Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-25MA03311
lundi 2 novembre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-25MA03311 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELARL MAUDUIT LOPASSO GOIRAND & ASSOCIES |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme G... I... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler la décision rejetant sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service, révélée par un courriel des services du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille du 7 avril 2022, ainsi que la décision du 28 juin 2022 rejetant son recours gracieux du 3 juin 2022.
Par un jugement n° 2207235 du 30 septembre 2025, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 28 novembre 2025, Mme I..., représentée par Me Goirand (Sinclair Avocats), demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler la décision rejetant sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service, décision révélée par un courriel du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille du 7 avril 2022, ainsi que la décision du 28 juin 2022 rejetant son recours gracieux du 3 juin 2022 ;
3°) d’enjoindre au rectorat de l’académie d’Aix-Marseille de reconnaître ses arrêts maladie comme étant imputables au service ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les premiers juges ont commis une erreur de droit en considérant que le moyen tiré du défaut de motivation était inopérant, dès lors que les décisions refusant de reconnaître l’imputabilité au service d’un accident doivent être motivées ;
- ils ont également inversé la charge de la preuve dès lors qu’il existe une présomption d’imputabilité au service de l’accident qu’elle a subi ;
- il appartenait à l’académie de Lyon, si elle s’estimait incompétente, de transmettre sa demande à l’académie d’Aix-Marseille ;
- il appartenait à l’académie d’Aix-Marseille d’instruire son dossier et de saisir la commission de réforme compétente.
La requête a été communiquée au rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, qui n’a pas produit d’observations en défense.
Par une lettre du 7 janvier 2026, la cour a informé les parties qu’il était envisagé d’inscrire l’affaire à une audience qui pourrait avoir lieu d’ici le 31 décembre 2026 et que l’instruction était susceptible d’être close par ordonnance à compter du 29 janvier 2026.
Par une ordonnance du 30 janvier 2026, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
• le rapport de Mme Célie Simeray, rapporteure ;
• les conclusions de M. François Point, rapporteur public ;
• les observations de Me Disperati, représentant Mme I....
Considérant ce qui suit :
1. Mme I..., professeure certifiée exerçant les fonctions de documentaliste, était détachée à l’Université de Lyon entre octobre 2017 et le 1er septembre 2020, avant d’être affectée au collège les Amandeirets à Châteauneuf-les-Martigues, au sein de l’académie d’Aix-Marseille, jusqu’en juin 2023. Elle a été placée, par un arrêté du recteur de l’académie de Lyon du 9 juin 2020, en congé de longue maladie non imputable au service du 25 juin 2019 au 24 juin 2020, puis en congé de longue durée non imputable au service du 25 juin 2020 au 24 septembre 2022, lequel a été prolongé jusqu’au 24 mars 2023. Le 3 juillet 2020, elle a sollicité, par courriel adressé aux services du rectorat de l’académie de Lyon, la requalification de son congé longue maladie en congé pour invalidité temporaire imputable au service. Le 12 février 2021, elle a adressé au rectorat de Lyon une déclaration d’accident de service évoquant des faits survenus en juin 2019. Le 22 mars 2022, elle s’est enquise, par courriel adressé cette fois aux services de l’académie d’Aix-Marseille, de l’instruction de cette demande. Le 7 avril 2022, ces services l’ont informé, également par courriel, que sa demande avait donné lieu à un avis défavorable. Par un courrier du 3 juin 2022, Mme I... a formé un recours gracieux contre la décision révélée selon elle dans le courriel du 7 avril 2022. Par un courrier du 28 juin 2022, le recteur de l’académie d’Aix-Marseille l’a informée que son dossier était incomplet et n’avait donc pu être instruit. Par le jugement attaqué, dont Mme I... relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces décisions.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. A les supposer établies, les erreurs de droit dont le jugement attaqué serait entaché, concernant l’obligation de motiver la décision en litige et l’absence de présomption d’imputabilité au service de l’accident allégué, ne peuvent remettre en cause que son bien-fondé et non sa régularité. Le moyen tiré de telles erreurs est donc à ce titre, en tout état de cause, inopérant.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions en annulation dirigées contre les courriels du 7 avril 2022 :
