mardi 21 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-21TL01896 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CRUSOE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier de condamner l'Etat à lui payer un montant de 12 000 euros, avec intérêts capitalisés à compter de la réception de sa demande, d'ordonner à la ministre de la culture, dans un délai de deux mois et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de produire les tableaux de comparaison des régimes indemnitaires des années 2017 à 2020, d'enjoindre à la ministre de communiquer des éléments pour établir une comparaison entre ses primes et celui des agents du même corps et de la même ancienneté, ainsi que de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n°1904389 du 19 mars 2021, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 19 mai 2021, sous le n°21MA01896 au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille, puis le 1er mars 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le n°21TL01896, un mémoire, enregistré le 30 mai 2022 et un mémoire, enregistré le 21 juillet 2022, qui n'a pas été communiqué, M. A, représenté par Me Crusoé, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Montpellier du 19 mars 2021 et de faire droit à l'ensemble de ses conclusions de première instance ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est irrégulier dès lors que tribunal n'a pas répondu au moyen tiré de ce que le principe d'égalité de traitement a été méconnu en raison du fait qu'il n'avait pas bénéficié de la prime de rendement allouée aux agents en administration centrale ;
- en refusant de lui accorder le bénéfice du même niveau de régime indemnitaire que celui accordé aux agents d'administration centrale, l'autorité ministérielle a commis une erreur de droit, notamment en considération du régime applicable aux agents mis à disposition et méconnu le principe d'égalité de traitement entre les agents publics ;
- l'autorité ministérielle a commis une erreur d'appréciation en fixant les montants de son régime indemnitaire à un niveau aussi bas ;
- les éléments versés au dossier étaient suffisants pour identifier la structure et le niveau de son régime indemnitaire entre 2014 et 2019.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 mai et 22 juin 2022, et un mémoire enregistré le 19 juillet 2022 qui n'a pas été communiqué, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés et que le requérant ne démontre pas la réalité du préjudice financier dont il se prévaut.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 26 juin 2022, le syndicat des archives de France-CGT conclut à ce que son intervention soit admise et s'associe à l'ensemble des conclusions de M. A.
Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- loi n° 83-663 du 22 juillet 1983 ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 50-196 du 6 février 1950 ;
- le décret n° 63-32 du 19 janvier 1963 ;
- le décret n°85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le décret n°2002-62 du 14 janvier 2002 ;
- le décret n°2002-63 du 14 janvier 2002 ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n°2009-1127 du 17 septembre 2009 ;
- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;
- l'arrêté du 4 mars 2003 portant application aux personnels de l'administration centrale du ministère de la culture et de la communication des dispositions du décret n° 50-196 du 6 février 1950 relatif à certaines indemnités dans les administrations centrales ;
- l'arrêté du 26 mai 2003 fixant les montants moyens annuels de l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales ;
- l'arrêté du 2 mai 2014 fixant les montants moyens annuels de l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des services déconcentrés ;
- l'arrêté du 25 mars 2015 autorisant certains fonctionnaires du ministère de la culture et de la communication à percevoir l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des services déconcentrés ;
- l'arrêté du 25 mars 2015 autorisant certains fonctionnaires du ministère de la culture et de la communication à percevoir l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales ;
- l'arrêté du 9 avril 2019 pris pour l'application au corps des secrétaires de documentation des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry Teulière, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Michèle Torelli, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, contrôleur du trésor exerçant ses fonctions à la trésorerie générale d'Evreux a été placé, sur sa demande, en service détaché à compter du 1er mars 1983, auprès du ministère de la culture sur un emploi de secrétaire de documentation pour exercer ses fonctions aux archives départementales de l'Aude. Il a ensuite été intégré dans le corps des secrétaires de documentation à compter du 1er mars 1988 sans changement d'affectation. Par arrêté du ministre de la culture du 12 février 2019, il a été mis à disposition du service des archives départementales de l'Aude, pour une durée de trois ans, à compter du 1er juillet 2016. M. A a présenté une réclamation indemnitaire préalable le 16 août 2019 en vue d'obtenir la réparation des préjudices qu'il estimait avoir subis du fait de l'absence de versement, au cours des quatre dernières années, d'un régime indemnitaire équivalent à celui versé aux agents de même grade et exerçant les mêmes fonctions en administration centrale. Par un jugement du 19 mars 2021, dont M. A relève appel, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa requête.
