Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-25MA02596
lundi 2 novembre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-25MA02596 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELARL SINDRES - AVOCATS MARSEILLE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société SMA Vautubière a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler les titres exécutoires n° 24/000055, n° 24/000056 et n° 24/000057 émis à son encontre par le président de la métropole Aix-Marseille-Provence le 21 juillet 2022 en vue du recouvrement des redevances d’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière pour les années 2014, 2015 et 2016.
Par un jugement n° 2208261 du 7 juillet 2025, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2025, la société SMA Vautubière, représentée par Me Caviglioli, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler les titres exécutoires n° 24/000055, n° 24/000056 et n° 24/000057 émis par le président de la métropole Aix-Marseille-Provence le 21 juillet 2022 au titre des redevances dues pour les années 2014, 2015 et 2016 ;
3°) de la décharger de l’obligation de payer les sommes correspondantes ;
4°) d’enjoindre en conséquence à la métropole de lui restituer la somme totale de 3 749 500 euros assortie des intérêts de droit, avec capitalisation ;
5°) de mettre à la charge de la métropole la somme de 6 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
• les titres de recette litigieux ont été établis en méconnaissance de l’autorité de la chose jugée attachée à l’arrêt n° 18MA04329 de la cour administrative de Marseille du 12 juillet 2021, devenu définitif, qui l’a déchargée des sommes correspondant aux redevances des années en litige ;
• les créances correspondantes étaient prescrites à la date du 21 juillet 2022, sans que le délai de prescription n’ait été interrompu par le recours juridictionnel qu’elle a exercé devant le tribunal administratif ;
• l’effet interruptif de la prescription quinquennale ne profite qu’à celui qui présente la demande en justice et n’a donc pu profiter à la métropole, d’autant que celle-ci pouvait elle-même saisir le juge administratif ;
• en tout état de cause, les titres ayant été annulés, ils sont réputés n’avoir jamais existé et n’ont pu avoir d’effet interruptif ;
• par ailleurs, l’effet interruptif attaché à l’introduction d’un mémoire en opposition dirigé contre un titre exécutoire n’interrompt que le délai de prescription du recouvrement, et non celui de l’assiette ;
• le signataire des titres est incompétent en l’absence de délégation de signature régulière et d’accréditation auprès du comptable public ;
• l’absence de justification des modes de calcul des droits d’entrée et des redevances versées a affecté les conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, rendant le contrat illicite dès l’origine ;
• la modification unilatérale du contrat par la métropole, suivant délibération du 8 octobre 2012, laquelle a réduit le tonnage susceptible d’être enfoui annuellement sur le site sans que le montant de la redevance fixe ne soit réduit, a perturbé l’équilibre financier du contrat ;
• cette modification a rendu la convention d’exploitation illicite en raison du caractère disproportionné du montant de la redevance fixe par rapport aux avantages retirés de la mise à disposition du terrain.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2025, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Sindres, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société SMA Vautubière au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décharge de l’obligation de payer prononcée par l’arrêt de la cour du 12 juillet 2021 en conséquence de l’annulation du titre exécutoire pour un motif de régularité ne fait pas obstacle à l’émission d’un nouveau titre de recettes tant que la créance n’est pas éteinte, de sorte que son ordonnateur n’a pas méconnu l’autorité de la chose jugée attachée à cet arrêt en émettant de nouveaux titres exécutoires ;
- les créances litigieuses ne sont pas prescrites dès lors que le recours juridictionnel exercé par la SMA Vautubière à l’encontre des précédents titres exécutoires en a interrompu le délai jusqu’à l’extinction de l’instance, le 12 juillet 2021 ;
- elles n’ont pas été éteintes par l’annulation des titres exécutoires n° 14/000427 du 24 novembre 2014, n° 15/000368 du 8 octobre 2015 et n° 16/000100 du 19 septembre 2016 par l’arrêt de la cour du 12 juillet 2021 ;
- le signataire des titres litigieux a reçu délégation à cet effet ;
- les créances litigieuses sont fondées ;
- la redevance fixe prévue par l’article 11 du contrat de délégation est justifiée et n’est pas disproportionnée ;
- elle ne fait pas double emploi avec le loyer du bail emphytéotique administratif ;
- cette redevance ne constitue pas un droit d’entrée déguisée.
