Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-26TL00404
lundi 2 novembre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-26TL00404 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | BACHET NOÉMIE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme I... D... a demandé au tribunal administratif de Toulouse d’annuler l’arrêté du 7 février 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2502213 du 24 septembre 2025, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 18 février 2026, Mme D..., représentée par Me Bachet, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 février 2025 ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’un défaut de motivation en fait en violation des dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l’administration et d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familial tel que protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d’un défaut de motivation en fait ;
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est justifiée par la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français, qui est illégale ;
- elle porte atteinte à son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants tel que protégé par l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Par une décision du 16 janvier 2026, le bureau d’aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Toulouse a rejeté la demande d’aide juridictionnelle formulée par Mme D....
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».
2. Mme D..., de nationalité congolaise née le 10 octobre 1985 à Kinshasa (République Démocratique du Congo), a indiqué être entrée sur le territoire français le 18 août 2023. Le 1er septembre suivant, l’intéressée a déposé une demande d’asile, dont le rejet par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 6 février 2024 a été confirmé par une décision du 21 juin 2024 de la Cour nationale du droit d’asile. Mme D... a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d’asile, qui a été déclaré irrecevable par décision de l’Office français de la protection des réfugiés et des apatrides le 17 octobre 2024. Par un arrêté du 7 février 2025, le préfet de la Haute-Garonne l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement. Par sa requête, Mme D... relève appel du jugement du 24 septembre 2025 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 février 2025 vise les textes dont il a été fait application, en particulier le 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue la base légale de l’obligation de quitter le territoire français, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par ailleurs, le préfet a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative en France de Mme D..., notamment sa date d’entrée déclarée sur le territoire français et les décisions de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d’asile la concernant. L’arrêté fait également mention des éléments propres à la situation familiale de l’intéressée et de la circonstance qu’elle n’invoque ni n’établit l’existence de considérations humanitaires pouvant justifier un droit au séjour. Ainsi l’arrêté, qui n’avait pas à mentionner tous les éléments de la situation de l’appelante, est suffisamment motivé en droit et en fait, et aucun élément ne permet de considérer que le préfet n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante. Par suite, les moyens tirés des défauts de motivation et d’examen réel et sérieux de sa situation dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu’être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection des droits et libertés d’autrui ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D... a indiqué être entrée en France le 18 août 2023, soit à une date très récente au regard de la date de l’arrêté attaqué, et qu’elle n’a été autorisée à séjourner en France qu’à titre provisoire dans l’attente de l’examen de sa demande d’asile par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi que le relève l’arrêté querellé, la requérante est célibataire, ne justifie pas de la présence en France de ses trois enfants, ressortissants congolais, et ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables dès lors qu’elle a vécu l’essentiel de sa vie hors du territoire national et notamment dans son pays d’origine, où elle n’établit pas être dépourvue d’attaches familiales. Si l’appelante indique avoir noué en France une relation amoureuse stable, elle n’en démontre ni l’intensité ni la stabilité alors au demeurant qu’il ressort des termes de l’attestation Alda du 16 mars 2025 produite par la requérante en première instance que sa relation avec sa compagne, également de nationalité congolaise, aurait débuté en septembre 2024, soit moins de six mois avant la date d’édiction de l’arrêté querellé. Par ailleurs, la circonstance que Mme D... fréquente diverses associations de défense des droits des personnes homosexuelles ne saurait suffire à démontrer son intégration dans la société française ou qu’elle a fixé le centre de ses intérêts privés en France, alors qu’en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D... dispose d’un domicile propre ou de ressources permettant de subvenir à ses besoins. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l’intéressée, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts qu’elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, doit également être écarté le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de la situation de la requérante.
Sur la décision fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, l’arrêté du 7 février 2025 relève que Mme D... n’établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Si l’appelante soutient que le préfet ne se livre pas à l’examen en propre de sa situation qui lui incombe et se limite au rappel du rejet de la demande d’asile formulée, il ressort des termes mêmes de l’arrêté que c’est au vu notamment du rejet de ses demandes d’asile que le préfet a motivé sa décision fixant le pays de destination. Par suite, et alors qu’il a déjà été exposé au point 3 de la présente ordonnance qu’aucun élément ne permet de considérer que le préfet n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait insuffisamment motivée en fait doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été précédemment exposé aux points 3 à 6 de la présente ordonnance que n’ayant pas démontré l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l’appelante n’est pas fondée à exciper de son illégalité à l’encontre de la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que cette dernière décision serait entachée d’un défaut de base légale doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».
10. Pour se prévaloir de la protection des stipulations et dispositions précitées, l’appelante soutient qu’elle serait exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine en raison, d’une part, du vol qu’elle a commis pour fuir le mariage qui lui avait été imposé et, d’autre part, de son orientation sexuelle, qui l’exposerait à des violences policières. Il ressort des pièces du dossier que l’appelante verse aux débats diverses publications et articles faisant état de la situation générale des personnes homosexuelles en République Démocratique du Congo, ainsi qu’un avis de recherche émis le 7 juillet 2025 par le parquet général de Matete (RDC) la concernant pour des faits de vol aggravé. Toutefois, les éléments versés par la requérante ne permettent pas de démontrer qu’en cas de retour dans son pays d’origine, elle serait directement, personnellement et actuellement exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants au sens et pour l’application des stipulations et dispositions précitées, alors au demeurant que sa demande d’asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d’asile le 21 juin 2024 et que sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable le 17 octobre 2024. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination porterait atteinte à son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, doit également être écarté le moyen tiré de ce que cette même décision serait entachée d’une erreur de droit ou d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par Mme D... est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme D... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme I... D... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 02 novembre 2026.