3. Mme I... estime, ainsi qu’il a été dit, que le courriel du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille du 7 avril 2022 révèle l’existence d’une décision portant refus de congé pour invalidité temporaire imputable au service. Il ressort des pièces du dossier que, le 22 mars 2022, la requérante a sollicité, auprès des services de ce rectorat, « des nouvelles concernant [sa] demande de requalification d’un congé longue maladie en maladie imputable au service ». En réponse, par le courriel litigieux du 7 avril 2022, un agent de ces services l’a informée de ce que son dossier avait été traité par le chef du bureau des accidents de services et maladie professionnelle et qu’« un avis défavorable y a été apporté », la renvoyant vers ce chef de service pour de plus amples informations. Le même jour, ce dernier a complété la réponse apportée par ce courriel en indiquant à Mme I... que les services de l’académie de Lyon n’avaient nulle trace de son dossier de maladie professionnelle et qu’il lui paraissait dès lors, pour sa part, « difficile de prendre une décision (…) sur la seule base d’un compte-rendu de la commission de réforme d’un département hors du ressort de notre académie », alors qu’aucune décision n’avait été prise par le recteur de l’académie de Lyon et qu’aucun dossier de demande ne lui avait été transmis. Il résulte de ces courriels que les services du rectorat n’ont pas pris de position formelle sur l’imputabilité au service de la maladie de Mme I..., se bornant à constater qu’ils n’avaient pas été saisis d’une telle demande et qu’ils ne disposaient que d’éléments relatifs à un avis du comité médical d’un autre département. Dans ces conditions, ces courriels n’ont qu’un contenu informatif et ne sont ni susceptibles de faire par eux-mêmes grief à la requérante ni révélateurs d’une décision lui refusant le bénéfice d’un congé pour invalidité temporaire imputable au service. Il y a lieu, en conséquence, d’accueillir la fin de non-recevoir soulevée en première instance par le recteur de l’académie d’Aix-Marseille, tirée de l’irrecevabilité des conclusions visant ces courriels, de sorte que Mme I... n’est pas fondée à se plaindre de ce que le tribunal administratif de Marseille les a rejetées.
En ce qui concerne la décision du 28 juin 2022 :
4. Par lettre du 28 juin 2022, répondant au courrier du 3 du même mois par lequel Mme I... avait entendu former un recours gracieux contre la décision contenue selon elle, à tort ainsi qu’il vient d’être dit, dans le courriel du 7 avril 2022, le recteur de l’académie d’Aix-Marseille a indiqué à l’intéressée, d’une part, que ce courriel n’avait pas le caractère d’une décision administrative, d’autre part, que, le dossier étant incomplet, sa demande ne pouvait donner lieu à instruction. Ce courrier peut ainsi être regardé comme comportant une décision de refus.
5. Aux termes de l’article 47-2 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l’organisation des conseils médicaux, aux conditions d’aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable à la date de l’accident : « Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à son administration une déclaration d’accident de service, d’accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l’accident ou de la maladie. Un formulaire type est mis en ligne sur le site internet du ministère chargé de la fonction publique et communiqué par l’administration à l’agent à sa demande ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l’accident ou de la maladie ainsi que, s’il y a lieu, la durée probable de l’incapacité de travail en découlant. ». Aux termes de l’article 47-3 de ce décret : « I.- La déclaration d’accident de service ou de trajet prévue à l’article 47-2 est adressée à l’administration dans le délai de quinze jours à compter de la date de l’accident. / Ce délai n’est pas opposable à l’agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l’article 47-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l’accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. (…) ».
6. Si Mme I... se prévaut, en premier lieu, d’un courriel adressé le 3 juillet 2020 au rectorat de l’académie de Lyon, par lequel elle a demandé la requalification de son congé de longue maladie « dans le cadre d’une pathologie imputable au service », en joignant un certificat médical de son médecin daté du 22 juin 2020, selon lequel « la pathologie de Mme I... est imputable au service », une telle demande, à supposer qu’elle puisse être regardée comme complète, porte sur la reconnaissance d’une maladie professionnelle et non sur la reconnaissance d’un accident de service, objet du présent litige.
7. Il résulte des dispositions de l’article L. 114-1 du code des relations entre le public et l’administration que les dispositions de l’article L.114-2 du même code aux termes duquel : « Lorsqu’une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l’administration compétente et en avise l’intéressé » ne sont pas applicables aux relations entre l’administration et ses agents.