Par une lettre du 7 octobre 2025, la cour a informé les parties qu’il était envisagé d’inscrire l’affaire à une audience qui pourrait avoir lieu d’ici le 31 décembre 2026, et que l’instruction était susceptible d’être close par ordonnance à compter du 7 novembre 2025.
Par une ordonnance du 17 décembre 2025, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Par un courrier du 28 septembre 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que, dans l’hypothèse où il serait fait droit aux conclusions de la SMA Vautubière tendant à l’annulation des titres litigieux, la cour était susceptible de fonder son arrêt sur un moyen relevé d’office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la décharger de l’obligation de payer les sommes contestées, dès lors que par son arrêt n° 18MA04329 du 12 juillet 2021, devenu définitif, la cour l’a déchargée de ces sommes.
La métropole Aix-Marseille Provence et la SMA Vautubière ont répondu à ce moyen d’ordre public par des mémoires enregistrés, respectivement, les 29 septembre et 1er octobre 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Célie Simeray, rapporteure,
- les conclusions de M. François Point, rapporteur public,
- et les observations de Me Caviglioli pour la société SMA Vautubière et celles de Me Chavalarias pour la métropole Aix-Marseille-Provence.
Connaissance prise de la note en délibéré enregistrée le 13 octobre 2026 pour la métropole Aix-Marseille-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 27 septembre 2004, la communauté d’agglomération Salon - Étang de Berre-Durance, dite Agglopole Provence, a lancé une procédure de délégation de service public relative à l’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière. À l’issue de cette procédure, le 15 décembre 2005, elle a conclu avec la société SMA Environnement un bail emphytéotique administratif portant sur la mise à disposition du site de la Vautubière et une convention d’exploitation relative à l’enfouissement et au stockage des déchets ménagers et assimilés produits par les dix‑sept communes membres, pour une durée de seize ans et demi suivie d’une période dite de « post‑exploitation » de trente ans, l’exécution de cet ensemble contractuel étant confiée à une société dédiée, la société SMA Vautubière. Par un courrier du 23 juin 2014, les sociétés SMA Environnement et SMA Vautubière ont adressé à la communauté d’agglomération Agglopole Provence une réclamation tendant au remboursement de la redevance fixe versée depuis l’année 2006 par la société SMA Vautubière en application de la convention d’exploitation. Cette réclamation ayant été rejetée par une décision du président de la communauté d’agglomération du 26 août 2014, les sociétés SMA Environnement et SMA Vautubière ont porté le différend devant la juridiction administrative, en sollicitant notamment l’annulation des titres exécutoires émis par la collectivité en vue de recouvrer la redevance d’exploitation au titre des années 2014, 2015 et 2016. Par un arrêt infirmatif n° 18MA04329 du 12 juillet 2021, la cour a annulé ces titres de recette et déchargé la société SMA Vautubière des sommes correspondantes. Le 21 juillet 2022, la métropole Aix-Marseille-Provence, venue aux droits d’Agglopole Provence, a émis à nouveau trois titres exécutoires pour recouvrer la redevance fixe au titre des années 2014, 2015 et 2016. Par le jugement attaqué, dont la SMA Vautubière relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces nouveaux titres exécutoires et à la décharge des sommes correspondantes.
Sur la prescription des créances litigieuses :
2. En premier lieu, aux termes de l’article 2224 du code civil : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer ». L’article 2241 du même code énonce que : « La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. (…) ». Selon l’article 2242 du code précité : « L’interruption résultant de la demande en justice produit ses effets jusqu’à l’extinction de l’instance ».
3. Si la demande en justice visée à l’article 2241 du code civil doit, en principe, émaner de celui qui a la qualité pour exercer le droit menacé par la prescription et viser celui-là même qui en bénéficierait, il en va différemment lorsqu’une personne publique dispose de la prérogative d’assurer le recouvrement forcé de sa créance, soit par l’émission d’un titre exécutoire, soit par retenues sur des sommes dues à l’intéressé, de telle sorte qu’une éventuelle action en justice contestant le bien-fondé de cette créance ne peut émaner que du débiteur lui-même. Ainsi, toute action du débiteur contestant le bien-fondé de la créance ou la régularité des actes pris pour assurer son recouvrement interrompt le cours de la prescription, à la date à laquelle la décision qu’il conteste lui a été notifiée, jusqu’à la notification de la décision juridictionnelle mettant fin de façon définitive à l’instance. Le recours formé par le débiteur contre le rejet d’une demande de remise gracieuse interrompt également le cours de la prescription, à la date à laquelle ce recours est formé.