Sur l'intervention du syndicat des archives de France-CGT :
2. Est recevable à former une intervention devant le juge du fond toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. Toutefois, l'intervention formée dans le cadre d'un recours indemnitaire n'est recevable que si l'issue du contentieux indemnitaire lèse de façon suffisamment directe les intérêts de l'intervenant.
3. Dès lors qu'il n'est pas établi que l'issue du contentieux indemnitaire opposant M. A à la ministre de la culture lèserait de façon suffisamment directe les intérêts dont le syndicat des archives de France SAF-CGT a la charge, son intervention n'est pas recevable.
Sur la régularité du jugement attaqué :
4. Le tribunal a jugé que M. A était fondé à soutenir qu'il devait bénéficier d'un régime indemnitaire équivalent à celui dont il disposait à la direction générale des patrimoines du ministère de la culture en estimant toutefois que le préjudice financier allégué n'était pas démontré. Dès lors qu'il a, ce faisant, retenu une illégalité fautive invoquée par M. A tout en rejetant cependant les conclusions indemnitaires de la requête au motif que le préjudice n'était pas démontré par l'intéressé, il n'était pas tenu, à peine d'irrégularité, d'examiner l'argument du requérant, soulevé dans son mémoire du 28 février 2021 à l'appui du moyen relatif à la méconnaissance du principe d'égalité de traitement entre agents publics et tiré de l'absence d'allocation de la prime de rendement, dans la mesure où, à supposer le moyen fondé, il n'aurait pas, en l'espèce, conduit le tribunal à indemniser un préjudice qu'il a estimé non établi.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 65 de la loi susvisée du 22 juillet 1983 : " L'Etat exerce un contrôle technique sur l'activité du personnel scientifique et technique des communes, départements et régions chargé de procéder à l'étude, à la conservation et à la mise en valeur du patrimoine ". L'article 68 de cette loi dispose que : " A compter de la date d'effet du décret prévu à l'article 4 de la loi n° 83-8 du 7 janvier 1983 précitée, les agents qui sont affectés à un service d'archives communal, départemental ou régional sont placés sous l'autorité, respectivement du maire, du président du conseil général ou du président du conseil régional. A cet effet, ceux d'entre eux qui n'ont pas, selon les cas, la qualité d'agent de la commune, du département ou de la région sont mis à la disposition de la collectivité concernée ". Aux termes de l'article 2 du décret susvisé du 17 septembre 2009 : " La mise à disposition des agents mentionnés à l'article 1er et des autres fonctionnaires de l'Etat appartenant aux corps scientifiques et de documentation de la culture et mis à disposition du département pour exercer leurs fonctions au sein des services départementaux d'archives est prononcée dans les conditions prévues à l'article 1er du décret du 16 septembre 1985 susvisé et après avis du préfet. / La convention de mise à disposition prévue à l'article 2 du décret du 16 septembre 1985 susvisé prévoit, le cas échéant, que ces agents exercent, au nom de l'Etat, le contrôle scientifique et technique de l'Etat sur les archives publiques conservées dans le département () ". L'article 1er du décret susvisé du 16 septembre 1985 dispose que : " La mise à disposition est prononcée par arrêté du ministre dont relève le fonctionnaire, après accord de l'intéressé et du ou des organismes d'accueil, dans les conditions définies par la convention de mise à disposition prévue à l'article 2. () ".