8. Mme I... argue de l’envoi d’un formulaire de déclaration d’accident de service adressé au rectorat de Lyon. Toutefois elle ne justifie pas que ce document, daté du 12 février 2021, ait été réceptionné par cette administration, alors que le recteur de l’académie d’Aix-Marseille a fait valoir en défense, devant le tribunal, que l’intéressée avait adressé ce formulaire au service de la préfecture de l’Ain, et non aux services de l’académie d’Aix-Marseille, où elle avait été mutée, ni même à ceux du rectorat de l’académie de Lyon. En tout état de cause, en application des dispositions précitées, il n’appartenait pas à l’administration destinataire de ce formulaire de le transmettre au rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, seul compétent pour instruire la demande de la requérante.
9. Aux termes de l’article 13 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l’organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d’aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : « La commission de réforme est consultée notamment sur : / (…) 2. L’application des dispositions de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans les conditions prévues au titre VI bis ; / (…) 5. La réalité des infirmités résultant d’un accident de service ou d’une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d’invalidité qu’elles entraînent, en vue de l’attribution de l’allocation temporaire d’invalidité instituée à l’article 65 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée (…) ». Aux termes de l’article 47-6 de ce décret, qui figure en son titre VI bis : « La commission de réforme est consultée : / 1° Lorsqu’une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l’accident du service ; / 2° Lorsqu’un fait personnel du fonctionnaire ou toute autre circonstance particulière étrangère notamment aux nécessités de la vie courante est potentiellement de nature à détacher l’accident de trajet du service ; / 3° Lorsque l’affection résulte d’une maladie contractée en service telle que définie au IV de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies ».
10. Si Mme I... soutient qu’il appartenait aux services du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille d’instruire son dossier et, notamment, de saisir la commission de réforme s’ils se sentaient insuffisamment éclairés, il ressort des pièces du dossier qu’à la date à laquelle elle a adressé son courriel du 22 mars 2022 et, en tout état de cause, à la date de son « recours gracieux » du 3 juin 2022, les services du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille ne disposaient que d’un avis de la commission de réforme de l’Ain, daté du 4 juin 2021, et n’avaient été saisis d’aucune demande de reconnaissance d’imputabilité d’un accident au service. En outre, et en tout état de cause, l’appelante n’entre dans aucune des situations imposant la saisine de la commission de réforme lorsque l’administration se prononce sur une demande qui entre dans le champ d’application de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, alors applicable à sa demande tendant à la reconnaissance de l’imputabilité au service de son accident de trajet, survenu en juin 2019, par l’effet de l’entrée en vigueur, le 24 février 2019, du décret du 21 février 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique de l’État.
11. Aux termes de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable à la décision en litige : « I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service (…) / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu’en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d’une activité qui en constitue le prolongement normal, en l’absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l’accident du service (…) ».
12. Constitue un accident de service, pour l’application des dispositions précitées, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l’occasion du service, dont il est résulté une lésion ou une affection physique ou psychologique, quelle que soit la date d’apparition de celle-ci.
13. Ainsi qu’il a été dit plus haut, il ressort des pièces du dossier que l’administration n’a été saisie d’aucune demande formelle de reconnaissance de l’imputabilité d’un accident au service à la date de la décision attaquée. En tout état de cause, Mme I... s’est bornée à produire un avis de la commission de réforme de l’Ain du 4 juin 2021 favorable à la reconnaissance d’une maladie professionnelle et non d’un accident de service, ainsi qu’un certificat de son psychiatre daté du 22 juin 2020 attestant que sa pathologie est imputable au service. Alors, au demeurant, que cette commission n’était pas compétente pour se prononcer sur la demande de l’intéressée, désormais affectée dans l’académie d’Aix-Marseille, les éléments ainsi transmis ne permettent pas d’établir que l’état dépressif dont souffre Mme I... présente un lien direct et suffisant avec les conditions dans lesquelles s’est déroulée, en juin 2019, la réunion de travail au cours de laquelle de vifs reproches lui ont été faits et que cette réunion serait ainsi susceptible d’être qualifiée d’accident de service. La requérante n’est donc pas fondée à soutenir que l’administration, en s’abstenant de remettre en cause les événements survenus en juin 2019, aurait nécessairement reconnu leur caractère d’accident de service. Dans ces conditions, c’est à bon droit que le tribunal administratif de Marseille a écarté le moyen tiré de l’erreur d’appréciation imputée au recteur de l’académie d’Aix-Marseille.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme I... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d’annulation doivent donc être rejetées et il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d’injonction ainsi que de celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme I... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme G... I... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée au recteur de l’académie d’Aix-Marseille.
Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2026.
Procédure contentieuse antérieure :
Mme G... I... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler la décision rejetant sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service, révélée par un courriel des services du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille du 7 avril 2022, ainsi que la décision du 28 juin 2022 rejetant son recours gracieux du 3 juin 2022.
Par un jugement n° 2207235 du 30 septembre 2025, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 28 novembre 2025, Mme I..., représentée par Me Goirand (Sinclair Avocats), demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler la décision rejetant sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service, décision révélée par un courriel du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille du 7 avril 2022, ainsi que la décision du 28 juin 2022 rejetant son recours gracieux du 3 juin 2022 ;
3°) d’enjoindre au rectorat de l’académie d’Aix-Marseille de reconnaître ses arrêts maladie comme étant imputables au service ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les premiers juges ont commis une erreur de droit en considérant que le moyen tiré du défaut de motivation était inopérant, dès lors que les décisions refusant de reconnaître l’imputabilité au service d’un accident doivent être motivées ;
- ils ont également inversé la charge de la preuve dès lors qu’il existe une présomption d’imputabilité au service de l’accident qu’elle a subi ;
- il appartenait à l’académie de Lyon, si elle s’estimait incompétente, de transmettre sa demande à l’académie d’Aix-Marseille ;
- il appartenait à l’académie d’Aix-Marseille d’instruire son dossier et de saisir la commission de réforme compétente.
La requête a été communiquée au rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, qui n’a pas produit d’observations en défense.
Par une lettre du 7 janvier 2026, la cour a informé les parties qu’il était envisagé d’inscrire l’affaire à une audience qui pourrait avoir lieu d’ici le 31 décembre 2026 et que l’instruction était susceptible d’être close par ordonnance à compter du 29 janvier 2026.
Par une ordonnance du 30 janvier 2026, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
• le rapport de Mme Célie Simeray, rapporteure ;
• les conclusions de M. François Point, rapporteur public ;
• les observations de Me Disperati, représentant Mme I....
Considérant ce qui suit :
1. Mme I..., professeure certifiée exerçant les fonctions de documentaliste, était détachée à l’Université de Lyon entre octobre 2017 et le 1er septembre 2020, avant d’être affectée au collège les Amandeirets à Châteauneuf-les-Martigues, au sein de l’académie d’Aix-Marseille, jusqu’en juin 2023. Elle a été placée, par un arrêté du recteur de l’académie de Lyon du 9 juin 2020, en congé de longue maladie non imputable au service du 25 juin 2019 au 24 juin 2020, puis en congé de longue durée non imputable au service du 25 juin 2020 au 24 septembre 2022, lequel a été prolongé jusqu’au 24 mars 2023. Le 3 juillet 2020, elle a sollicité, par courriel adressé aux services du rectorat de l’académie de Lyon, la requalification de son congé longue maladie en congé pour invalidité temporaire imputable au service. Le 12 février 2021, elle a adressé au rectorat de Lyon une déclaration d’accident de service évoquant des faits survenus en juin 2019. Le 22 mars 2022, elle s’est enquise, par courriel adressé cette fois aux services de l’académie d’Aix-Marseille, de l’instruction de cette demande. Le 7 avril 2022, ces services l’ont informé, également par courriel, que sa demande avait donné lieu à un avis défavorable. Par un courrier du 3 juin 2022, Mme I... a formé un recours gracieux contre la décision révélée selon elle dans le courriel du 7 avril 2022. Par un courrier du 28 juin 2022, le recteur de l’académie d’Aix-Marseille l’a informée que son dossier était incomplet et n’avait donc pu être instruit. Par le jugement attaqué, dont Mme I... relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces décisions.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. A les supposer établies, les erreurs de droit dont le jugement attaqué serait entaché, concernant l’obligation de motiver la décision en litige et l’absence de présomption d’imputabilité au service de l’accident allégué, ne peuvent remettre en cause que son bien-fondé et non sa régularité. Le moyen tiré de telles erreurs est donc à ce titre, en tout état de cause, inopérant.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions en annulation dirigées contre les courriels du 7 avril 2022 :