4. Il résulte de l’instruction que la redevance fixe de l’année 2014, celle de l’année 2015 et celle de l’année 2016 ont été respectivement réclamées par la métropole Aix-Marseille-Provence par des titres exécutoires n° 14/000427 du 24 novembre 2014 pour un montant de 1 235 500 euros, n° 15/000368 du 8 octobre 2015 pour un montant de 1 253 000 euros et n° 16/000100 du 19 septembre 2016 pour un montant de 1 261 000 euros. La métropole connaissant alors de façon certaine, par hypothèse, l’ensemble des éléments qui lui permettaient de poursuivre le recouvrement de ces créances, le délai de la prescription quinquennale instituée par l’article 2224 du code civil a commencé à courir à compter de la date d’émission des titres, pour expirer en principe, sauf cause interruptive, les 24 novembre 2019, 8 octobre 2020 et 19 septembre 2021. Les recours juridictionnels introduits par la SMA Vautubière devant le tribunal administratif de Marseille à l’encontre de ces titres les 2 mars 2015, 10 décembre 2015 et 16 novembre 2016 ont eu pour effet d’interrompre la prescription jusqu’à l’arrêt de la cour du 12 juillet 2021. Par suite, les créances litigieuses n’étaient pas prescrites lorsque, le 21 juillet 2022, le président de la métropole Aix-Marseille-Provence a émis les nouveaux titres de recette en litige dans la présente instance.
Sur la régularité des titres de recette contestés :
5. La SMA Vautubière reprend en appel les moyens, déjà invoqués en première instance, tirés de ce que M. X..., signataire des titres litigieux, n’avait pas la qualité d’ordonnateur de la métropole ni n’était investi d’une délégation de signature ou de compétence et, par ailleurs, n’était pas accrédité auprès du comptable public. Il y a lieu d’écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Marseille aux points 5 à 10 de son jugement.
Sur le bien-fondé des titres de recette contestés :
En ce qui concerne la méconnaissance de l’autorité de la chose jugée :
6. Ainsi qu’il a été dit au point 1, par un arrêt n° 18MA04329 du 12 juillet 2021, la cour administrative d’appel de Marseille a annulé les premiers titres exécutoires émis par la communauté d’agglomération Agglopole Provence en vue de recouvrer la redevance d’exploitation au titre des années 2014, 2015 et 2016 pour un motif de forme tiré du défaut de motivation de ces titres. Ce faisant, la cour a implicitement examiné et écarté les autres moyens soulevés par la société SMA Vautubière relatifs au bien-fondé des créances. Par suite, et alors même qu’elle a prononcé la décharge des sommes mentionnées sur les titres annulés, le motif de forme retenu n’impliquait pas l’extinction de la créance et laissait ouverte à l’administration la possibilité d’émettre de nouveaux titres exécutoires aux fins de régularisation. En conséquence, et comme l’a jugé à bon droit le tribunal administratif, le président de la métropole Aix-Marseille-Provence, en établissant et en rendant exécutoires les titres de recette en litige, n’a pas méconnu l’autorité de la chose jugée attachée à l’arrêt du 12 juillet 2021.
En ce qui concerne l’exception d’illicéité du contrat :
7. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l’exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l’exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d’office par lui, tenant au caractère illicite du contrat ou à un vice d’une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel.
8. Par ailleurs, le contenu d’un contrat ne présente un caractère illicite que si l’objet même du contrat, tel qu’il a été formulé par la personne publique contractante pour lancer la procédure de passation du contrat ou tel qu’il résulte des stipulations convenues entre les parties qui doivent être regardées comme le définissant, est, en lui-même, contraire à la loi, de sorte qu’en s’engageant pour un tel objet, le cocontractant de la personne publique la méconnaît nécessairement.
