Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-26MA00414
lundi 2 novembre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-26MA00414 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELARL SINDRES - AVOCATS MARSEILLE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société par actions simplifiée SMA Vautubière a demandé au tribunal administratif de Marseille, en premier lieu, d’annuler le titre exécutoire n° 22/300143 émis le 25 novembre 2022 par la présidente de la métropole d’Aix-Marseille-Provence en vue du recouvrement de la somme de 1 180 833,33 euros, correspondant à la redevance fixe stipulée par la convention de délégation de service public relative à l’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière au titre de l’année 2022, et d’enjoindre à la métropole d’Aix-Marseille-Provence de la décharger de l’obligation de payer la somme ainsi mise à sa charge.
Par un jugement n° 2300835 du 5 décembre 2025, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette opposition.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 6 février 2026, la société SMA Vautubière, représentée par Me Caviglioli, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du 5 décembre 2025 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d’annuler le titre exécutoire émis le 25 novembre 2022 ;
3°) de la décharger de l’obligation de payer la somme correspondante ;
4°) d’ordonner la restitution de cette somme avec intérêts de droit et capitalisation de intérêts ;
5°) de mettre à la charge de la métropole d’Aix-Marseille-Provence la somme de 6 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les premiers juges ont commis plusieurs erreurs de droit, de fait et dénaturations des pièces du dossier ;
- il n’est pas justifié de la régularité de la délégation de compétence conférée au signataire du titre contesté et de la publication d’une telle délégation, non plus que de l’agrément donné à ce signataire par le comptable public ;
- la clause stipulée à l’article 11 de la convention d’exploitation doit être écartée, dès lors, d’une part, que le défaut de justification de son mode de calcul a affecté les conditions dans lesquelles elle a donné son consentement et, d’autre part, que, compte tenu de l’évolution des conditions techniques de l’exploitation, son montant est devenu disproportionné au regard des avantages retirés de l’exploitation ;
- le montant du titre exécutoire est erroné, aucune redevance ne pouvant être due pour la période postérieure à l’expiration de la convention.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 2 avril 2026, la métropole d’Aix-Marseille-Provence, représentée par la SELARL Sindres, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société SMA Vautubière au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués par la société SMA Vautubière à l’appui de sa requête d’appel sont infondés.
Par une lettre en date du 31 mars 2026, la cour a informé les parties qu’il était envisagé d’inscrire l’affaire à une audience qui pourrait avoir lieu d’ici au 30 juin 2027, et que l’instruction était susceptible d’être close par une ordonnance à compter du 21 avril 2026.
Par ordonnance du 11 mai 2026, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2022-217 du 21 février 2022 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l’arrêté du 25 juillet 2013 fixant les modalités d’accréditation des ordonnateurs auprès des comptables publics assignataires en application de l’article 10 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Renaud Thielé, rapporteur ;
- les conclusions de M. François Point, rapporteur public ;
- et les observations de Me Caviglioli pour la société SMA Vautubière et celles de Me Chavalarias pour la métropole d’Aix-Marseille-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 27 septembre 2004, la communauté d’agglomération Salon-Etang de Berre-Durance, dite « Agglopole Provence », a décidé de procéder à l’attribution d’une délégation de service public relative à l’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière. Le 15 décembre 2005, cette collectivité a conclu avec la société SMA Environnement un bail emphytéotique administratif portant sur la mise à disposition du site ainsi qu’une convention d’exploitation de l’activité liée à ce premier contrat, l’exécution de cet ensemble contractuel étant confiée à la société SMA Vautubière. La présidente de la métropole d’Aix-Marseille-Provence a émis l’encontre de cette société, le 25 novembre 2022, un titre exécutoire en vue du recouvrement de la somme de 1 180 833,33 euros, correspondant à la redevance due, en vertu de l’article 11 de la convention de délégation, en contrepartie de l’utilisation des installations mises à sa disposition au titre de l’année 2022. Par le jugement attaqué, dont la société SMA Vautubière relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté son opposition à ce titre.
