jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-21TL01756 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BARRIONUEVO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société Excepcio Logistique a demandé au tribunal administratif de Montpellier de prononcer la décharge des amendes qui ont été infligées à la société Excepcio SL en application de l'article 1729 D du code général des impôts au titre des années 2014, 2015 et 2016.
Par un jugement n° 1902412 du 15 mars 2021, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 10 mai 2021, sous le n° 21MA01756 au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille puis sous le n° 21TL01756 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse, la société Excepcio Logistique, représentée par Me Barrionuevo, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge des amendes mises à la charge de la société Excepcio SL au titre des années 2014, 2015 et 2016 sur le fondement de l'article 1729 D du code général des impôts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'obligation de remise des fichiers des écritures comptables sous forme dématérialisée n'était pas applicable à la société Excepcio SL qui, étant de droit andorran, était soumise aux seules règles de comptabilité andorrane ;
- l'administration ne pouvait se fonder sur la doctrine administrative pour prétendre que la société Excepcio SL était obligée de tenir sa comptabilité selon les règles applicables en France ;
- l'application de l'amende est justifiée par des constatations prématurées ;
- la doctrine administrative préconisait, en 2014, une tolérance pour le délai de remise des fichiers des écritures comptables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement prononcé pour un montant de 10 000 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- le quantum du litige se limite à 5 000 euros au titre de l'année 2014 ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 10 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 1er décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Cherrier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société de droit andorran Excepcio SL, spécialisée dans la vente par correspondance de produits électroniques principalement à destination d'une clientèle française, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er avril 2014 au 30 septembre 2016. A l'issue de ce contrôle, l'administration lui a infligé, au titre de chacune des années 2014, 2015 et 2016, l'amende de 5 000 euros prévue à l'article 1729 D du code général des impôts au motif que la société Excepcio Logistique, son représentant, n'avait pas remis au vérificateur, au début des opérations de contrôle, une copie des fichiers de ses écritures comptables telle que prévue par le I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales. La société Excepcio Logistique, en sa qualité de représentant de la société Excepcio SL, relève appel du jugement du 15 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à la décharge de ces amendes.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 30 août 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault a prononcé un dégrèvement d'un montant de 10 000 euros, correspondant à l'amende à laquelle la société Excepcio SL a été assujettie au titre des années 2015 et 2016. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. D'une part, aux termes du I de l'article 286 du code général des impôts : " Toute personne assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée doit : / () 3° Si elle ne tient pas habituellement une comptabilité permettant de déterminer son chiffre d'affaires tel qu'il est défini par le présent chapitre, avoir un livre aux pages numérotées sur lequel elle inscrit, jour par jour, sans blanc ni rature, le montant de chacune de ses opérations, en distinguant, au besoin, ses opérations taxables et celles qui ne le sont pas () ". Aux termes du I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général () ". Aux termes du VI de l'article A 47 A-1 du même livre : " Les copies des fichiers mentionnées au I de l'article L. 47 A sont transmises, au choix du contribuable sous forme de : / 1° Fichiers à plat, à organisation séquentielle et structure zonée () 2° Fichiers structurés, codés en XML, respectant la structure du fichier XSD dont les spécifications sont consultables sur internet sur le site public http :// www.impots.gouv.fr/ ".
4. D'autre part, aux termes du I de l'article 289 A de ce code : " Lorsqu'une personne non établie dans l'Union européenne est redevable de la taxe sur la valeur ajoutée ou doit accomplir des obligations déclaratives, elle est tenue de faire accréditer auprès du service des impôts un représentant assujetti établi en France qui s'engage à remplir les formalités incombant à cette personne et, en cas d'opérations imposables, à acquitter la taxe à sa place. A défaut, la taxe sur la valeur ajoutée et, le cas échéant, les pénalités qui s'y rapportent, sont dues par le destinataire de l'opération imposable " et aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Il résulte des dispositions précitées de l'article 289 A du code général des impôts que, lorsqu'une personne établie hors de France désigne, sur le fondement de ce dernier article, un représentant fiscal établi en France, ce dernier doit acquitter pour le compte de la personne en cause la totalité de la taxe dont celle-ci est redevable, que cette taxe résulte des déclarations qu'il dépose ou des redressements que l'administration est susceptible d'y apporter. Dans ce dernier cas, il résulte des dispositions combinées de cet article et de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales que, et alors même que la personne établie hors de France demeure l'unique redevable de la taxe, l'administration est fondée à conduire avec ce représentant les procédures de contrôle et de redressement des déclarations ainsi que, le cas échéant, la procédure d'établissement de pénalités en rapport avec les opérations de la personne redevable réalisées en France ou les formalités lui incombant au titre de ces opérations.
