Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-26MA00413

lundi 2 novembre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-26MA00413
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL SINDRES - AVOCATS MARSEILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société par actions simplifiée SMA Vautubière a demandé au tribunal administratif de Marseille, en premier lieu, d’annuler les titres exécutoires nos 23/300034, 23/300035 et 23/300036 émis le 9 octobre 2023 par la présidente de la métropole d’Aix-Marseille-Provence en vue du recouvrement des sommes de, respectivement, 1 326 000 euros, de 1 359 000 euros et de 1 371 000 euros correspondant à la redevance fixe stipulée par la convention de délégation de service public relative à l’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière au titre des années 2019, 2020 et 2021, et d’enjoindre à la métropole d’Aix-Marseille-Provence de la décharger de l’obligation de payer les sommes ainsi mises à sa charge.

Par un jugement n° 2311642 du 5 décembre 2025, le tribunal administratif de Marseille a rejeté ces oppositions.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 6 février 2026, la société SMA Vautubière, représentée par Me Caviglioli, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement du 5 décembre 2025 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d’annuler les trois titres exécutoires émis le 9 octobre 2023 ;

3°) de la décharger de l’obligation de payer les sommes correspondantes ;

4°) d’ordonner la restitution de ces sommes avec intérêts de droit et capitalisation des intérêts ;

5°) de mettre à la charge de la métropole d’Aix-Marseille-Provence la somme de 6 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les premiers juges ont commis plusieurs erreurs de droit, de fait et dénaturations des pièces du dossier ;
- il n’est pas justifié de la régularité de la délégation de compétence conférée au signataire des titres contestés, non plus que de l’agrément qui lui aurait été donné par le comptable public ;
- la clause stipulée à l’article 11 de la convention d’exploitation doit être écartée, dès lors, d’une part, que le défaut de justification de son mode de calcul a affecté les conditions dans lesquelles elle a donné son consentement et, d’autre part, que, compte tenu de l’évolution des conditions techniques de l’exploitation, son montant est devenu disproportionné au regard des avantages retirés de l’exploitation.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 2 avril 2026, la métropole d’Aix-Marseille-Provence, représentée par la SELARL Sindres, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société SMA Vautubière au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués par la société SMA Vautubière à l’appui de sa requête d’appel sont infondés.

Par une lettre en date du 31 mars 2026, la cour a informé les parties qu’il était envisagé d’inscrire l’affaire à une audience qui pourrait avoir lieu d’ici au 30 juin 2027, et que l’instruction était susceptible d’être close par une ordonnance à compter du 21 avril 2026.

Par ordonnance du 11 mai 2026, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2022-217 du 21 février 2022 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l’arrêté du 25 juillet 2013 fixant les modalités d’accréditation des ordonnateurs auprès des comptables publics assignataires en application de l’article 10 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Renaud Thielé, rapporteur ;
- les conclusions de M. François Point, rapporteur public ;
- les observations de Me Caviglioli pour la société SMA Vautubière et celles de Me Chavalarias pour la métropole d’Aix-Marseille-Provence.


Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 27 septembre 2004, la communauté d’agglomération Salon-Etang de Berre-Durance, dite « Agglopole Provence », a décidé de procéder à l’attribution d’une délégation de service public relative à l’exploitation du centre de déchets par enfouissement de la Vautubière. Le 15 décembre 2005, cette collectivité a conclu avec la société SMA Environnement un bail emphytéotique administratif portant sur la mise à disposition du site ainsi qu’une convention d’exploitation de l’activité liée à ce premier contrat, l’exécution de cet ensemble contractuel étant confiée à la société SMA Vautubière. Par trois titres exécutoires émis, pour les deux premiers le 31 décembre 2020 et pour le troisième le 22 novembre 2021, la présidente de la métropole d’Aix-Marseille-Provence a constitué la société SMA Vautubière débitrice des sommes de, respectivement, 1 326 000, 1 359 000 et 1 371 000 euros correspondant à la redevance due, en vertu de l’article 11 de la convention de délégation, en contrepartie de l’utilisation des installations mises à sa disposition au titre des années 2019, 2020 et 2021. Par un jugement nos 2103307, 2200429 du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Marseille a annulé ces trois titres pour incompétence de leur auteur. La métropole a alors émis à nouveau, le 9 octobre 2023, trois titres exécutoires n° 23/300034, 23/300035 et 23/300036 en vue du recouvrement des trois mêmes sommes. Par le jugement attaqué, dont la société SMA Vautubière relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté ses oppositions à ces trois titres.

Sur les erreurs imputées aux premiers juges :

2. Eu égard à l’office du juge d’appel, qui est appelé à statuer, d’une part, sur la régularité de la décision des premiers juges et, d’autre part, sur le litige qui a été porté devant eux, les moyens tirés de ce que le tribunal administratif aurait commis des erreurs de droit et de fait ou dénaturé les pièces du dossier, sont inopérants.