Sur les erreurs imputées aux premiers juges :
2. Eu égard à l’office du juge d’appel, qui est appelé à statuer, d’une part, sur la régularité de la décision des premiers juges et, d’autre part, sur le litige qui a été porté devant eux, les moyens tirés de ce que le tribunal administratif aurait commis des erreurs de droit et de fait ou dénaturé les pièces du dossier, sont inopérants.
Sur la régularité des titres exécutoires :
3. Les moyens tirés de l’incompétence et du défaut d’accréditation du directeur général des services de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, signataire du titre exécutoire attaqué, doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal aux points 2 à 6 de son jugement, les premiers juges ayant à bon droit retenu que le directeur général des services de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, signataire du titre contesté, était compétent en vertu d’un arrêté en date du 20 septembre 2022, régulièrement publié sur le site internet de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, et dûment accrédité.
Sur le bien-fondé du titre exécutoire :
4. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l’exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l’exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d’office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d’une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel. Le contenu d’un contrat ne présente un caractère illicite que si l’objet même du contrat, tel qu’il a été formulé par la personne publique contractante pour lancer la procédure de passation du contrat ou tel qu’il résulte des stipulations convenues entre les parties qui doivent être regardées comme le définissant, est, en lui-même, contraire à la loi.
5. Aux termes des stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public en cause, dans sa rédaction initiale : « En contrepartie de l’utilisation des installations qui auront été mises à sa disposition, le délégataire reversera à la collectivité une somme d’un million d’euros H.T. par an payable au plus tard le 15 décembre de l’année civile en cours. / La révision est annuelle et indexée sur la formule mentionnée à l’article 13. ».
6. En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales en vigueur jusqu’au 1er avril 2016 et aujourd’hui reprises par les dispositions des articles L. 3114-4 et L. 3114-5 du code de la commande publique : « Les montants et les modes de calcul des droits d’entrée et des redevances versées par le délégataire à la collectivité délégante doivent être justifiés dans ces conventions. Le versement par le délégataire de droits d’entrée à la collectivité délégante est interdit quand la délégation concerne l’eau potable, l’assainissement ou les ordures ménagères et autres déchets ».
7. L’omission dans le contrat de la justification des modes de calcul « des droits d’entrée et des redevances » versées par le délégataire, selon sa propre formulation, ne donne pas un caractère illicite au contrat et n’affecte pas davantage les conditions dans lesquelles les deux parties ont donné leur consentement à sa conclusion. Cette omission n’est donc pas de nature à justifier, en l’absence de toute autre circonstance particulière, que, dans le cadre d’un litige entre les parties contractantes, l’application de ce contrat soit écartée. Par suite, la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que les stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public devraient être écartées au motif qu’elles ne comportent pas de justification du mode de calcul des sommes devant être versées notamment à titre de redevance.
8. En deuxième lieu, la modification unilatérale des clauses techniques d’un contrat par l’administration ne peut avoir pour effet de regarder le consentement de son cocontractant comme vicié, dès lors que celui-ci dispose, en pareille hypothèse et en vertu des principes applicables aux contrats administratifs, d’un droit au rétablissement de l’équilibre financier du contrat.
9. Dès lors, la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que le consentement qu’elle a donné aux conditions financières de la convention de délégation de service public, et notamment au versement de la redevance stipulée à l’article 11 de cette convention, pourrait être affecté par la modification du contrat intervenue le 18 octobre 2012, qui a réduit substantiellement le tonnage susceptible d’être enfoui annuellement sur le site sans réduire corrélativement le montant de la redevance fixe. Pour les mêmes raisons, elle n’est pas fondée à soutenir que, compte tenu des nouvelles conditions techniques de l’exploitation, le montant de la redevance fixe revêtirait un caractère disproportionné au regard des avantages procurés.