5. Enfin, aux termes du I de l'article 1729 D du code général des impôts : " Le défaut de présentation de la comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales entraîne l'application d'une amende égale à 5 000 euros ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, d'une majoration de 10 % des droits mis à la charge du contribuable ".
6. En premier lieu, il est constant que la société de droit andorran Excepcio SL a réalisé des opérations passibles de la taxe sur la valeur ajoutée en France au titre de la période du 1er avril 2014 au 30 septembre 2016. Elle était donc redevable de la taxe sur la valeur ajoutée et, partant, soumise aux obligations comptables prévues par l'article 286 du code général des impôts à raison de ses opérations imposables en France. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que la société Excepcio SL tenait la comptabilité de ses opérations réalisées en France au moyen de systèmes informatisés, la société Excepcio Logistique, qui en tout état de cause ne fait état d'aucune impossibilité technique, était tenue, en tant que représentant de la société andorrane, de présenter au vérificateur la comptabilité de ces opérations selon les modalités prévues par les dispositions précitées des articles L. 47 A et A 47 A-1 du livre des procédures fiscales. La société requérante n'est pas fondée à soutenir que cette obligation lui aurait été imposée à tort sur le fondement d'une doctrine administrative illégale.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la société requérante a, en tant que représentant de la société Excepcio SL, été informée, par un avis de vérification du 8 juin 2007, qui lui a été remis par pli recommandé le 13 juin 2017, qu'elle devait remettre au vérificateur, lors de sa première intervention fixée au 21 juin 2017, les documents comptables et pièces justificatives de la société Excepcio SL ou la copie des fichiers des écritures comptables si la comptabilité était tenue au moyen de systèmes informatisés. Il est constant que la société requérante a mis à la disposition du vérificateur les 20 septembre et 16 octobre 2017 les livres journaux des exercices 2014, 2015 et 2016 de la société Excepcio SL au format " PDF ", sous une forme qui n'est donc pas conforme aux exigences énoncées à l'article A. 47 A-1 susmentionné du livre des procédures fiscales, de sorte que le vérificateur lui a notifié, le 2 novembre 2017, un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A précité du livre des procédures fiscales. Par suite, la société requérante qui n'avait pas remis, dès le 21 juin 2017, les documents et pièces justificatives de la comptabilité de la société Excepcio SL, n'est pas fondée à soutenir que l'application de l'amende prévue par l'article 1729 D du code général des impôts n'est pas justifiée au motif que le procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité du 15 septembre 2017 aurait été établi avant la réception des éléments comptables réclamés.
8. En dernier lieu, la société requérante, qui n'avait pas toujours remis les éléments requis au vérificateur le 2 novembre 2017, date à laquelle il en a pris acte par un procès-verbal, n'est, en tout état de cause, pas fondée à invoquer le document " Questions / réponses sur la transmission des comptabilités informatisées " du 19 décembre 2014 invitant les vérificateurs, en sa page 10, à accorder un délai d'un mois maximum pour obtenir la communication des fichiers.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Excepcio Logistique n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à la société Excepcio Logistique au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société Excepcio Logistique à concurrence du dégrèvement de 10 000 euros prononcé en cours d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Excepcio Logistique est rejeté.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société Excepcio Logistique et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, où siégeaient :
- M. Barthez, président,
- M. Lafon, président assesseur,
- Mme Restino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
La rapporteure,
V. ALe président,
A. Barthez
Le greffier,
F. Kinach
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°21TL01756
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026