9. Aux termes des stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public en cause, dans sa rédaction initiale : « En contrepartie de l’utilisation des installations qui auront été mises à sa disposition, le délégataire reversera à la collectivité une somme de un million d’euros H.T. par an payable au plus tard le 15 décembre de l’année civile en cours. / La révision est annuelle et indexée sur la formule mentionnée à l’article 13. ». En vertu de l’article 12 de cette même convention : « Le délégataire reversera à la C.A. une redevance unitaire H.T. / tonne hors C.A. (…) ». Enfin, selon l’article 13 du bail emphytéotique administratif lié à la délégation de service public : « Ce bail sera consenti moyennant un loyer annuel hors taxes payable trimestriellement et d’avance dont le montant s’établira comme suit : - pour chacune des années de jouissance correspondant à la période d’exploitation : 100 000 euros / an (…) ».
10. En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales en vigueur jusqu’au 1er avril 2016 et aujourd’hui reprises par les dispositions des articles L. 3114-4 et L. 3114-5 du code de la commande publique : « Les montants et les modes de calcul des droits d’entrée et des redevances versées par le délégataire à la collectivité délégante doivent être justifiés dans ces conventions. Le versement par le délégataire de droits d’entrée à la collectivité délégante est interdit quand la délégation concerne l’eau potable, l’assainissement ou les ordures ménagères et autres déchets ».
11. L’omission dans le contrat de la justification des modes de calcul des droits d’entrée et des redevances versées par le délégataire ne donne pas un caractère illicite au contrat et n’affecte pas davantage les conditions dans lesquelles les deux parties ont donné leur consentement. Cette omission, qui peut au demeurant être régularisée, n’est pas de nature à justifier, en l’absence de toute autre circonstance particulière, que dans le cadre d’un litige entre les parties, l’application de ce contrat soit écartée. Par suite, et en l’absence de toute circonstance caractérisant une gravité particulière de ce vice, la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que les stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public devraient être écartées au motif qu’elles ne comportent pas de justification du mode de calcul de la redevance.
12. En second lieu, la société SMA Vautubière soutient que, depuis que le délégant a unilatéralement réduit le volume d’enfouissement des déchets par la délibération n° 183/12 du 8 octobre 2012, le montant de la redevance fixe est devenu disproportionné au regard des avantages qu’elle retire des biens et installations mis à sa disposition. Cette modification a, selon elle, bouleversé l’équilibre financier du contrat et vicié, a posteriori, les conditions dans lesquelles les parties avaient donné leur consentement. Cependant, la société SMA Vautubière ne démontre pas en quoi la réduction à 132 500 tonnes par an du tonnage susceptible d’être enfoui, décidée par la délibération en cause, au lieu des 160 000 tonnes par an initiaux, sans diminution du montant de la redevance fixe due depuis l’entrée en vigueur de la convention d’exploitation, entraînerait un bouleversement de l’équilibre financier du contrat. Elle ne produit pas davantage d’éléments précis de nature à démontrer que le montant de cette redevance, auquel s’ajoute le loyer, excéderait les avantages de tous ordres qu’elle retire de l’occupation du terrain, de son affectation à une activité autorisée de stockage de déchets et de l’utilisation des équipements. Au demeurant, il ressort de la convention d’exploitation initiale du 15 décembre 2005 que 83 000 tonnes de déchets par an étaient réservés à la communauté d’agglomération et à d’autres collectivités membres, et que le délégataire pouvait librement contracter avec les personnes extérieures à la communauté d’agglomération pour l’enfouissement de leurs déchets, à hauteur de 49 504 tonnes par an, conformément à son compte d’exploitation prévisionnel. Ainsi, les prévisions d’exploitation sur lesquelles reposait l’équilibre financier du contrat initial étaient fondées sur un tonnage annuel de 132 500 tonnes. Par suite, une telle modification unilatérale n’est pas susceptible de caractériser un vice de consentement a posteriori des parties, de nature à conduire à écarter le contrat.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif a rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions aux fins d’annulation des titres exécutoires contestés doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence et en tout état de cause, de ses conclusions aux fins de décharge et de restitution des sommes versées assorties des intérêts légaux et de leur capitalisation.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative s’opposent à ce que la somme réclamée par la société SMA Vautubière sur leur fondement soit mise à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, au contraire, de mettre à la charge de la société SMA Vautubière le paiement à la métropole Aix-Marseille-Provence d’une somme de 2 000 euros, sur le fondement des mêmes dispositions, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société SMA Vautubière est rejetée.
Article 2 : La société SMA Vautubière versera à la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société SMA Vautubière, à la métropole Aix-Marseille-Provence et à la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2026.
