Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-25MA03310

lundi 2 novembre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-25MA03310
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL MAUDUIT LOPASSO GOIRAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme R... V... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler la décision, en date du 9 juin 2023, par laquelle le recteur de l’académie d’Aix-Marseille a refusé de reconnaître l’imputabilité au service de sa maladie.

Par un jugement n° 2400234 du 30 septembre 2025, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2025, Mme V..., représentée par Me Goirand (Sinclair Avocats), demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer si sa maladie est imputable au service ;

3°) d’annuler la décision du recteur de l’académie d’Aix-Marseille du 9 juin 2023 ;

4°) d’enjoindre au rectorat de l’académie d’Aix-Marseille de reconnaître l’imputabilité au service de sa maladie ;

5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- le jugement est insuffisamment motivé dès lors qu’il n’a pas pris en compte une grande partie des pièces qu’elle avait produites ;
- une expertise avant dire droit est utile ;
- la décision du recteur est entachée d’erreur d’appréciation dès lors que le taux d’incapacité permanente partielle de 5 % retenu par l’administration ne correspond pas à l’état dépressif dont elle souffre.

Le rectorat de l’académie d’Aix-Marseille n’a pas produit d’observations en défense.

Par une lettre du 7 janvier 2026, la cour a informé les parties qu’il était envisagé d’inscrire l’affaire à une audience qui pourrait avoir lieu d’ici le 31 décembre 2026 et que l’instruction était susceptible d’être close par ordonnance à compter du 29 janvier 2026.

Par une ordonnance du 30 janvier 2026, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
• le rapport de Mme Célie Simeray, rapporteure ;
• les conclusions de M. François Point, rapporteur public ;
• les observations de Me Disperati, représentant Mme V....

Mme V... a produit une note en délibéré le 12 octobre 2026.

Considérant ce qui suit :

1. Mme V..., professeure certifiée exerçant les fonctions de documentaliste, était détachée à l’Université de Lyon entre octobre 2017 et le 1er septembre 2020, avant d’être affectée au collège les Amandeirets à Châteauneuf-les-Martigues, au sein de l’académie d’Aix-Marseille, jusqu’en juin 2023. Elle a été placée, par un arrêté du recteur de l’académie de Lyon du 9 juin 2020, en congé de longue maladie non imputable au service du 25 juin 2019 au 24 juin 2020, puis en congé de longue durée non imputable au service du 25 juin 2020 au 24 septembre 2022, lequel a été prolongé jusqu’au 24 mars 2023. Le 16 juin 2022, elle a sollicité la reconnaissance d’une maladie professionnelle à compter du 26 juin 2019. Par une décision du 9 juin 2023, après avis défavorable du conseil médical départemental émis le 6 juin 2023, le recteur de l’académie d’Aix-Marseille a refusé de reconnaître sa maladie imputable au service. Par le jugement attaqué, dont Mme V... relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cette décision.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Aux termes de l’article L. 9 du code de justice administrative : « Les jugements sont motivés. ».

3. Les premiers juges, qui n’étaient pas tenus de faire état dans les énonciations de leur jugement de l’ensemble des pièces transmises par la requérante, ont suffisamment détaillé, au point 5 de celui-ci, les raisons pour lesquelles ils ont estimé que la pathologie dont souffre Mme V... n’est pas imputable au service. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation du jugement ne peut qu’être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. Aux termes des dispositions de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable, désormais codifié à l’article L. 822-20 du code général de la fonction publique : « IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d’exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu’elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu’elle est directement causée par l’exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu’elle est essentiellement et directement causée par l’exercice des fonctions et qu’elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d’État ». Aux termes de l’article 47-8 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l’organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d’aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : « Le taux d’incapacité permanente servant de seuil pour l’application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l’article R. 461-8 du code de la sécurité sociale (...) ». Ce taux d’incapacité est fixé à 25 % par l’article R. 461-8 du code de la sécurité sociale.

5. Il résulte de ces dispositions que, dans l’hypothèse où le mécanisme de présomption prévu par le premier alinéa de l’article L. 822-20 du code général de la fonction publique ne peut être retenu, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l’exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu’un fait personnel de l’agent ou toute autre circonstance particulière conduise à détacher la survenance ou l’aggravation de la maladie du service, et sous réserve que l’agent présente un taux d’incapacité d’au moins 25 %.

6. Il n’est pas contesté que le syndrome anxio-dépressif dont souffre Mme V... ne relève pas des tableaux de maladie professionnelle mentionnés aux articles L. 461-1 du code de la sécurité sociale et qu’elle ne peut donc bénéficier de la présomption prévue par le premier alinéa de l’article L. 822-20 du code général de la fonction publique.

7. Le psychiatre agréé qui a réalisé, le 22 novembre 2022, l’expertise diligentée dans le cadre de l’instruction de la demande de reconnaissance d’imputabilité au service de la maladie de Mme V... retient un état antérieur entretenant le symptôme, lequel évolue pour son propre compte et considère que la pathologie de l’intéressée est consolidée au 1er septembre 2020, avec un taux d’incapacité permanente partielle de 5 %. Si Mme V... conteste le taux d’incapacité permanente partielle retenu par cette expertise, elle ne saurait utilement se prévaloir, au soutien de cette contestation, de la durée de son arrêt de travail, cet élément étant par lui-même sans incidence sur la détermination du taux d’incapacité permanente partielle. L’appelante se prévaut également d’un courrier du médecin de prévention en date du 8 janvier 2020, faisant suite à un rendez-vous téléphonique, indiquant que « le tableau de stress post traumatique ++ relevant d’un accident de service (…) pourrait donner droit à un congé longue maladie », du certificat médical établi par son psychiatre le 22 avril 2020, qui évoque une « dépression grave » nécessitant un « suivi thérapeutique sur le long cours », d’une expertise réalisée le 9 mai 2020 dans le cadre de sa demande de congé longue maladie, indiquant que « sa pathologie relève d’un congé longue maladie », ainsi que d’une expertise médicale réalisée le 21 janvier 2021 dans le cadre de la prolongation de son congé longue durée, laquelle conclut à un « état dépressif très sévère névrotico-réactionnel toujours en évolution ». Mme V... invoque enfin la reconnaissance de son statut de travailleur handicapé, le 16 janvier 2020, par la maison départementale des personnes handicapées. Toutefois, outre que ces documents ont été pris en compte par l’expert psychiatre dans son appréciation de l’état de santé de la requérante le 22 novembre 2022, ils ne chiffrent pas le taux d’incapacité permanente partielle de l’intéressée. Ainsi, aucun de ces éléments médicaux n’est de nature à contredire le taux d’incapacité permanente partielle retenu par l’expertise du 22 novembre 2022, sur lequel s’est fondé l’administration pour rejeter sa demande de reconnaissance de maladie imputable au service.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’ordonner avant-dire droit une nouvelle expertise, que Mme V... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d’annulation doivent donc être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d’injonction ainsi que de celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme V... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme R... V... et au ministre de l’éducation nationale.

Copie en sera adressée au recteur de l’académie d’Aix-Marseille.

Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :

- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2026.