10. En troisième lieu, la circonstance que la société SMA Vautubière n’ait pas été en mesure d’anticiper correctement le jeu de la clause de révision n’est pas davantage de nature à caractériser un vice de consentement ou une illicéité de cette clause.
11. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : « Nul ne peut, sans disposer d’un titre l’y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d’une personne publique mentionnée à l’article L. 1 ou l’utiliser dans des limites dépassant le droit d’usage qui appartient à tous ». Aux termes de l’article L. 2125-1 du même code : « Toute occupation ou utilisation du domaine public d’une personne publique mentionnée à l’article L. 1 donne lieu au paiement d’une redevance (…) ». Aux termes de l’article L. 2125-3 de ce code : « La redevance due pour l’occupation ou l’utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l’autorisation ». L’occupation sans droit ni titre d’une dépendance du domaine public constitue une faute commise par l’occupant qui l’oblige à réparer le dommage causé au gestionnaire de ce domaine par cette occupation irrégulière. Le gestionnaire du domaine public est fondé à réclamer à ce titre à l’occupant irrégulier une indemnité compensant les revenus qu’il aurait pu percevoir d’un occupant régulier pendant cette période. À cette fin, il doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l’occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l’occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu’aurait pu produire l’occupation régulière de la dépendance concernée du domaine public.
12. Il est constant que l’activité économique de la société SMA Vautubière s’est poursuivie au-delà du 19 septembre 2022 et qu’elle a ainsi continué, à compter de cette date, à exploiter le site de Vautubière sans droit ni titre. La métropole d’Aix-Marseille-Provence était dès lors fondée, en application des dispositions précitées du code de la propriété des personnes publiques, à lui réclamer les indemnités correspondant aux redevances qui auraient été appliquées en cas d’utilisation régulière du domaine public. Si, ainsi que l’a déjà jugé la cour, il résulte des stipulations du contrat que le versement de cette redevance est la contrepartie de l’affectation à cette société des équipements et installations présents sur les lieux au début de l’exécution du contrat, cette circonstance est sans incidence sur l’analyse faite ci-dessus, dès lors que ces actifs subsistent et continuent à pouvoir être utilisés pour générer des recettes. La société SMA Vautubière n’est dès lors pas fondée à soutenir qu’ils auraient été « amortis » pendant la période régulière d’exploitation.
13. En cinquième lieu, si la société requérante soutient que la redevance stipulée par l’article 11 de la convention de délégation de service public constituerait en réalité un droit d’entrée méconnaissant les dispositions précitées du code général des collectivités territoriales qui interdisent le versement d’un tel droit d’entrée lorsque le contrat porte sur les ordures ménagères et autres déchets, il résulte au contraire des stipulations du contrat, auxquelles ont souscrit les parties, que le versement de cette redevance n’est pas la contrepartie du droit exclusif d’exploitation confié à la société, mais trouve sa cause dans l’affectation à celle-ci des équipements et installations présents sur les lieux au début de l’exécution du contrat, dont cette redevance est la contrepartie. Cette somme n’est par ailleurs et en tout état de cause pas assimilable, contrairement à ce que soutient la requérante, à un droit d’entrée dès lors qu’elle n’a pas été versée lors de la conclusion du contrat mais qu’elle constitue un paiement récurrent prévu pour toute la durée d’exécution de la convention selon une fréquence annuelle. Dès lors, la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que la redevance fixe méconnaît les dispositions des articles L. 3114-4 et L. 3114-5 du code de la commande publique.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande pour le titre litigieux.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme quelconque soit mise à la charge de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y lieu au contraire de mettre à la charge de la société SMA Vautubière une somme de 2 000 euros à verser à la métropole d’Aix-Marseille-Provence sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société SMA Vautubière est rejetée.
Article 2 : La société SMA Vautubière versera à la métropole d’Aix-Marseille-Provence une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société SMA Vautubière et à la métropole d’Aix-Marseille-Provence.
Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2026.
