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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22253

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22253

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22253
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCOHEN TAPIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2006602 du 11 octobre 2022, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, M. B, représenté par Me Cohen-Tapia, demande à la cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler ce jugement ;

3°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

6°) de mettre à la charge de l'Etat le remboursement des droits de plaidoirie prévus l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale.

Il soutient que :

- l'arrêté du 23 novembre 2020 est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il méconnaît le principe du contradictoire, contrairement à la jurisprudence constante de la Cour de justice de l'Union européenne prévoyant que les destinataires des décisions administratives doivent pouvoir faire connaître préalablement leur point de vue ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont privées de base légale par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive à défaut de la production de la demande d'aide juridictionnelle ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 19 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande présentée par M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume de Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 20 avril 1972, a sollicité le 14 mars 2019 un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 23 novembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande à la cour d'annuler le jugement du 11 octobre 2022 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2020.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Le bureau d'aide juridictionnelle ayant constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B, ses conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont dépourvues d'objet.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise les textes dont il est fait application, en particulier l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose la situation personnelle de M. B en France et les motifs fondant le refus de titre de séjour qui lui est opposé. Conformément aux dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise également les textes dont il est fait application, en particulier l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le dernier alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise la nationalité de M. B et ajoute que celui-ci n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, l'arrêté contesté du préfet de la Haute-Garonne comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, M. B reprend, dans des termes identiques et sans critique utile du jugement, le moyen tiré de l'absence d'examen complet de sa situation auquel le premier juge a suffisamment et pertinemment répondu au point 3 du jugement attaqué. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à juste titre par le tribunal administratif de Toulouse.

6. En troisième lieu, M. B a été conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande d'admission au séjour du 14 mars 2019, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il présentait cette demande et à produire tous éléments susceptibles de venir à son soutien. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs allégué par le requérant, ni qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services de la préfecture ni qu'il aurait été empêché de présenter spontanément des observations complémentaires avant que ne soient prises les décisions attaquées. Ainsi, l'autorité administrative a mis M. B à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier qu'elle s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, doit ainsi être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

8. Les pièces produites par M. B, qui sont souvent des témoignages de membres de sa famille ou d'amis, ne suffisent pas pour établir la réalité de son allégation selon laquelle il résiderait habituellement en France depuis l'année 2011. En outre, M. B est célibataire et sans enfant et il n'est pas contesté que sa mère et l'un de ses frères résident au Maroc. L'intégration sociale et professionnelle de M. B ne ressort pas des pièces. Par suite, nonobstant les liens qui l'unissent à son père handicapé présent en France ainsi qu'à ses frères, dont l'un possède la nationalité française, et sœurs qui sont présents régulièrement en France, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté au droit de M. B au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions mentionnées au point 7 doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, eu égard aux éléments de fait mentionnés au point 8, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligeant M. B à quitter le territoire français n'étant pas illégales, la décision fixant le pays de renvoi n'est pas dépourvue de base légale.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Garonne, que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut dès lors qu'être rejetée en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Annie Cohen-Tapia et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 20 septembre 2023.

Le président de la 1ère chambre,

A. Barthez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°22TL22253

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