Le président de la 4ème chambre,
P. Grimaud
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Procédure contentieuse antérieure :
Mme I... D... a demandé au tribunal administratif de Toulouse d’annuler l’arrêté du 7 février 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2502213 du 24 septembre 2025, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 18 février 2026, Mme D..., représentée par Me Bachet, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 février 2025 ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’un défaut de motivation en fait en violation des dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l’administration et d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familial tel que protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d’un défaut de motivation en fait ;
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est justifiée par la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français, qui est illégale ;
- elle porte atteinte à son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants tel que protégé par l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Par une décision du 16 janvier 2026, le bureau d’aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Toulouse a rejeté la demande d’aide juridictionnelle formulée par Mme D....
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents des formations de jugement des cours (…) peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».
2. Mme D..., de nationalité congolaise née le 10 octobre 1985 à Kinshasa (République Démocratique du Congo), a indiqué être entrée sur le territoire français le 18 août 2023. Le 1er septembre suivant, l’intéressée a déposé une demande d’asile, dont le rejet par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 6 février 2024 a été confirmé par une décision du 21 juin 2024 de la Cour nationale du droit d’asile. Mme D... a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d’asile, qui a été déclaré irrecevable par décision de l’Office français de la protection des réfugiés et des apatrides le 17 octobre 2024. Par un arrêté du 7 février 2025, le préfet de la Haute-Garonne l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement. Par sa requête, Mme D... relève appel du jugement du 24 septembre 2025 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 février 2025 vise les textes dont il a été fait application, en particulier le 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue la base légale de l’obligation de quitter le territoire français, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par ailleurs, le préfet a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative en France de Mme D..., notamment sa date d’entrée déclarée sur le territoire français et les décisions de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d’asile la concernant. L’arrêté fait également mention des éléments propres à la situation familiale de l’intéressée et de la circonstance qu’elle n’invoque ni n’établit l’existence de considérations humanitaires pouvant justifier un droit au séjour. Ainsi l’arrêté, qui n’avait pas à mentionner tous les éléments de la situation de l’appelante, est suffisamment motivé en droit et en fait, et aucun élément ne permet de considérer que le préfet n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante. Par suite, les moyens tirés des défauts de motivation et d’examen réel et sérieux de sa situation dont serait entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu’être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection des droits et libertés d’autrui ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D... a indiqué être entrée en France le 18 août 2023, soit à une date très récente au regard de la date de l’arrêté attaqué, et qu’elle n’a été autorisée à séjourner en France qu’à titre provisoire dans l’attente de l’examen de sa demande d’asile par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi que le relève l’arrêté querellé, la requérante est célibataire, ne justifie pas de la présence en France de ses trois enfants, ressortissants congolais, et ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables dès lors qu’elle a vécu l’essentiel de sa vie hors du territoire national et notamment dans son pays d’origine, où elle n’établit pas être dépourvue d’attaches familiales. Si l’appelante indique avoir noué en France une relation amoureuse stable, elle n’en démontre ni l’intensité ni la stabilité alors au demeurant qu’il ressort des termes de l’attestation Alda du 16 mars 2025 produite par la requérante en première instance que sa relation avec sa compagne, également de nationalité congolaise, aurait débuté en septembre 2024, soit moins de six mois avant la date d’édiction de l’arrêté querellé. Par ailleurs, la circonstance que Mme D... fréquente diverses associations de défense des droits des personnes homosexuelles ne saurait suffire à démontrer son intégration dans la société française ou qu’elle a fixé le centre de ses intérêts privés en France, alors qu’en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D... dispose d’un domicile propre ou de ressources permettant de subvenir à ses besoins. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l’intéressée, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts qu’elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, doit également être écarté le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de la situation de la requérante.
Sur la décision fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, l’arrêté du 7 février 2025 relève que Mme D... n’établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Si l’appelante soutient que le préfet ne se livre pas à l’examen en propre de sa situation qui lui incombe et se limite au rappel du rejet de la demande d’asile formulée, il ressort des termes mêmes de l’arrêté que c’est au vu notamment du rejet de ses demandes d’asile que le préfet a motivé sa décision fixant le pays de destination. Par suite, et alors qu’il a déjà été exposé au point 3 de la présente ordonnance qu’aucun élément ne permet de considérer que le préfet n’aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait insuffisamment motivée en fait doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été précédemment exposé aux points 3 à 6 de la présente ordonnance que n’ayant pas démontré l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l’appelante n’est pas fondée à exciper de son illégalité à l’encontre de la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que cette dernière décision serait entachée d’un défaut de base légale doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».
10. Pour se prévaloir de la protection des stipulations et dispositions précitées, l’appelante soutient qu’elle serait exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine en raison, d’une part, du vol qu’elle a commis pour fuir le mariage qui lui avait été imposé et, d’autre part, de son orientation sexuelle, qui l’exposerait à des violences policières. Il ressort des pièces du dossier que l’appelante verse aux débats diverses publications et articles faisant état de la situation générale des personnes homosexuelles en République Démocratique du Congo, ainsi qu’un avis de recherche émis le 7 juillet 2025 par le parquet général de Matete (RDC) la concernant pour des faits de vol aggravé. Toutefois, les éléments versés par la requérante ne permettent pas de démontrer qu’en cas de retour dans son pays d’origine, elle serait directement, personnellement et actuellement exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants au sens et pour l’application des stipulations et dispositions précitées, alors au demeurant que sa demande d’asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d’asile le 21 juin 2024 et que sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable le 17 octobre 2024. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination porterait atteinte à son droit à ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, doit également être écarté le moyen tiré de ce que cette même décision serait entachée d’une erreur de droit ou d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par Mme D... est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme D... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme I... D... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 02 novembre 2026.
Le président de la 4ème chambre,
P. Grimaud
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
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