6. En outre, aux termes de l'article L. 212-8 du code du patrimoine : " Les services départementaux d'archives sont financés par le département () ". Aux termes de l'article L. 212-10 du même code : " La conservation et la mise en valeur des archives appartenant aux collectivités territoriales et aux groupements de collectivités territoriales () sont assurées conformément à la législation applicable en la matière sous le contrôle scientifique et technique de l'Etat () ". Aux termes de l'article R. 212-2 de ce code : " Le service interministériel des archives de France de la direction générale des patrimoines et de l'architecture assure le contrôle scientifique et technique sur les archives des services et établissements publics de l'Etat ainsi que des autres personnes morales de droit public (). / Il assure également le contrôle scientifique et technique de l'Etat sur les archives appartenant aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics et à leurs groupements () ". L'article R. 212-4 du même code dispose que : " Le contrôle scientifique et technique mentionné à l'article R. 212-3 est exercé sur pièces ou sur place par : () / 4° Les directeurs des services départementaux d'archives et agents de l'Etat mis à disposition des collectivités territoriales dans la limite de leurs circonscriptions géographiques () ". Aux termes de l'article R. 212-50 de ce code : " Le contrôle scientifique et technique sur les archives des collectivités territoriales est exercé au nom de l'Etat par les services et agents mentionnés aux 1°, 2° et 4° de l'article R. 212-4. () ".
7. Par ailleurs, aux termes de l'article 41 de la loi du 11 janvier 1984, alors applicable : " La mise à disposition est la situation du fonctionnaire qui demeure dans son corps d'origine, est réputé occuper son emploi, continue à percevoir la rémunération correspondante, mais qui exerce des fonctions hors du service où il a vocation à servir. / Elle ne peut avoir lieu qu'avec l'accord du fonctionnaire et doit être prévue par une convention conclue entre l'administration d'origine et l'organisme d'accueil. () ". Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. () ".
8. Aux termes de l'article 1er du décret du 14 janvier 2002 relatif à l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales : " Les fonctionnaires appartenant à des corps d'administration centrale de l'Etat et affectés en administration centrale peuvent percevoir une indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires dans les conditions et suivant les modalités fixées par le présent décret. () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Les montants moyens annuels de l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales sont fixés en fonction du grade ou de l'emploi de l'agent par arrêté conjoint des ministres chargés du budget et de la fonction publique. () ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires varie suivant le supplément de travail fourni et l'importance des sujétions auxquels le bénéficiaire est appelé à faire face dans l'exercice effectif de ses fonctions ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 25 mars 2015 autorisant certains fonctionnaires du ministère de la culture et de la communication à percevoir l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales : " Les fonctionnaires du ministère de la culture et de la communication, exerçant leurs fonctions en administration centrale et énumérés ci-dessous, peuvent percevoir l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales prévue par le décret du 14 janvier 2002 susvisé, selon le tableau d'assimilation () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 14 janvier 2002 relatif à l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des services déconcentrés : " Les fonctionnaires affectés dans les services déconcentrés de l'Etat et dans les établissements publics de l'Etat à caractère administratif peuvent percevoir une indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires dans les conditions fixées par le présent décret. () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Les agents mentionnés à l'article 1er du présent décret sont classés en quatre catégories. / Les montants moyens annuels de l'indemnité pour travaux supplémentaires des services déconcentrés sont fixés pour chaque catégorie par arrêté conjoint des ministres chargés du budget et de la fonction publique. () ". Aux termes de l'article 3 de ce décret : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires varie suivant le supplément de travail fourni et l'importance des sujétions auxquels le bénéficiaire est appelé à faire face dans l'exercice effectif de ses fonctions ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 25 mars 2015 autorisant certains fonctionnaires du ministère de la culture et de la communication à percevoir l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des services déconcentrés : " Les fonctionnaires du ministère de la culture et de la communication exerçant leurs fonctions dans des services déconcentrés et dans les établissements publics à caractère administratif et énumérés ci-dessous peuvent percevoir l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des services déconcentrés prévue par le décret du 14 janvier 2002 susvisé, selon le tableau d'assimilation () ".
9. Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 pris pour l'application au corps des secrétaires de documentation des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat : " Les secrétaires de documentation régis par le décret susvisé bénéficient des dispositions du décret du 20 mai 2014 susvisé ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Les dispositions du présent arrêté entrent en vigueur le 1er juillet 2017 ".
