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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL21777

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL21777

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL21777
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 4 mars 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.

Par un jugement n° 2103364 du 23 septembre 2021, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2022, M. A, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 4 mars 2021 ;

3°) à titre principal, d'ordonner la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'ordonner le réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- les décisions sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- le préfet a commis une erreur de droit en opposant à sa demande la procédure du regroupement familial et le tribunal a entaché son jugement d'une erreur de droit en écartant ce moyen ;

- les décisions ont été prises en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien au regard de l'intensité de sa vie privée et familiale en France ;

- ces décisions ainsi que le jugement dont il est fait appel sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :

- cette décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- au regard de sa durée, cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, de nationalité algérienne né en 1985, a sollicité le 11 février 2021 auprès des services de la préfecture de l'Hérault la délivrance d'un certificat de résidence au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 4 mars 2021, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. M. A fait appel du jugement n° 2103364 du 23 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

3. En premier lieu, M. A soulève à nouveau le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entachées les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Toutefois, il n'apporte pas en appel d'éléments nouveaux de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal. Par suite, il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus au point 2 du jugement attaqué.

4. En deuxième lieu, l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé stipule que : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle le préfet de l'Hérault s'est prononcé sur la demande d'admission au séjour présentée par M. A au titre de sa vie privée et familiale, l'intéressé était marié depuis le 13 mai 2017 avec une compatriote titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans. L'intéressé entrait ainsi dans l'une des catégories ouvrant droit au regroupement familial alors même que son mariage a été célébré postérieurement à son entrée en France. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur de droit en relevant que l'épouse du requérant n'a pas mis en œuvre en faveur de son époux la procédure de regroupement familial.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet le 21 septembre 2017 d'un premier refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français prononcé par le préfet de l'Hérault dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 26 septembre 2018. L'intéressé a de nouveau fait l'objet d'une décision refusant son admission au séjour et d'une mesure d'éloignement le 20 février 2019. Alors qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire national sans justifier par ailleurs d'une présence entre 2011 et 2017 comme l'ont relevé à bon droit les premiers juges au point 7 du jugement attaqué, la seule circonstance tenant à son mariage célébré le 13 mai 2017 avec une compatriote en situation régulière, laquelle est mère d'un enfant de nationalité française avec lequel le requérant entretient des relations, ne suffit pas à faire regarder la décision lui refusant à nouveau la délivrance d'un certificat de résidence et l'obligeant à quitter le territoire français comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8.

En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés et alors même que l'épouse du requérant aurait des problèmes de santé, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le refus d'admission au séjour et la mesure d'éloignement en litige auraient des conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle et familiale de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise par le préfet de l'Hérault ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour en France d'une durée de dix-huit mois :

9. En premier lieu, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours n'étant pas illégales, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, M. A soulève à nouveau le moyen tiré du caractère disproportionné de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit moi. Toutefois, il n'apporte pas en appel d'éléments nouveaux de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal. Par suite, il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 9, 10 et 11 du jugement attaqué.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Christophe Ruffel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 24 novembre 2022.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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