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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-21TL03734

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-21TL03734

mardi 26 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-21TL03734
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantBERTRAN VIRGINIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler la décision du 17 avril 2012 du ministre de la défense et des anciens combattants portant rejet de sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité du 4 février 2010, et d'enjoindre à l'administration de réviser ses taux d'invalidité.

Par un jugement n° 1905980 du 30 juin 2021, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2021 sous le n° 21MA03734 au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille, puis le 1er mars 2022 au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le n° 21TL03734, M. D C, représenté par Me Bertran, demande à la cour :

1°) de réformer ce jugement du 30 juin 2021 en tant seulement que sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité au titre de l'infirmité n° 3 a été rejetée ;

2°) d'annuler la décision du 17 avril 2012 du ministre de la défense et des anciens combattants ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui accorder une pension militaire d'invalidité révisée au taux de 30% au titre de l'infirmité n°3 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 6 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le tribunal a fait deux confusions : la première relative à l'infirmité concernée (la 3 et non la 4) et la seconde entre le coefficient masticatoire (avec prothèse) et le taux d'invalidité ; celui-ci a bien évolué selon l'expert A qui retient un taux de 30% ;

- le rapport d'expertise du docteur A est recevable, contrairement à ce qu'a exposé le ministre des armées devant le tribunal ;

- les certificats médicaux qu'il a apportés faisant état d'importantes aggravations de ses infirmités n'ont pas été pris en compte ; celles-ci se sont encore aggravées après les expertises médicales ;

- le rapport du docteur B a tenu compte d'un potentiel évolutif et incertain, contrairement à la mission confiée, et l'expert a commis une erreur sur la date d'évaluation du taux d'invalidité ;

- en toute hypothèse, l'aggravation de l'infirmité n° 3 est constatée par l'ensemble des experts ; il y a lieu de retenir l'évaluation faite par le docteur A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le taux de 15% doit être maintenu pour l'infirmité n°3, en l'absence d'aggravation ;

- le rapport d'expertise du docteur A est irrecevable en ce qu'il s'est prononcé sur l'infirmité n° 3.

Par ordonnance du 13 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Anne Blin, présidente-assesseure,

- et les conclusions de Mme Michèle Torelli, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 28 décembre 1952, qui a servi dans l'armée de terre, a été victime d'un accident de circulation au Tchad, le 10 février 1973, et a été rayé des contrôles le 7 décembre 1973. Il est titulaire d'une pension militaire d'invalidité au taux global de 90% concédée en dernier lieu par arrêté du 2 août 2010 au titre de plusieurs infirmités, prenant effet au 27 novembre 2007. Le 4 février 2010, il a sollicité la révision de sa pension pour aggravation de toutes ses infirmités. Par décision du 17 avril 2012 prise après expertises médicales, le ministre de la défense et des anciens combattants a rejeté sa demande. Par jugement du 24 mars 2015, le tribunal des pensions militaires de Montpellier a, avant-dire droit, ordonné une expertise judiciaire limitée à l'infirmité n° 3 concernant les " séquelles de fracture du maxillaire inférieur : perte de dents au maxillaire inférieur, coefficient masticatoire : 48%, espace inter-incisif médian inférieur légèrement dévié vers la droite, ouverture buccale normale ". Par un arrêt du 1er février 2017, la cour régionale des pensions de Montpellier a, avant-dire droit, ordonné une expertise complémentaire afin d'évaluer l'aggravation des infirmités n° 5 et 6 concernant les " séquelles de fracture du nez : gêne respiratoire par déviation de la cloison nasale très importante avec obstruction totale de la fosse nasale " et la " défiguration par élargissement de la pyramide nasale ". Par jugement du 9 mai 2017, le tribunal des pensions militaires de Montpellier a prononcé un sursis à statuer sur les demandes de M. C, dans l'attente du dépôt du rapport de l'expert, avant de transmettre sa demande au tribunal administratif de Montpellier en application du décret du 28 décembre 2018 relatif au contentieux des pensions militaires d'invalidité. L'expert désigné a déposé son rapport le 1er février 2021. Par un jugement du 30 juin 2021, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande dirigée à l'encontre de la décision du 17 avril 2012 du ministre de la défense et des anciens combattants. M. C relève appel de ce jugement en tant seulement que sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité au titre de l'infirmité n° 3 a été rejetée.

Sur la régularité du jugement :

2. Si les premiers juges ont opéré une confusion entre les infirmités n° 3 et 4, puis ont indiqué à tort que tant l'expert A que l'expert B ont maintenu le taux de l'infirmité concernant les séquelles de fracture du maxillaire à 48%, alors que ce taux correspond à l'évaluation du coefficient masticatoire, de telles critiques relèvent du bien-fondé du jugement en litige et non de sa régularité. En tout état de cause, ces mentions erronées doivent être regardées comme de simples erreurs matérielles dépourvues d'incidence sur la régularité ou le bien-fondé du jugement.

Sur les droits à pension :

3. Aux termes de l'article L. 6 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, dans ses dispositions alors en vigueur : " La pension prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé après examen, à son initiative, par une commission de réforme selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. ". Il résulte de ces dispositions que c'est à cette date qu'il faut se placer pour évaluer le taux des infirmités à raison desquelles la pension ou sa révision est demandée.

