Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-26MA02875

lundi 2 novembre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-26MA02875
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantVIALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. T... G... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté du 5 novembre 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par une ordonnance n° 2515786 du 26 mai 2026, la présidente de la 7ème chambre du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2026, M. G..., représenté par Me Viale, demande à la cour :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’ordonner, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du 5 novembre 2025, jusqu’à ce qu’il soit statué sur le fond de sa demande ;

3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou à tout le moins un récépissé, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Viale, sur le fondement de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que le délai de départ volontaire de trente jours assigné par l'arrêté du 5 novembre 2025 est expiré de sorte que l'obligation de quitter le territoire est susceptible d'être mise à exécution à tout moment et que la perspective de cette mise à exécution immédiate caractérise, à elle seule, la situation d'urgence ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de l’arrêté attaqué dès lors que :
- en lui refusant le certificat de résidence auquel il pouvait prétendre de plein droit, le préfet a méconnu l'article 6, 1) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ce dont il résulte que l'obligation de quitter le territoire, qui procède exclusivement de ce refus, se trouve privée de base légale ;
- les stipulations de l’article 6 5) de cet accord et celles de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
- le préfet a entaché sa décision d’une erreur de fait quant à la durée de sa présence en France.

Vu la requête enregistrée sous le n° 26MA02876 par laquelle M. G... a demandé l’annulation de l’ordonnance n° 2515786 du 26 mai 2026 de la présidente de la 7ème du tribunal administratif de Marseille et de l’arrêté du 5 novembre 2025 du préfet des Bouches-du-Rhône.

M. G... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle par une décision du 25 septembre 2026.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;

Le président de la cour administrative d’appel de Marseille a désigné Mme Menasseyre, présidente de la 5ème chambre, pour statuer en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 5 novembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône, saisi d’une demande de certificat de résidence présentée le 7 novembre 2024 par M. G..., ressortissant algérien, au titre de sa vie privée et familiale, a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire dans les trente jours et lui a interdit de retourner en France pour une durée d’un an à compter de l’exécution de cette obligation. M. G... qui a relevé appel de l’ordonnance du 26 mai 2026 par laquelle la présidente de la 7ème chambre du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ce dernier arrêté, demande que son exécution soit suspendue dans l’attente de l’arrêt à intervenir.

2. M. G... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle par une décision du 25 septembre 2026. Par suite, ses conclusions tendant à obtenir l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

3. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision (…) lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, (…) qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

4. Eu égard aux caractéristiques particulières de la procédure organisée par les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le ressortissant étranger qui fait appel du jugement rejetant sa demande tendant à l’annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n’est, en principe, pas recevable à demander au juge des référés de la cour, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de cette décision. Une obligation de quitter le territoire français n’est justiciable d’une procédure de référé suspension que dans le cas où les mesures par lesquelles il est procédé à l’exécution d’une telle décision comportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait depuis son intervention, excèdent le cadre qu’implique normalement sa mise à exécution. Ne saurait tenir lieu de telles circonstances la mise à exécution de la mesure d’éloignement après que la juridiction de première instance a statué, le référé institué par l’article précité L. 521-1 du code de justice administrative n’ayant pas pour objet de ménager en faveur du justiciable qui relève appel d’un jugement ayant rejeté son recours contre une obligation de quitter le territoire français, un effet suspensif que les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et R. 776-1 et suivants du code de justice administrative n’ont pas prévu.

5. A l’appui de ses conclusions relatives à l’obligation de quitter le territoire français, l’intéressé invoque l’expiration du délai imparti pour quitter volontairement la France et la perspective d’un éloignement forcé, indiquant en particulier qu’elle aurait pour effet d’entraîner la perte de l’emploi salarié qu’il exerce et une rupture des liens tissés en France, mais sans faire état d’aucun élément nouveau dans sa situation personnelle, ni changement de circonstances de fait ou de droit de nature à démontrer que la mise à exécution de cette mesure emporterait des effets excédant ceux qui s’y attachent normalement. M. G... ne fait état d’aucune mise à exécution de la mesure d’éloignement ni même d’une assignation à résidence. Il ne fait ainsi valoir aucune circonstance excédant le cadre qu’implique normalement la mise à exécution de la mesure d’éloignement prise à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône et n’est pas recevable à demander au juge des référés de la cour, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l’exécution de la décision l’obligeant à quitter le territoire.



Sur le refus de titre de séjour :

6. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. En l’espèce, faute pour l’intéressé de justifier de circonstances particulières autres que celles dont il a déjà fait état s’agissant de la mesure d’éloignement, qui caractériseraient la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité du refus de titre de séjour, l’urgence au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme établie. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de l’arrêté contesté en tant qu’il porte refus de titre de séjour ne peuvent être accueillies.

7. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter, sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, la requête de M. G... en toutes ses conclusions.


O R D O N N E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande de M. G... tendant à son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. G... est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. T... G....

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.


Fait à Marseille, le 2 novembre 2026.