Procédure contentieuse antérieure :
La société SMA Vautubière a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler les titres exécutoires n° 24/000055, n° 24/000056 et n° 24/000057 émis à son encontre par le président de la métropole Aix-Marseille-Provence le 21 juillet 2022 en vue du recouvrement des redevances d’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière pour les années 2014, 2015 et 2016.
Par un jugement n° 2208261 du 7 juillet 2025, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2025, la société SMA Vautubière, représentée par Me Caviglioli, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler les titres exécutoires n° 24/000055, n° 24/000056 et n° 24/000057 émis par le président de la métropole Aix-Marseille-Provence le 21 juillet 2022 au titre des redevances dues pour les années 2014, 2015 et 2016 ;
3°) de la décharger de l’obligation de payer les sommes correspondantes ;
4°) d’enjoindre en conséquence à la métropole de lui restituer la somme totale de 3 749 500 euros assortie des intérêts de droit, avec capitalisation ;
5°) de mettre à la charge de la métropole la somme de 6 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
• les titres de recette litigieux ont été établis en méconnaissance de l’autorité de la chose jugée attachée à l’arrêt n° 18MA04329 de la cour administrative de Marseille du 12 juillet 2021, devenu définitif, qui l’a déchargée des sommes correspondant aux redevances des années en litige ;
• les créances correspondantes étaient prescrites à la date du 21 juillet 2022, sans que le délai de prescription n’ait été interrompu par le recours juridictionnel qu’elle a exercé devant le tribunal administratif ;
• l’effet interruptif de la prescription quinquennale ne profite qu’à celui qui présente la demande en justice et n’a donc pu profiter à la métropole, d’autant que celle-ci pouvait elle-même saisir le juge administratif ;
• en tout état de cause, les titres ayant été annulés, ils sont réputés n’avoir jamais existé et n’ont pu avoir d’effet interruptif ;
• par ailleurs, l’effet interruptif attaché à l’introduction d’un mémoire en opposition dirigé contre un titre exécutoire n’interrompt que le délai de prescription du recouvrement, et non celui de l’assiette ;
• le signataire des titres est incompétent en l’absence de délégation de signature régulière et d’accréditation auprès du comptable public ;
• l’absence de justification des modes de calcul des droits d’entrée et des redevances versées a affecté les conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, rendant le contrat illicite dès l’origine ;
• la modification unilatérale du contrat par la métropole, suivant délibération du 8 octobre 2012, laquelle a réduit le tonnage susceptible d’être enfoui annuellement sur le site sans que le montant de la redevance fixe ne soit réduit, a perturbé l’équilibre financier du contrat ;
• cette modification a rendu la convention d’exploitation illicite en raison du caractère disproportionné du montant de la redevance fixe par rapport aux avantages retirés de la mise à disposition du terrain.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2025, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Sindres, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société SMA Vautubière au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décharge de l’obligation de payer prononcée par l’arrêt de la cour du 12 juillet 2021 en conséquence de l’annulation du titre exécutoire pour un motif de régularité ne fait pas obstacle à l’émission d’un nouveau titre de recettes tant que la créance n’est pas éteinte, de sorte que son ordonnateur n’a pas méconnu l’autorité de la chose jugée attachée à cet arrêt en émettant de nouveaux titres exécutoires ;
- les créances litigieuses ne sont pas prescrites dès lors que le recours juridictionnel exercé par la SMA Vautubière à l’encontre des précédents titres exécutoires en a interrompu le délai jusqu’à l’extinction de l’instance, le 12 juillet 2021 ;
- elles n’ont pas été éteintes par l’annulation des titres exécutoires n° 14/000427 du 24 novembre 2014, n° 15/000368 du 8 octobre 2015 et n° 16/000100 du 19 septembre 2016 par l’arrêt de la cour du 12 juillet 2021 ;
- le signataire des titres litigieux a reçu délégation à cet effet ;
- les créances litigieuses sont fondées ;
- la redevance fixe prévue par l’article 11 du contrat de délégation est justifiée et n’est pas disproportionnée ;
- elle ne fait pas double emploi avec le loyer du bail emphytéotique administratif ;
- cette redevance ne constitue pas un droit d’entrée déguisée.