Procédure contentieuse antérieure :
La société par actions simplifiée SMA Vautubière a demandé au tribunal administratif de Marseille, en premier lieu, d’annuler le titre exécutoire n° 22/300143 émis le 25 novembre 2022 par la présidente de la métropole d’Aix-Marseille-Provence en vue du recouvrement de la somme de 1 180 833,33 euros, correspondant à la redevance fixe stipulée par la convention de délégation de service public relative à l’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière au titre de l’année 2022, et d’enjoindre à la métropole d’Aix-Marseille-Provence de la décharger de l’obligation de payer la somme ainsi mise à sa charge.
Par un jugement n° 2300835 du 5 décembre 2025, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette opposition.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 6 février 2026, la société SMA Vautubière, représentée par Me Caviglioli, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du 5 décembre 2025 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d’annuler le titre exécutoire émis le 25 novembre 2022 ;
3°) de la décharger de l’obligation de payer la somme correspondante ;
4°) d’ordonner la restitution de cette somme avec intérêts de droit et capitalisation de intérêts ;
5°) de mettre à la charge de la métropole d’Aix-Marseille-Provence la somme de 6 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les premiers juges ont commis plusieurs erreurs de droit, de fait et dénaturations des pièces du dossier ;
- il n’est pas justifié de la régularité de la délégation de compétence conférée au signataire du titre contesté et de la publication d’une telle délégation, non plus que de l’agrément donné à ce signataire par le comptable public ;
- la clause stipulée à l’article 11 de la convention d’exploitation doit être écartée, dès lors, d’une part, que le défaut de justification de son mode de calcul a affecté les conditions dans lesquelles elle a donné son consentement et, d’autre part, que, compte tenu de l’évolution des conditions techniques de l’exploitation, son montant est devenu disproportionné au regard des avantages retirés de l’exploitation ;
- le montant du titre exécutoire est erroné, aucune redevance ne pouvant être due pour la période postérieure à l’expiration de la convention.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 2 avril 2026, la métropole d’Aix-Marseille-Provence, représentée par la SELARL Sindres, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société SMA Vautubière au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués par la société SMA Vautubière à l’appui de sa requête d’appel sont infondés.
Par une lettre en date du 31 mars 2026, la cour a informé les parties qu’il était envisagé d’inscrire l’affaire à une audience qui pourrait avoir lieu d’ici au 30 juin 2027, et que l’instruction était susceptible d’être close par une ordonnance à compter du 21 avril 2026.
Par ordonnance du 11 mai 2026, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2022-217 du 21 février 2022 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l’arrêté du 25 juillet 2013 fixant les modalités d’accréditation des ordonnateurs auprès des comptables publics assignataires en application de l’article 10 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Renaud Thielé, rapporteur ;
- les conclusions de M. François Point, rapporteur public ;
- et les observations de Me Caviglioli pour la société SMA Vautubière et celles de Me Chavalarias pour la métropole d’Aix-Marseille-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 27 septembre 2004, la communauté d’agglomération Salon-Etang de Berre-Durance, dite « Agglopole Provence », a décidé de procéder à l’attribution d’une délégation de service public relative à l’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière. Le 15 décembre 2005, cette collectivité a conclu avec la société SMA Environnement un bail emphytéotique administratif portant sur la mise à disposition du site ainsi qu’une convention d’exploitation de l’activité liée à ce premier contrat, l’exécution de cet ensemble contractuel étant confiée à la société SMA Vautubière. La présidente de la métropole d’Aix-Marseille-Provence a émis l’encontre de cette société, le 25 novembre 2022, un titre exécutoire en vue du recouvrement de la somme de 1 180 833,33 euros, correspondant à la redevance due, en vertu de l’article 11 de la convention de délégation, en contrepartie de l’utilisation des installations mises à sa disposition au titre de l’année 2022. Par le jugement attaqué, dont la société SMA Vautubière relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté son opposition à ce titre.
