors fondée à soutenir qu’en refusant de l’admettre au séjour, le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et violé les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens invoqués, que Mme Y... est fondée à soutenir que c’est à tort que le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande et à solliciter, outre l’annulation du jugement attaqué, celle de l’arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 juin 2024.
Sur l’injonction :
5. Comme le soutient Mme Y..., la demande d’injonction est devenue sans objet dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône, en exécution du jugement du tribunal administratif de Marseille n° 2301777 du 1er avril 2025, devenu définitif, lui a délivré un titre de séjour.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Carmier au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 2407280 du 12 novembre 2024 du tribunal administratif de Marseille est annulé.
Article 2 : L’arrêté du 14 juin 2024 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.
Article 3 : Il n’y a plus lieu de statuer sur la demande d’injonction présentée par Mme Y....
Article 4 : L’Etat versera à Me Carmier une somme de 1 200 euros sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D... Y..., au ministre de l’intérieur et à Me Carmier.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence.
Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
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