10. M. A soutient que la ministre de la culture, en refusant de lui accorder le bénéfice du même niveau de régime indemnitaire que celui accordé aux agents de même grade et exerçant les mêmes fonctions en administration centrale, aurait commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 41 de la loi du 11 janvier 1984, dès lors qu'ayant été mis à disposition et étant réputé occuper son emploi au sein de son administration d'origine, il aurait dû percevoir la rémunération et les indemnités dont il était susceptible de bénéficier en administration centrale. D'une part, il résulte des termes mêmes du décret du 14 janvier 2002 relatif à l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales et de l'arrêté du 25 mars 2015 autorisant certains fonctionnaires du ministère de la culture et de la communication à percevoir cette indemnité, que le bénéfice de l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales était réservé aux seuls fonctionnaires du ministère de la culture et de la communication exerçant leurs fonctions en administration centrale. De même, par application des dispositions combinées du décret n° 50-196 du 6 février 1950 et de l'arrêté du 4 mars 2003, les secrétaires de documentation occupant des emplois permanents à l'administration centrale du ministère de la culture et de la communication pouvaient seuls prétendre au versement d'une prime de rendement variable et personnelle. Toutefois, conformément aux dispositions combinées de l'article 41 de la loi du 11 janvier 1984 et de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983, les agents du ministère de la culture et de la communication mis à la disposition d'un service autre qu'un service d'administration centrale, dès lors qu'ils sont réputés occuper leur emploi et continuer à percevoir la rémunération correspondante, peuvent prétendre au versement des indemnités litigieuses, dans le cas où ils occupaient, au moment de leur mise à disposition, un emploi dans un service d'administration centrale ouvrant droit à ces indemnités.
11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le requérant, contrôleur du Trésor en poste à la trésorerie générale d'Evreux a été, sur sa demande, détaché pour exercer des fonctions aux archives départementales de l'Aude, en qualité de secrétaire de documentation, à compter du 1er mars 1983, par un arrêté du ministre délégué chargé du budget et du ministre de la culture du 23 février 1983, qu'il a ensuite été intégré dans le corps des secrétaires de documentation à compter du 1er mars 1988 sans changement d'affectation par un arrêté du ministre de la culture et de la communication du 9 mai 1988, puis mis à disposition de ce même service des archives départementales de l'Aude pour une période de trois ans, à compter du 1er juillet 2016, par un arrêté du ministre de la culture en date du 12 février 2019. Il en résulte qu'il n'est pas établi qu'il aurait jamais occupé un emploi en administration centrale et qu'il était déjà affecté aux archives départementales de l'Aude avant sa mise à disposition. Au demeurant, les services des archives départementales sont des services des départements placés sous l'autorité du président du conseil général puis départemental depuis le 1er janvier 1986, en application des dispositions de la loi du 22 juillet 1983, mais aussi, subsidiairement, des services déconcentrés de l'Etat placés sous l'autorité du préfet de département et du ministre de la culture, le contrôle scientifique et technique sur les archives constituant une mission régalienne exercée au nom du préfet de département en vertu des articles 15 et 16 du décret susvisé du 29 avril 2004. A cet égard, la convention de mise à disposition établie le 9 octobre 2018, versée au dossier, mentionne expressément que M. A, mis à disposition du département de l'Aude et exerçant ses fonctions au sein des archives départementales, participe notamment au contrôle scientifique et technique de l'Etat sous l'autorité du préfet et peut recevoir délégation de signature du préfet pour les missions qu'il exerce en son nom.