4. Aux termes de l'article L. 4 du même code, dans ses dispositions alors en vigueur : " Les pensions sont établies d'après le degré d'invalidité. / Sont prises en considération les infirmités entraînant une invalidité égale ou supérieure à 10 %. () ". L'article L. 9 de ce code renvoie à un décret le soin de fixer " les règles et barèmes pour la classification des infirmités d'après leur gravité ". Aux termes de l'article L. 29 du même code, dans ses dispositions alors en vigueur : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. Cette demande est recevable sans condition de délai. La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ".

5. Le " guide-barème des invalidités " applicable au titre du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre précise, en ce qui concerne les dents, que " La prothèse sera fournie au mutilé toutes les fois qu'elle sera possible et utile. / a. Il reste un coefficient de mastication supérieur à 40% et la prothèse est possible dans de bonnes conditions (taux de 10%). / b. Coefficient de mastication inférieur à 40%. Prothèse possible et fonctionnelle bonne (taux de 10 à 20%). / c. Coefficient de mastication supérieur à 40% mais prothèse difficile et fonctionnement défectueuse (taux de 10 à 20%). / d. Coefficient de mastication inférieur à 40% et prothèse fonctionnelle insuffisante (taux de 20 à 40%). "

6. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du jugement avant-dire droit rendu par le tribunal des pensions militaires de Montpellier, le 24 mars 2015, qui a ordonné une expertise aux fins de décrire les séquelles de fracture du maxillaire inférieur dont reste atteint M. C, lesquelles relèvent de l'infirmité n° 3, le requérant a saisi la cour régionale des pensions de Montpellier, le 7 mai 2015, aux seules fins d'ordonner une expertise judiciaire tendant à décrire et évaluer le taux d'invalidité des infirmités n° 5 et 6. Par un arrêt avant-dire droit, la cour régionale des pensions a fait droit à l'appel et complété la mission ordonnée en premier ressort au docteur B afin d'examiner une éventuelle aggravation des infirmités n° 5 et 6. Toutefois, cet expert s'étant estimé incompétent pour examiner les séquelles de fracture du nez et de défiguration de la pyramide nasale de M. C, lesquelles relèvent de la sphère oto-rhino-laryngologie, le docteur A a été désigné afin de compléter la mission. La circonstance que cet expert se soit prononcé sur la totalité de la mission, en reprenant l'examen et l'évaluation de l'infirmité n° 3, n'est pas de nature à entacher d'irrégularité les conclusions qu'il a rendues dans son rapport en tant qu'elles concernent cette infirmité, lesquelles peuvent ainsi être prises en considération. Toutefois, s'il a estimé que le taux d'invalidité dont reste atteint M. C au titre des séquelles de fracture du maxillaire inférieur peut être fixé à 30% dès lors qu'il se situe dans une fourchette de 20 à 40%, il a confirmé que le coefficient de mastication de l'intéressé restait inchangé à 48%. Il résulte de l'ensemble des rapports d'expertise établis depuis novembre 2002 que le coefficient de mastication de l'intéressé est estimé à 0% sans appareillage mais à 48% avec appareillage adapté. Si le docteur B a conclu à un taux provisoire de 39% à la date de son examen, il a relevé que la prothèse à la mandibule de M. C était fracturée et non réparée, conduisant à son absence d'utilisation depuis plus d'un an, et au caractère inadapté de l'appareillage, ajoutant qu'il lui était impossible de préciser si les prothèses avaient fait l'objet d'un suivi thérapeutique régulier. Si l'intéressé soutient que son infirmité s'est aggravée après les expertises médicales subies en février 2012, ainsi que l'a au demeurant relevé le docteur B qui a fait état de la perte de deux autres dents après la demande de révision de sa pension, cette circonstance ne peut être prise en compte au regard des dispositions du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre citées au point 3. De même, la circonstance que M. C n'aurait pas pu bénéficier d'un appareillage adapté de manière temporaire, au demeurant pendant une période postérieure à sa demande effectuée en février 2010, au motif qu'il aurait été dans l'impossibilité de le faire réparer faute de moyens financiers et de prise en charge par son organisme de tutelle, ne peut être prise en considération pour la détermination du taux d'invalidité à la date de sa demande de révision de sa pension. Ainsi, au regard du coefficient de mastication fixé à 48% avec un appareillage adapté, tant par le docteur B que par le docteur A, et du guide-barème des invalidités, en l'absence d'aggravation des séquelles de fracture du maxillaire inférieur dont reste atteint M. C, celui-ci n'est pas fondé à solliciter la révision de sa pension militaire d'invalidité à ce titre.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros, à la charge définitive de l'Etat.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expert désigné par le tribunal régional des pensions militaires de Montpellier, taxés et liquidés à la somme de 1 500 euros, sont laissés à la charge définitive de l'Etat.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Geslan-Demaret, présidente de chambre,

Mme Blin, présidente assesseure,

M. Teulière, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

La rapporteure,

A. Blin

La présidente,

A. Geslan-Demaret La greffière,

M-M. Maillat

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N°21TL03734

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