Par une lettre du 7 octobre 2025, la cour a informé les parties qu’il était envisagé d’inscrire l’affaire à une audience qui pourrait avoir lieu d’ici le 31 décembre 2026, et que l’instruction était susceptible d’être close par ordonnance à compter du 7 novembre 2025.
Par une ordonnance du 17 décembre 2025, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Par un courrier du 28 septembre 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que, dans l’hypothèse où il serait fait droit aux conclusions de la SMA Vautubière tendant à l’annulation des titres litigieux, la cour était susceptible de fonder son arrêt sur un moyen relevé d’office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la décharger de l’obligation de payer les sommes contestées, dès lors que par son arrêt n° 18MA04329 du 12 juillet 2021, devenu définitif, la cour l’a déchargée de ces sommes.
La métropole Aix-Marseille Provence et la SMA Vautubière ont répondu à ce moyen d’ordre public par des mémoires enregistrés, respectivement, les 29 septembre et 1er octobre 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Célie Simeray, rapporteure,
- les conclusions de M. François Point, rapporteur public,
- et les observations de Me Caviglioli pour la société SMA Vautubière et celles de Me Chavalarias pour la métropole Aix-Marseille-Provence.
Connaissance prise de la note en délibéré enregistrée le 13 octobre 2026 pour la métropole Aix-Marseille-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 27 septembre 2004, la communauté d’agglomération Salon - Étang de Berre-Durance, dite Agglopole Provence, a lancé une procédure de délégation de service public relative à l’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière. À l’issue de cette procédure, le 15 décembre 2005, elle a conclu avec la société SMA Environnement un bail emphytéotique administratif portant sur la mise à disposition du site de la Vautubière et une convention d’exploitation relative à l’enfouissement et au stockage des déchets ménagers et assimilés produits par les dix‑sept communes membres, pour une durée de seize ans et demi suivie d’une période dite de « post‑exploitation » de trente ans, l’exécution de cet ensemble contractuel étant confiée à une société dédiée, la société SMA Vautubière. Par un courrier du 23 juin 2014, les sociétés SMA Environnement et SMA Vautubière ont adressé à la communauté d’agglomération Agglopole Provence une réclamation tendant au remboursement de la redevance fixe versée depuis l’année 2006 par la société SMA Vautubière en application de la convention d’exploitation. Cette réclamation ayant été rejetée par une décision du président de la communauté d’agglomération du 26 août 2014, les sociétés SMA Environnement et SMA Vautubière ont porté le différend devant la juridiction administrative, en sollicitant notamment l’annulation des titres exécutoires émis par la collectivité en vue de recouvrer la redevance d’exploitation au titre des années 2014, 2015 et 2016. Par un arrêt infirmatif n° 18MA04329 du 12 juillet 2021, la cour a annulé ces titres de recette et déchargé la société SMA Vautubière des sommes correspondantes. Le 21 juillet 2022, la métropole Aix-Marseille-Provence, venue aux droits d’Agglopole Provence, a émis à nouveau trois titres exécutoires pour recouvrer la redevance fixe au titre des années 2014, 2015 et 2016. Par le jugement attaqué, dont la SMA Vautubière relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces nouveaux titres exécutoires et à la décharge des sommes correspondantes.
Sur la prescription des créances litigieuses :
2. En premier lieu, aux termes de l’article 2224 du code civil : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer ». L’article 2241 du même code énonce que : « La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. (…) ». Selon l’article 2242 du code précité : « L’interruption résultant de la demande en justice produit ses effets jusqu’à l’extinction de l’instance ».
3. Si la demande en justice visée à l’article 2241 du code civil doit, en principe, émaner de celui qui a la qualité pour exercer le droit menacé par la prescription et viser celui-là même qui en bénéficierait, il en va différemment lorsqu’une personne publique dispose de la prérogative d’assurer le recouvrement forcé de sa créance, soit par l’émission d’un titre exécutoire, soit par retenues sur des sommes dues à l’intéressé, de telle sorte qu’une éventuelle action en justice contestant le bien-fondé de cette créance ne peut émaner que du débiteur lui-même. Ainsi, toute action du débiteur contestant le bien-fondé de la créance ou la régularité des actes pris pour assurer son recouvrement interrompt le cours de la prescription, à la date à laquelle la décision qu’il conteste lui a été notifiée, jusqu’à la notification de la décision juridictionnelle mettant fin de façon définitive à l’instance. Le recours formé par le débiteur contre le rejet d’une demande de remise gracieuse interrompt également le cours de la prescription, à la date à laquelle ce recours est formé.