12. Par suite, bien qu'il ait été mis à disposition du département de l'Aude par le ministre de la culture, M. A, qui a d'abord perçu, sur la période en litige, l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires (IFTS) puis a bénéficié, à partir de juillet 2017, du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP), lequel inclut une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) et un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir (CIA), n'est pas fondé à solliciter le bénéfice d'un montant d'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires déterminé sur le fondement du décret du 14 janvier 2002 relatif à l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales et de l'arrêté du 26 mai 2003 fixant les montants moyens annuels de l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des administrations centrales, dès lors qu'il n'établit pas avoir été affecté sur un emploi en administration centrale et qu'il n'occupait pas, au moment de sa mise à disposition, un emploi dans une administration centrale ouvrant droit à cette indemnité, mais était déjà affecté au sein des archives départementales de l'Aude pour notamment y exercer, sous l'autorité du préfet, la mission régalienne de contrôle scientifique et technique sur les archives. La ministre de la culture fait ainsi valoir, à bon droit, que le régime indemnitaire du requérant relevait, pour la période en litige et jusqu'au 1er juillet 2017 du décret du 14 janvier 2002 relatif à l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des services déconcentrés et de l'arrêté du 2 mai 2014 fixant les montants moyens annuels de l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires des services déconcentrés. Pour les mêmes motifs, le requérant ne peut pas davantage prétendre au bénéfice de la prime de rendement. En outre, s'agissant de la période postérieure au 1er juillet 2017, M. A ne peut utilement se prévaloir d'un régime indemnitaire propre aux agents affectés en administration centrale, dès lors que les primes perçues par les secrétaires de documentation ont été intégrées, à compter cette date, au RIFSEEP, lequel a supprimé la distinction existant entre les services centraux et les services déconcentrés, l'IFSE et le CIA étant déterminés par groupes de fonctions quel que soit le lieu d'affectation des agents. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que la ministre de la culture aurait commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 41 de la loi du 11 janvier 1984, en refusant de lui accorder le bénéfice du même niveau de régime indemnitaire que celui accordé aux agents d'administration centrale. Le requérant ne peut donc se prévaloir, à ce titre, d'aucune illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
13. En deuxième lieu, M. A expose, au soutien du moyen tiré de l'erreur de droit et de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement des agents publics, que l'emploi qu'il occupe au sein du service des archives départementales de l'Aude dans le cadre d'une convention de mise à disposition devrait, en tout hypothèse, être assimilé, pour l'application du régime indemnitaire, à une direction d'administration centrale remplissant les missions dévolues à ce service, eu égard à l'origine du service des archives départementales et au lien organique fort existant entre administration centrale et agents en charge de la mise en œuvre de missions de contrôle scientifique et technique au sein des services d'archives départementales. Néanmoins, le requérant était affecté, durant la période en litige, au sein du service des archives départementales de l'Aude rattaché au département et, subsidiairement, au préfet en ce qui concerne la mission régalienne de contrôle scientifique et technique. Il n'est donc pas fondé à se prévaloir de la circonstance que, à l'instar des agents affectés au sein d'un service à compétence nationale, son affectation pourrait justifier, s'agissant du régime indemnitaire, en fonction des caractéristiques du service et en particulier de son origine et du lien organique pouvant exister avec une administration centrale, une assimilation aux agents affectés en administration centrale. Il résulte en outre de l'instruction que M. A, occupant au sein des archives départementales un poste d'accueil et de surveillance du public en salle de lecture et chargé de renseigner les chercheurs et de leur délivrer des documents, participe, d'une part, au contrôle scientifique et technique de l'Etat sous l'autorité du préfet, d'autre part, à l'ensemble des missions assurées par la directrice des archives départementales sous l'autorité du président du conseil départemental et du directeur général des services du département. La mission régalienne de contrôle scientifique et technique de l'Etat, réalisée sous l'autorité du préfet dans le cadre d'un service déconcentré, ne saurait être assimilée à une mission exercée en administration centrale. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que son service d'affectation devait être assimilé, pour l'application du régime indemnitaire, à une direction en administration centrale.
