Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-26MA03058

lundi 2 novembre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-26MA03058
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BRIAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par ordonnance n° 2312024 du 17 septembre 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a prescrit, à la demande du Syndicat mixte des traversées du delta du Rhône une expertise à l’effet de déterminer, au contradictoire de la société Wärtsilä France, les solutions techniques propres à remédier aux désordres affectant les dispositifs de propulsion du bac dénommé Barcarin 5, d’évaluer le coût et la durée des travaux nécessaires et de fournir tous éléments utiles permettant d’apprécier l’étendue des préjudices subis par le syndicat mixte.

Par décision du 27 aout 2026, prise sur le fondement de l’article R. 621-7-1 du code de justice administrative, le magistrat du tribunal administratif de Marseille chargé du suivi des opérations d’expertise a mis en demeure la société Wärtsilä France de communiquer à l’expert, M. S... Z..., divers documents (modèle de conception assistée par ordinateur complet du skid ou plans de conception détaillés, accompagnés des caractéristiques des équipements installés : masses, position des centres de gravité, caractéristiques mécaniques, etc. ; géométrie détaillée des arbres : diamètres, longueurs, rayons, etc. ; position des différents composants montés sur les arbres : roulements, accouplements, entretoises, etc. ; caractéristiques des matériaux ; conditions de fonctionnement retenues pour le dimensionnement : couples, vitesses de rotation, efforts appliqués, spectres de charge, etc. ; spécifications relatives aux tolérances de lignage et aux désalignements admissibles pour chacune des interfaces concernées de la ligne cinématique de chaque groupe propulsif installé sur skid) ou de justifier, à défaut, des raisons faisant obstacle à leur transmission, cela avant le 20 septembre 2026, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2026, la société Wärtsilä France, représentée par Me Briand, demande à la cour d’annuler cette décision du magistrat chargé du suivi des opérations d’expertise.

Elle soutient que :
- comme elle l’avait indiqué dans le cadre de la précédente expertise et comme elle l’a de nouveau expliqué à l’occasion d’une réunion d’expertise du 5 mai 2026 puis par dire à l’expert du 5 juin 2026, les pièces demandées, sans doute transmises à l’époque à la Société des Établissements Merré (SEEM), n’ont pu être retrouvées ;
- l’astreinte est injustifiée dès lors qu’elle se trouve ainsi dans l’incapacité matérielle de satisfaire à l’injonction du juge des référés, et ne manifeste à cet égard aucune volonté de résistance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 17 septembre 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a prescrit, à la demande du Syndicat mixte des traversées du delta du Rhône, une expertise à l’effet de déterminer, au contradictoire de la société Wärtsilä France, les solutions techniques propres à remédier aux désordres affectant les dispositifs de propulsion du bac « Barcarin 5 », d’évaluer le coût et la durée des travaux nécessaires et de fournir tous éléments utiles permettant d’apprécier l’étendue des préjudices subis par le syndicat mixte. Par courriel du 24 août 2026, l’expert désigné, M. Z..., a sollicité l’assistance de la juridiction pour obtenir de la société Wärtsilä France la production de documents qu’il estimait nécessaires à l’accomplissement de sa mission (modèle de conception assistée par ordinateur complet du skid ou plans de conception détaillés, accompagnés des caractéristiques des équipements installés : masses, position des centres de gravité, caractéristiques mécaniques, etc. ; géométrie détaillée des arbres : diamètres, longueurs, rayons, etc. ; position des différents composants montés sur les arbres : roulements, accouplements, entretoises, etc. ; caractéristiques des matériaux ; conditions de fonctionnement retenues pour le dimensionnement : couples, vitesses de rotation, efforts appliqués, spectres de charge, etc. ; spécifications relatives aux tolérances de lignage et aux désalignements admissibles pour chacune des interfaces concernées de la ligne cinématique de chaque groupe propulsif installé sur skid). Déférant à cette demande, le magistrat en charge du suivi des opérations d’expertise a mis en demeure la société Wärtsilä France de communiquer à l’expert les documents réclamés ou de justifier, à défaut, des raisons faisant obstacle à leur transmission, cela avant le 20 septembre 2026, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard. La société Wärtsila France demande à la cour d’annuler cette décision.

2. Aux termes de l’article R. 621-7-1 du code de justice administrative : « Les parties doivent remettre sans délai à l’expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l’accomplissement de sa mission. / En cas de carence des parties, l’expert en informe le président de la juridiction qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, peut ordonner la production des documents, s’il y a lieu sous astreinte, autoriser l’expert à passer outre, ou à déposer son rapport en l’état ». La décision par laquelle le président du tribunal administratif ou le magistrat qu’il désigne pour assurer le suivi des opérations d’expertise enjoint à une partie, le cas échéant sous astreinte, de remettre à l’expert les documents nécessaires à l’accomplissement de sa mission présente, compte tenu de son objet et de ses effets, un caractère juridictionnel.

3. La société Wärtsilä France soutient que l’injonction sous astreinte que lui adresse la décision attaquée la soumet à une formalité impossible, dès lors qu’en dépit de ses recherches, elle n’a pu retrouver les documents réclamés par M. Z.... Toutefois, ainsi qu’il a été dit, cette décision envisage expressément l’hypothèse de l’impossibilité pour cette société de communiquer à l’expert tout ou partie des pièces ou informations en cause, en lui imposant alors d’en justifier. Il appartient en ce cas à la société Wärtsilä France d’adresser à l’expert et au magistrat chargé du suivi des opérations d’expertise tous documents propres à attester de ses vaines diligences, tels qu’un constat de commissaire de justice, des attestations de salariés ou anciens salariés, une déclaration sur l’honneur de son dirigeant, les justificatifs de démarches effectuées auprès de tiers, notamment la Société des Établissements Merré (SEEM), entreprise de chantier naval à laquelle elle dit avoir jadis confié les études de conception recherchées, etc. Dès lors que la décision en litige offre une telle alternative à la société Wärtsilä France, elle ne saurait être regardée comme procédant d’une inexacte application de l’article R. 621-7-1 précité du code de justice administrative.

4. Il résulte de ce qui précède que la société Wärtsila France n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Marseille pour assurer le suivi des opérations d’expertise du 27 août 2026.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de la société Wärtsila France est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Wärtsila France, au Syndicat mixte des traversées du delta du Rhône, à la Société des Établissements Merré (SEEM), à la société Voith Turbo, à la société SKF France et à M. S... Z..., expert.


Fait à Marseille, le 2 novembre 2026.