4. Il résulte de l’instruction que la redevance fixe de l’année 2014, celle de l’année 2015 et celle de l’année 2016 ont été respectivement réclamées par la métropole Aix-Marseille-Provence par des titres exécutoires n° 14/000427 du 24 novembre 2014 pour un montant de 1 235 500 euros, n° 15/000368 du 8 octobre 2015 pour un montant de 1 253 000 euros et n° 16/000100 du 19 septembre 2016 pour un montant de 1 261 000 euros. La métropole connaissant alors de façon certaine, par hypothèse, l’ensemble des éléments qui lui permettaient de poursuivre le recouvrement de ces créances, le délai de la prescription quinquennale instituée par l’article 2224 du code civil a commencé à courir à compter de la date d’émission des titres, pour expirer en principe, sauf cause interruptive, les 24 novembre 2019, 8 octobre 2020 et 19 septembre 2021. Les recours juridictionnels introduits par la SMA Vautubière devant le tribunal administratif de Marseille à l’encontre de ces titres les 2 mars 2015, 10 décembre 2015 et 16 novembre 2016 ont eu pour effet d’interrompre la prescription jusqu’à l’arrêt de la cour du 12 juillet 2021. Par suite, les créances litigieuses n’étaient pas prescrites lorsque, le 21 juillet 2022, le président de la métropole Aix-Marseille-Provence a émis les nouveaux titres de recette en litige dans la présente instance.
Sur la régularité des titres de recette contestés :
5. La SMA Vautubière reprend en appel les moyens, déjà invoqués en première instance, tirés de ce que M. X..., signataire des titres litigieux, n’avait pas la qualité d’ordonnateur de la métropole ni n’était investi d’une délégation de signature ou de compétence et, par ailleurs, n’était pas accrédité auprès du comptable public. Il y a lieu d’écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Marseille aux points 5 à 10 de son jugement.
Sur le bien-fondé des titres de recette contestés :
En ce qui concerne la méconnaissance de l’autorité de la chose jugée :
6. Ainsi qu’il a été dit au point 1, par un arrêt n° 18MA04329 du 12 juillet 2021, la cour administrative d’appel de Marseille a annulé les premiers titres exécutoires émis par la communauté d’agglomération Agglopole Provence en vue de recouvrer la redevance d’exploitation au titre des années 2014, 2015 et 2016 pour un motif de forme tiré du défaut de motivation de ces titres. Ce faisant, la cour a implicitement examiné et écarté les autres moyens soulevés par la société SMA Vautubière relatifs au bien-fondé des créances. Par suite, et alors même qu’elle a prononcé la décharge des sommes mentionnées sur les titres annulés, le motif de forme retenu n’impliquait pas l’extinction de la créance et laissait ouverte à l’administration la possibilité d’émettre de nouveaux titres exécutoires aux fins de régularisation. En conséquence, et comme l’a jugé à bon droit le tribunal administratif, le président de la métropole Aix-Marseille-Provence, en établissant et en rendant exécutoires les titres de recette en litige, n’a pas méconnu l’autorité de la chose jugée attachée à l’arrêt du 12 juillet 2021.
En ce qui concerne l’exception d’illicéité du contrat :
7. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l’exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l’exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d’office par lui, tenant au caractère illicite du contrat ou à un vice d’une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel.
8. Par ailleurs, le contenu d’un contrat ne présente un caractère illicite que si l’objet même du contrat, tel qu’il a été formulé par la personne publique contractante pour lancer la procédure de passation du contrat ou tel qu’il résulte des stipulations convenues entre les parties qui doivent être regardées comme le définissant, est, en lui-même, contraire à la loi, de sorte qu’en s’engageant pour un tel objet, le cocontractant de la personne publique la méconnaît nécessairement.