Sur les erreurs imputées aux premiers juges :
2. Eu égard à l’office du juge d’appel, qui est appelé à statuer, d’une part, sur la régularité de la décision des premiers juges et, d’autre part, sur le litige qui a été porté devant eux, les moyens tirés de ce que le tribunal administratif aurait commis des erreurs de droit et de fait ou dénaturé les pièces du dossier, sont inopérants.
Sur la régularité des titres exécutoires :
3. Les moyens tirés de l’incompétence et du défaut d’accréditation du directeur général des services de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, signataire du titre exécutoire attaqué, doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal aux points 2 à 6 de son jugement, les premiers juges ayant à bon droit retenu que le directeur général des services de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, signataire du titre contesté, était compétent en vertu d’un arrêté en date du 20 septembre 2022, régulièrement publié sur le site internet de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, et dûment accrédité.
Sur le bien-fondé du titre exécutoire :
4. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l’exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l’exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d’office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d’une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel. Le contenu d’un contrat ne présente un caractère illicite que si l’objet même du contrat, tel qu’il a été formulé par la personne publique contractante pour lancer la procédure de passation du contrat ou tel qu’il résulte des stipulations convenues entre les parties qui doivent être regardées comme le définissant, est, en lui-même, contraire à la loi.
5. Aux termes des stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public en cause, dans sa rédaction initiale : « En contrepartie de l’utilisation des installations qui auront été mises à sa disposition, le délégataire reversera à la collectivité une somme d’un million d’euros H.T. par an payable au plus tard le 15 décembre de l’année civile en cours. / La révision est annuelle et indexée sur la formule mentionnée à l’article 13. ».
6. En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales en vigueur jusqu’au 1er avril 2016 et aujourd’hui reprises par les dispositions des articles L. 3114-4 et L. 3114-5 du code de la commande publique : « Les montants et les modes de calcul des droits d’entrée et des redevances versées par le délégataire à la collectivité délégante doivent être justifiés dans ces conventions. Le versement par le délégataire de droits d’entrée à la collectivité délégante est interdit quand la délégation concerne l’eau potable, l’assainissement ou les ordures ménagères et autres déchets ».
7. L’omission dans le contrat de la justification des modes de calcul « des droits d’entrée et des redevances » versées par le délégataire, selon sa propre formulation, ne donne pas un caractère illicite au contrat et n’affecte pas davantage les conditions dans lesquelles les deux parties ont donné leur consentement à sa conclusion. Cette omission n’est donc pas de nature à justifier, en l’absence de toute autre circonstance particulière, que, dans le cadre d’un litige entre les parties contractantes, l’application de ce contrat soit écartée. Par suite, la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que les stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public devraient être écartées au motif qu’elles ne comportent pas de justification du mode de calcul des sommes devant être versées notamment à titre de redevance.
8. En deuxième lieu, la modification unilatérale des clauses techniques d’un contrat par l’administration ne peut avoir pour effet de regarder le consentement de son cocontractant comme vicié, dès lors que celui-ci dispose, en pareille hypothèse et en vertu des principes applicables aux contrats administratifs, d’un droit au rétablissement de l’équilibre financier du contrat.
9. Dès lors, la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que le consentement qu’elle a donné aux conditions financières de la convention de délégation de service public, et notamment au versement de la redevance stipulée à l’article 11 de cette convention, pourrait être affecté par la modification du contrat intervenue le 18 octobre 2012, qui a réduit substantiellement le tonnage susceptible d’être enfoui annuellement sur le site sans réduire corrélativement le montant de la redevance fixe. Pour les mêmes raisons, elle n’est pas fondée à soutenir que, compte tenu des nouvelles conditions techniques de l’exploitation, le montant de la redevance fixe revêtirait un caractère disproportionné au regard des avantages procurés.
10. En troisième lieu, la circonstance que la société SMA Vautubière n’ait pas été en mesure d’anticiper correctement le jeu de la clause de révision n’est pas davantage de nature à caractériser un vice de consentement ou une illicéité de cette clause.
11. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : « Nul ne peut, sans disposer d’un titre l’y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d’une personne publique mentionnée à l’article L. 1 ou l’utiliser dans des limites dépassant le droit d’usage qui appartient à tous ». Aux termes de l’article L. 2125-1 du même code : « Toute occupation ou utilisation du domaine public d’une personne publique mentionnée à l’article L. 1 donne lieu au paiement d’une redevance (…) ». Aux termes de l’article L. 2125-3 de ce code : « La redevance due pour l’occupation ou l’utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l’autorisation ». L’occupation sans droit ni titre d’une dépendance du domaine public constitue une faute commise par l’occupant qui l’oblige à réparer le dommage causé au gestionnaire de ce domaine par cette occupation irrégulière. Le gestionnaire du domaine public est fondé à réclamer à ce titre à l’occupant irrégulier une indemnité compensant les revenus qu’il aurait pu percevoir d’un occupant régulier pendant cette période. À cette fin, il doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l’occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l’occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu’aurait pu produire l’occupation régulière de la dépendance concernée du domaine public.
12. Il est constant que l’activité économique de la société SMA Vautubière s’est poursuivie au-delà du 19 septembre 2022 et qu’elle a ainsi continué, à compter de cette date, à exploiter le site de Vautubière sans droit ni titre. La métropole d’Aix-Marseille-Provence était dès lors fondée, en application des dispositions précitées du code de la propriété des personnes publiques, à lui réclamer les indemnités correspondant aux redevances qui auraient été appliquées en cas d’utilisation régulière du domaine public. Si, ainsi que l’a déjà jugé la cour, il résulte des stipulations du contrat que le versement de cette redevance est la contrepartie de l’affectation à cette société des équipements et installations présents sur les lieux au début de l’exécution du contrat, cette circonstance est sans incidence sur l’analyse faite ci-dessus, dès lors que ces actifs subsistent et continuent à pouvoir être utilisés pour générer des recettes. La société SMA Vautubière n’est dès lors pas fondée à soutenir qu’ils auraient été « amortis » pendant la période régulière d’exploitation.
13. En cinquième lieu, si la société requérante soutient que la redevance stipulée par l’article 11 de la convention de délégation de service public constituerait en réalité un droit d’entrée méconnaissant les dispositions précitées du code général des collectivités territoriales qui interdisent le versement d’un tel droit d’entrée lorsque le contrat porte sur les ordures ménagères et autres déchets, il résulte au contraire des stipulations du contrat, auxquelles ont souscrit les parties, que le versement de cette redevance n’est pas la contrepartie du droit exclusif d’exploitation confié à la société, mais trouve sa cause dans l’affectation à celle-ci des équipements et installations présents sur les lieux au début de l’exécution du contrat, dont cette redevance est la contrepartie. Cette somme n’est par ailleurs et en tout état de cause pas assimilable, contrairement à ce que soutient la requérante, à un droit d’entrée dès lors qu’elle n’a pas été versée lors de la conclusion du contrat mais qu’elle constitue un paiement récurrent prévu pour toute la durée d’exécution de la convention selon une fréquence annuelle. Dès lors, la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que la redevance fixe méconnaît les dispositions des articles L. 3114-4 et L. 3114-5 du code de la commande publique.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande pour le titre litigieux.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme quelconque soit mise à la charge de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y lieu au contraire de mettre à la charge de la société SMA Vautubière une somme de 2 000 euros à verser à la métropole d’Aix-Marseille-Provence sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société SMA Vautubière est rejetée.
Article 2 : La société SMA Vautubière versera à la métropole d’Aix-Marseille-Provence une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société SMA Vautubière et à la métropole d’Aix-Marseille-Provence.
Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2026.
Décisions similaires
CAA13plein contentieux
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-26MA03058
02/11/2026
CAA13plein contentieux
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-26MA02181
02/11/2026
CAA13plein contentieux
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA03311
02/11/2026
CAA13plein contentieux
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA02596
02/11/2026