Sur la régularité des titres exécutoires :

3. Les moyens tirés de l’incompétence et du défaut d’accréditation du directeur général des services de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, signataire des titres exécutoires attaqués, doivent être écartés par adoption des motifs retenus par le tribunal aux points 1 (bis) à 5 de son jugement, les premiers juges ayant à bon droit retenu que le directeur général des services de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, signataire des titres contestés, était compétent en vertu non pas de l’arrêté de délégation du 1er juillet 2022 invoqué en défense, mais d’un arrêté en date du 8 juin 2023, régulièrement publié sur le site internet de la métropole d’Aix-Marseille-Provence et dont, compte tenu de son caractère réglementaire et dûment publié, le juge pouvait tenir compte sans que cette pièce ait été versée aux débats.

Sur le bien-fondé des titres exécutoires :

4. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l’exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l’exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d’office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d’une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel. Le contenu d’un contrat ne présente un caractère illicite que si l’objet même du contrat, tel qu’il a été formulé par la personne publique contractante pour lancer la procédure de passation du contrat ou tel qu’il résulte des stipulations convenues entre les parties qui doivent être regardées comme le définissant, est, en lui-même, contraire à la loi.

5. Aux termes des stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public en cause, dans sa rédaction initiale : « En contrepartie de l’utilisation des installations qui auront été mises à sa disposition, le délégataire reversera à la collectivité une somme d’un million d’euros H.T. par an payable au plus tard le 15 décembre de l’année civile en cours. / La révision est annuelle et indexée sur la formule mentionnée à l’article 13. ».

6. En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales en vigueur jusqu’au 1er avril 2016 et aujourd’hui reprises par les dispositions des articles L. 3114-4 et L. 3114-5 du code de la commande publique : « Les montants et les modes de calcul des droits d’entrée et des redevances versées par le délégataire à la collectivité délégante doivent être justifiés dans ces conventions. Le versement par le délégataire de droits d’entrée à la collectivité délégante est interdit quand la délégation concerne l’eau potable, l’assainissement ou les ordures ménagères et autres déchets ».

7. L’omission dans le contrat de la justification des modes de calcul « des droits d’entrée et des redevances » versées par le délégataire, selon sa propre formulation, ne donne pas un caractère illicite au contrat et n’affecte pas davantage les conditions dans lesquelles les deux parties ont donné leur consentement à sa conclusion. Cette omission n’est donc pas de nature à justifier, en l’absence de toute autre circonstance particulière, que, dans le cadre d’un litige entre les parties contractantes, l’application de ce contrat soit écartée. La société SMA Vautubière n’est donc pas fondée à soutenir que les stipulations de l’article 11 de la convention de délégation de service public devraient être écartées au motif qu’elles ne comportent pas de justification du mode de calcul des sommes devant être versées notamment à titre de redevance.

8. En deuxième lieu, la modification unilatérale des clauses techniques d’un contrat par l’administration ne peut avoir pour effet de regarder le consentement de son cocontractant comme vicié, dès lors que celui-ci dispose, en pareille hypothèse et en vertu des principes applicables aux contrats administratifs, d’un droit au rétablissement de l’équilibre financier du contrat.

9. Dès lors, la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que le consentement qu’elle a donné aux conditions financières de la convention de délégation de service public, et notamment au versement de la redevance stipulée à l’article 11 de cette convention, pourrait être affecté par la modification du contrat intervenue le 18 octobre 2012, qui a réduit substantiellement le tonnage susceptible d’être enfoui annuellement sur le site sans réduire corrélativement le montant de la redevance fixe. Pour les mêmes raisons, elle n’est pas fondée à soutenir que, compte tenu des nouvelles conditions techniques de l’exploitation, le montant de la redevance fixe revêtirait un caractère disproportionné au regard des avantages procurés.

10. En troisième lieu, la circonstance que la société SMA Vautubière n’ait pas été en mesure d’anticiper correctement le jeu de la clause de révision n’est pas davantage de nature à caractériser un vice de consentement ou une illicéité de cette clause.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société SMA Vautubière n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté ses demandes pour les titres litigieux.

En ce qui concerne les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme quelconque soit mise à la charge de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y lieu au contraire de mettre à la charge de la société SMA Vautubière une somme de 2 000 euros à verser à la métropole d’Aix-Marseille-Provence sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société SMA Vautubière est rejetée.

Article 2 : La société SMA Vautubière versera à la métropole d’Aix-Marseille-Provence une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société SMA Vautubière et à la métropole d’Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l’audience du 12 octobre 2026, où siégeaient :

- M. David Zupan, président,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Célie Simeray, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 novembre 2026.