9. Aux termes des stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public en cause, dans sa rédaction initiale : « En contrepartie de l’utilisation des installations qui auront été mises à sa disposition, le délégataire reversera à la collectivité une somme de un million d’euros H.T. par an payable au plus tard le 15 décembre de l’année civile en cours. / La révision est annuelle et indexée sur la formule mentionnée à l’article 13. ». En vertu de l’article 12 de cette même convention : « Le délégataire reversera à la C.A. une redevance unitaire H.T. / tonne hors C.A. (…) ». Enfin, selon l’article 13 du bail emphytéotique administratif lié à la délégation de service public : « Ce bail sera consenti moyennant un loyer annuel hors taxes payable trimestriellement et d’avance dont le montant s’établira comme suit : - pour chacune des années de jouissance correspondant à la période d’exploitation : 100 000 euros / an (…) ».
10. En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales en vigueur jusqu’au 1er avril 2016 et aujourd’hui reprises par les dispositions des articles L. 3114-4 et L. 3114-5 du code de la commande publique : « Les montants et les modes de calcul des droits d’entrée et des redevances versées par le délégataire à la collectivité délégante doivent être justifiés dans ces conventions. Le versement par le délégataire de droits d’entrée à la collectivité délégante est interdit quand la délégation concerne l’eau potable, l’assainissement ou les ordures ménagères et autres déchets ».
11. L’omission dans le contrat de la justification des modes de calcul des droits d’entrée et des redevances versées par le délégataire ne donne pas un caractère illicite au contrat et n’affecte pas davantage les conditions dans lesquelles les deux parties ont donné leur consentement. Cette omission, qui peut au demeurant être régularisée, n’est pas de nature à justifier, en l’absence de toute autre circonstance particulière, que dans le cadre d’un litige entre les parties, l’application de ce contrat soit écartée. Par suite, et en l’absence de toute circonstance caractérisant une gravité particulière de ce vice, la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que les stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public devraient être écartées au motif qu’elles ne comportent pas de justification du mode de calcul de la redevance.
12. En second lieu, la société SMA Vautubière soutient que, depuis que le délégant a unilatéralement réduit le volume d’enfouissement des déchets par la délibération n° 183/12 du 8 octobre 2012, le montant de la redevance fixe est devenu disproportionné au regard des avantages qu’elle retire des biens et installations mis à sa disposition. Cette modification a, selon elle, bouleversé l’équilibre financier du contrat et vicié, a posteriori, les conditions dans lesquelles les parties avaient donné leur consentement. Cependant, la société SMA Vautubière ne démontre pas en quoi la réduction à 132 500 tonnes par an du tonnage susceptible d’être enfoui, décidée par la délibération en cause, au lieu des 160 000 tonnes par an initiaux, sans diminution du montant de la redevance fixe due depuis l’entrée en vigueur de la convention d’exploitation, entraînerait un bouleversement de l’équilibre financier du contrat. Elle ne produit pas davantage d’éléments précis de nature à démontrer que le montant de cette redevance, auquel s’ajoute le loyer, excéderait les avantages de tous ordres qu’elle retire de l’occupation du terrain, de son affectation à une activité autorisée de stockage de déchets et de l’utilisation des équipements. Au demeurant, il ressort de la convention d’exploitation initiale du 15 décembre 2005 que 83 000 tonnes de déchets par an étaient réservés à la communauté d’agglomération et à d’autres collectivités membres, et que le délégataire pouvait librement contracter avec les personnes extérieures à la communauté d’agglomération pour l’enfouissement de leurs déchets, à hauteur de 49 504 tonnes par an, conformément à son compte d’exploitation prévisionnel. Ainsi, les prévisions d’exploitation sur lesquelles reposait l’équilibre financier du contrat initial étaient fondées sur un tonnage annuel de 132 500 tonnes. Par suite, une telle modification unilatérale n’est pas susceptible de caractériser un vice de consentement a posteriori des parties, de nature à conduire à écarter le contrat.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif a rejeté sa demande. Par suite, ses conclusions aux fins d’annulation des titres exécutoires contestés doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence et en tout état de cause, de ses conclusions aux fins de décharge et de restitution des sommes versées assorties des intérêts légaux et de leur capitalisation.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative s’opposent à ce que la somme réclamée par la société SMA Vautubière sur leur fondement soit mise à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, au contraire, de mettre à la charge de la société SMA Vautubière le paiement à la métropole Aix-Marseille-Provence d’une somme de 2 000 euros, sur le fondement des mêmes dispositions, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société SMA Vautubière est rejetée.
Article 2 : La société SMA Vautubière versera à la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société SMA Vautubière, à la métropole Aix-Marseille-Provence et à la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2026.
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