3. Mme I... estime, ainsi qu’il a été dit, que le courriel du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille du 7 avril 2022 révèle l’existence d’une décision portant refus de congé pour invalidité temporaire imputable au service. Il ressort des pièces du dossier que, le 22 mars 2022, la requérante a sollicité, auprès des services de ce rectorat, « des nouvelles concernant [sa] demande de requalification d’un congé longue maladie en maladie imputable au service ». En réponse, par le courriel litigieux du 7 avril 2022, un agent de ces services l’a informée de ce que son dossier avait été traité par le chef du bureau des accidents de services et maladie professionnelle et qu’« un avis défavorable y a été apporté », la renvoyant vers ce chef de service pour de plus amples informations. Le même jour, ce dernier a complété la réponse apportée par ce courriel en indiquant à Mme I... que les services de l’académie de Lyon n’avaient nulle trace de son dossier de maladie professionnelle et qu’il lui paraissait dès lors, pour sa part, « difficile de prendre une décision (…) sur la seule base d’un compte-rendu de la commission de réforme d’un département hors du ressort de notre académie », alors qu’aucune décision n’avait été prise par le recteur de l’académie de Lyon et qu’aucun dossier de demande ne lui avait été transmis. Il résulte de ces courriels que les services du rectorat n’ont pas pris de position formelle sur l’imputabilité au service de la maladie de Mme I..., se bornant à constater qu’ils n’avaient pas été saisis d’une telle demande et qu’ils ne disposaient que d’éléments relatifs à un avis du comité médical d’un autre département. Dans ces conditions, ces courriels n’ont qu’un contenu informatif et ne sont ni susceptibles de faire par eux-mêmes grief à la requérante ni révélateurs d’une décision lui refusant le bénéfice d’un congé pour invalidité temporaire imputable au service. Il y a lieu, en conséquence, d’accueillir la fin de non-recevoir soulevée en première instance par le recteur de l’académie d’Aix-Marseille, tirée de l’irrecevabilité des conclusions visant ces courriels, de sorte que Mme I... n’est pas fondée à se plaindre de ce que le tribunal administratif de Marseille les a rejetées.
En ce qui concerne la décision du 28 juin 2022 :
4. Par lettre du 28 juin 2022, répondant au courrier du 3 du même mois par lequel Mme I... avait entendu former un recours gracieux contre la décision contenue selon elle, à tort ainsi qu’il vient d’être dit, dans le courriel du 7 avril 2022, le recteur de l’académie d’Aix-Marseille a indiqué à l’intéressée, d’une part, que ce courriel n’avait pas le caractère d’une décision administrative, d’autre part, que, le dossier étant incomplet, sa demande ne pouvait donner lieu à instruction. Ce courrier peut ainsi être regardé comme comportant une décision de refus.
5. Aux termes de l’article 47-2 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l’organisation des conseils médicaux, aux conditions d’aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable à la date de l’accident : « Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à son administration une déclaration d’accident de service, d’accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l’accident ou de la maladie. Un formulaire type est mis en ligne sur le site internet du ministère chargé de la fonction publique et communiqué par l’administration à l’agent à sa demande ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l’accident ou de la maladie ainsi que, s’il y a lieu, la durée probable de l’incapacité de travail en découlant. ». Aux termes de l’article 47-3 de ce décret : « I.- La déclaration d’accident de service ou de trajet prévue à l’article 47-2 est adressée à l’administration dans le délai de quinze jours à compter de la date de l’accident. / Ce délai n’est pas opposable à l’agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l’article 47-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l’accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. (…) ».
6. Si Mme I... se prévaut, en premier lieu, d’un courriel adressé le 3 juillet 2020 au rectorat de l’académie de Lyon, par lequel elle a demandé la requalification de son congé de longue maladie « dans le cadre d’une pathologie imputable au service », en joignant un certificat médical de son médecin daté du 22 juin 2020, selon lequel « la pathologie de Mme I... est imputable au service », une telle demande, à supposer qu’elle puisse être regardée comme complète, porte sur la reconnaissance d’une maladie professionnelle et non sur la reconnaissance d’un accident de service, objet du présent litige.
7. Il résulte des dispositions de l’article L. 114-1 du code des relations entre le public et l’administration que les dispositions de l’article L.114-2 du même code aux termes duquel : « Lorsqu’une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l’administration compétente et en avise l’intéressé » ne sont pas applicables aux relations entre l’administration et ses agents.