14. En troisième lieu, M. A soutient que la ministre de la culture aurait méconnu le principe d'égalité de traitement des agents publics dès lors que les fonctionnaires affectés en administration centrale bénéficieraient d'un niveau de rémunération lié au régime indemnitaire beaucoup plus favorable que les fonctionnaires de l'Etat mis à disposition des services des archives départementales. D'une part, le principe d'égalité de traitement des fonctionnaires n'est applicable qu'aux fonctionnaires d'un même corps et aux agents se trouvant dans la même situation de droit et de fait. A cet égard, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que les fonctionnaires affectés en administration centrale n'étaient pas, jusqu'au 1er juillet 2017, s'agissant du régime indemnitaire, dans la même situation de droit, l'IFTS étant régie par des textes distincts selon que l'agent était affecté en administration centrale ou en service déconcentré. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que le montant d'IFTS perçu par le requérant sur la période considérée, compte tenu de son affectation en service déconcentré, aurait été inférieur au montant moyen annuel correspondant à son grade et son échelon. D'autre part, s'agissant de la période postérieure au 1er juillet 2017, M. A n'établit pas qu'il aurait été victime d'une rupture du principe d'égalité vis-à-vis des agents affectés en administration centrale, le régime indemnitaire dont il a bénéficié à compter de la mise en œuvre du RIFSEEP étant au demeurant identique à celui de l'ensemble des agents appartenant au même corps et au même groupe de fonctions, quelle que soit leur affectation en administration centrale ou en service déconcentré. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que le montant de l'IFSE versé à M. A sur la période en litige n'aurait pas été correctement déterminé au regard, notamment, du socle indemnitaire annuel ou qu'il aurait été manifestement sous-évalué. Enfin, si le requérant affirme avoir subi une perte injustifiée de 5 884,56 euros au titre du régime indemnitaire sur la période courant de 2014 à 2019, en comparaison avec la situation d'un fonctionnaire de même grade et échelon affecté en administration centrale, les éléments versés au débat n'établissent pas que l'agent concerné, dont le régime indemnitaire était en tout état cause régi par un cadre réglementaire différent jusqu'au 1er juillet 2017, aurait été placé dans une même situation de droit et de fait. Il s'ensuit que la ministre de la culture, qui n'a pas méconnu le principe d'égalité entre agents publics, n'a commis aucune illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
15. En dernier lieu, M. A soutient que la ministre de la culture a commis une erreur d'appréciation en fixant les montants de son régime indemnitaire à un niveau trop bas. Alors que la ministre fait valoir qu'au titre des années 2014 à 2016 et des six premiers mois de l'année 2017, M. A a reçu une IFTS plus de quatre fois supérieure au montant moyen attribué aux agents de son grade exerçant en services déconcentrés, M. A, en se bornant à souligner l'absence de justification de l'existence d'une correspondance entre nature de l'emploi et niveau indemnitaire, n'apporte aucun élément de nature à établir que les montants qui lui ont été servis, compris entre 3 595 et 3 715 euros, seraient insuffisants ou excessivement bas. De même, alors que la ministre fait valoir que l'IFSE servie à l'intéressé en 2017 et 2018 est plus de deux fois supérieure au plancher réglementaire et dépasse le socle indemnitaire du groupe 2 dont les fonctions du requérant relèvent, que celui-ci a bénéficié de la mesure " attractivité archives " portant le montant annuel de son IFSE à 5 062,68 euros en 2019, soit à un montant très supérieur au socle annuel, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir que les montants qui lui ont été servis à ce titre seraient insuffisants ou excessivement bas. M. A n'assumant aucune responsabilité d'encadrement, il ne résulte pas de l'instruction que ses fonctions devaient se rattacher au groupe 1 du RIFSEEP au regard des critères fixés par l'annexe 25 de la note de gestion de ce régime. Ayant bénéficié notamment de la mesure " attractivité archives ", M. A n'est également pas fondé à soutenir que son régime indemnitaire n'aurait pas connu d'évolution en méconnaissance de l'article 3 du décret du 20 mai 2014. Enfin, il n'établit pas que l'administration n'aurait pas pris en considération son ancienneté et son expérience dans ses fonctions pour fixer le niveau de ses indemnités. Il s'ensuit que la ministre de la culture n'a commis, dans la mise en œuvre du régime indemnitaire de l'intéressé, aucune erreur manifeste d'appréciation. Par conséquent, aucune illégalité fautive ne saurait être retenue à ce titre.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté les conclusions, notamment indemnitaires, de sa requête.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention du syndicat des archives de France SAF-CGT n'est pas admise.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, au syndicat des archives de France SAF-CGT et à la ministre de la culture.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Geslan-Demaret, présidente de chambre,
Mme Blin, présidente assesseure,
M. Teulière, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
Le rapporteur,
T. Teulière
La présidente,
A. Geslan-Demaret
La greffière,
M-M. Maillat
La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
N°21TL01896
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026