8. Mme I... argue de l’envoi d’un formulaire de déclaration d’accident de service adressé au rectorat de Lyon. Toutefois elle ne justifie pas que ce document, daté du 12 février 2021, ait été réceptionné par cette administration, alors que le recteur de l’académie d’Aix-Marseille a fait valoir en défense, devant le tribunal, que l’intéressée avait adressé ce formulaire au service de la préfecture de l’Ain, et non aux services de l’académie d’Aix-Marseille, où elle avait été mutée, ni même à ceux du rectorat de l’académie de Lyon. En tout état de cause, en application des dispositions précitées, il n’appartenait pas à l’administration destinataire de ce formulaire de le transmettre au rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, seul compétent pour instruire la demande de la requérante.
9. Aux termes de l’article 13 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l’organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d’aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : « La commission de réforme est consultée notamment sur : / (…) 2. L’application des dispositions de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans les conditions prévues au titre VI bis ; / (…) 5. La réalité des infirmités résultant d’un accident de service ou d’une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d’invalidité qu’elles entraînent, en vue de l’attribution de l’allocation temporaire d’invalidité instituée à l’article 65 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée (…) ». Aux termes de l’article 47-6 de ce décret, qui figure en son titre VI bis : « La commission de réforme est consultée : / 1° Lorsqu’une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l’accident du service ; / 2° Lorsqu’un fait personnel du fonctionnaire ou toute autre circonstance particulière étrangère notamment aux nécessités de la vie courante est potentiellement de nature à détacher l’accident de trajet du service ; / 3° Lorsque l’affection résulte d’une maladie contractée en service telle que définie au IV de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies ».
10. Si Mme I... soutient qu’il appartenait aux services du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille d’instruire son dossier et, notamment, de saisir la commission de réforme s’ils se sentaient insuffisamment éclairés, il ressort des pièces du dossier qu’à la date à laquelle elle a adressé son courriel du 22 mars 2022 et, en tout état de cause, à la date de son « recours gracieux » du 3 juin 2022, les services du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille ne disposaient que d’un avis de la commission de réforme de l’Ain, daté du 4 juin 2021, et n’avaient été saisis d’aucune demande de reconnaissance d’imputabilité d’un accident au service. En outre, et en tout état de cause, l’appelante n’entre dans aucune des situations imposant la saisine de la commission de réforme lorsque l’administration se prononce sur une demande qui entre dans le champ d’application de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, alors applicable à sa demande tendant à la reconnaissance de l’imputabilité au service de son accident de trajet, survenu en juin 2019, par l’effet de l’entrée en vigueur, le 24 février 2019, du décret du 21 février 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique de l’État.
11. Aux termes de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable à la décision en litige : « I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service (…) / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu’en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d’une activité qui en constitue le prolongement normal, en l’absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l’accident du service (…) ».
12. Constitue un accident de service, pour l’application des dispositions précitées, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l’occasion du service, dont il est résulté une lésion ou une affection physique ou psychologique, quelle que soit la date d’apparition de celle-ci.
13. Ainsi qu’il a été dit plus haut, il ressort des pièces du dossier que l’administration n’a été saisie d’aucune demande formelle de reconnaissance de l’imputabilité d’un accident au service à la date de la décision attaquée. En tout état de cause, Mme I... s’est bornée à produire un avis de la commission de réforme de l’Ain du 4 juin 2021 favorable à la reconnaissance d’une maladie professionnelle et non d’un accident de service, ainsi qu’un certificat de son psychiatre daté du 22 juin 2020 attestant que sa pathologie est imputable au service. Alors, au demeurant, que cette commission n’était pas compétente pour se prononcer sur la demande de l’intéressée, désormais affectée dans l’académie d’Aix-Marseille, les éléments ainsi transmis ne permettent pas d’établir que l’état dépressif dont souffre Mme I... présente un lien direct et suffisant avec les conditions dans lesquelles s’est déroulée, en juin 2019, la réunion de travail au cours de laquelle de vifs reproches lui ont été faits et que cette réunion serait ainsi susceptible d’être qualifiée d’accident de service. La requérante n’est donc pas fondée à soutenir que l’administration, en s’abstenant de remettre en cause les événements survenus en juin 2019, aurait nécessairement reconnu leur caractère d’accident de service. Dans ces conditions, c’est à bon droit que le tribunal administratif de Marseille a écarté le moyen tiré de l’erreur d’appréciation imputée au recteur de l’académie d’Aix-Marseille.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme I... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d’annulation doivent donc être rejetées et il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d’injonction ainsi que de celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme I... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme G... I... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée au recteur de l’académie d’Aix-Marseille.
Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2026.
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